‹ Les royaumes de l'IndeChapitre 25 sur 47 · LÀ [FOIRE DU HOLI · texte numérisé non relu

LÀ [FOIRE DU HOLI

drons. On m'apprend qu'il célèbre la fêle du Holi au milieu des ruines de l'anlique Kajraha, dont les temples, d'une antiquité fabuleuse, sont considérés comme la merveille du Bundelcund.

Le lendemain nous visitons, en compagnie du ministre, les curiosités de la capitale. Elles sont médiocres, car la ville, quoique grande, est irrégulièrement bâtie et dépourvue d'intérêt. Le palais lui-même est une de ces constructions modernes, mélange hybride de villa italienne et de château rajpout, qui, si elles manquent de pureté de style, n'en paraissent pas moins appropriées au climat.

Deux jours plus tard, après avoir laissé reposer nos gens, qui étaient restés en arrière, nous avons rejoint le roi de Chutterpore, qui était campé à Kajraha, ou plutôt sur l'emplacement de cette antique cité dont, comme je vous l'ai dit, il ne reste que quelques temples d'une architecture remarquable.

Il s'y tient en ce moment une foire renommée où se rendent des gens de tous les pays voisins. Le champ de foire forme une véritable ville de tentes et d'abris de toutes sortes ; les échoppes sont rangées de chaque côté d'une grande avenue, car, outre le but religieux, la foire donne lieu à un important commerce d'échange. On trouve étalées sous ces misérables auvents les marchandises les plus variées : étoffes indigènes, brochées et lamées ; toiles anglaises, tapis, poteries, chaussures, bronzes, jouets, armes de toute provenance; de quoi enfin faire perdre la tête à un collectionneur ambitieux. Une foule bigarrée se presse le long de ces boutiques : hommes et femmes dans leurs plus beaux atours; des fakirs, des jongleurs exhibent leur sainteté ou leur adresse au milieu de cercles de curieux. De loin en loin se dressent ces grandes roues auxquelles sont suspendus des sièges qu'elles entraînent dans leurs évolutions, telles qu'on les emploie dans nos fêles de village, et qui sont connues de toute antiquité dans l'Inde.

Les abords des temples offrent un coup d'œil non moins animé ; la foule s'étage sur les perrons et va jeter des pièces de monnaie au pied des idoles, et puis, ce devoir accompli, elle envahit les terrasses et contemple les sculptures des façades, dont quelque brahmane leur fait l'explication la plus fantaisiste et la plus goûtée de cette multitude grossière. Tous les sentiers conduisant à la foire sont encombrés par les pèlerins attardés ou parles habitants des villages voisins, qui apportent les provisions nécessaires à cette ^agglomération d'êtres. La plaine est couverte partout d'une multitude d'où s'élève un bruit assourdissant.

Le jour de notre arrivée, vers trois heures, le Vakil vient nous proposer, de la part du roi d'avoir une entrevue avec lui sur le champ de foire. Il nous envoie quatre éléphants pour former notre sowari, et d'après ses explications je comprends bieik qu'il s'agit de fournir un spectacle au peuple. Comme le roi doit y figurer de pair avec nous, je ne pense pas qu'il y ait déshonneur à accorder cette satisfaction à tous ces braves gens, qui ne nous ont jusqu'ici témoigné que de la sympathie. Nous montons sur un éléphant, et, suivis par quelques nobles qui garnissent les trois autres, entourés de nos sowars de Gwalior, nous avançons en grande pompe vers le champ de foire. Des huissiers de la cour nous précèdent, réglant notre marche; la foule, prévenue, se range des deux côtés de la route. Bientôt nous voyons déboucher à l'autre extrémité le cortège du roi, qui s'avance au milieu d'une nombreuse escorte. Bientôt nous nous rencontrons ; mon cornac poussant notre éléphant, je me trouve à côté du prince, qui est assis, magnifiquement vêtu, sur un siège lamé d'or. Nous échangeons des saints et des poignées de main, puis, notre éléphant se plaçant à côté de celui du roi, les deux cortèges se confondent et la procession se dirige vers le temple.

La foule, pour laquelle notre présence est une attraction

imprévue, se presse autour de nous en criant : « Vive le roi! vive le seigneur français ! >

Le cortège se remet en marche; la nuit arrive bientôt, la plaine s'illumine de mille feux ; les cris et les chants redoublent. Nous ne quittons le Rajah que devant sa tente, et regagnons notre campement à la lueur des torches.

Réception dans le Bundelcund. — Les mines de diamants de Pannah. — Rewah. Chasse au tigre. — Deux panthères dans notre camp. — Le cyclone.

Rewah.

Nous venons, pour arriver ici, de traverser le Bundelcund dans toute sa longueur, nous arrêtant chez les nombreux princes dont notre route rencontrait la capitale. Nous avons été partout l'objet de l'accueil le plus flatteur. Les saluts de coups de canon, que je considérais comme une méprise à Chutterpore, sont dorénavant devenus la règle. Ces braves gens tiennent à me traiter comme un représentant de la France. Lorsque j'essaie de leur expliquer queje ne suis qu'un simple voyageur, sans attache officielle, ils me répondent : « Que nous importe? vous êtes le premier Français qui soit venu dans notre pays, et nous avons bien le droit de le recevoir avec honneur, pour qu'il puisse témoigner de nos bons sentiments envers sa nation. » Qu'à cela ne tienne. Du reste, il n'y a rien de désagréable dans toutes ces cérémonies, et je me fais fort bien à cette situation d'ambassadeur inpartibus. J'écoute impassiblement les salves d'artillerie, je réponds par de petits discours aux notables qui viennent m'accueillir à l'entrée de leur cité, et je suis déjà assez ferré sur l'étiquette pour savoir si le rang du prince que je visite est inférieur ou supérieur au mien, et si par conséquent je lui dois la première

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