‹ Les royaumes de l'IndeChapitre 38 sur 47 · CAWNPORE · texte numérisé non relu

CAWNPORE

contreforts de ces montagnes géantes, et qu'avant de porter un jugement sur les Himalayas, il faudrait avoir pu aller les contempler du fond des vallées du Népal ou du Sikkim. Gomme ce bonheur ne nous est sans doute pas réservé, il ne m'appartient pas d'insister plus longtemps sur ce sujet.

Cawnpore. — Le crime de Nana-Sahib. — Lucknow. — Le caporal Claude Martin. — Allahabad. — Les pèlerins hindous* — - Bénarès. «-• Promenade sur le Gange. — Le saint des saints. — Tolérance des Hindous.

Bénarèi.

Nous voici enfin, ou plutôt hélas! sur la route du retour. Désormais mes explorations sont terminées ; avec quel succès, mes lettres précédentes ont dû vous le montrer. Ce n'est pas sans regret que je dis adieu à ce beau pays des Rajahs où je viens de vivre quatre années si belles, si remplies. Il ne nous reste plus qu'à visiter la vallée du Gange,puis ârautomiîenous nous embarquerons à Calcutta. Cette partie de mon voyage ne sera pas cependant la moins intéressante, car nos étapes portent des noms comme Cawnpore, Lucknow, Allahabad, Bénarès, Chandernagore, Calcutta, etc., et bien des touristes se contenteraient d'inscrire celte resplendissante guirlande de noms sur leur bâton de voyage. Mais, nous voyageons maintenant en chemin de fer, et il a fallu dire adieu aux pompeuses réceptions, aux coups de canon et à toute la brillante fantasmagorie de notre vie passée.

Cawnpore, la première ville où nous nous sommes arrêtés depuis notre départ de Simla, est une des principales cités de l'ancien royaume d'Aoudh ou d'Oude, comme vous l'appelez en France. Assise sur la rive droite du Gange, au centre d'un vaste district agricole, elle a une grande importance commer*

ciale et ne renferme pas moins de soixante mille âmes. Les Anglais y ont établi un cantonnement militaire pour sept mille hommes de troupes.

C'est à peu près tout ce que l'on aurait à dire sur cette ville, et je ne me serais certes pas détourné de ma route pourvoir ses longs et monotones bazars, parfaitement alignés, plantés d'arbres, respirant la richesse, la prospérité, mais aussi complètement dénués de pittoresque, si les terribles événements dont elle fut le théâtre en 1857 n'avaient jeté sur son nom une funèbre célébrité. 11 est un nom surtout qui restera éternellement rattaché dans l'exécration humaine à celui de Cawnpore : c'est le nom odieux de Nana-Sahib, l'effroyable assassin de tant d'innocentes victimes, qui, échappant à la juste punition de ses crimes, termine aujourd'hui paisiblement ses jours dans une vallée retirée du Népal.

Je ne vous retracerai pas ici le drame de Cawnpore, dont la nouvelle vint consterner l'Europe en 1857, et je me bornerai à vous en rappeler les principaux traits.

Vous savez que, les cipayes de la garnison de Cawnpore s'étant révoltés, Nana-Sahib, prince maharate dépossédé de son héritage par les Anglais, se mit à la tête de l'insurrection. Son premier acte fut de faire égorger froidement cent trente-six malheureux Européens, hommes, femmes et enfants, qui, trompés par la sympathie que ce prince avait jusqu'alors affectée pour les Anglais, étaient venus chercher refuge dans son propre palais deBihtour. Puis il vint assiéger la garnison anglaise de Cawnpore, qui s'était réfugiée, avec les femmes et les enfants, dans l'hôpital militaire, faible construction en briques. La petite troupe, environ cent cinquante hommes et autant de femmes, résista cependant bravement, derrière ce faible rempart, à toutes les attaques de l'armée de Nana. Celui-ci, impatient du temps que lui coûtait cette résistance inattendue, eut recours à la ruse. Il fit proposer au général anglais les honneurs de la guerre, des bar-

Page 1