LES BAINS IMPÉRIAUX
de Tavernier, 150 ipillions de francs. Il fut enlevé aux empereurs de Delhi, en 1739, par le Chah de Perse Nadir.
A la gauche du pavillon s'étendent les appartements privés des empereurs ou Summum Bourdj, longue suite de salles et de chambres aux parois de marbre incrusté (autant que permet d'en juger la couche de chaux qui les recouvre encore en partie), de jolies cours ornées de bassins et de jets d'eau, et de kiosques élégants fermés par de légères dentelles de marbre. Sur la porte de ce délicieux palais se trouve gravée la célèbre inscription : S'il est un paradis sur la terre, c'est iciy c'est ici !
Non loin des appartements se trouvent les Akbary Hammoum ou bains impériaux, la partie la mieux conservée et la plus intéressante de ce vaste palais. On sait le rôle important que jouent les bains dans la vie orientale ; c'est là que le nonchalant Asiatique passe les plus agréables moments de sa journée : aussi n'est-on point étonné du luxe et du raffinement déployés dans toutes les parties des bains impériaux ; rien ne paraît avoir été épargné pour en faire le lieu le plus charmant du palais. On entre dans de petites salles circulaires recevant la lumière par une étroite ouverture placée dans le centre de la voûte en forme de coupole. Le sol, dallé de marbre blanc, est couvert de fines mosaïques imitant des fleurs jonchées sans ordre. Au centre de chaque pièce se trouve soit une baignoire, soit une sorte de sofa pour recevoir les inhalations, toujours en marbre incrusté de pierres précieuses. De tous côtés serpentent des conduits en bronze qui amenaient la vapeur et l'eau chauffée à diverses températures. Le guide musulman qui nous a dirigés à travers les salles du palais, me fait la description des différentes péripéties du bain impérial. Du reste, la ville possède encore aujourd'hui un établissement où la tradition des bains à la mogole s'est conservée et où j'ai pu me convaincre par moimême de ses délices tant vantées.
Ces bains diffèrent peu des bains turcs. On est introduit d'abord dans une série de pièces chauffées à des températures croissantes; puis le baigneur, après vous avoir arrosé d'un seau d'eau tiède qui paraît glacée, vous couche sur une table de marbre, vous enduit le corps de savon et vous masse et vous pétrit jusqu'à complet épuisement. Vous êtes ensuite enveloppé dans une chaude couverture et placé sur un sofa où, après une heure de sommeil, vous vous retrouvez frais et dispos, mais en apparence seulement, car cette rude opération vous laisse peu propre, pendant le reste de la journée, aune occupation quelconque. C'est, en somme, un système hygiénique fort convenable pour un Asiatique désœuvré et somnolent, mais peu recommandable pour l'Européen, habitué à une vie active.
La ville elle-même est très intéressante; ses bazars sont parmi les plus beaux de l'Inde. Les boutiques, sortes de niches carrées, de dimension presque uniforme, regorgent d'objets précieux ou curieux : bijouterie de Delhi, châles du Cachemire, gazes de Barhampour, armes du Pendjab, coffrets ciselés du Chékavati, laques du Scinde. Plus loin sont les banquiers, qui, sans paraître redouter leur mutuel voisinage, occupent une longue file de boutiques contiguës. Puis des cordonniers renommés pour leurs souliers à la poulaine brodés de soie et leurs élégantes babouches; des chapeliers qui fabriquent les toques d'or des Mirzas, les légers bonnets de la bourgeoisie, et qui montent les turbans si étrangement façonnés caractérisant chaque caste; des orfèvres exposant des bijoux d'un travail aussi fin qu'artistique; des pâtissiers étalant d'appétissants gâteaux qu'ils pétrissent et cuisent devant le public, etc. : chacune de ces industries constituant une sorte de groupe presque séparé des autres.
La foule qui remplit à toute heure du jour ces bazars est des plus intéressantes à étudier. Le type qui mérite le plus d'attirer l'attention est celui des natifs de Delhi. Hin-