COMBAT D*ÉLÉPHANTS
fois il a choisi son ennemi et rien ne peut le lui faire abandonner; il ne reste plus au coureur qu'à gagner une des petites portes et à sortir de l'arène. L'animal, aveuglé par la furie, vient heurter la muraille et, «e figurant tenir son assaillant, piétine le sol avec rage. Quiconque n'a vu un éléphant dans un de ces combats, ou à l'état sauvage, ne peut se faire une idée de la rapidité de sa course : un homme poursuivi qui aurait à parcourir une distance d'un peu plus de 200 mètres sans rencontrer d'abri serait infailliblement perdu.
Enfin les trompettes sonnent, je vois les éléphantadors disparaître par les petites portes. L'éléphant ne comprend pas cette fuite soudaine et paraît s'attendre à quelque attaque nouvelle. Une porte s'ouvre, et un cavalier maharate entre dans l'arène, la lance au poing, monté sur un élégant cheval. Il vient en caracolant devant notre estrade et fait un gracieux salut. Je remarque que le cheval a la queue coupée très court, et l'on m'explique .que c'est afin d'empêcher que l'éléphant puisse la saisir. Celui-ci accourt avec fureur, la trompe levée, afin d'anéantir l'être qu'il hait le plus. Il a en effet pour le cheval une aversion toute particulière, qu'il manifeste même dans ses moments de plus grande douceur. Ce troisième acte du combat est le plus gracieux. Le cheval, admirablement dressé, ne bouge que sur l'ordre du cavalier, et celui-ci permet à l'éléphant de le toucher presque avec la trompe, avant de le faire bondir de quelques pas. Il attaque de sa lance l'énorme bête, tantôt en arrière, tantôt sur les flancs ; il l'amène au paroxysme de la rage; mais en ce moment même l'éléphant manifeste son intelligence extraordinaire. Feignant de ne plus s'occuper du cavalier, il se laisse approcher par derrière, puis, faisant volte-face avec une rapidité étonnante, il est sur le point de saisir le cheval, qui ne se sauve que par un bond désespéré. Enfin le combat est terminé, le cavalier nous fait une nouvelle courbette et s'éloigne. Les porteurs de pince entrent, accueillis par les huées de la
foule, pour reprendre l'éléphant. Ces pauvres gens ont fort à faire, car l'éléphant les charge, et ils ne Tarrèlent qu'avec difficulté. Le roi fait amener l'éléphantador qui s'est le plus distingué dans la lutte et lui donne en récompense une pièce d'étoffe brochée et une bourse d'or.
Un autre genre de combat, quoique moins beau et moins grandiose, ne manque pourtant pas d'originalité : c'est celui des rhinocéros. On a enchaîné à des extrémités opposées de l'arène les deux animaux qui doivent combattre. L'un d'eux est peint en noir et l'autre en rouge, afin qu'on puisse toujours les reconnaître, car ils se ressemblent autrement de point en point. A notre arrivée, les deux vilains animaux sont mis en liberté et parcourent la place d'un trot disgracieux et en poussant des rugissements. Leur vue paraît très mauvaise, car ils se croisent plusieurs fois sans s'arrêter; enfin ils se rencontrent et s'attaquent avec rage. Corne contre corne, ils font des séries de tierces, de quartes, de feintes, absolument comme avec une épée, jusqu'à ce que l'un d'eux réussisse à passer son arme sous la tête de son ennemi. C'est du reste là leur seul point vulnérable ; aussi celui qui se trouve dans cette mauvaise position tourne-t-il subitement la tête, de manière que la pointe repose sur l'os de la mâchoire, au lieu de traverser la gorge. Ils restent ainsi immobiles quelques minutes, puis se séparent et l'un d'eux prend la fuite. Pendant une heure, ils combattent à plusieurs reprises, avec une fureur croissante; leurs cornes se heurtent avec bruit, leurs énormes lèvres sont couvertes d'écume et leur front est ensanglanté. Des valets les entourent et leur jettent des baquets d'eau pour les rafraîchir et leur permettre de soutenir le combat. Le Guicowar ordonne enfin de faire cesser le combat, une fusée les sépare, puis ils sont attachés, lavés et emmenés.
Dans les combats d'animaux, les buffles montrent aussi un grand acharnement. Leurs cornes énormes sont une arme terrible que redoute le tigre lui-même, et leur agilité les rend