‹ Les routes. Préf. par le comte d'HaussonvilleChapitre 19 sur 36 · CONSTANTIN NIGRA I · texte numérisé non relu

CONSTANTIN NIGRA I

cela, — et l'acle suivait loyalement une promesse mesurée avec prudence.

A l'égard de noire pays, Nigra fut tout le contraire d'un ennemi sournois. Il adorait 1 Italie, son œuvre propre; il aimait la France, comme un bon ouvrier finit par aimer son outil, comme un artiste aime le berceau de sa gloire, les lieux où son cœur a le plus fortement battu. La libéralité peut-être excessive de Napoléon III allait au-devant des demandes italiennes ; Nigra en protita, mais il ne nourrit jamais l'arrière-pensée de nous affaiblir ; il rêva toujours une étroite union entre sa patrie et la sœur aînée dont il avait réclamé l'aide. Bien loin que son amefût, comme tant d'autres, empoisonnée d'ingratitude et d'envie, sa raison lucide lui montrait la nécessité d'une France forte.

En 1895, la publication d'un fragment de ses Souvenirs dans une revue suisse fit un gros tapage. Cet écrit tendait à laver l'Italie des reproches qu'on lui adressait en France pour l'abandon de notre cause en 1870 ; le narrateur excusait l'inaction de son pays en rappelant l'attitude, hostile à notre endroit, de la plupart des puissances, y compris la Russie. — Nous étions dans la première ferveur de l'alliance franco-russe : notre presse voulut voir une manœuvre perfide contre cette alliance dans les révélations rétrospectives de l'ambassadeur.

1,ES HOUTES

Qu'il me soit puiiais de reproduire ici quelques ligues d'une lettre que Nigra m'écrivait à moment :

Je vous suis très reconnaissant de tout le bien que m'a fait votre bonne lettre. Je vous remercie particulièrement d'avoir bien voulu lire mes pages de Souvenirs de 1870. C'est un remerciement que je ne puis adresser à la plupart des journaux français, qui en ont parlé sans les avoir lues. Mon but, en faisant cette publication, vous l'avez deviné sans peine : Démontrer, par des documents irrécusables, que la pauvre Italie n'a pas été en 1870 la grande ingrate que l'on pense généralement en France. Avant de livrer le manuscrit à l'imprimerie, je l'ai communiqué à notre regretté de Giers, qui m'a écrit une lettre charmante, l'une des dernières dictées et signées par lui, où il me dit qu'il ne voyait aucun inconvénient, au point de vue de la politique russe, à la publication de cette page d'histoire, et que l'attitude de la Russie en 1870 était parfaitement jusliOée par les circonstances du moment. Naturellement, le but que je me proposais et que vous avez deviné ne pouvait être atteint du coup. Cependant, si je dois juger, non pas d'après le langage de la presse française, qui est hors d'état pour longtemps encore, je le crains, d'examiner certains points de son histoire sans passion, mais par celui de la presse des autres pays et de quelques Français qui ont lu avec un sentiment d'équité, je crois qu'il en restera quelques bons germes, qui peut-être donneront des fruits dans des temps meilleurs.

N'oubliez pas qu'on était alors dans la phase aiguë de la politique crispiuienne ; l'Italie tout entière se hérissait contre nous. Nigra

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