NOTRE PALAIS
verneraent, leurs rapports entre eux. Au moment de nous séparer, il me serra la main en m'exprimant le plaisir qu'il ressentait de ma visite, et je crus comprendre que ce n'était point là une simple phrase de circonstance. 11 entrevoyait dans notre séjour un sujet de distraction, et cela suffisait pour un homme d'un caractère si capricieux. Il me fit promettre que je viendrais le voir tous les matins pendant mon séjour à Baroda, et comme je présentai quelques excuses, en m'appuyant sur le trajet considérable qui séparait le camp anglais au palais, il m'annonça qu'il me faisait préparer une résidence dans un lieu plus rapproché. L'affabilité du roi, l'estime qu'il avait témoignée pour la France, me semblaient de bon augure. Les terribles obstacles qu'on m'avait signalés à Bombay s'évanouissaient.
La promesse du roi en tout cas n'était pas vaine, car, quelques jours après notre visite, on vint nous annoncer que notre nouvelle demeure était préparée dans le Moutîbâgh, ou Jardin des Perles. C'est un élégant palais d'été, à une petite distance des faubourgs. Une longue rangée d'édifices de construction hindoue occupe un côté du jardin, qui est planté d'arbres fruitiers et de jolis bosquets; des statues, des jets d'eau, des kiosques en font un lieu charm.ant; un vaste pavillon au centre renferme un musée considérable de curiosités européennes.
Notre résidence est embellie par tout ce qui rend la vie agréable dans ces pays : la fraîcheur, l'ombre, un luxe confortable et une vue riante. Mais là ne se borne pas Thospitalité du rajah : un nombreux domestique a été mis à notre disposition, et notre table est entretenue à ses frais des mets les plus recherchés et des meilleurs vins d'Europe. Vous voyez que j'avais raison de vous dire que toutes mes espérances semblent devoir se réaliser.
44 LES nOYAUMES DE L'INDE.
La cour de Baroda. — Combats d'éléphants, de rhinocéros, etc. — Chasse aux antilope? avec des panthères. — Pig-sticldng. — Un beau coup de sabre.
Baroda.
Le roi de Baroda s'est pris pour moi d'une belle et bonne amitié, et me voici en passe de devenir grand favori. Ce brave monarque ne sait qu'imaginer pour nous divertir. Nous vivons au milieu d'un incessant tourbillon de fêtes. Ce ne sont que chasses, joutes, combats, danses, dîners ; chaque jour suffit à peine à son programme.
La cour des Guicowars est la seule de l'Inde qui ait conservé jusqu'à nos jours, dans leur splendeur primitive, les anciennes coutumes du moyen âge. L'appauvrissement de leurs États a obligé la plupart des autres Rajahs de dépouiller de leur luxe ces grandes cérémonies, et chez quelques autres l'influence anglaise a fait introduire des usages européens qui s'allient mal avec le goût du pays.
Les luttes d'athlètes ou d'animaux sont, de tous les divertissements, ceux que le Guicowar préfère; il y dépense des sommes énormes. D'un caractère ardent, il aime avec passion ces jeux palpitants et cruels dans lesquels la vie des hommes est toujours en danger. Il organise lui-même tout ce qui y a rapport, et pour ces fêtes il est d'une générosité qui va jusqu'à l'extravagance. Ses parcs renferment un grand nombre d'éléphants employés spécialement pour les combats, et une semaine se passe rarement sans un de ces spectacles. L'éléphant, qui est en général un animal d'une si grande douceur, peut être amené par un système de nourriture excitante à un état de rage que les Indiens appellent musth; il devient alors furieux