TOLÉRANCE DES HINDOUS
civilisation, de tolérance. Qu'un Chinois, qu'un Indien vienne se promener dans nos rues pendant une fête, une cérémonie religieuse : la foule ne lui manifestera-t-elle pas les sentiments les plus hostiles si son attitude ne se trouve pas conforme aux usages du pays? Lui pardonnerions-nous son ignorance? J'en doute.
Et dans quel pays pourrait-on assister au spectacle qui s'offrit à mes yeux, ce jour-là, sur cette place de Bénarès? Là, à dix pas de tout ce que l'Hindou a de plus sacré dans sa religion, entre la source de la Sagesse et l'idole de Siva, un missionnaire protestant s'était établi sous un arbre. Monté sur une chaise, il prêchait en hindoustani sur la religion chrétienne et les erreurs du paganisme. J'entendais sa voix lancer à la foule, qui l'entourait respectueuse et attentive, ces mots : « Vous êtes des idolâtrés ! Ce bloc de pierre que vous adorez a été tiré d'une carrière, il a été ciselé par un ouvrier, et est aussi inerte, aussi impuissant que la borne qui flanque le mur de ma maison! >Ces paroles hardies n'attiraient aucun murmure; on écoutait impassiblement le missionnaire, mais on suivait sa dissertation, car de temps à autre un des assistants posait une question à laquelle le vaillant apôtre répondait de son mieux. Peut-être faudrait-il admirer le courage du missionnaire, si la tolérance bien connue des Hindous ne lui ôtait la plus grande part de son mérite. Il est vrai que c'est cette tolérance qui désespère les missionnaires; un d'eux me disait un jour : « Nos labeurs sont inutiles; on ne convertit jamais l'homme qui a assez de conviction dans sa foi pour écouter sans sourciller les attaques que nous dirigeons contre elle. »
Les rues sont d'une exiguïté étonnante, mais elles sont entretenues avec un soin qui fait honneur aux sentiments de propreté des Hindous. Bénarès, devenant subitement ville musulmane, serait bien vite un inabordable cloaque. Ces rues étroites sont bordées de petites échoppes où s'étalent, entre
autres curiosités, de très belles étoffes de soie brochées d'or appelées kîncôb et qui sont une des spécialités de Bénarès, des mousselines d'une merveilleuse finesse, et enfin des idoles de cuivre et de bronze dont l'étonnante variété ferait la joie d'un collectionneur. Les temples sont très nombreux, mais presque tous de dimensions fort restreintes ; ce sont en général de petites chapelles aux murs couverts de sculptures, précédées d'un portique à deux colonnes et surmontées d'une flèche d'une grande élégance.
La ville ne renferme en sommé aucune antiquité remarquable, mais on m'a signalé dans les environs plusieurs monuments bouddhiques que je compte explorer ces jours-ci.
XXIU
Le chinois Hiouen Thsang. — Le pays des Sontàls. — Chasse au tigre à dos d'éléphant, — L*ours des Rajmahals. — Un riche propriétaire. — Chandernagore.
Chamlernagore.
Non content des résultats que m'ont fourni mes recherches archéologiques autour de Bénarès, je me suis écarté de la ligne du chemin de fer pour explorer le Béhar, le berceau du bouddhisme. J'aiessavé de retracer l'itinéraire du Chinois Hiouen Thsang. Ce bon Chinois, qui m'a précédé dansl'Inde, il y a onze siècles, est un des derniers voyageurs qui aient assisté à l'expansion du bouddhisme dans ce pays... Mais tout cela est de l'hébreu ou du chinois pour vous. Aussi, je passe.
De course en course, je suis arrivé dans la province de Baghalpour, où un aimable planteur anglais, que j'avais rencontré à Agra, il y a deux ans, nous a off'ert l'hospitalité et a tenu lui-même à nous faire l'honneur de ce pays, qui, quoi-