DEUXIÈME PARTIE
Visions françaises.
A Monsieur Gaston Calmelte.
Mas-de-Giraud, i2 juin i907.
Mon cher Ami,
Ces lignes devancent l'envoi des notes que j'ai prises durant ces derniers jours, à Montpellier et dans la région. Je dirai à aos lecteurs quelques mots de la question économique, puisqu'elle a été l'occasion de ce formidable soulèvement ; quelques mois aussi de la question régionaliste — souhaitons qu'il ne faille pas lui donner bientôt un autre nom — qui fait rextrème gravité du mouvement. Je leur dirai surtout ce que j'ai vu ; et je n'avais jamais rien vu de comparable, parce qu'il n'y a eu rien de comparable dans le temps où j'ai vécu. Qui n'a pas vu ne peut se figurer ces spectacles, — si invraisemblables que nul lecteur parisien n'en croira nos récits, quelque confiance qu'il veuille bien faire à la véracité des témoins.
,ES UOUTES
Le conflit d'intérêts entre le Nord et le Midi est envenimé par ce redoutable malentendu : « Paris nous ignore ou nous méconnaît de parti pris ! » — Je n'entends aulour de moi que ces paroles, et la défiance hostile contre tout ce qui vient de Paris s'accroît d'heure en heure. Plusieurs de nos grands journaux, sans distinction d'opinions, sont d'ores et déjà boycottés dans la région. L'inattention et le scep ticisme du Parisien découlent d'un préjugé qu'il va peut-être payer cher. Ce charmant Daudet a faussé pour longtemps tous nos jugements : il nous a imposé son Midi, celui de Tartarin et de la Gannebière. Le Midi est complexe, multiforme. Celui qui se déclare aujourd'hui est le Midi des Sarrasins, des Albigeois, des Catalans ; solennel, presque silencieux dans la manifestation grandiose de passions contenues et disciplinées.
Un très distingué confrère de la Dépêche de Toulouse écrivait hier : « Qui voudra raisonner sur ce mouvement avec le sens ordinaire de critique déraisonnera ; ce n'est pas avec l'esprit qu'il faut Texaminer, c'est afl'aire de sentiment, — c'est une marche à l'étoile... » On ne peut mieux dire. Pour comprendre, il faut se reporter à d'autres âges, oublier les sornettes des demisavants et des politiciens, leur humanité soidisant transformée par le progrès des lumières, leur « battage » intellectuel, meurtrier pour
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l'intelligence. Il faut sentir cette vérité : nous revivons ici parmi les âmes simples que la parole d'un prophète rassemblait pour la conquête d'une terre promise, la propagation d'un Islam; parmi les croyants soulevés par un apôtre, et qui juraient la croisade à Glermont, le triomphe de l'anabaplisme à Munster.
Mais cela dit, rappalons nos esprits pour juger froidement des effets du phénomène d'autrefois sur l'État d'aujourd'hui. Cet Etat est sérieusement menacé ; non point parce qu'il ne saurait guérir en un jour, d'un mot cabalistique, une souffrance due à des causes anciennes et nombreuses ; mais parce qu'il a failli à sa mission en s'occupant de toute autre chose que de cette souffrance. La misère a dessillé les yeux; en quelques jours, ce peuple a changé de mentalité : il a compris soudain qu'il souffrait d'une surproduction. Je ne parle pas ici de celle du vin.
Qu'il y ait ou qu'il n'y ait pas surproduction de vin, nous examinerons plus tard cette question controversée ; mais tous sont d'accord sur une autre : il y a eu, il y a surproduction de politique. Ces masses, brusquement désabusées, ne veulent plus ss laisser gouverner avec ce qui leur plaisait hier, des phrases, des palmes, des poireaux, des distributions de menues faveurs à la clientèle, des protections accordées aux fraudeurs, et encore
des phrases, toujours des phrases ! Elles clament leur défiance, désormais irréductible, contre les pouvoirs publics, contre le Parlement, ^contre leurs j)roprcs représentants, contre tout ce qui vient de Paris.
Un simple fait d'observation en dit plus que tous les raisonnements J: dans ce pays où douze pompiers, douze gymnastes ne pouvaient se réunir sans qu'un député accourût, des centaines de milliers d'hommes se rassemblent chaque semaine pour des manifestations décisives : et l'on n'y signale pas un seul député ; la présence de l'un d'entre eux serait un danger pour l'ordre public !
Le régime républicain n'est nullement menacé ; il ne le sera pas. s'il se fait reconnaître assez souple pour se réformer, pour évoluer dans le sens des aspirations populaires. Ce qui est menacé, condamné déjà par un verdict unanime, c'est un système et un personnel. L'aiguillon de la misère a réveillé un sentiment de régionalisme qui dormait au fond des cœurs, et qu'il faudra peut-être appeler séparatisme, si l'on ne consent pas à ce patriotisme local et historique quelques concessions légitimes, parfaitement compatibles avec l'unité de notre France.
Des Pyrénées au bas Rhône, il n'y a plus à cette heure qu'un pouvoir moral, qu'un pouvoir de fait, le comité d'Argelliers. Les auto-
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rites officielles sont moralement destituées, impuissantes en fait. Partout, obéissance passive et enthousiaste aux ordres du comité d'Argelliers. Les paysans de ce comité ne font point de politique, ils demandent qu'on n'en fasse plus à leurs dépens, qu'on secoure la misère (le leurs frères, que l'on tienne compte de leurs intérêts, de leurs sentiments ; ils nattaquent personne, ils prêchent le calme ; la voix écoutée de leurs délégués apaise en un clin d'oeil les menus esclandres suscités par des personnalités équivoques, — faits divers qui n'ont rien de commun avec le mouvement populaire et qui usurpent une place disproportionnée dans les télégrammes expédiés aux journaux de Paris. Ces paysans viennent de nous montrer des prodiges d'organisation, de mobilisation, dans des conditions d'ordre, de dignité et de décence qui forcent l'admiration de tous. Rien jusqu'à présent ne permet de supposer des arrière-pensées suspectes chez ces hommes de bonne volonté. Le pouvoir central, qui ne peut rien contre eux, pourrait collaborer avec eux, chercher avee eux la solution des problèmes urgents.
J'appuierai ces dires sur des choses vues, entendues. Ce ne seront pas seulement les impressions rapide d'un touriste : chaque année, des attaches et des intérêts me ramènent dans cette région; j'y ai vu se former lentement
l'orage qui éclate aujourd'hui et vous surprend. Ce soir, j'écris en hùte, je ne voulais que vous répéter ce que disent autour de moi les hommes les plus pondérés, les plus autorisés : La situation est grave, les plus sérieux dangers menacent l'ordre et l'intégrité de notre pays, si la misère dune part et l'obstination de l'autre exaspèrent le conflit. Pour tout Français averti, c'est un devoir de parler, de s'entremettre dans la mesure de ses forces entre la petite France méditerranéenne — qui peut demain se laisser choir dans l'anarchie, dans la jacquerie — et la grande France de tous et de toujours.
Cette mère a été compromise, aux yeux de quelques-uns de ses fils, par des fautes et des maladresses, par une gestion désordonnée du patrimoine commun. Ceux qui ont déchaîné la colère de leurs anciens hommss-liges doivent s'efforcer de regagner, s'il n'est pas trop tard, les cœurs ulcérés qui leur échappent; sinon, nous les A-errons bientôt, eux aussi.
L'œil fixe, lèvre ouverte et la main étendue. Cherchant encor daas l'air leur parole perdue. Et s'évaQOuissant sitôt qu'ils soat touchés.
Ces vers des Oracles me revenaient sans cesse à la mémoire, dimanche, tandis que grondait sous le ciel la protestation de six cent mille hommes. — On sait qu'ils furent
dcdios rclrospcclivement aux politiciens de 18/17 P^i' 'g poète contemplateur qui les écrivait dans un autre Giraud.
Montpellier, 8-H juin.
C'était fou, sublime et terrifiant. Le nombre prodigieux, la résolution du désespoir sur beaucoup de visages, Tordre dans la colère, fous les indices des grandes forces iiiA incibles. Peut-être vit-on quelque chose d'approchant en Irlande, lorsque la voix d'O'Conne'l fit se dresser toute la misère de son île. Mais les foules d'autrefois n'étaient que des ruisseaux, en regard de l'océan humain que nos moyens de communication ont déversé sur Montpellier. O'Connel réunit un jour jusqu'à deux cent cinquante mille manifestants, le plus nombreux meeting dont l'histoire fasse mention. Il y en avait au moins six cent mille à Montpellier, dimanche. Je prends l'estimation la plus basse, calculée sur les chiffres fournis par les Compagnies, par l'enregistrement des chevaux et voitures, sans tenir compte des bandes de piétons ; quelquesunes avaient marché toute la semaine précé-
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dciile, dos Pviéiiées jusqu'au Toyiou, cou\ raul i()0 kilomètres et plus.
L'émotion serrait tous les cœurs, étranglait la parole dans les gorges, samedi soir, taudis que le torrent, grossi par des apports incessants, débordait sur la vaste place de la Comédie . Nous avions la sensation d'un pliéiiomùne élémentaire ; un souvenir d'enfance remontait : l'épouvante des crues soudaines du Rhône, à la fonte des neiges, lorsque le fleuve devenait mer en quelques heures, submergeait lesplaines à perte de vue...
Sous les pavois des maisons do la ville, sous le frissonnement des drapeaux tricolores qu'agitaient des milliers de mains, les délégations affluaient par toutes les voies d'accès, se croisaient, tambours et clairons en tète. Le garde champêtre portait la bannière de la commune. D'innombrables pancartes ondoyaient au-dessus de la foule : grands portraits de Marcellin Albert, écriteaux où les sentiments unanimes des manifestants se traduisaient en devises na'ives, joviales, menaçantes; en caricatures grossièrement peintes, betteraves symboliques et pains de sucre pourfendus, députés moqués, fraudeurs houspillés, guillotinés.
Quand parurent les journaux qui rendaient compte de la séance parlementaire du vendredi matin, uncourantd'indignationse communiqua
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(le proche en proche ; de nouvelles pancarles turent aussitôt improvisées : « Ils étaient aj pour notre misère, 5oo pour voter leurs i5.ooo francs ! » — Le petit nombre des députés présents à une séance matinale, l'augmentation de l'indemnité, ces sujets de plaisanteries inoffensives à Paris, apparaissent à ce peuple comme des provocations outrageantes. Vous n'imageriez pas l'effet sur son esprit de ces deux chiffres accolés, et combien celui des i5.ooo francs fait balle, ravage les cerveaux. On comprend ici comment les fameux « 45 centimes » portèrent un coup mortel à la deuxième République.
Aux premiers rangs des cortèges, les fdles et les femmes, vêtues de couleurs claires, différenciées selon leur pays d'origine par des signes distinctifs, rubans en sautoirs, cocardes, coiffures caractéristiques de chaque région, résilles, bonnets, bérets rouges. Derrière, les hommes, rythmant le pas gymnastique, arborant au chapeau les cartes de ralliement -.nom de la commune, photographie de Marcellin, ou ce cri de guerre déjà consacré : (( Ce n'est pas du battage ! » Hommes de toute condition, de toute opinion, vieillards et gamins, maires ceinturés de leur écharpe, grands bourgeois, riches de naguère, emboîtant le pas à leurs plus pauvres manouvriers ; et, bras dessus bras dessous, le rovaliste irréduc-
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lible et le socialiste à tous crins, les chefs des clans divisés hierencore par les vieilles haines du clocher.
Les Catalans, reconnaissables entre tous, sont venus en masse. C'est la nappe de lave sombre, partie solide de cette éruption volcanique, — la garde future du roi des Gueux. On dit ici : les Catalans, et lidée ne viendrait à personne de se demander s'ils sont Espagnols ou Français. En deçà comme au delà des Pyrénées, ils ne connaissent que leur petite patrie. Retenez bien ce nom : il prendra peut-être dans notre histoire une signification tragique, pareille à celle qu'évoquent les noms des Albigeois ou des Vendéens. Je les ai bien regardés, dans les wagons à bestiaux où ils s'empilaient et dans leurs cantonnements, ces gaillards robustes, souples comme des jaguars, et les belles filles aux yeux de feu, et les matrones en deuil qu'ils traînaient à leur suite. Quelques-unes de ces vieilles femmes aux profils rigides, noires statues de la misère, s'érigeaient avec une majesté farouche sous les plis du drapeau qu'elles brandissaient. J'emporte la conviction que rien n'arrêtera ceux-là; la faim les mord au ventre, ils mangeraient des canons, sïl l'on en mettait devant eux : ils sont de la race d'Espagne qui a porté bas le grand Empereur.
Les flots se succèdent, toute la soirée,
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toute la nuit, toute la matinée du dimanche. Le tintainarre des tambours et des clairons ne faiblit pas un instant. Mais c'est le seid bruit. On parle peu, on ne crie pas dans les rangs. Très rares, les délégations qui chantent la Marseille des vifjnerons. Nul cri de Vive ceci ! ou Vive cela ! Pas un braillard, pas un soulard. Ordre, dignité, décence pareille dans tous ces cortèges de paysans. Nous sommes sous le ciel du Midi ; on s'attend à surprendre, dans cette immense mêlée de jeunes gars et de jolies fdles, quelques familiarités trop gaies de la parole ou du geste : rien de semblable : la retenue sévère d'une procession de quakers.
L'ordre ! c'est le prodige que ne se lassent pas d'admirer les meilleurs connaisseurs, chefs militaires et directeurs des chemins de fer, dans la mobilisation et la dislocation de cette armée. Certes, les Compagnies du Midi et du P.-L.-M. ont fait merveilles; mais qui a mobilisé, rassemblé, cantonné six cent mille hommes? Un comité de paysans. Souhaitons seulement que notre état-major fasse aussi bien en quarante-huit heures, le cas échéant. A la gare, chaque délégation est accueillie par un étudiant coiffé du béret (ceux de Toulouse sont venus aider leurs camarades de Montpellier) ; sans une hésitation, sans un flottement, elle est conduite au gîte assigné :
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grange, hangar, allées du jardin où elle dormira à la belle étoile. Le préfet avait refusé les inmieubles ecclésiastiques sous séquestre; d'un geste (jui lui a gagné tous les cœurs, l'évèque a ouvert sa cathédrale, ses églises. Je le trahis, je répète un mot qui a fait fortune, un mot où tous ceux qui connaissent l'homme retrouveront l'esprit et la charité de celui qu'ils appellent si justement le grand j)rélat du Midi. Un de ses curés s'inquiétait :
— Mais, Monseigneur, je sais que Un tel, de tel village, est venu ici avec sa maîtresse !...
Eh! mon cher curé, en êtes-vous bien sur? Et qui vous a prié de faire celte enquête? Le bon Dieu arrangera toutes choses : il ne faut pas que ces pauvres gens souffrent du froid .
Si Mgr de Cabrières, retenu chez lui par une sage réserve, était sorti dans les rues, il eût été acclamé. — Je suis allé à la cathédrale vers le milieu de la nuit : les « Biterrois » exténués dormaient en longues files sur les dalles, sous la pâle lueur des lampes du sanctuaire. C'était bien Vecclesia, la basilique des premiers âges, maison du peuple, abri pour tous.
Dimanche, dix heures : un grand frisson passe sur la place ; les têtes se découvrent, les mains se lèvent, les drapeaux s'inclinent, une même clameur jaillit de toutes les poitrines, le
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premier el. lo seul vivat (iiic l'on ;iil ciilcndii : u Vive Marcellin ! vive Albert! » C'est Lui le Rédempteur, le roi des Gueux. Il vient d'arriver, il apparaît un instant au balcon d'un liùtel. Ovation délirante. Ses acolytes l'emmènent, le cachent, de peur qu'il ue succombe sous les étreintes de ses adorateurs, avant même d'avoir parlé. — Deux heures : on se rue vers l'estrade oi^i est la tribune ; on n'attend pas la fin du défilé, il faudrait allcndre jusqu'à demain; défilé à peine perceptible, d'ailleurs, dans cette foule qui coupe sans cesse et engloutit le mince ruban des cortèges. L'estrade n'est plus abordable : des bras vigoureux hissent Marcellin sur un platane, comme le Zachée de l'Evangile ; d'autres bras le passent de cet arbre jusqu'à la tribune.
Il parle quelques minutes, on voit ses gestes ; les plus proches n'entendent rien, rien que le tonnerre des applaudissements, tandis qu'il proclame la grève de l'impôt, la démission des municipalités. Après lui, le docteur Ferroul, barbe populaire dans Narbonne, socialiste militant de l'ancienne race — « Ferroul, mon fidèle lieutenant n, a dit Albert, — ajoute quelques mots : il confond la calomnie qui a osé qualifier le mouvement de réactionnaire, il annonce les beaux gestes qu'il fera demain en jetant son écharpe aux Narbonnais. Harangues concises : l'instinct avertit ces hommes
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qu'ils pariciil à un peuple qui a trop aimé la dupi^rii' (h's Ion<>;uc's phrases cl ({ui eu est au jouidluii écd'uré; leuis propos sont brefs, annonciateuis d'actes.
Un remous nous rapporte Marcelliu ; l'a pôtre Iraxerse la place, soutenu par deux dis ciplcs, charrié par la foule. Tête nue, pâle, décomposé par l'émotion et la fatigue, le regard extatique, l'air d'un christ marchant au Calvaire, il salue des deux mains, d'un geste noble et gracieux. Ses amis le dérobent à ses sujets fanatiques ; le médecin qui ne le quil-te pas exige qu'on le rapatrie sur l'heure à Argelliers ; on tremble toujours qu'il ne croule physiquement sous le poids de sa gloire. Le médecin songe sans doute au travail qui doit se faire dans ce cerveau de paysan, surmené, écrasé par d'effrayantes responsabilités, enivré par l'idolâtrie de tout un peuple, par des acclamations comme Lamartine n'en connut pas au balcon de l'Hôtel de Ville !
Qu'est-il donc, ce roi des Gueux? Les mieux informés me répondent d'un mot qui doit être exact : « C'est un simple ». Un simple, de ceux dont la simplicité têtue a mis en déroute les plus belles intelligences, tout le long de l'histoire. — Un fou, ricanaient naguère les gamins de Narbonne qui lui jetaient des pierres, parlant en paraboles, quand il allait au marché de la ville, criant son idée dans le