BOMBAY
souffle de la ville Noire, les quartiers les plus éloignés sont incommodés de cette odeur, et les marins au large peuvent reconnaître à ce signe leur proximité de Bombay.
Un monde de peuples et de races aux types et aux costumes parfaitement distincts se presse dans les rues de cette capitale qui fournit les produits de l'Europe aux deux tiers de rinde et aux pays avoisinants; c'est le port de débarquement de tous les peuples venant de la Perse, de l'Arabie, de l'Afghanistan et de la côte africaine, de même que c'est le point de départ de tous les pèlerins de l'Hindoustan pour la Mecque, Karbala ou Nadjîf.
A côté des races indigènes, déjà si variées, on voit passer le Persan au haut bonnet d'astrakan, l'Arabe dans son costume biblique, le nègre Somali aux traits lins et intelligents, le Chinois, le Birman, le Malais; cette diversité donne à la foule un cachet que nulle autre ville au monde ne peut présenter. De gros Banians du Katch ou du Goujerat avec leurs pyramides de mousseline sur la tête vocifèrent avec des Caboulis ou des Sindiens; le fakir hindou, nu et hideusement peint, coudoie le prêtre portugais dans sa robe noire. La tour de Babel ne pouvait avoir réuni à sa base une plus complète . collection de la race humaine. Des palanquins s'entrechoquent avec fracas ; des voitures surmontées de dômes d'étoff'e ropge, sous lesquels se cachent de brunes beautés, passent au galop, traînées par de beaux bœufs de Surate; des cavaliers maharates caracolent à côté d'élégantes calèches de Paris ou de Londres. Toute cette foule parle, crie et s'injurie avec une volubilité et sur un ton vraiment assourdissants. Un Européen apparaît-il au milieu de ce désordre, aussitôt il est accaparé, assailli par vingt marchands qiii lui offrent des livres, des souliers, des bibelots, de la vaisselle; ce n'est qu'à force de coups et de menaces qu'il parvient à se débarrasser de cet essaim de tourmenleurs.
La voie est bordée de petites échoppes dont le sol, élevé de
plusieurs pieds au-dessus de la rue, sert de comptoir et d'étalage; les industries les plus diverses y sont côte à côte, mais celles qui méritent une attention particulière sont les magasins d'ouvrages en bois de santal, de meubles en ébène et d'objets d'art en cuivre. Vous connaissez peut-être ces charmants coffrets indiens en santal, recouverts de sculptures délicates ou d'incrustations aux facettes brillantes; c'est dans de sombres et petites boutiques, le long du Grand Bazar, que de nombreux artistes demi-nus exécutent ces petits chefs-d'œuvre. L'atelier est des plus primitifs : accroupi par terre, chaque ouvrier tient avec ses pieds nus une planchette du bois odoriférant qu'il cisèle avec un petit burin. Quant aux meubles, ils sont couverts d'arabesques si délicates, de monstres si grotesques ou de feuillages si gracieux, que, malgré la raideur de leur forme, il est difficile de résister à la tentation d'en acquérir quelques-uns.
Les maisons qui bordent les bazars sont généralement à plusieurs étages et construites en bois et en briques; leurs façades, garnies de vérandas aux piliers minutieusement sculptés et peintes de couleurs vives, ont un cachet de propreté tout à fait inconnu dans les pays musulmans. Quelquesunes des rues qui sillonnent cette immense ville sont très larges; le Bhendi Bazar, entre autres, est une des plus belles. C'est là que sont situées les fameuses étables arabes d'où sortent tous les magnifiques chevaux de luxe employés dans l'ouest de l'Inde, véritable paradis du sporlsman, car on y trouve les plus belles races chevalines du monde.
Une de mes premières visites a été pour le célèbre hôpital des animaux, entretenu par la secte charitable des Jaïnas. Cet hôpital est placé au centre du quartier le plus populeux de la ville Noire et l'entrée en est parfaitement libre pour tous les visiteurs.
On pénètre d'abord dans une grande cour, entourée de hangars, au milieu de laquelle se tiennent une centaine de