LÀ PROCESSION ROYALE
boiirs de toutes formes et de toutes grandeurs, depuis Timmense paire de grosses caisses portées par les éléphants ou les chameaux jusqu'au petit tam-tam ; ces instruments sont plus beaux à voir qu'agréables à entendre. Suivent les nobles et barons du royaume; chacun d'eux, couvert d'or et de pierreries, monte un magnifique cheval dont la robe se distingue à peine sous les harnais et les brides plaqués d'argent et la riche housse brodée. Ils passent fièrement, lance au poing, faisant cabrer leurs coursiers à la manière maharate ; autour d'eux se pressent leurs serviteurs portant leurs banjiières, et les hérauts qui s'égosillent à proclamer la gloire et la magnificence de leurs maîtres. Ce froissement de riches étoffes, ce cliquetis d'épées et de bijoux, ces beaux jeunes gens sur leurs chevaux bondissants, toutes ces plumes, ces lances, ces banderoles forment un cortège étincelant, auprès duquel pâlissent nos plus grandes cérémonies.
La noblesse est suivie par les hauts fonctionnaires du 'ix)yaume, les ministres, les gouverneurs de province, les grands-prêtres et les principaux courtisans. Chacun de ces hauts personnages est monté sur un bel éléphant dont l'immense couverture de velours à franges d'or traîne jusqu'à terre. Quatre-vingts éléphants défilent ainsi, d'un air grave ef majestueux; on voit que ces intelligents animaux apprécient la richesse de leurs ornements; la plupart ont la trompe et le front peints de dessins fantastiques et portent sur la tête de hautes aigrettes de plumes blanches. Chaque dignitaire est assis, les jambes croisées, dans un riche siège d'argent, et au-dessus de lui s'étale un splendide parasol dont le degré de richesse indique le rang occupé à la cour. Cette partie de la procession était réellement féerique. Avec quel goût cette cérémonie avait été ordonnée ! comme tous ces soldats, ces cavaliers, ces éléphants avaient été habilement groupés pour frapper l'esprit de la multitude ! Comme l'attention avait été adroitement entretenue par cette magnificence
progressive jusqu'au roi, le point culminant du cortège! Le voilà qui approche, précédé de sa famille, ses filles et son fils montés sur de superbes éléphants. Celui sur lequel il siège lui-même est un animal gigantesque. Le siège, en or massif, présent de la reine d'Anglelerre, est tout étincelant de pierreries. Le Guicowar v est assis sur des coussins brodés : il porte une riche tunique en velours rouge, sur laquelle se détache une profusion de magnifiques bijoux; sur son turban se balance une aigrette en diamants où étincelle la fameuse Étoile du Sud. Derrière lui se tient le premier ministre, dont le costume égale celui de son maître en richesse. Sur chaque côté de l'éléphant, deux hommes élégamment vêtus sont debout sur des marchepieds; l'un d'eux porte le houkah donné au prince par le vice-roi de rinde ; les autres agitent des éventails de plumes de paon. Parmi eux se trouve aussi le héraut du roi, qui, de minute en minute, déploie un large drap d'or en s'écriant : « Voici le roi des rois, Khunderao Guicowar, dont l'armée est invincible et le courage indomptable ! > Aces mots, la foule se prosterna jusqu'à ce que l'éléphant fût passé. L'animal, entièrement caché sous des ornements, semblait une montagne d'or étincelante de diamants; deî> hommes l'entouraient en brûlant des parfums, dont la fumée bleuâtre donnait à la scène quelque chose de mystique. Quand le roi passa devant notre estrade, nous nous levâmes pour le saluer, et il nous répondit par un gracieux sourire et ungeste de la main. Peu après nous entendîmes tonner les canons annonçant le moment de la bénédiction solennelle; puis le cortège repassa dans le même ordre, et ce ne fut qu'ai huit heures que nous regagnâmes le camp anglais. Je croyais rêver, ce soir-là, en me rappelant toutes les magnificences de la journée.
Quelques jours après, Ruttanram vint nous inviter de la part du roi à nous rendre au palais ; une voiture nous déposa devant l'entrée principale, simple perron de quelques pieds-
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de haut, sur lequel se tiennent les grand'gardes écossaises. On nous présente les armes et nous montons un étroit et sombre escalier. Les appartements, décorés de tentures, offrent un aspect assez riche. Nous arrivons enfin à Timmense terrasse supérieure, sur laquelle s'élèvent de tous côtés des kiosques et des pavillons, quelques-uns ayant jusqu'à quatre étages.
Nous longeons une galerie dont le sol est littéralement couvert de souliers : c'est l'antichambre royale. L'étiquette orientale oblige tout visiteur à laisser ses chaussures à la porte avant d'amver en présence du roi, de même que chez nous il est d'usage d'ôter son chapeau. Collection complète, depuis le riche soulier doré à la pointe, d'un pied de long, jusqu'à la microscopique pantoufle de soie. Un bon courtisan eût pu, en examinant ces souliers, nous indiquer le rang, la caste et l'âge de toutes les personnes en ce moment chez le roi.
Notre titre d'Européen nous exempte de cette coutume et nous entrons bottés dans la longue véranda où le Rajah lient sa cour.
Un huissier, à bâton d'or, nous fraye un passage à travers la foule de solliciteurs, d'officiers et de courtisans ; il annonce notre arrivée au prince par le Mah&raj! Salâm! d'usage. Le roi se lève, fait quelques pas vers nous, et Ruttanram nous ayant présentés, il nous serre à chacun la main et nous fait asseoir à côté de lui sur un large banc de bois, élégamment sculpté, qui lui sert de trône.
Il me questionne d'abord sur l'objet de mon voyage et sur la longueur du séjour que je compte faire à Baroda, et parait charmé de voir que je lui réponds directement dans son idiome goujerati.
Pendant une heure nous causâmes avec le prince : il passa en revue avec intérêt tous les Etats de l'Europe, me demandant leur importance, leur revenu, leur forme de gou-