‹ Les royaumes de l'IndeChapitre 31 sur 47 · LA COUR DE BHOPAL. U · texte numérisé non relu

LA COUR DE BHOPAL. U

pas peu étonné de recevoir des propositions d'alliance d'un prince indien se disant représentant des Bourbons de France. Dans son ouvrage célèbre sur Tlnde centrale, Malcolm s'étend longuement sur cette curieuse rencontre et nous dépeint sous les couleurs les plus flatteuses la haute intelligence et la superbe figure du prince chrétien. Balthazar mourait en 4830, laissant tous ses droits et ses titres à sa veuve, Elisabeth de Bourbon, surnommée la Doulân Sircar, et à son neveu Bonaventure Bourbon, ou Merban Messiah.

Les descendants de Jean de Bourbon forment aujourd'hui un clan d'environ quatre cents i'amilles, dont trois cents sont établies dans le royaume de Bhopal et reconnaissent comme leur suzeraine Madame Elisabeth. Ils portent le nom de Frantcis, coiTuption du mot Français, et ont conservé fidèlement leur foi chrétienne. La petite communauté a une église desservie par un missionnaire catholique qu'elle entretient à demeure.

Il se trouve donc que nous comptons de nombreux compatriotes à Bhopal : aussi tous ces braves gens nous témoignent-ils une amitié dont je suis touché.

La reine nous manifeste, elle aussi, une véritable affection et nous recommençons ici notre vie de Baroda. La saison des pluies, qui est très violente dans cette région, nous interdit toute excursion au dehors : aussi sommes-nous les hôtes assidus du palais. Je passe la journée à m'entretenir avec la Bégaum des questions les plus sérieuses; nous exami-^ nous ensemble les institutions des divers pays de l'Europe, leurs productions, leurs richesses, les mœurs de leurs habitants. Je suis étonné de voir avec quelle rapidité la reine saisit les moindres détails et les applique aux questions qui la touchent directement. Tout ce qui concerne la salubrité publique, l'industrie et le commerce l'intéresse à un plus haut point que la politique, qui se borne pour elle à l'existence de deux puissances, l'Angleterre et la France, exerçant leur

Ui LES ROYAUMES DE L*INDE.

suprématie sur tous les pays du globe, à Texceplion toutefois de la Turquie, dont le sultan doit être, selon son idée, le suzerain reconnu de tout Tlslani.

Quand le temps le permet, la reine monte à cheval et, escortée par nous, le premier ministre et un petit état-major, elle visite les principaux établissements de la capitale, les hôpitaux, les écoles, les orphelinats. Souvent, au retour d'une de ces tournées d'inspection, nous descendons de cheval au pied du perron de la grande mosquée et nous allons prendre place dans un des kiosques qui donnent sur le bazar. De là, nous dominons tout le tumulte pittoresque de la foule. La reine ne tarit pas en curieux renseignements; elle me fi^it reconnaître les diverses nationalités; elle me donne les chiffres de l'importance commerciale de tel ou tel produit, des revenus qu'il rapporte à la couronne, etc.

Comme vous le voyez, la journée tout entière est consacrée aux choses sérieuses; mais le soir, en revanche, est réservé aux divertissements de tous genres. Nous arrivons au palais après l'heure de notre dîner, et trouvons réunis, dans le grand salon du premier étage, les quelques intimes formant l'entourage habituel de la Bégaum ; tous hommes graves, à barbe blanche et haut titrés : le premier ministre, un fort bel hjomme, d'un esprit très fin et ayant sur la Bégaum une grande influence; un oncle de la reine, quelques seigneurs féodaux, et enfin notre digne ami Ilousseïn Khan. En attendant la reine, qui passe tous les jours quelques heures dans le harem de sa fille, nous jouons aux échecs.

Vers huit heures, le bruit sec des cannes d'argent des tchoubdars, retentissant sur les dalles de la grande galerie, nous avertit de l'approche de la reine, qui entre bientôt dans la salle au milieu d'un essaim de jeunes filles, ses suivantes, qu'elle a dégagées, ainsi qu'elle-même, des règles orientales du harem. Sa charmante petite-fille, Soultana, resplendissante d'or et de joyaux, accourt nous embrasser. Puis la reine

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