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L'ARRIVÉE

ce vent nous était favorable et nous poussait plus rapidement vers le terme de notre voyage. La petite société du bord était charmante, et nos journées se passèrent assez agréablement ; le piano, les jeux et même quelques tentatives de bal nous faisaient oublier la tempête.

Le matin du 8 juillet, on signala les côtes de l'Inde et, malgré le mauvais temps, tous les passagers accoururent sur le pont pour apercevoir cette terre tant désirée ; à notre grand désappointement, le ciel s'obscurcissant de plus en plus, le capitaine fit reprendre le large et le navire s'éloigna de la côte. Alors la tempête éclata pendant plusieurs heures : nous fûmes épouvantablement secoués; les cloisons des cabines gémissaient d'une façon sinistre et l'hélice, continuellement hors de l'eau, faisait vibrer toute la masse du navire. La proximité des récifs rendait notre position fort dangereuse, et le capitaine témoignait toute son anxiété.

Vers deux heures, le vent baissa et le temps s'éclaircit un peu; un des bricks du service de pilotage de Bombay, qui sont toujours en surveillance dans ces parages, nous avait aperçus le matin et s'était mis à notre recherche : il nous rejoignit et, la violence des vagues empêchant le pilote de monter à notre bord, il nous guida vers l'entrée des atterrissages, dont nous étions très près. Le spectacle que présentait ce petit navire au milieu de cette mer encore irritée et à côté de la masse imposante de notre paquebot, était des plus frappants; il bondissait au sommet des vagues ou disparaissait à demi entre leurs sillons écumeux, nous conduisant à travers le dédale de récifs et de bancs qui rendent les abords de Bombay si dangereux. De tous côtés les flots, se brisant avec fureur sur des rochers à fleur d'eau, nous montraient les dangers que notre guide expérimenté nous faisait éviter. Quelques tours d'hélice encore et la mer devient plus calme; nous passons devant une jolie baie bordée de cocotiers entre lesquels paraissent les façades de superbes habitations, et doublant un

long promontoire plat, couvert d'entrepôts, nous entrons dans la rade de Bombay.

Cette rade, une des plus belles du monde, se présenta à moi pour la première fois sous un aspect fort triste : le ciel gris, la pluie torrentielle, les navires et la rive cachés par le brouillard formaient un ensemble fort peu attrayant. Quelque enthousiasme que j'eusse pu avoir en touchant le but tant souhaité, je crois qu'il m'eût été difficile de rien admirer.

Je quittai le steamer pour me placer dans une embarcation conduite par une demi-douzaine d'Indiens, presque entièrement nus, qui me débarquèrent au bout de quelques minutes sur une belle jetée en pierre. Je mis pied sur la terre de l'Inde sans même attirer l'attention du douanier de garde, qui, se souciant fort peu de se mouiller,'me laissa passer devant sa guérite et se garda bien de m'adresser la moindre demande. Je n'apercevais autour de moi ni voiture, ni abri, et jene distinguais que confusément les premières maisons de Bombay dans le lointain. Un couli vint s'offrir pour porter ma malle et me conduire à un hôtel; je le suivis sans faire la moindre observation, pataugeant tristement au milieu des mares de boue. Passant une porte fortifiée que l'on démolissait, nous entrâmes dans un dédale de rues étroites, sombres et fort sales, dans l'une desquelles se trouvait le Royal Hôtel, qui m'avait été recommandé sur le paquebot comme le meilleur de la ville.

Cet hôtel, tenu par des parsis, adorateurs du feu, ne me parut au premier abord qu'une méchante auberge; des corridors obscurs s'entrecroisaient en tous sens et les chambres, séparées les unes des autres par des cloisons de toile blanchie à la chaux, ne contenaient pour tout ameublement qu'un lit surmonté d'une cage de mousseline, une table et une chaise. Je retrouvai à table d'hôte la plupart de mes compagnons de voyage. La nourriture m'y parut fort différente de celle que nous recevions abord, et dès le commencement du repas je

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