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premier par dans. ce petit royaume. C'était vraiment üne sainte de {ancien temps. N'était-elle pas venue au Manitoba dès la première expédition des {| Sœurs Grises ? Elle avait vu naître ou arriver toute | la génération présente, elle connaissait-les-travers de chacun d'eux, leurs secrets de famille, leurs riva- -lités, leurs’ ambitions et surtout leurs besoins, besoins matériels et besoins spirituels. D'ans ces tempslà elle faisait sa visite quotidienne avec sœur Gratton. La haute classe lui faisait des largesses ‘et les pauvres en bénéficiaient à son passage. Les familles, parents ‘et enfants, recevaient d'elle aide dans les difficultés, soins maternels en cas de maladie, petits sermons bien charitables en cas d'incartade ou d'inconduite et toujours elle apportait un fnessage tout frais venu du ciel. C'est elle qui propageait les dévotions nouvelles, petites images grandes comme l'ongle qu'on avalait en cas de maladie, petit Jésus de Prague, le Sacré-Cœur, c'est elle qui faisait venir . de Belgique tous les chapelets si riches en indulgences, c'est encore elle qui donnait aux enfants ces ‘belles images que l'an vénérait comme des reliques... . k Dès l'arrivée dela” famille Roux, la bonne Sœur : Laureht vint leur rendre. visite. Le papa travaillait #à la mäison-mère et c'était une raison-de plus pour co HTœur d'or de venir apporter un peu de sympathie à ces nouveaux venus. C'est elle qui prit en main {eurs intérêts; ils enverraient tous les jours leurs g: a
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deux garçons chercher un galon de lait au couvent, ils apprendraient en même temps à servir la messe car M. Messier, le vicaire, disant sa messe à ciny heures, avait passablement de mal à se trouver un
servant. Dès que Grégoire sût ses répôns, tous les”
matins il fit avec Hector un dur pèlerinage à à travers,
là neige abondante cette année-là, et par des froids intenses. La bonne sœur avait tout prévu, elle
avait donné des instructions bien précises pour les
mitaines, les chaussures, les grands foulards de laine qui cachaient tout hormis les.yeux. On disait alors des crémones, allusion peut-être à ce qui sert à fermer les fenêtres, ou invention récente pour chatouiller les oreilles comme les tons chauds du Stradivarius. Ce fut ensuite le catéchisme le dimanche. C'est ‘encore la bônne sœur qui rappetait ce devoir aux parents et qui, discrètement, se renseignaïit sur la cause des absences. Le catéchisme pour
les jeunes de classe pauvre était l'apanage du:vi-
cäire qui donnait des leçons exquises. Les gens de la
haute claëse envoyaient leurs enfants au collège
où au pensionnat. Quel respect on avait alors pour ces antres du savoir où l'on préparait une élite qui
” avait le droit de s'imposer et parfois d'en imposer.
La bonne sœur Laurent indiquait aussi aux ménagères économes les occasions d'acheter à meilleur compte; c'est elle qui fit connaître à la mère Roux l'étal de boucher du père Rocan qui avait le mal-
heur de se trouver au marché de Winnipeg. Elle y
conduisit elle-même Grégoire et Hector avec, leur
petit traîneau. On ne se faisait pas scrupule dans
ce temps-là de se servir de l'exercice donné aux petites jambes pour des-choses-utiles. Quelles expé-——--
ditions pendant une tourmente de neige, quelles -glissades mémorables à la descente de la rivière
près du magasin Bleau, plus tard Allaire et Bleau,
quelle montée en pente douc urnant à gau-
che vers la rue Atwater! Et les rencontres ävec1 |
petits Anglais qui défendaient leur territoire contre ‘
l'invasion française! Victoire héroïque, honneur
suprême lorsqu'au milieu de la mêlée le petit trai-
neau français dérobait une glissade anglaise. Sœur
Laurent, (inconsciemment peut-être), était au
fond de ces prouesses et de ces conquêtes.
Pour Alberte dès l'arrivée te fut la rentrée en classe au Pensionnat, Sœur Royal y était supérieure. Les Royal semblaient régner tant au temporel qu'au
y avait au pensiônnat des institutrices , - sœur Desnoyers’ etbien, d'autres, 3 qui, sans tout: singeries modernes pour mesurer l'intelligence enfantine, savaient sans se tromper juger urie enfant. Alberte fut classée très intelligente, un peu fière et capable, l'émulation aidant, d'entrer de plain-pied dans une classe quelamaman Roux croyait un peu élevée. Les sœurs ayant à mettre Alberte en concurrence avec des j eunes filles
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de la haute préféraient donner quelque avantage à celles-ci quand elles virent qu'elles n'auraient pes celui du talent.
C'est ainsi que la famille Roux fit ses débuts à
-___. - __- Saint-Boniface et commença à recevoir-cette-for-
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mation spéciale qui devait développer dans chacun de ses membres le type de l'Ouest canadien-français.
Pendu! Riel venait d'être pendu! La nouvelle courait de bouche en bouche et les petit Roux, pour la première fois, remarquaient ce qui, depuis longtemps, avait fait le sujet des conversations un peu partout. Magasin, pharmacie, boutique de M.
Pelletier (le barbier), hôtel, coin de rues entendaient discuter de cette question brûlante. « Québec ne le permettra pas! c'est une infamie, etc... » Un éclair expliquait la réception des petits Roux à l'école: « Des anglais! qu'on les lapide! »
La question Riel allait s'imposer à ces enfants, elle burinerait en leur âme des leçons en caractères sanglants. Quelle serait leur réaction ? quelle influence nouvelle présiderait désormais à leur orien-
- tation ? 2
La consternation générale, les chuchotements aux coins des rues, les conciliabules la nuit et à huis clos tout était mystérieux pour ces enfants. Leur sérénité cependant n'avait pas défailli un instant, ils s’amusaient aussi bruyamment qu'auparavant alors que le reste de la ville revêtait un
aspect funèbre. Comment pouvaient-ils compren- ..…
dre? La mort, pour eux, ‘était un mystère, ils avaient vu sans doute le petit Joseph s'endormir