LES FÊTES INDIENNES
mérique, ils racontent d'effrayantes histoires de personnes tuées par eux pendant leur sommeil ; mais en réalité ces vampires ne sont dangereux que pour les fruits. Cependant plusieurs personnes m'ont assuré qu'il existe dans Tlnde une petite chauve-souris qui se repose pendant la nuit sur les hommes ou les animaux endormis et se repaît de leur sang; mais elle est de si petite taille, que la blessure qu'elle fait est à peine perceptible et sans aucun danger.
La fête des serpents. — La société hindoue. — Une danse de bayadères.
Les Parsis. — Un mariage.
Bombay.
La mousson pluvieuse commence à se ralentir. Il ne pleut plus guère que deux jours sur trois. Ce mauvais temps ne m'empêche pas de tirer profit de mon séjour. J'étudie avec ardeur l'hindoustani et l'ourdhou avec l'aide d'un excellent mounchiy professeur indigène, qui m'accompagne dans mes promenades. J'essaie aussi de m'initier aux mœurs, car il m'est indispensable, si je veux pénétrer avec quelque chance de succès dans l'intérieur du pays, de me transformer pour ainsi dire en Hindou.
Pour cela je^ rends de nombreuses visites à quelques commerçants hindous et parsis avec lesquels j'ai réussi à me lier; je vais à la mosquée, à la pagode; je suis scrupuleusement toutes les cérémonies publiques, j'assiste à toutes les fêtes, ce qui n'est pas, je vous assure, une petite affaire.
Ces fêtes sont en si grand nombre qu'il faudrait vous faire un cours de mythologie hindoue pour les décrire ; non seulement un certain nombre sont célébrées dans l'Inde entière.
mais chaque localité a des jours spéciaux consacrés à ses dieux lares, aux mânes des aïeux, ou aux différentes périodes des travaux agricoles. On calcule, à Bombay, que les Hindous n'ont pas moins de cent jours fériés; le gouvernement anglais est obligé d*en reconnaître plus de quarante pour la fermeture de ses administrations et la suspension générale des affaires. Si Ton se rappelle que Bombay a, en outre, une nombreuse population de Parsis, de musulmans, de juifs et de chrétiens, qui ont tous d'innombrables jours de fête,. • on comprendra qu'il se passe rarement un jour sans cérémonie.
Une des fêtes hindoues à laquelle j'ai assisté il y a quelque temps, et l'une des plus originales, est la fête des serpents. Ce jour est consacré à faire des offrandes aux serpents, à se les rendre favorables par des prières, à s'assurer leur protection contre les piqûres mortelles. Les abords des temples sont remplis d'une foule compacte en habits de fête, et partout s'élèvent de petites échoppes où se débitent des gâteaux, des jouets et des statuettes de dieux. De longues processions de femmes en costume de madone, poétiquement drapées dans leurs voiles de soie, traversent les rues en chantant et portant des offrandes de riz et de sucre qu'elles vont répandre devant les idoles de Krichna. C'est en effet l'anniversaire du jour où ce dieu tua le grand serpent python de Bindraband, qui désolait les rives de la rivière Jumna, Des étendards, d'énormes trompes de cuivre, des torches de fer remplies de résine enflammée apparaissent de tous côtés au-dessus de cette brillante multitude ; les palanquins, décorés de tentures et renfermant de gras brahmanes à l'air pate-^ lin, se croisent en tous sens. Le flot incessant qui encombre les environs de l'étang de Paidonèh se presse, à travers lespetites ruelles adjacentes, vers une place voisine où se déploie la plus importante cérémonie de la fête. Là sont rangés deux ou trois cents sâpwallahs ou charmeurs de ser-
pents, ayant chacun devant lui une corbeille contenant une vingtaine de cobras; les pieux Hindous leur apportent des jattes de lait de buffle, dont ces reptiles sont très friands. Bientôt chaque jatte est entourée d'un cercle de cobras qui, la tête plongée dans le liquide, restent dans un état de parfaite immobilité; de temps en temps, le sâpwallah en retire une pour faire place à une autre, et il est curieux de voir la fureur de l'animal dépossédé, qui se dresse, gonfle son capuchon et frappe tout ce qui l'entoure. Le cercle des charmeurs est environné d'une foule de curieux ; ces reptiles, ces hommes demi-nus ou couverts d'oripeaux de couleur qui manient les reptiles sans la moindre crainte, sont vraiment d'un effet très original. Ce singulier manège dure toute la journée, et deux ou trois mille cobras sont amplement repues de lait; le lendemain matin, les charmeurs quittent tous l'île et lâchent charitablement leur collection de serpents dans la jungle. Le soir, les maisons sont illuminées, des processions escortées de torches parcourent les rues et de tous côtés retentit une effroyable cacophonie de cymbales, de tam-tams et de hautbois. Cette fête a généralement lieu en juillet ou en août, époque où les cobras sont le plus dangereuses, et l'instinct craintif de ces peuples leur a fait choisir ce moment pour apaiser le courroux de ces terribles demi-dieux.
Les riches Hindous mènent ici une existence bien différente de celle de leurs ancêtres; sans rien changer»à tout ce qui est prévu par leur code religieux, ils adoptent un luxe tout européen. Chaque soir, les promenades sont obstruées par leurs calèches, que traînent des chevaux pur sang et qu'escortent des laquais en grande livrée. Leurs maisons sont somptueuses et renferment toujours une telle quantité de meubles, d'objets d'art, de glaces et de lustres qu'on se croirait dans un magasin. La plupart du temps, ces merveilles sont entassées sans goût, mais il faut dire que leur proprié*taire les considère simplement comme une collection de