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LES MINES DE DIAMANTS

visite OU si je dois attendre sa venue. Cependant, j'ai tenu à aviser de ces circonstances les autorités anglaises, qui m'ont répondu de laisser faire.

Pannah, la première ville où nous nous sommes arrêtés, est la capitale d'un des petits États du Bundelcund. C'est une ville insignifiante, mais célèbre pour ses mines de diamants, exploitées dès l'antiquité la plus reculée.

Les mines sont auprès de la ville et j'ai été les visiter. Le corps de la mine consiste en un puits rond, d'un diamètre d'environ d2 à d5 mètres et d'une profondeur de 20 mètres. L 3 terrain d'alluvion qu'il traverse se divise en couches horizontales superposées, composées de débris de gneiss et de carbonates, d'une épaisseur moyenne de 13 mètres; audessous on trouve le minerai adamantifère, mélange de silex et de quartz, déposé au milieu d'une gangue de terre rouge. Pour pratiquer l'exploitation du minerai, on fore ce puits sur une partie quelconque du plateau, et on se contente de retirer à bras la partie de minerai qu'on rencontre. Les ouvriers descendent au niveau de la couche par un passage incliné que gardent quelques soldats; à demi plongés dans l'eau, que les godets d'une noria ne suffisent pas à épuiser, ils se bornent à remplir des paniers en paille du mélange boueux, qui est porté à l'extérieur pour être examiné. Sous un hangar est placé un système d'auges en pierre dans lesquelles le minerai est soigneusement lavé; le résidu siliceux est étendu sur une table de marbre et livré aux trieurs. Ceux-ci, ayant chacun derrière eux un surveillant, examinent les pierres une à une, faisant retomber dans un panier le rebut et mettant de côté les diamants; ce triage demande une grande habileté, aussi bien de la part de l'ouvrier que de celle du surveillant ; car il doit se faire avec une certaine rapidité, et le diamant brut ne se distingue que difficilement des pierres qui l'entourent : silex, quartz, jaspe, hornstone, etc.

Vous voyez combien ce mode d'exploitation est primitif; on

peut affirmer à coup sûr qu'aucun perfectionnement n'y a été introduit depuis la découverte même des mines. La tradition rapporte que c'est en creusant un puits qu'on découvrit dans le sol des diamants d'une grosseur fabuleuse. On s'en est tenu depuis à ce procédé : le puits percé, on enlève tout le minerai qui se trouve au fond, puis on le comble et on va recommencer plus loin la même opération. Cette méthode est non seulement très coûteuse, mais elle produit encore ce résultat déplorable que pour fouiller un mètre cube on doit en déplacer cent, et on perd tout autour une surface vingt fois plus considérable. En outre, le forage des puits se fait d'une manière très primitive, entraîne une grande perte de temps, et il arrive souvent que le point choisi ne renferme pas la moindre parcelle de diamant. Par suite d'une méthode aussi imparfaite, ces mines, exploitées depuis vingt siècles, sont encore presque vierges, et le jour où on y pratiquera le travail par galeries on en obtiendra des résultats merveilleux.

Le Rajah vend directement ses diamants à Allahabad et à Bénarès ; il n'y a que quelques années qu'il a établi des ateliers pour tailler la pierre . à Pannah même ; auparavant le diamant se vendait brut. Je ne crois pas qu'il espère rivaliser, comme perfection, avec les tailleurs de diamants de la Hollande; mais cependant les pierres qui sortent de ses ateliers ne sont pas à mépriser. Le diamant est taillé et poli sur une roue d'acier liorizontale, chargée d'égrisée et d'huile et mise en mouvement par une pédale; l'ouvrier tient la pierre au bout d'une espèce de porte-crayon et l'appuie contre la roue de façon à l'user par facettes. Les formes les plus usitées dans le pays sont la rose ou le brillant à large face ; en général, les Indiens font peu de cas des nombreuses facettes estimées en Europe.

De Pannah, nous nous sommes rendus à Adjigarh, puis à Kalinjer, à Nagode, à Sohawul, à Madhougarh, autant de

lââ L£S ROYAUMES DE L'INDE.

capitales de petits royaumes ; c'est vous dire combien le pays est morcelé.

Rewah, la ville d'où je vous écris, est une grande cité et la capitale d'un État rajpout bien plus important que tous les précédents. Le roi s'est montré aussi hospitalier que ses voisins. II était à chasser dans les montagnes au moment de notre arrivée ; mais il s'est empressé de rentrer dans sa capitale pour nous recevoir et nous a ensuite proposé de nous joindre à lui pour assister aux battues que notre arrivée avait interrompues.

Nous avons donc été camper au pied des monts Kyrmores, à une vingtaine de lieues de la ville. C'est une des plus intéressantes excursions que j'aie encore faites.

A peine arrivés, nous avons eu une chasse au tigre. Nous nous sommes rendus à un houdi (j'ai déjà eu l'occasion à Oudeypour de vous expliquer ce terme) situé dans la montagne, au bord d'un lac, qui est le seul point du pays où les animaux trouvent de l'eau; c'est donc le rendez-vous des hôtes de la forêt, et les tigres y sont attirés par le double attrait de l'eau et d'une proie abondante. Quand l'un d'eux a été signalé, on le laisse jouir en maître de cet Éden, jusqu'au jour où il devient l'objet d'une expédition semblable à celle que nous avons faite.

L'houdi est ici plus perfectionné encore que dans le Meywar; c'est une véritable petite habitation, renfermant une chambre et surmontée d'une terrasse. Les murs sont crénelés et leurs meurtrières commandent en plein l'emplacement où les animaux sont forcés de venir boire, le reste du lac étant entouré d'une petite muraille qui en défend l'accès. Dans la chambre principale de l'houdi, nous trouvons une table, des chaises, et une corbeille contenant une collation et quelques flacons de Champagne, qui doivent nous permettre d'attendre patiemment l'arrivée du seigneur tigre. Il est strictement défendu de parler haut et de fumer. Un véritable arsenal de

carabines, rangées le long du mur, est destiné à notre usage et à celui du roi.

L'obscurité envahit la petite vallée ; les heures se passent, il est plus de minuit , et rien n'a encore bougé ; mais vers une heure la forêt paraît s'animer. Bientôt arrivent quelques sangliers, puis des daims; un peu plus tard, un cerf solitaire vient se camper superbement à quelques mètres de nous, reflétant sa belle tête couronnée de magnifiques andouillers sur le miroir du lac, éclairé par mille étoiles. Mais toutes ces tentations ne nous font pas oublier le tigre que nous attendons.

Comme toujours dans ces chasses de nuit, les instants les plus intéressants sont ceux de l'attente, alors que le chasseur, désarmé momentanément, voit se dérouler devant lui toute la vie nocturne de la forêt. Lorsque le tigre apparaît, il y a encore un instant d'émotion ; puis la malheureuse bête, fatalement condamnée, s'avance presque sans défiance; une décharge part de l'houdi, et le tigre s'affaisse avec un rugissement, le corps criblé de balles. Ce dernier acte, qui paraît le principal, n'est pas le plus beau; et pour ma part, j'ai toujours éprouvé un certain remords à participer à l'assassinat d'un tigre, à huit, derrière un mur de deux pieds.

On me réserva cette fois l'honneur de tirer le premier sur le tigre. J'attendis que l'animal ne fût plus qu'à une vingtaine de mètres de l'houdi. Ma première balle lui fit faire un bond prodigieux; au moment où il retombait à terre, je visai pour la seconde fois ; mais une décharge générale m'empêcha de juger de l'effet de mon coup et étendit le tigre mort sur les rochers. Au bruit des coups de feu, les gens de la suite arrivent, apportant des torches ; le corps du tigre est placé sur un brancard, et, remontant sur nos éléphants, nous reprenons la route du camp. A quatre heures du matin nous sommes dans notre tente, après une course effrayante sur le dos de nos éléphants, culbutant à la clarté des torches au

milieu des rochers. C'est un vrai miracle qu'aucun accident ne soit arrivé, car j'ai idée que pendant que nous sablions le Champagne dans l'houdi, les gens du roi fêtaient le vin nouveau de mhowah.

Notre camp est à peine plongé dans le silence, que je suis réveillé par des cris auxquels se mêlent des hurlements et de sourds grognements. Je saute sur mon fusil ; mes gens effarés se groupent à l'entrée de la tente; sous un arbre, à vingt pas de là, deux panthères déchirent un de nos chiens. Les yeux à demi fermés par le sommeil, je ne puis que leur lancer au hasard un coup de fusil qui les met en fuite. Nous trouvons le chien râlant; la malheureuse bête, attachée à un arbre, n'avait pu se sauver.

Les panthères abondent autour de notre camp et dans les plaines voisines ; les anfractuosités des rochers, les jungles basses et touffues leur fournissent un de leurs gîtes préférés. La panthère se nourrit presque exclusivement d'animaux de taille moyenne, chiens, chèvres, moutons, qu'elle vient chercher jusqu'au milieu des habitations ; elle ne s'attaque presque jamais à l'homme ou au gros bétail. Elle est infiniment plus dangereuse que le tigre, car elle joint à une agilité bien supérieure un plus grand courage, et charge les chasseurs sitôt qu'elle se voit attaquée; elle possède aussi l'avantage de pouvoir grimper sur les arbres, et plus d'un chasseur a été délogé de son affût par ces bêtes vindicatives.

Les chasses se sont succédé pendant une quinzaine. La veille de notre retour à Rewah, notre camp a été assailli pendant la nuit par un terrible cyclone. La tempête s'est déchaînée avec une telle rapidité qu'à peine si nos domestiques ont eu le tempsde nous éveiller; les khanatsde toile sont enfoncés, les piquets sautent en l'air, le vent s'engouffre sous la tente. Nous nous précipitons au dehors ; à ce moment une trombe de poussière et de pluie, à laquelle se mêlent des cailloux et des branches, nous jette tous à terre et m'entraîne à quelque

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