‹ Les ruelles de XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 31 sur 38 · SUR LE DOYEN DE LA GALANTERIE · texte numérisé non relu

SUR LE DOYEN DE LA GALANTERIE

Un homme extraordinaire parut au XVIIe, — un homme qui remplit le siècle suivant, le dernier de la Monarchie, du bruit de sa renommée et du mouvement de sa vie, — un homme qui laissa partout derrière lui une traînée de lumière et des gloires diverses, — un homme qui fixa l'opinion dans un pays où elle est d'ordinaire variable à l'excès, — un homme qui désarma, et, au besoin, sut écraser l'Envie, tenace, lorsqu'elle s'abat sur une réputation, comme le vautour sur les cadavres d'un champ de bataille, — un homme qui occupa la scène amoureuse avec une rare, une heureuse, une héroïque résistance ; — un homme qui

se montra, depuis l'heure hâtive de son adolescence ardente jusqu'aux dernières heures de sa vieillesse toujours vaillante, toujours primesautière sous les drapeaux de Vénus, le Cupidon galant le plus accompli du siècle, le plus parfait talon rouge de Versailles, le dandy le plus consommé du royaume ; — cet homme se nommait Richelieu, le président des gentilshommes de la Chambre de Louis XV, le vainqueur de Mahon, l'enfant gâté des femmes, le courtisan rompu aux meilleures élégances, le favori du Roy, celui qui donnait le ton aux conversations des soupers dans les petits appartements, l'esprit le plus fin, le plus délié, le plus fier caractère, et, en même temps, le seigneur adroit et souple, compromettant ses amis et n'en perdant aucun, persiflant les maîtresses et se servant de leur crédit, faisant de l'opposition aux ministres et obtenant d'eux les plus grandes faveurs ; — en un mot, dansant avec la toute puissance d'une grâce presque féminine sur la corde raide d'une existence de cour, et ne se cassant rien, lui qui cassait si crânement le nez à tout le monde. Tel fut Richelieu, nature où les passions versèrent leur lave brûlante sans amollir entièrement le cœur qui resta dur, insensible, qui joua avec la femme comme le chat joue avec la souris imprudente, qui se moqua ouvertement de l'amour, qui posséda jusque dans la haine, dans le mépris, dans la vengeance, l'ironie la plus féline, jointe aux agréments d'un langage qui conserva exactement la teinte rose Pompadour au milieu des élans passionnés de la colère ; emporté à l'extérieur et se possédant on ne peut mieux, ne livrant rien au hasard et traitant l'amour comme une science.

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Richelieu professa le dandysme ; la vanité fut son idole. — Barbey d'Aurevilly, qu'il convient de citer à propos de ces rois de l'élégance, a écrit sur celui-ci les lignes suivantes : « Avant d'être le genre de fat que son nom représente, Richelieu, lui, était un grand seigneur dans une aristocratie expirante. Il était général dans un pays militaire. Il était beau à une époque où les sens révoltés partageaient fièrement l'empire avec la pensée, et où les mœurs du temps ne défendaient pas ce qui plaisait. En dehors de ce que fut Richelieu, on peut concevoir Richelieu encore. »

Sans doute, Georges Byran Brummel fut beaucoup plus dandy que Richelieu, ou plutôt le célèbre anglais symbolisa le dandysme, le porta à la suprême perfection, à l'idéale ressemblance d'un type conçu par l'imagination froide et correcte d'un saxon, ennemi du slang en toutes choses ; — il est juste néanmoins d'accorder à Richelieu les qualités du cynisme, qualités que le Régent, Philippe-d'Orléans et Mirabeau eurent au •plus haut degré ; les dandys tiennent à leurs vices comme il est d'usage d'aimer et de pratiquer les vertus de société ; à ce point de vue, le Maréchal-Duc doit figurer au nombre des dandys , quoique sa fatuité semble devoir l'en exclure. L'aristocratie du XVIIIe avait déjà descendu quelques échelons : ce n'était plus l'aristocratie si distinguée de Louis XIV. L'anémie

rongeait la noblesse.

B. d'Aurevilly constate la rareté des dandys. « Il y a eu d'Orsay, ditil. Mais d'Orsay, ce lion dans le sens de la fashion, et qui n'en avait pas moins la beauté de ceux de l'Atlas, d'Orsay n'était pas un dandy. On s'y est mépris. C'était une nature infiniment plus complexe, plus ample et plus humaine que cette chose anglaise. On l'a beaucoup dit, mais sans cesse il faut y revenir ; la lymphe, cette espèce d'eau dormante qui n'écume que quand la Vanité la fouette, est la base physiologique du Dandy, et d'Orsay avait le sang rouge de France. C'était un nerveux sanguin aux larges épaules, à la poitrine François 1", et à la beauté sympathique. Il avait une main superbe sans superbe, et une manière de la tendre qui prenait les cœurs et les enlevait ! Ce n'était pas là le shoken hautain du Dandysme. D'Orsay plaisait si naturellement et si passionnément à tout le inonde, qu'il faisait porter son médaillon jusqu'à des hommes ! tandis que les Dandys ne font porter aux hommes que ce que vous savez, ni plaisent aux femmes en leur déplaisant. (Ne jamais oublier cette nuance lorsqu'il s'agit de les juger.) D'Orsay était enfin un roi de bienveillance aimable ; or, la bienveillance est un sentiment entièrement inconnu aux Dandys. Comme eux, il est vrai, il avait l'art de la toilette, non éclatante, mais profonde, et c'est pour cette raison, sans doute, que les Superficiels l'ont regardé comme le successeur de Brummel; mais le Dandysme n'est pas l'art brutal de mettre une cravate. 11 y a même des Dandys qui n'en ont jamais porté. Exemple : lord Byron qui avait le cou si beau ! D'un autre côté, d'Orsay fut un artiste. De cette main qu'il donnait trop, — car la coquetterie règne bien plus par ce qu'elle refuse que par ce qu'elle accorde, — il sculptait, et non pas comme Brummel peignait ses éventails pour des visages faux et des têtes vides. Les marbres laissés par d'Orsay ont de la pensée. Ajoutez à ce talent de sculpteur qu'il avait bien failli être un écrivain, et qu'à vingt-trois ans il avait mérité cette lettre de Byron à Alfred D... qu'on trouve dans ces fameux Mémoires où la lâcheté de Moore a remplacé les noms par des astérisques et les anecdotes piquantes par des points ... (Aimable homme que ce Moore !) Quoique fat, d'Orsay fut aimé par les femmes les plus fates de son temps. On ne parle pas des naturelles : il n'y en a jamais que deux ou trois dans un siècle; à quoi bon en parler ? Il a même inspiré une passion qui dura et qui restera historique. Les Dandys, eux, ne sont aimés que par spasmes. Les femmes, qui les détestent, ne s'en donnent pas moins très-bien à eux, et ils

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ont cette sensation qui vaut pour eux beaucoup de livres sterling, de presser des haines dans leurs bras... Quant à ce duel charmant de d'Orsay, jetant son assiette à la tête de l'officier qui parlait mal de la Sainte Vierge, et se battant pour elle, parce qu'elle était femme, et qu'il ne voulait pas qu'on manquât de respect à une femme devant lui, quoi de moins dandy et de plus français ? <>

Page lumineuse, ciselée de main de maître, pense'e admirablement, et qui nous permet d'introduire Richelieu dans une pléiade où les rangs ne sont pas aussi pressés que les étoiles dans un ciel de nuit d'été ; — il n'eût pas le calme olympien de Brummel, l'ondoyante nature de Byron, les inclinations si naturellement nobles de d'Orsay, mais peut-on lui refuser le caprice, la force, la grâce, les agréments de ces hommes « dont Alcibiade fut le plus beau type che^ la plus belle des nations?» (D'Aurevilly) Du dandysme, Richelieu ne prit que les allures, les dehors, les termes courants, les vêtements faciles à porter, — il recula devant une étude de tous les jours, de toutes les heures de sa vie ; il ne voulut pas peser ses mots, ses gestes, ses manières ; au jeu, chez la Gourdan, dans le pavillon de Brissault, chez la fermière-générale La Popelinière, comme à Versailles, comme à Choisy, comme à la tête de ses troupes, soit qu'il emportât d'assaut un ouvrage devant l'ennemi, soit qu'il culbutât bravement les dernières protestations d'une femme de cour luttant pour sa vertu, — est-ce que Richelieu n'offrit pas à ses contemporains un mélange de vices et de qualités, de défauts et de perversités qui appartiennent aux genres du Dandysme?

Même représenté par Brummel, par Georges IV, par le duc d'Yorck, par le Régent de France, par Mirabeau, et les plus grands d'entre ces vaniteux intrépides, le Dandysme n'aurait plus sa raison d'être aujourd'hui, dans une civilisation où tout se fait à la vapeur, où l'on ne vit presque plus chez soi, entrant et sortant du salon le plus aristocratique comme d'un lieu banal, ne se fixant à rien et voulant tout embrasser; — que feraient donc les dandys au milieu de nous? Nous ne les comprendrions pas, et nos faux élégants à lorgnon les tourneraient en ridicule. Le Dandysme a vécu à vrai dire plus longtemps que les roses ; mais si le temps les effeuille, le temps les rajeunit. — Agréable métamorphose.

La réputation galante de Richelieu est une réputation surfaite. Les inspecteurs de M. de Sartines le connaissaient bien, eux; « ils savaient ce qu'on ne sait plus aujourd'hui, c'est que ce Don-Juan du maréchalât donnait en fait de galanterie dans les panneaux les plus grossiers. » (Préface du Journal de Sartines.)

Le rapport du 8 juillet 1763 est instructifs lire ; on y verra que le Duc, atteint de la papillonne, manquait parfois de clairvoyance. — « La dame S*", dont l'état a toujours été de se prêter secrètement aux plaisirs du prochain, désirant rendre favorable à son mari, qui est dans la Connétablie, M. le Maréchal duc de Richelieu, auprès duquel il sollicite quelques grâces, lui a présenté, il y a huit jours, à son beau pavillon. (C'est le pavillon de Hanovre. La suite de cette histoire prouve que Richelieu trouvait souvent plus roué que lai.) La demoiselle Leblanc, la même qui vit aujourd'hui avec M. F", fils, conseiller au Parlement, et comme la S"* sait que le mare-

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chai craint la jouissance de nos demoiselles ; elle lui a fait entendre que c'était une jeune femme arrivée depuis peu de Rouen à Paris pour des affaires de famille et qu'elle logeait, rue St-Denis, chez M L*" marchand de soie, qui était de ses parents. Le maréchal a été enthousiasmé de la jolie figure de la Leblanc, et, ce qu'il y a de singulier, il ne l'a point reconnue quoiqu'il l'ait vue journellement à Bordeaux où elle était abonnée au spectacle. Il a promis à la S"* de lui être favorable pour son mari, et que comme il comptait, tant qu'il resterait à Paris, s'attachera la dame Leblanc, il voulait auparavant s'informer d'elle, et qu'en conséquence il irait chez le sieur L"' acheter quelques marchandises pour jouir du plaisir de la voir dans le comptoir. Effectivement, dès le lendemain, il a été chez L"*, mais il n'a point vu la Leblanc, et cela ne se pouvoit. La S*" étant retournée à la charge, il lui en a fait des reproches. Cette femme effrontée lui a dit qu'elle en ignorait la cause, mais qu'elle verrait à s'en informer et lui en rendrait compte. Pour cet effet, en quittant le maréchal, elle a été chez la Leblanc lui conter son embarras, et, après s'être consultées ensemble, il a été décidé que la Leblanc écrirait au maréchal qu'elle était désespérée de ne s'être point trouvée à la boutique le jour- qu'il lui avait fait l'honneur de venir, mais que le sieur L"" en était l'unique cause, parce que s'étant aperçu que différents jeunes gens entraient chez lui sous prétexte d'acheter, et, cependant, n'avaient d'autre dessein que de causer avec elle, il l'avait priée de rester dans sa chambre, non-seulement pour lui épargner le ridicule que cela lui donnait, mais aussi parce qu'il était responsable de sa conduite à Paris; qu'elle avait cru ne devoir point le désobliger à cet égard, afin d'avoir plus de commodité de venir le voir avec la dame S*** en qui le sieur L*'* avait une entière confiance. Le maréchal a très-bien reçu cette lettre d'excuses, et a fort engagé la S"* à lui procurer, de nouveau, la visite de cette belle femme, car c'est ainsi qu'il en parle; mais en femme adroite, elle lui a dit qu'il ne fallait rien précipiter, crainte de donner de l'inquiétude à M.L"* qu'elle soupçonnait d'en être amoureux. Il lui a fait présent d'un bracelet enrichi de très-beaux diamants; d'un côté est son portrait, de l'autre un chiffre qui contient la première lettre de son nom entrelacée avec deux du nom de la Leblanc ; par dessous ce chiffre sont des cheveux de sa maîtresse. Ils ont loué aussi une petite maison à la Nouvelle-France, où M. P*** couche quelquefois; mais il a grand soin d'être rendu le lendemain chez M. son père, à six heures du matin ; il lui promet encore de lui faire sept ou huit cents livres de rente, lorsque la nécessité la forcera de se marier : il est certain que la Leblanc l'aime plus qu'un autre; mais elle n'est point fille à laisser échapper une occasion de gagner de l'argent.

Vraiment, la cheminée Popelinière vaut mieux que

cette aventure. Comment ! Richelieu a vu cette femme à Bordeaux, elle lui est présentée, il ne la reconnaît même pas ; non-seulement le flair lui manque, mais une procureuse le berne en face, la Leblanc le joue avec effronterie, il est dupé comme un jeune homme ! Dandysme pour dandysme, nous préférons celui de Brummel, qui ne fit jamais de folies pour les femmes, à la berquinade du maréchal. La sensation avait bien son côté fâcheux, puisqu'elle jetait l'homme de cour le plus envié dans les filets d'une fille de rue. Nous allons voir Richelieu raconté par les anecdotes de sa vie ; la ruelle brouillonna une infinité de feuillets sur son compte ; ici encore, les ciseaux agiront fermement, car les mœurs du vainqueur de Mahon sont racontées avec un style calqué sur celui du marquis de Sade ; ce dernier nom dit tout, il dit même trop ; ce nom est une gravure avant la lettre où les détails sont caressés plus qu'il ne faut.

« M. le Comte ***, lieutenant-général des armées du Roy, a été mis à l'Abbaye pour avoir maltraité le tribunal des Maréchaux de France. Las de sa prison et du régime qu'il y observoit, il fil dire un jour au vieux maréchal de Richelieu qu'il ne pouvoit plus vivre éloigné de sa femme, qu'il étoit tourmenté par des désirs violents, que la nature chez lui parloit d'une voix trop forte pour qu'il put lui imposer silence. Avec la gaîté charmante qu'il a toujours conservée, le Maréchal de Richelieu s'écria : — « Ah! Ah! dites à M. **' qu'il

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ne sortira de prison qu'après m avoir appris son secret. » La philosophie de la sensation trouve ici sa confirmation. Richelieu avait usé et abusé des mystérieux dons de la nature et du tempérament ; les femmes trouvaient une amère gloire à se faire afficher par lui ; son vœu est néanmoins d'apprendre le secret du lieutenantgénéral incarcéré. Crébillon fils excitait l'imagination de ces hommes, la chair excitait leurs sens, les intrigues de Versailles excitaient leur esprit ; — et nous ne parlons pas des imprévus si fréquents, qui faisaient tomber dans la coupe du plaisir la dernière goutte de l'ivresse et des larmes. Quelle existence celle d'un Richelieu et comme il est à regretter que ses lettres d'amour ne soient pas venues jusqu'à nous ! On pourrait écrire avec cette correspondance féminine le livre d'or du caprice et de l'hystérie au XVIIIe siècle.

« Quelques jeunes officiers eurent une querelle avec le guet chez Nicolet ; l'affaire fut vive. Elle fut portée au tribunal des Maréchaux de France ; le vieux duc se ressouvint qu'il avoit été jeune et mousquetaire. Son esprit chevaleresque lui fit approuver l'effervescence des jeunes militaires. Il blâma les gens du guet. Un de ces jeunes gentilshommes s'écria : « M. le Maréchal,

un soldat a eu l'impudence de dire qu'il se f. de

vous. » — « Cela peut être; mais, Monsieur, comme il ne vous a pas prié de me le redire, ayeq la complaisance de vous rendre à l'Abbaye. »

« Le Maréchal de Richelieu assistoit à un de ces petits soupers qui se donnent si fréquemment à Paris. Use mita rire aux éclats. Les quatre dames qui étoient de la partie voulurent en savoir le sujet : c'étoit à qui

le devineroit ; on faisoit mille conjectures et toutes tomboient à faux ; le Maréchal refusoit absolument de s'expliquer ; il avoit déjà répété plusieurs fois que ces dames ne lui pardonneroient pas cette confidence; la curiosité féminine s'augmentoit d'autant plus ; on force le Duc à découvrir son secret ; il cède enfin, en exigeant des lettres de grâce que ces dames lui promirent. « Eh bien! leur dit l'Octogénaire, il faut vous obéir; la galanterie est de tous les âges ; un souvenir charmant excitoit mes ris ; je me rappelois qu'autrefois f avois eu le bonheur d'être reçu dans le lit de chacune de vous ; aujourd'hui, je ne puis que vous le dire. »

La sensation était devenue le cas profondément physiologique des libertins ; les cheveux blancs n'empêchaient pas de tomber dans le rêve sénile de la chair. Ce n'est pas l'appréciation d'un écrivain que nous avons dans l'espèce, — c'est la parole et l'aveu de l'intéressé.

« Un jeune homme de qualité pria le même Maréchal d'avancer de trois jours la sortie de son frère, qu'une faute légère retenoit à l'Abbaye. — « Mon ami ... lui dit M. le Duc de Richelieu, je .... « Souffrirez-vous, Monsieur le Maréchal, que le frère de votre ami passe la nuit en prison? — Il obtint ce qu'il demandoit.

« Le marquis de L*** épris des charmes de MIleFermel, alla un jour chez elle, et la pria sans fadeur de lui accorder une nuit. On devine que Mllc Fermel est trop polie pour refuser un joli Seigneur. Elle y mit toutefois une condition et demanda un collier de chatons dont elle avoit besoin. C'eût été peu de chose pour un partisan ; mais c'étoit beaucoup pour un marquis françois

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plus accoutumé à payer de sa personne que de sa bourse ; cependant, avec beaucoup d'esprit et peu de délicatesse, on se tire aisément de tout. — « Quoi, qu'est-ce que cela, mon ange ? Oh! rien n'est plus juste ; mais pour le moment cela n'est pas possible ; si vous le trouve y bon, je vais vous en faire mon billet .... vite de l'encre, du papier. » — On écrit et on couche,

« Le marquis, de retour à son hôtel, envoyé chercher tous les petits chats du quartier, les entrelace avec des faveurs couleur de rose, et fait ainsi un collier de Chatons admirables. On les met dans un joli panier rempli de gaze en dedans, et farci de rubans bleus au dehors ; on porte ensuite le tout à MUe Fermel, qui, charmée de l'élégance extérieure du cadeau, remet au porteur le billet du marquis. Qu'il est galant, disoit-elle, en défaisant la multitude des nœuds qui fermoient le panier ! Elle lève la gaze, et les fureurs de l'avarice trompée succédant au sourire de l'intérêt satisfait, elle charge le marquis d'imprécations soldatesques, et va se plaindre au Doyen des Maréchaux de France. — « Le billet explique-t-il de quoi sera le collier? lui demanda le vieux Juge du point d'honneur, d'un air goguenard. — « Non, Monsieur, répondit la Nymphe plaignante. — « Tant pis, Mademoiselle; car en ce cas le marquis a rempli sa parole et je suis votre serviteur. »

« Une émérite de Cythère, Me de S*** après avoir

ruiné son mari en se perdant elle-même, s'est avisée

de prendre par spéculation du goût pour un américain

fort riche. Elle admettoit chez elle, (car il y a toujours

des admis avec les dames) un Monsieur qui annonçoit

des dispositions pour la dépense. Celui-ci devint jaloux

du bonheur de son rival ; il suffit de mettre le pied dans ces maisons-là pour prendre des passions, sans savoir pourquoi ni comment, et il est assez naturel d'y regarder le genre humain comme son rival. Enfin, il s'exhala un jour en plaintes et en personnalités assez dures sur le compte de la dame qui étoit absente. L'américain se défia de répéter ses propos à son retour. A peine eut-elle reparu que le jaloux recommença de plus belle, et s'emporta même au point de porter à son tour un défi au créole. Celui-ci devint sourd et muet. Mme de S*** qui croyoit déjà voir son amant baigné dans son sang, éclata de telle force qu'on donna des gardes aux deux concurrens. Mandés le lendemain chez le maréchal de Richelieu, ils s'y sont rendus. — « Monsieur, dit le vieux et brave militaire avec les grâces qu'on lui connoit, en s'adressant à l'américain, (vous défende^ à ravir l'honneur des dames, je vous en fais mon compliment ; » puis il lui tourna le dos. Son adversaire fut introduit. « Pour vous, Monsieur, vous sere^

puni. — Mais, Mgr, c'est une P — Raison de plus,

Monsieur; plus femme qu'une autre par conséquent ; un an et un jour de prison vous apprendront à vivre à cet égard; et je m'estimerai très-heureux d'avoir été le précepteur d'un aussi brave homme que vous. » — Il est à remarquer que tout cela se passoit en présence de la dame outragée, qui, d'abord, crioit vengeance, et qui est sortie fort contente du Duc qu'elle n'appelle plus depuis que son bon ami M. le Maréchal. C'est être trop bonne. Au reste, le condamné est sorti, le même jour, de prison par les mêmes ordres. »

Toujours, — et nous voulons insister — la sensation

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fit des siennes au XVIIIe Voici maintenant le Duc qui

pose en principe qu'une P est par conséquent plus

femme qu'une autre. Théorie qui n'est pas nouvelle ; mais qui n'est pas sans charme sur les lèvres du président du point d'honneur. Nous voulons absolument retenir le mot; et les conclusions de notre livre n'y perdront rien.

« Une espièglerie de M1Ie Rosalie, de la Comédie- Italienne, a donné lieu à un jugement assez singulier. Cette actrice qui, sous le nom d'Antonio, sert de guide à Blondel dans la pièce de Richard-Cœur-de-Lion, avoit mis quelques épingles sur la manche de son habit. Clerval, s'y étant appuyé, se piqua jusqu'au sang. A peine fut-il dans la coulisse, qu'il gronda l'actrice ; celle-ci, oubliant ses anciennes liaisons avec Clerval, ne manqua pas, dans les injures qu'elle lui répondit, de lui rappeler qu'il avoit été garçon perruquier. Plainte au maréchal de Richelieu, Premier Gentilhomme de la Chambre. Le semainier observa que Rosalie devoit être mise à une amende de cent écus. « Arow, non, dit le maréchal, elle trouverait un coucheur de 25 louis, et seroit insolente de cent écus de plus ; en prison, je m'y connois, en prison ! » Ce qui fut exécuté. Rosalie coucha seule et gratis à l'hôtel de la Force, d'où elle sortit le lendemain.

« Voici une anecdote qui est gaie. Au jeu d'une dame de la Cour qui tient une espèce de tripot, il se réunit des joueurs aussi heureux qu'habiles. Ces jours derniers, cinq joueurs y faisoient un brelan. Quatre d'entre eux reçoivent brelan; ils engagent leur va-tout; celui qui donnoit les cartes le tient et montre un brelan carré

qui gagne tout. Un des quatre perdans plus piqué que

les autres, se lève et s'écrie en jurant : « F voilà un

coup trop désavantageux ! » Celui qui avoit donné laisse glisser ce propos en empochant l'argent; mais le joueur, encore plus piqué, le répète plus haut, de sorte qu'il s'élève entre eux un dialogue animé qui fut interrompu par deux Gardes du tribunal des Maréchaux de France, qu'on attacha à leurs personnes. Ils sont menés chez le Maréchal de Richelieu, et là chacun plaide de son mieux son affaire. Le dupé prétend qu'il n'a point adressé la parole à l'autre ; le donneur affirme que le coup est dans la classe des choses possibles. M. le Maréchal les fait embrasser ; le premier plaignant son sort, va payer son Garde ; l'autre reste, et remercie M. le Maréchal de la sagesse de son jugement. « Ce coup est pourtant bien extraordinaire, disoit M. de Richelieu. « Oui-, Monseigneur, mais il est possible .... — « Alle^, alle$, répliqua le Doyen des Maréchaux, je suis trop bon, j'aurois dû vous envoyer à l'Abbaye, pour y rester jusqu'à ce que ce coup fut arrivé une seconde fois. » Mot ingénieux qui annonce bien ce que le vieux guerrier pensoit intérieurement de l'aventure.

« M. le Maréchal de Richelieu qu'on avoit dit mort quelques mois avant qu'il mourut véritablement, se montra le même jour à l'Opéra . Le lendemain, il donna à dîner au Maréchal de Biron et au vieux Thuret. Ce triumvirat chargé d'ans, de myrtes et de lauriers a joui pleinement, dans de mutuels récits, de tous les plaisirs du souvenir. Galant jusques aux portes du tombeau, le Maréchal de Richelieu a fait une réponse charmante à la duchesse de "** qui le complimentoit sur le

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mieux que son état sembloit annoncer : « Je vous trouve le visage très-bon et très-frais. » — « Vous prenez apparemment, re'pondit le Maréchal, mon visage pour une glace dans laquelle vos traits se réfléchissent. » « La mort du duc de Richelieu a fait époque. Chacun cite quelque trait de galanterie de ce vieux Seigneur. de son amabilité, et. surtout, de sa rouerie. Il n'avoit que quinze ans lorsqu'il fut mis au régime de la Bastille, pour ses espiègleries envers la jeune duchesse de Bourgogne. Il s'est trouvé une fois enveloppé dans les rideaux du lit de sa Princesse ; mais c'étoit uniquement pour lui faire peur lorsqu'elle viendroit se coucher. — Une autre fois cette Princesse étant penchée sur le balcon de Marly, le jeune Richelieu glissa doucement la main sous ses jupes. Elle étoit bonne ; elle eût sans doute pardonné ; mais on avoit vu, on jasoit, la Princesse fut obligée de se fâcher et l'étourdi fut mis à la Bastille. Il y fit encore une retraite de six mois en 1 71 5. sur la demande de son père et malgré madame de Maintenon qui aimoit son esprit et que ses étourderies amusoient. Son péché, cette fois-là, étoit d'avoir perdu vingt mille francs au jeu. Madame de Maintenon trouvoit que ceux qui les lui avoient gagnés étoient plus coupables que lui.

Richelieu fut l'homme à la mode, le premier des hommes à la mode, — et le dernier. Les frères de Goncourt, qui ont remis le XVIIIe en honneur dans un siècle d'esprit bourgeois et de conversations industriel-

les, ont écrit sur le doyen de la galanterie quelques pages étincelantes ; — l'observation, la finesse et la profondeur des aperçus, le style lui-même, les moindres détails, tout s'y réunit pour en faire un morceau achevé. L'analyse de mœurs n'a jamais eu plus de pénétration intime, plus de lucidité, plus de qualités françaises dans la phrase et dans la façon de placer le mot. Voici le jugement de ces maîtres peintres en raccourci.

« Aussi les plus grands scandales, les plus grands éclats de l'amour, sont-ils des entraînements de tête, entraînements particularisés, caractérisés par un mobile qui n'a rien de sensuel : la vanité. Les femmes résistent assez souvent à la jeunesse d'un Chérubin agenouillé à leurs pieds, aux agréments d'un homme dont la personne leur plaît entièrement. Il peut arriver qu'elles soient fortes contre les périls de l'habitude, de l'intimité, de la beauté, de la force, de la grâce, de l'esprit même, contre les mille séductions qui ont fait de tout temps l'homme redoutable à la femme. Mais il est une séduction contre laquelle elles essayent à peine une défense, une fascination qu'elles ne savent point fuir : qu'un homme à la mode paraisse, c'est à peine si on lui laissera la fatigue de se baisser pour ramasser les cœurs, tant l'amour a. dans la femme de ce temps, la bassesse de la vanité ! Qu'un homme à la mode paraisse, elles se livreront à lui tout entières ; elles l'aideront de leur amitié amoureuse, de leurs intrigues, de leurs influences; elles le porteront dans le meilleur courant de la cour. Elles seront fières de le servir, sans qu'il les remercie, fières d'être renvoyées comme elles ont été prises. Et n'arriveront-elles point à accepter, comme une déclaration, la lettre circulaire envoyée le même jour par Letorière* à toutes les dames qu'il ne connaissait point encore. Nous sommes loin de ce temps des billets galants et raffinés qui fit la fortune de la mère de Montcrif en lui empruntant sa plume amoureuse et délicate. Qu'il se donne la peine de vaincre cet homme irrésistible, l'homme à la mode; et l'on verra demander grâce

* Letorière, — un sensualiste — est bien qualifié par un mot intraduisible ; les initiés le connaissent. Il se donnait, lui, à tout venant ; son esprit, ses sens et son cœur appartenaient aux autres, aux femmes surtout. Richelieu fit plus de bruit et de scandale que Letorière; — mais celui-ci mourut dans la fougue de son tempérament, dans le caprice de son imagination. Le souvenir ne lui causa aucune souffrance.

DU XVIIIe SIECLE J.ÛI

aux plus pures, aux plus vertueuses, à celles qui avaient jusque-là conservé !a paix de leur bonheur et de leur vertu contre toutes les tentatives et toutes les occasions. Qu'il veuille, et M™* de Tourvel elle-même sera perdue ! — Qu'il s'appelle Richelieu, il traversera tout le siècle, en triomphant comme un dieu et rien que par son nom. Il sera ce maître qui devient une idole, et devant lequel la pudeur n'a plus que des larmes 1 La femme ira chercher le scandale auprès de lui ; elle briguera la gloire d'être affichée par lui. 11 y aura de l'honneur dans la honte qu'il donnera. Tout lui cédera, la coquetterie comme la vertu, la duchesse comme la princesse. L'adoration de la jeunesse, de la beauté, de la cour du Régent, de la cour de Louis XV, ira au-devant de lui comme une prostituée. Les passions des femmes se battront pour lui comme des colères d'hommes; et il sera celui pour lequel Me de Polignac et la marquise de Nesle échangeront au bois de Boulogne deux coups de pistolet. Il aura des maîtresses dont la complaisance étouffera la jalousie et qui serviront jusqu'à ses infidélités, des maîtresses dont il ne pourra épuiser la patience, et qu'il essayera vainement de rassasier d'humiliations. Celles qu'il insultera lui baiseront la main, celles qu'il chassera reviendront. Il ne comptera plus les portraits, les mèches de cheveux, les anneaux et les bagues, il ne les reconnaîtra plus ; ils seront pêle-mêle dans sa mémoire comme dans ses tiroirs. Chaque matin il s'éveillera dans l'hommage, il se lèvera dans les prières d'un paquet de lettres ; il les jettera sans les ouvrir avec ce mot dont il soufflettera l'adresse : Lettre que je n'ai pas eu le temps de lire ; on retrouvera à sa mort, encore cachetés, cinq billets de rendez-vous, implorant le même jour, au nom de cinq grandes dames, une heure de sa nuit. Ou bien s'il daigne les ouvrir, il les effleurera d un regard, il baillera sur ces lignes brûlantes et suppliantes qui lui tomberont des mains comme un placet des mains d'un ministre ! — Et si ce n'est point Richelieu, ce sera un autre. Car peu importe à la femme d'où vient cet homme, d'où il sort; peu lui importe sa naissance, son rang, son état même: que la mode le couvre, c'est assez pour qu'il honore celles qu'il accepte. Que cet homme soit un acteur, un chanteur, qu'il ait encore aux joues le rouge du théâtre ; s'il est connu, il sera un homme, un vainqueur I Les plus grandes dames et les plus jeunes l'inviteront, l'appelleront, le prieront, lui jetteront sous les pieds leurs avances, leur humilité, leur reconnaissance. Elles l'aimeront jusqu'à se faire enfermer, presque jusqu'à en mourir, comme la comtesse de Stainville aima Clerval. Elles se l'arracheront comme ces deux marquises se disputant publiquement Michu dans une loge de la Comédie-Italienne. Elles en voudront avec la fureur éhontée de la comtesse fameuse criant devant tous : • Chassée ! Chassée ! » ou bien avec la volonté fixe, l'entêtement résolu, la fermeté douce de la belle-sœur de Me d'Epmay, de Me de Jully. Et

quel mot échappe à celle-ci, lorsque demandant à M" d'Epinay d'être la complaisante de ses amours avec Jéïyotte, M" d'Epinay s'exclame ; • Vous n'y pensez pas, ma sœur, un acteur de l'Opéra, un homme sur qui tout le monde a les yeux fixés, et qui ne peut décemment passer pour votre ami ... — Doucement, s'il vous plaît, lui répond M* de Jully. je vous ai dit que je l'aimais, et vous me répondez comme si je vous demandais si je ferais bien de l'aimer. »

{L'Amour au XVIII? siècle.)

Le dandysme, — ou la manière d'être que l'on peut nommer ainsi — meurt avec Richelieu; personne ne le ressuscitera jusqu'à la fin du siècle. Mirabeau, fatigue' par les aventures de sa jeunesse, se livrera trop avant avec Sophie Monnier pour que l'on puisse rencontrer chez lui les qualités froides, correctes et ironiques du ve'ritable dandysme ; — c'est le sang généreux du midi qui dicte à Mirabeau son langage et sa conduite, ses écarts et ses caprices. Les hommes publics vont désormais remplacer les dandys.

Mais le personnage que Richelieu resta sans mélange, sans addition d'allure empruntée, ce fut le galant homme, l'amoureux de toutes les femmes, l'impitoyable corrupteur de plusieurs générations ; — nul masque sur son action; elle est bien au grand jour de Versailles et de Paris, de l'armée et de la cour, de la rue et du salon ; elle s'étale insouciante du lendemain, du murmure des familles, de la haine des époux et des pères, des blessures faites à l'honneur, au prestige des noms les plus respectés; — l'action de Richelieu fut celle de l'homme à la mode qui n'avait qu'à se montrer, qu'à

l'U XVIIIe SIÈCLE

vouloir, qu'à dire un mot, qu'à faire un geste, qu'a sourire pour ramasser sur ses pas les cœurs palpitants d'amour des femmes subjuguées par son scepticisme et son élégance. — Richelieu ne vit pas les sombres jours, Louis XV pas davantage : ces deux hommes eussent mérité un pareil châtiment.

Les feuilles de rose et les baisers sur de beaux seins nus, — les enchantements contenus dans une ceinture de Vénus, facile à dénouer puisqu'elle est toujours flottante, — les parfums à l'ambre et la poudre des longues tresses, — les serments oubliés à l'heure précise de leur éclosion sur les lèvres sanguines, — le talent que l'on méprise, la vertu que l'on nargue, la fin du monde que l'on prophétise avec un bonheur de divination sans exemple dans l'histoire, — le patriotisme et la supériorité que l'on exile : — quels souvenirs pour les erotiques des petits appartements de la cour, du Parc-aux-Cerfs, de Luciennes et de Choisy ?

Si le sang et les souillures des échafauds ont besoin d'une excuse, — et nous le pensons — ne la trouveraiton pas dans ce règne de Louis XV ? Jamais la conscience d'un grand peuple ne subit plus de compression ; — ce n'était ni l'audace du génie, ni la témérité de la fortune ; on sentait partout la domination grossière, l'entraînement des sens, la sécheresse du cœur, la folie de l'intelligence. Depuis longtemps l'amour lui-même reniait ses adorateurs sans, foi, sans respect, sans la douce vertu de charité; et le joyeux enfant les menait au supplice en esquissant un cruel sourire. Et l'amour, inflexible dans sa haine, chargea le bourreau d'exécuter ses volontés. — Et les destins s'accomplirent.

Richelieu avait une telle réputation de galanterie que l'auteur de la Pucelle, à propos d'une énormité, jugea opportun de mettre en œuvre son Phœbus le plus coquet, le plus amoureux :

Ferney, le 21 décembre 1772.

Quoi 1 toujours la cruelle envie Poursuit ma réputation !

On dit qu'une nymphe jolie Dans ma dernière maladie M'a donné l'extrême-onction, Et que j'emporte en l'autre vie Ce peu de satisfaction.

Voyez l'horrible calomnie!

Seigneur, il n'appartient qu'à vous, A votre jeunesse immortelle, De faire encor de si beaux coups, Et d'être entre les deux genoux D'une coquine fraîche et belle.

Je sens que je suis au tombeau, Cet état me fait de la peine ; Mais il ne faut que le roseau Vive aussi longtemps que le chêne .

Voltaire

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