‹ Les ruelles de XVIIIe siècle (volume 2)Chapitre 35 sur 38 · LA VÉRITÉ SUR LE PARC-AUX-CERFS · texte numérisé non relu

LA VÉRITÉ SUR LE PARC-AUX-CERFS

Choiseul représentait au ministère la protection accordée aux penseurs, aux écrivains, aux philosophes, aux poètes, à l'Art dans toutes ses manifestations, aux Parlements, aux libres esprits, à ceux qui voulaient des réformes, qui croyaient faire à temps les concessions nécessaires, indispensables, la part du feu, si habilement concédée par l'aristocratie anglaise, moins menacée cependant que l'aristocratie expirante de Louis XV. — Est-ce que Choiseul ne 'voyait pas juste? Est-ce que le génie de l'homme d'Etat n'entrevoyait pas les troubles de l'avenir, les émeutes, les exils, les

échafauds, le sang versé, la Monarchie, chancelante déjà, foulée aux pieds et massacrée dans la personne de ses plus illustres représentants ? Choiseul, rappelé aux affaires en 1774, eût peut-être sauvé la Royauté et l'ancienne forme sociale, par de larges et sincères réformes, par un droit d'intelligente initiative accordé aux parlementaires, par l'abandon de certains privilèges vexatoires, par la tolérance et la sympathie, par l'humanité, le devoir, le renouvellement de la condition du pauvre; — en un mot par toutes les concessions qu'il était d'esprit politique d'offrir plutôt que d'amener les choses à l'éclat bruyant des revendications du Tiers. Choiseul, accusé de libéralisme, ne revint pas au ministère; et les événements suivirent le cours fatal que l'on sait.

Quand Fex-fille Lange, la petite Béqus, couronna sa prodigieuse fortune par sa présentation à la cour de France, (176S-1774J le roi Choiseul, — on le nommait ainsi, et non sans quelque raison — paraissait inébranlable ; Louis XV l'aimait beaucoup ; la facilité de son travail au Conseil, la parfaite aménité de son caractère, la courtoisie grand seigneur de ses manières, tout se réunissait pour assurer une domination alors incontestée ; — mais l'ennemi veillait, implorant depuis longtemps la mort de la marquise et son remplacement par une créature. Autour de la future comtesse les mécontents se groupèrent; les Jésuites menèrent l'affaire, soutenus par le parti du Dauphin. Le bannis-

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sèment de la fameuse société, préparé, signé, exécuté sous le ministère Choiseul, avait creusé un profond abîme entre lui et l'Eglise. Stylée ainsi, la maîtresse devait avoir le dernier mot dans une lutte d'influences.

Le ministre, docile à l'égard d'une femme élégante, spirituelle, artiste, Me de Pompadour, ne voulut pas se courber devant la fille Lange, qui fit des avances ; — la ruelle dit même que le duc les repoussa avec un sarcasme particulier, d'autant plus redoutable qu'il fut relevé et colporté. Le roi sentit bien que la sœur de Choiseul ne pardonnerait jamais le refus qu'elle avait essuyé, aussi il expliqua sa conduite. Le maître ne pouvait pas mettre plus d'aristocratie dans le ton, plus de franchise dans les avances : « Vous connoissez madame Du Barry ; ce n'est assurément point M. de Richelieu qui me l'a fait connoître, quoiqu'il la connût, et il n'ose pas la voir ; et la seule * fois qu'il l'a vue un moment, c'est par mon ordre exprès. J'ai pensé la connoître avant son mariage. Elle est jolie, j'en suis content, et je lui recommande tous les jours de prendre garde aussi à ses entours et donneurs d'avis ; car vous croyez bien qu'elle n'en manque pas. Elle n'a nulle haine contre vous ; elle connoit votre esprit, et ne

* Richelieu, vexé d'être supplanté par le roué Jean, mit peu de chaleur dans sa protection. Donner une femme au roi était le rêve de sa vie. Il connut l'ancienne pensionnaire de la Gourdan dans un dîner donné en son honneur par Lebel. Le roi, caché, put voir tout à son aise la charmante Jeanne, et la lit appeler le soir même.

vous veut point de mal. Le déchaînement contre elle a été affreux, à tort pour la plus grande partie.

« Elle est très-jolie *, elle me plaît, cela doit suffire. Veut-on que je prenne une fille de condition ? Si l'archiduchesse étoit telle que je la désirerois, je la prendrois pour femme avec grand plaisir ; mais je voudrois la voir et la connoitre auparavant. Son frère en a été chercher une, et il n'a pas réussi. Je crois que je verrois mieux que lui, car il faudra bien faire une fin; et le beau sexe autrement me troublerait toujours ; car très-certainement vous ne verrez pas, de ma part, une dame de Maintenon. En voilà, je pense, assez pour cette fois-ci. »

Choiseul ne fut pas attendri par la lettre royale; les partis signèrent une trêve et s'observèrent de plus près. Alors intervint la ruelle :

Eût-on pensé qu'une clique, Se moquant de la critique, Sut d'une fille publique Faire un nouveau potentat?

Eût-on cru que sans vergogne Louis à cette carogne Abandonnant la besogne, Laisseroit perdre l'Etat?

* Elle est jolie, — elle est très-jolie, — voilà le fond du cœur de Louis XV. Traité en homme par une femme qui l'initia aux mystères de son ancien métier, le roi s'y attacha. C'est une belle ironie le souvenir de la Maintenon ; elle assombrit les dernières années de Louis XIV; et la comtesse sema partout les rires et les plaisirs, les soupers fins et les débauches, les joyeusetés de la rue; elle introduisit même à la cour la laNgue verte des bouges. Cette conduite n'est guère Maintenon.

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Par elle on devient ministre, C'est sous son ordre sinistre Que d'Aiguillon tient registre Des élus et des proscripts.

Le public indigné crie, Mais du roi l'âme avilie, Fière de son infamie, Est insensible aux mépris.

Tous nos laquais l'avoient eue, Lorsque traînant dans la rue Vingt sols offerts à sa vue La déterminoient d'abord.

Quoique Louis ait su faire, La cour à ses vœux contraire.

Moins lâche qu'à l'ordinaire, Pour la fuir est bien d'accord.

J'en excepte les espèces, Qui pensent que leurs bassesses Leur vaudront quelques caresses Des commis et des valets ; Objet de notre risée, Que cette troupe effrontée, Pour le moins soit régalée Ici de quelques couplets.

Commençons par le plus digne; Le public nous le désigne ; Bissy, cet honneur insigne Ne peut regarder que toi ; Ton esprit faux et maussade, Toujours triste, toujours fade, T'eût valu quelque ambassade.

S'il ennuyoit moins le roi.

Vil athlète de la brigue, Vil Sectateur de l'intrigue, De la cour, qui se fatigue, Sache donc sortir enfin ; Ne vois-tu pas qu'on se moque.

Et que ton aspect baroque N'offre plus rien qui ne choque.

Richelieu, tu n'es plus fin.

Peu délicat sur l'honnête, Plat courtisan, flatteur bête, Sans caractère et sans tête, D'Aumont, voilà ton portrait; De ta petite existence, Content jusqu'à l'insolence, Tu crois que sans indulgence On doit te trouver parfait.

Qu'as-tu fait de ta prudence, Condé, dans cette occurence i De ton nom cher à la France, Tu viens de ternir l'éclat; Abandonne la partie, Efface l'ignominie, Viens défendre la Patrie, Rends un héros à l'Etat.

Maillebois sut être infâme, Et dans le fond de son âme.

Avoit ourdi une trame Pour perdre son ennemi ; De même crime coupable, Voir que Broglio l'accable, Et le déclare incapable, Cela paroitinoui.

Descars, Laval, et tant d'autres, Qui vous croyez des apôtres, A d'autres yeux que les nôtres Vous ne semblez que des fous ; Allez, que rien ne vous gêne, N'appréhendez pas la haine, Vous ne valez pas la peine Que l'on s'occupe de vous.

Pourvu que Choiseul détale, La Jésuitique cabale Dit que le roi sans scandale Peut vivre avec Dubarri, Que le ciel choisit l'impure Pour montrer à la nature Qu'il n'est vile créature Dont il ne tire parti.

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Croit-on qu'épargnant les femmes, Je laisse ces bonnes dames, S'applaudissant dans leurs âmes, S'imaginer qu'on les craint ; Tant qu'elles furent jolies, On toléra leurs folies ; Depuis qu'elles sont Momies, Oh! personne ne les plaint.

Des restes de la vérole, Valentinois resta folle, Et cette insipide idole A Dubarri se donna ; Près d'une jeune princesse, Pour modèle de sagesse Le roi mit cette princesse :

Le beau choix qu'il a fait là !

La maîtresse de Soubise, * Comme une femme de mise, Dans les cabinets admise, Croit faire des envieux; Aujourd'hui, même en province, On trouve cet honneur mince ; Dubarri fait voir au prince Les aveugles, les boiteux.

Talmont croit jouer un rôle, Et si quelqu'un la contrôle, D'avance elle se console Par l'espoir d'un grand crédit ; Le roi s'en rit sans scrupule ; La pauvre vieille crédule Ne voit pas qu'au ridicule Se bornera son profit.

Mirepoix, plus avisée, Laissant aux sots la fumée.

Et du solide occupée,

' Soubise est ce trop fameux général vaincu à Rosbach, créature de la marquise, ennemi du maréchal de Broglie, auteur de son exil et des amertumes qui suivirent pour cette famille ; — quant à la maîtresse de Soubise, général d'antichambre, c'est la comtesse de l'Hôpital.

Se fait donner de l'argent ; Depuis longtemps pour commode De la maîtresse à la mode, On acheta la pagode, Qui se vendit chèrement.

La ruelle, entre les mains de Choiseul,fut sans pitié; — entre les mains de la petite comtesse, elle foudroya : quelle arme à deux tranchants, la ruelle du XVIIIe !

Un commis du premier ministre, l'abbé de la Ville, trahit son supérieur et fournit au parti d'Aiguillon le prétexte tant cherché; le roi, travaillé depuis longtemps, chargea La Vrillière de remettre au noble duc la lettre suivante, que nous donnons dans son texte original, texte fixé, en 1829, par l'honorable famille de Choiseul :

« J'ordonne à mon cousin le duc de Choiseul de remettre sa démission de secrétaire d'Etat et de surintendant des postes entre les mains du duc de la Vrillière, et de se retirera Chanteloup jusqu'à nouvel ordre de ma part.

A Versailles, ce 24 décembre 1770.

Louis.

Les papiers publics de l'époque donnèrent à la lettre un ton comminatoire ; — nous la copions comme souvenir :

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Mon cousin,

« Le mécontentement que me causent vos services me force à vous exiler à Chanteloup, où vous vous rendrez dans vingt-quatre heures. Je vous aurois envoyé beaucoup plus loin, si ce n'étoit l'estime particulière que j'ai pour madame la duchesse de Choiseul, dont la santé m'est fort intéressante. Prenez garde que votre conduite ne me fasse prendre un autre parti. Sur ce je prie Dieu, mon cousin, qu'il vous ait en sa sainte garde. »

Elle coûta 12.429.559 liv. 11 sous, 11 deniers, la dernière favorite de Louis XV. * Elle eût des qualités de fille qui manquèrent à la Pompadour, atteinte cruellement dans son organisme par un vice que Maurepas devait immortaliser ; mais elle fit regretter la femme élégante, la marquise intelligente, à l'écoute de toutes les affaires, jalouse de la gloire de son amant, s'occupant de la France comme une reine de fait, elle qui

* Ceux qui veulent bien nous faire l'honneur de suivre nos travaux historiques nous pardonneront la sobriété de ce chapitre; — ils comprendront qu'un livre est seul capable de remettre en lumière l'intrigue qui renversa Choiseul. Un raccourci ne rend pas le duc : il faut le peindre en pied, avec ses entours, ses talents, ses services, ses protections aux Parlements, aux lettres, aux arts, ses grands côtés politique et librepenseur ;— la comtesse n'a pas besoin du pinceau, il suffit d'une morsure habile et vigoureuse sur le cuivre, un simple trait, fidèle, personnel, historique, physiologique. Le volume que nous annonçons aura le titre de notre chapitre : Le duc de Choiseul et Jeanne Béqus, — comtesse Du Barry (1768-177.4).

n'était rien qu'une impure haut place'e; — la modiste Lange deshonora la Monarchie ; une abbesse de petit lieu a laissé, dans les récits de ruelle, un récit effroyable de cynisme, de dépravation, de sens moral foulé aux pieds ; et que Ton ne vienne pas dire que les sottisiers rédigèrent sa généalogie : une personne de cette noblesse ne pouvait avoir qu'un d'Hozier, le d'Hozier de la rue, celui qui descendait jusqu'aux créatures livrées, — sur abonnement — au duc de la Vallière. Les plus étranges aventures, les passades les plus éhontées, le dédain le plus accentué pour les droits du cœur, — voilà toute la jeunesse de celle qui soutint jusqu'au dernier moment un personnage difficile sur une scène de cour : amuser du matin au soir, et souvent du soir au matin, l'homme de son royaume le plus ennuyé, rendre des désirs au voluptueux qui avait abusé du plaisir et des jouissances. Lourde tâche. La maîtresse de Louis XV ne pouvait pas verser l'extase de l'amour, elle ne savait que réveiller des sens flétris et procurer une ivresse brutale. L'amant ne demandait pas autre chose à l'ancienne pensionnaire d'une entremetteuse célèbre, ironiquement qualifiée, elle aussi, la petite comtesse, et nommée par les plus grands seigneurs de l'Œil-de-Bceuf : madame Gourdan ! — Triste époque, tristes mœurs, triste roi.

Au nombre des scandales qui prêtèrent le flanc aux pamphlets, il faut mettre en première ligne l'établissement du Parc-aux-Cerfs, — (1755-1771 .) L'historien

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de mœurs a le devoir de ramener les racontars de ruelle à la vérité ; les passions de l'époque sont toujours de mauvais juges. Voici un écho de l'opinion : « La marquise de Pompadour avoit une fille extraordinairement aimable, élevée à l'Assomption, a\ ec le train d'une princesse, et qu'elle destinoit au duc de Fronsac, présentement duc de Richelieu. Elle la perdit avant d'avoir pu conclure ce mariage, qui auroit eu lieu malgré la résistance du maréchal, trop ambitieux pour s'exposer à perdre les bonnes grâces d'une femme toute-puissante *, et qui pardonna rarement à ceux qui eurent l'imprudence de mériter sa haine. La douleur fut d'autant plus grande, qu'en proie à une incommodité dégoûtante, qui avoit obligé Louis XV à se sevrer de sa couche, elle avoit, s'il faut en croire quelques personnes initiées dans les mystères amoureux du dernier règne, espéré qu'elle la remplaceroit à la cour ; elle savoit que l'inceste, loin d'effrayer le bon prince, seroit, au contraire, pour lui. un aiguillon de volupté. Heureusement pour son ambition, elle s'avisa de vouloir être la surintendante de ses plaisirs, en lui créant une espèce de sérail composé de beautés neuves et inconnues. Telle fut l'origine du Parc-aux-Cerfs, gouffre de l'innocence et de l'ingénuité, où vint, dès l'année 1755, s'engloutir une foule de victimes qui, rendues ensuite a la société, y rapportèrent la corruption, le goût de la débauche et tous les vices dont elles s'étoient infectées dans le commerce des agens infâmes d'un lieu aussi abominable. Indépendamment du tort irréparable que cette horrible institution a fait aux mœurs, il est effrayant de calculer l'argent immense qu'elle a coûté à l'Etat. En effet, qui pourroit additionner au juste les frais de cette chaîne d'entremetteurs de toute espèce, en chef et en sous-ordre, s'agitant sans cesse pour découvrir et aller relancer jusqu'aux extrémités du royaume les objets de leurs recherches, pour les emmener à Versailles, les décrasser, les habiller, les parfumer et leur procurer fous les moyens de séduction que l'art peut ajouter. Qu'on y joigne les sommes accordées à celles qui, n'ayant pas eu le bonheur d'éveiller les sens engourdis du sultan, ne dévoient pas moins être dédommagées de leur servitude, de leur discrétion et surtout de ses mépris ; les récompenses dues aux nymphes fortu-

* La proposition faite au maréchal de Richelieu eût tout le succès qu'elle méritait : elle fut repoussée avec hauteur ; au surplus, entre la marquise et le brillant courtisan il exista toujours plus d'apparente amitié que d'estime véritable. Quant à l'inceste dont parle le sottisier, Louis XV avait bien eu successivement les trois filles de \esle, on peut émettre au moins un doute sur sa répugnance après un tel exemple. Les sens du roi avaient besoin d'une continuelle excitation.

nées, pour avoir quelques instants reçu le monarque dans leurs bras, et fait circuler le leu de l'amour dans ses veines dépravées; enfin, les engagerions sacrés pris envers les sultanes portant dans leurs flancs le fruit précieux de leur fécondité; et l'on se convaincra qu'il n'en est aucune, l'une portant l'autre, qui n'ait été une charge d'un million pour l'état. Or, qu'il en ait passé seulement deux par semaine par cette piscine, c'est à dire mille en dix ans, l'on trouvera un capital d'un milliard ; encore ne comprenons-nous pas dans cet affreux total l'entretien indispensable de tous les enfans provenus de ces accouplemens clandestins. » (Le Parc-aux-Cerfs, ou l'origine de l'affreux déficit.)

Les pamphlétaires, qui n'ont rien de la vigoureuse concision de Tacite, ni de l'élégante peinture de Pe'trone, jonglent avec les millions, avec le milliard, et affirment que le nombre de celles qui y furent conduites fut immense ; il faut vérifier leurs paroles et leurs chiffres en remontant aux sources. Mme du Hausset s'exprime ainsi dans ses Mémoires : « Il n'y en avait au reste que deux en général et très-souvent une seule. Lorsqu'elles se mariaient, on leur donnait des bijoux et une centaine de mille francs. Quelquefois le Parc-aux-Cerfs était vacant cinq et six mois de suite. »

Voici l'acte d'achat, du 2 5 novembre 1755 : « Aujourd'hui est comparu par devant les conseillers du roi, notaires au Châtelet de Paris, soussignés, sieur François Vallet, huissier-priseur audit Châtelet de Paris, y demeurant, rue des Déchargeurs, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois, lequel a déclaré ne rien avoir ni prétendre en l'acquisition qui vient d'être faite sous son nom, de Jean-Michel-Denis Cremer

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et sa femme, d'une maison située à Versailles, rue Saint-Médéric, paroisse Saint-Louis, avec ses dépendances, par contrat passé devant les notaires soussignés, dont M* Patu, l'un d'eux, a la minute, cejour-

d'hU! ; MAIS QUE CETTE ACQUISITION EST POUtt ET AU PROFIT DU ROI, le

prix en ayant été payé des deniers de Sa Majesté à lui fournis à cet effet; c'est pourquoi il fait cette déclaration, consentant que sa Majesté jouisse, fasse et dispose de ladite maison en toute propriété, sans que le payement, qui sera fait sous le nom du comparant, des droits de lots et vente et centième denier, le décret volontaire, qui sera fait et adjugé, et la jouissance et perception des loyers, qui pourra être faite aussi sous son nom, puissent affaiblir !a propriété acquise à Sa Majesté de ladite maison et dépendances, déclarant que l'expédition dudit contrat d'acquisition et les titres énoncés en icelui ont été par lui remis entre les mains du chargé des ordres de Sa Majesté, ce qui a été accepté pour Sa Majesté par les notaires soussignés.

Fait et passé à Paris, l'an 1755, le 25 novembre, et a signé : Vallet, Patu, Brochant. »

Le roi revendit la petite maison le 27 mai 1771 à J.-B. Sévin pour la somme de 16.000 livres, payable en louis d'or; l'acte dit expressément que le vendeur est très-haut, très-puissant et très-excellent prince Louis, par la grâce de Dieu roi de France et de Navarre. Propriétaire pendant seize ans de ce rendez-vous de plaisir, Louis XV y dépensa certainement le plus clair des revenus de la France ; mais, comme l'a bien remarqué le savant M. J. A. Le Roi « il faut nécessairement un peu rabattre du milliard et même des centaines de millions que coûtèrent les dépenses du Parc-aux-Cerfs.»

L'emplacement est aujourd'hui connu ; nul doute

n'est possible après les consciencieuses recherches faites

par le conservateur de la bibliothèque de Versailles;

c'est au numéro 4 de la rue Saint-Médéric que se trouvait la maison borgne qui a défrayé les pamphlets et les libelles du siècle dernier, sans parler des imaginations contemporaines.

Le roman en feuilleton, les plaquettes, les nombreux scénarios qui font de l'histoire une fantaisie, des actes authentiques une mise en scène plus ou moins mouvementée, ont défiguré les actes de la vie privée du roi, ont surtout grossi les dépenses, à un tel point qu'il a fallu reconstituer le milieu à l'aide des publications originales. Le crime contre la famille, contre la virginité est assez grand et peut fort bien se passer des illusions du roman et du théâtre.

Nous l'avons dit dans une publication récente, Le Droit du Seigneur, le lecteur français aime à tirer les conclusions ; il ne faut pas trop appuyer et laisser beaucoup d'horizon dans un livre ; — aussi, après avoir exposé les faits, le pour et le contre, laissons-nous à la conscience du lecteur le soin de conclure sur un des plus grands scandales de l'histoire.

LA FEMME AU XVIIIe SIÈCLE

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