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L'ARÈNE DES ÉLÉPHANTS

et attaque tout ce qui se présente à lui, hommes ou animaux. Les mâles seuls sont susceptibles d'être musth; il faut généralement les nourrir pendant trois mois de sucre et de beurre pour obtenir ce résultat.

Le roi m'annonça un jour, avec un bonheur évident, que les préparatifs étaient terminés, et que le lendemain aurait lieu le premier combat d'éléphants. Nous allâmes voir les deux animaux qui devaient lutter et sur lesquels de nombreux paris étaient déjà engagés. Ges deux énormes bêtes, chargées de chaînes de fer d'un poids considérable, étaient enfermées chacune dans une forte enceinte.

Le lendemain, le grand-veneur vint nous chercher en voiture au Moutibâgh pour nous conduire à l'arène des éléphants. Celle-ci se trouve dans l'ancien palais des Nababs du Goujerate, édifice d'une assez grande antiquité. Après avoir tra- . versé des appartements sombres et abandonnés, nous entrâmes dans la loge royale, où se trouvaient déjà réunis les principaux courtisans. Trois fauteuils avaient été préparés pour nous et le roi, et des coussins pour les nobles. L'arène, que nous dominions en entier, a la forme d'un vaste parallélogramme de 300 mètres de long sur 200 de large. Elle est complètement entourée de murailles épaisses; un grand nombre de portes étroites permettent aux hommes d'entrer ou de sortir, sans que l'éléphant puisse les suivre. Le sommet des murs est garni d'estrades livrées à la multitude, qui paraît passionnée pour ces sortes de spectacles ; les toits des maisons voisines, les arbres même sont couverts d'une foule bigarrée et bruyante comme à toutes les fêtes. Sur un tertre élevé se groupent les éléphants femelles, qui semblent prendre grand plaisir à ce spectacle. Dans l'arène même sont les deux mâles, enchaînés chacun à Tune des deux extrémités; ils expriment leur fureur par des sons de trompe et enfoncent avec rage leurs défenses dans le sable. De gracieux jeunes gens, presque nus, se promènent par groupes; ce sont les

sâtmariwallah^ qui remplissent ici le même rôle que les toréadors dans les combats de taureaux et que vous me permettrez d'appeler éléphantadors. Us ne portent qu'un léger turban de couleur et un petit caleçon très collant, qui ne doit offrir aucune prise à la trompe de l'éléphant. Les plus agiles ont pour seule arme une cravache en nerf de bœuf et un voile de soie rouge; d'autres sont munis de longues lances, et enfin un petit nombre portent une fusée placée au bout d'un bâton et une mèche allumée. Ces derniers ont la mission la moins brillanleetlaplus sérieuse; ils doivent se tenir dans différents points de l'arène et accourir pour sauver l'éléphantador en danger. Placés devant Tanimal en furie, ils font éclater sur lui leur fusée; l'éléphant effrayé recule et l'on peut secourir le blessé. Mais il ne leur est permis d'user de ce moyen que lorsque le danger est réel; s'ils se trompent, ils sont réprimandés ; s'ils laissent tuer l'éléphantador, ils sont punis sévèrement. Tous ces jeunes gens, généralement choisis parmi les plus beaux et les mieux faits, sont d'une agilité surprenante.

Quelques instants après nous. Sa Hautesse entre dans la loge et vient s'asseoir entre nous deux; le signal est donné et Tarène évacuée pour la lutte. Les cornacs prennent place sur le cou de leur éléphant, les chaînes sont enlevées et les deux animaux se trouvent en présence. Après un instant d'hésitation, ils marchent l'un vers l'autre, la trompe levée et rugissant. La rapidité de leur course va en augmentant et la rencontre a lieu au centre de l'arène. Leurs fronts se heurtent avec un bruit formidable, et la violence du choc est telle que leurs pieds de devant perdent terre et qu'ils restent arc-boutés l'un contre l'autre. Chacun d'eux voit avec fureur le cornac de son adversaire et tâche de le saisir. La lutte s'engage, les trompes s'enlacent comme des bras, et les conducteurs ont quelquefois à se défendre avec leurs piques. Pendant quelques minutes, les élé-

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phants restent front contre front, jusqu'à ce que l'un d'eux, se sentant plus faible, voit qu'il va être vaincu. Ce moment est critique, car l'animal sait bien que pour fuir il doit présenter le flanc à son ennemi, qui peut le percer de ses défenses ou le renverser. Aussi le vaincu, réunissant toutes ses forces, repousse d'un formidable effort son adversaire et prend la fuite. Le combat est décidé, des clameurs éclatent de tous côtés et les assistants s'occupent plus de leurs paris que des éléphants. Il s'agit alors d'emmener le vaincu et de laisser le champ libre au vainqueur. Dts hommes arrivent, portant de grandes pinces en fer dentelées, dont les manches, très longs, sont réunis par un ressort. Ils lancent avec adresse une de ces pinces à un des pieds de derrière de l'animal; par l'effet du ressort, cette pince y reste fixée, les longs manches s'engagent alors entre ses jambes, et les dents entrant à chaque pas un peu plus dans la peau, l'éléphant s'arrête court. Immédiatement il est entouré, enchaîné, lié et conduit par une troupe d'hommes armés en dehors de l'arène. Le vainqueur y reste seul; son cornac en descend, la pince est retirée, et le sâtmari commence. C'est le second acte, c'est-à-dire le combat entre l'éléphant et les hommes. L'arène est envahie par les éléphantadors et les porte-fusées, et cette brillante troupe se précipite en criant vers Tanimal. Celui-ci, ahuri par cette invasion subite, reste indécis; mais bientôt il reçoit un coup de cravache sur la trompe, des lances le piquent de toutes parts, et furieux il se précipite sur ses assaillants. L'un d'eux passe devant lui en agitant son voile rouge; l'éléphant le poursuit, mais, continuellement taquiné, il change souvent de course et ne saisit personne. Après un quart d'heure d'efforts inutiles, il comprend enfin son erreur et modifie sa tactique : il attend. Alors, un des meilleurs éléphantadors s'avance vers lui, lui donne un vigoureux coup de cravache, et bondit de côté au moment où la trompe va le saisir. Mais l'éléphant ne le quitte plus, cette

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