‹ Les rouxChapitre 13 sur 20 · SC LS · texte numérisé non relu

SC LS

Le Cardinal Taschereau, qui avait un orgueil peu

ordinaire, aurait tout voulu mener à sa guise, mais

sa droiture, son jugement et parfois sa doctrine

n'étaient pas à la hauteur de la'situation. Dieu abaissa son orgueil comme autrefois celui de tel babylonien, le genre de folie dont il l'affligea avait quelque chose de réellement humiliant, “surtout pour un homme d'église. Monseigneur Lafièche qui était sorti vainqueur dans ses démêlés avec le Cardinal s'était aliéné les sympathies de certains évéques médiocres, Mgr Fabre avait ses bévues de l'université... On ne pouvait compter sur les évêques. Pour comble de malheur;-une nou idole,comme un météore, montait dans le firmament poñtique du Québec. Un lionceau faisait ses dents, tous lüi faisaient la cour comme tous, même aujourd'hui, de gré ou de force brûlent de l'encens à sa mémoire. Le malheur veut qu'on oublie systématiquement que pour son premier exploit il a déchiré le cœur. de ses frères de l'Ouest pour savourer son premiersang. — Je me souviens! — Au parlement et dans toute sa province il clamait comme les héros antiques: « On ne donne pas assez à nos frères, le pouvoir s'il vous plaît, je ferai mieux!» Promesses d'élections, promesses d'ivrogne; blanc bonnet, bonnet blanc! Or le simple bon sens aurait dû rappeler aux sages que le mieux est l'ennemi du bien. On rendait aux catholiques tout ce qu'ils” avaient perdu, que voulait-on de plus ? -Et-puis les.

protestants eux-mêmes faisaient, droit aux justes réclamations des catholiques, on ne les taxëérait pas Le de fanatisme ou de partisannerie. Les protestants ‘ - auraient eux-mêmes à expliquer leur conduite aux orangistes et peut-être à payer pour leur.résistance— T7 … aux injonctions du fanatisme. Les libéraux avaient tout à gagner et rien à perdre. Pour monter äu pouvoir ils décidèrent de planter leur poignard dans le cœur de ceux qu'ils auraient dû respecter et défendre. - :

C'est un peu le résumé de toutes les alliances possibles, alliances mortes dans le royaume des possiblé et qui n'ont jamais vécu sur la terre ferme du réel. Le vieux Tupper dans sa tombe a bien le droit de se dresser et de crier à ses compagnons au cime- . : tire: ( J'ai cru à la sincérité de vos convictions, à ‘ (la droiture de vos volontés, j'ai cru qu'en défen- (dant la cause du droit et de la justice je pouvais {compter sur l'appui enthousiaste et sans réserve : “du clergé du Québec, j'ai cru que des catholiques {n'èseraient jamais frapper leurs frères qui défen- {daïient leur langue et leur foi... je me suis trompé... (Vous m'avez trahi en faisant des simulacres d'ef- { forts ou en promettant plus sans donner rien qui (aille. Vous avez tout mon mépris comme lâches Uou comme traitres!» \ ‘ Ce fut un peu le jugement de la génération an sée du Manitoba. Les jeunes ne pouvaient Penser sans scandale à la conduite pour le moins indolente

gois-

‘douleur que | paient.sans-veïgogne. --[ls-rougissaient-quand ils

124 HISTOIRE MANITOBAINE

ils chassaient ces idées vaises pensées; ils voyaient avec eprésentants du Québec les frap-

des évêques comme des

rencontraient leurs adversaires de Winnipeg, ils avaient honte devant la question: € What about Quebec ? » Le temps de Champlain, de Frontenac était bien loin, on l'avait tué à Québec. Mort le temps où des hommes de cœur faisaient du Canada français la merveille qui faisait vibrer leurs pauvres cœurs endoloris au diapason de l'âme des ancêtres.

Ils comprenaient enfin, ces jeunes, qu'ilsn'auraient jamais justice tant qÜü'ils ne seraient, pas assez forts pour la prendre eux-mêmes. De tous les alliés, seul Tupper avait été fidèle au rendez-vous!

PA

Page 1