‹ Les ruelles de XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 32 sur 38 · LES NOUVELLES A LA MAIN LES GAZETTES HOLLANDAISES · texte numérisé non relu

LES NOUVELLES A LA MAIN LES GAZETTES HOLLANDAISES

Le marquis d'Argenson, le duc de Choiseul, d'Hémery de Vergennes, maréchal de Castries, etc.

Quelques lettres, originales au premier titre, coururent la ruelle, se répandirent rapidement dans les bureaux de nouvelles, de là dans le public, et les gazettes étrangères, passées aux frontières en sourdine, les rapportèrent enrichies de commentaires plus ou moins obligeants. — Commençons par Voltaire ; sa lettre est adressée au Père Jésuite de la maison de Nancv.

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Du 4 avril 1 754.

Cette date est celle de notre manuscrit de ruelle, feuillet 36 1 ; elle fait suite à l'aventure des coups de bâton infligés au poète Roy, à l'entrée du comte de Clermont à l'Académie française, et au singulier discours qu'il prononça : Je vous donne mon cœur, mes confrères. La plus belle enfant du monde ne peut donner que ce qu'elle a ; et le comte eût sans doute éprouvé un réel embarras à payer sa réception en monnaie d'esprit.

Lettre de M. de Voltaire au Père de Menoux, Jésuite, Supérieur de la maison de Nancy.

De Colmar, le 17 février 1753.

Vous ne vous souvenés peut-être plus, mon Révérend Père, d'un homme qui se souviendra de vous toute sa vie : cette vie est bientôt finie. J'étois venu à Colmar pour arranger un bien assés considérable que j'ai dans les environs de cette ville; il y a trois mois que je suis dans mon lit. Les plus considérables personnes de la ville qui me font l'honneur de me voir m'ont averti que je n'aurois pas à me louer des procédés du Père Mérat que je crois envoyé ici pour vous. S'il y avait quelqu'un au monde dont je pusse espérer de la consolation, ce seroit d'un de vos Pères et de vos amis que j'aurais dû l'attendre; je l'espérois d'autant plus que vous scavés combien j'ai toujours été attaché

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à votre société et à votre personne ; il n'y a pas deux ans encore que je fis les plus grands efforts pour être utile aux Jésuites de Breslau; rien n'est donc plus sensible ici pour moi que d'apprendre par les premières personnes de l'Eglise, de la Robe et de l'Epée que la conduite du Père Mérat n'a été ni selon la justice ni selon la prudence. Il auroit dû plustôt me venir voir dans ma maladie et exercer envers moi un zèle charitable convenable à son état et à son ministère, que de se permettre des discours et des démarches qui ont révolté ici les plus honnêtes gens, et dont M. le Comte d'Argenson, secrétaire d'Etat de la Province, qui a de l'amitié pour moi depuis près de quarante ans, ne peut manquer d'être instruit. Je suis persuadé, mon Révérend Père, que votre prudence et votre esprit de conciliation préviendront les suites désagréables de cette petite affaire. Le Père Mérat comprendra aisément qu'une bouche chargée d'annoncer la parole de Dieu ne doit pas être l'organe de la calomnie, qu'il doit apporter la paix et non le trouble, et que des démarches peu mesurées ne pourront inspirer ici que de l'aversion pour une société respectable, qui m'est chère, et qui ne devroit pas avoir d'ennemis. Je vous supplie de lui écrire ; vous pouvés même lui envoyer ma lettre. Je suis, avec respect, votre bien dévoué,

Voltaire.

Les feuilles de ruelle mettent le français à leur façon ; les verbes sont écrits à la terminaison comme au XVIIe siècle, et même au XVIIIe, puisque la réforme dans l'orthographe se fit sous l'inspiration de Voltaire:

nous n'avons rien voulu changer. La plume est bien tenue, avec une humilité étonnante cependant; et que faut-il penser de cette déclaration une société qui m'est chère et qui ne devroit pas avoir d'ennemis? Le règlement d'une affaire avait, nous devons le constater, l'art d'assouplir l'esprit le plus critique et le plus acerbe de son temps. Que voulez-vous ? Il n'y a pas de grand homme pour le valet de chambre, et cette lettre appartient de droit à la correspondance en robe de chambre. L'homme philosophique eut une telle influence, il pesa d'un si énorme poids sur les destinées de la Monarchie,'qu'on peut bien l'amnistier d'une faiblesse.

Le Révérend Père répondit six jours après. L'esprit cauteleux de l'Ordre respire dans sa lettre ; le mordant n'y manque pas ; la modestie ne fut jamais le faible de ces hommes qui tiennent à la terre et à ses passions plus qu'on ne le croit.

De Nancy le 23 février 1754.

Je suis flatté, Monsieur, de l'honneur de votre souvenir. L'état de votre santé me touche et m'allarme. Ce que vous me mandés du Père Mérat me surprend d'autant plus que pendant deux ans que je l'ai vu ici, il s'est toujours comporté en homme sage et modéré depuis qu'il n'est plus dans ma communauté. Je n'ai aucune autorité sur lui ; je vais pourtant lui écrire et je lui communiquerai votre lettre. Peut-être vous en

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a-t-on fait des rapports peu fidèles, ou peut-être lui sera-t-il revenu à lui-même quelque chose qui l'aura indisposé contre vous. Et de bonne foi, Monsieur, comment voulés-vous que des gens de'voués comme nous à la religion par conviction, par devoir et par zèle, se taisent toujours, quand ils entendent attaquer sans cesse la chose du monde qu'ils envisagent comme la plus sacrée et la plus salutaire i Voilà cependant ce qu'on voit souvent dans les écrits répandus sous votre nom, et, récemment, dans le prétendu Précis de l'histoire universelle. Je me suis toujours étonné qu'un aussi grand homme que vous, qui a autant d'admirateurs, n'ait pas encore trouvé un véritable ami. Si vous m'aviés cru, vous vous sériés épargné cette foule de chagrins qui ont troublé la gloire et la douceur de vos jours. Je sens quelquefois couler mes larmes en lisant vos ouvrages ; plus je les admire, et plus je vous plains.

Ah 1 si Dieu pouvoit exaucer mes vœux ! Que ne

puis-je vous estimer autant que je vous aime ! Je suis, avec charité, votre serviteur en Jésus,

R. P. Menoux.

Chaque mot porte dans la réponse du Père ; on y sent la griffe puissante d'un lettré de race. Il vise juste aussi quand il se prend à regretter l'absence d'amis : le défaut de cuirasse est atteint de main de maître. Voltaire n'eût pas d'amis. Faire le vœu de pouvoir estimer quelqu'un autant qu'on l'aime, est une ironie triple qu'une plume ecclésiastique aiguise mieux que toute autre.

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Le Procureur-Général écrivait le 11 août 1742 au lieutenant de police : « On a parlé ce matin, Monsieur, dans une chambre du Parlement, d'une Comédie où quelques-uns de Messieurs ont été, et qu'ils disent contenir des choses énormes contre la religion. »

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