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HISTOIRE MANITOBAINE

d'Anglais, quand la bataille tournait mai, sur la rivière, ils faisaient intervenir les filles. Efféminés protégés par des jupons!

.Les Sœurs avaient. saisi.ces remarques et mainte- --

nant elles précisaient: pas la séparation des sexes,

mais des religions. On voulait mettre Dieu à la porte, pas de religion. pas de prière, pas de catéchisme à l'école. — Les monstres! — On voulait dans une même école des petits Canadiens et des petits Anglais. — Avoir là avec eux des Anglais tous les jours serait un mal réel. pour les Anglais, tant pis pour eux s'ils avaient le front de venir! Mais chasser Dieu de l'école, supprimer la religion c'était autre cho$e, ..la persécution comme au temps des Romains. ‘ .

Puis leurs parents devraient payér pour les écoles protestantés et pour celles’ de ieur choix en plus. Etaient-ils toujours les mêmes un peu ces Anglais! Quel endroit sur la terre ñ'avaient-ils pas visité pour voler, pour égorger les faibles ? Après avoir bien piétiné sous leurs bottes de lâches leurs innocentes victimes ils parlaient de « fair play!» Quel cynisme! Le « fair play » on le‘ connaissait à la citadelle, on l'obtenait.avec ses poings après avoir lutté. contre une nuée de petits Anglais qui n'attendaient l'ennemi de pied ferme que lorsqu'ils étaient trois contre un. Ah! si jamais la citadelle venait: àfaiblir. que feraient ces bêtes féroces de Winnipég ! 2 +

C'était le début des luttes sans merci pour la

LES ÉCOLES 3 langue et pour la foi. Les bonnes Sœurs, filles généreuses de l'ancien Québec, leur promettaient l'appui bien efficace de la province des ancéres, 11 y avait

“l-bas des hommes de cœur, .on prendrait en main leur cause. Un clergé merveilleux, à la demande dé Mgr Taché, se dresserait devant les démolisseurs. la tempête passerait et le triomphe suivrait. Seulement, ik fallait prier. bien étudier. bien profiter. etc. a «Au Pensionnat, Alberte, après un travail sérieux, avait remporté un succès éclatant: elle était d'emblée la première de sa classe et il y avait telle famille de la haute qui ne prisait guère la défaite de son ainée. On l'avait envoyée à Winnipeg chez les Sœurs noires cacher son humiliation. La perte pour les Sœurs Grises n'était pas sans compensation; cette famille n'a jamais payé es dettes contractées pour l'éducation de ses nombreux enfants. Dans son tes-

tament, le père légua aux siens une petite fortune-

en oubliant une petite detté de $10,000.00 au collège — l'éducation des fils —. Dans leurs succès finan- Ciers les fils on$ toujours suivi l'exemple du père, la dette est toujours là intacte. Les Sœurs perdaient une dette de ce genre. ‘ | Devant la menäce des lois scolaires les autorités “de l'école normale voulaient à tout prix préparer le plus grand nombre possible d'institutrices pour les années de la crise que l'on prévoyait. M. Cioutier vint souvent visiter les Roux dans ce but. Un

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nouveau sacrifice s'imposait, il fallait qu'Alberte entrât comme pensionnaire au Couvent: C'était, dans les circonstances, pour la mère se priver des petits services de son enfant et pour Alberte l'obli- __gation .onéreuse de -faire-deux- années-en-une.:-La- bourse et les forces physiques à consulter. Niais les maîtres de l'école normale tenaient absolument à : cette nouvelle recrue: une fille modèle, quelque peu” taciturne comme le père, un peu hautaine ile. succès), mais une jeune demoiselle aux belles manières, Sérieuse et qui promettait beaucoup.

‘M, l'abbé Cloutier gagna son point, à la rentrée d claèses Alberte était à l'école normale, et le bon. abbé venait souvent chez les Roux pour leur donner du courage. Il parlait franchement de la situation précaire des écoles; péripéties de la lutte, espérances, difficultés et revers faisaient les frais de ces conversations intimes. Les Roux, mieux que bien d'autres, pouvaient suivre et comprendre la marche des événements. Ils connaissaient tous les détails des démarches de Mgr Taché auprès du clergé du Québec, des hommes influents et des chefs de partis. & Ses espérances donnaïent du courage à ceux qui . S'imposaiënt prématurément des sacrifices pénibles alors que les salaires étaient presque nuls. Bientôt l'institutrice récompenserait les parents...

Les bonnes Sœurs avaient certaines espérances, c'était bien légitime; elles avaient tant besoin de sujets pour leurs : œuvres si nombreuses, la qualité

\ LES ÉCOLES 87 : CS peut-être compenserait pour le nombre restreint.” Elles avaient fait part de leurs espérances à madame Roux qui restait indifférente, mais les jeunes au parloir en soupçonnaient davantage. Ils avaient,

-- à leur surprise, découvert chez leur sœur une telle-—

passion pour la musique et les belles Voix debary- - —-—--

ton, qu'ils n'avaient pas besoin d'enquête pour connaître les préférences de la grande sœur. Elle s'informait asse£régulièrement de tel ou tel qui avait si bien chanté le dimanche à la cathédrale. Cet amour subit pour un art très ordinaire en disait bien long aux petits frères qui ne semblaient rien comprendre. La maman était très ferme, un peu rigide mêrne, dans sa direction des siens; elle s'en tenait à ce qu'elle avait reçu «chez les Ursulines, c'était excellent mais un peu incomplet. Surtout il fallait un doigté qu'ellé n'avait pas pour transposer ces motifs au diapason du Manitoba et deja nouvel- Jegénération. Les intimités de la mère et de la fille étaient plutôt un monologue bien orthodoxe où la mère donnait des conférences bien soignées comme un Mentor férninin. Dore C'était aussi avec la sensation d'une liberté à conquérir que la jeune Alberte voyait ses parents. * faire des plans pour sa première ‘année d'enseignement: choix de la paroisse, de l'école, de la pension, etc..'etc. Le hasard voulut que la famille Guilbert fit une demande pour sa paroisse. L'ancien collégien avait écrit comme secrétaire de la commission

NY

ss HISTOIRE MANITOBAINE e «scolaire. Les Guilbert, les vieux amis de la première “heure, la belle famille si semblable à à celle des Roux. C'était une garantie, la mère n'avait pas oublié sa vieille amie de la rue Dumoulin, pas plus que le

Jeune collégien-aux-belles manières et à la conduite ”

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irréprochable. Cette lettre eut une influence souveraine. Aussi, à peine Alberte avait-elle conquis son beau diplôme de seconde classe, et avec tant d'honneur, que la mère luivfaisait signer un engagement. bien en règle pour enseigner à B. la pa son cœur, celle où sa fille pourfäit pro surveillance de madame Guilbett et de la présence bien désirable d'un jeune homme idéal. - Quelles préparations, comme au temps où la mère enseignait dans le Québec! grande caisse où s'entassaient linge, nourriture et tout ce qui, devait servir pendant l'année scolaire! Il fallait épargner pour aider aux parents. Puis les conseils sur les. ‘ relations, les visites, les veillées, la manière de- ‘traiter avec les parents, les dangers, etc. etc. Notions préhistoriques qui n'avaient aucune application au Manitoba et qui avaient lé don d'exaspérer la pauvre enfant. D'avance elle concevait de l'aversion pour les pauvres Guilbert où elle aurait .une chambre et surtout une surveillante. C'était le grand événement dans la vie des Roux, le premier favire, libre de ses entraves, s'élançait de la cale- # sèche pour affronter les vagues de l'Ouest. Etait- | 1l bien armé avec tous ses mâts et son gouvernäil ?

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