DUC D^ORLÉANS
( Minorité de Louis X V )
Monseigneur ,
Le Parlement se flatte d'avoir donné assez de preuves de son zèle à S. A. R. pour espérer qu'elle ne voudra pas le dépouiller de ses honneurs, honneurs dont il est en possession depuis tant de siècles.
Si les Pairs de France avaient regardé ces distinctions comme des usurpations récentes et des attentats faits à leur dignité, auraient-ils négligé de s'en plaindre en 1664? N"auraient-ils pas tenté de les détruire dans un temps oh. le feu Roy paraissait peu favorable à cette Cour, et que, par leurs clameurs importunes, ils obtinrent que l'ordre établi pour opiner serait interverti ?
Leur silence est une conviction de la nouveauté de
leurs préventions; elles n'ont d'autre source que la témérité du Duc d'Uzès, qui, par un caprice orgueilleux, ne se voulut point découvrir en donnant son avis. Et ce qu'ils osent appeler aujourd'hui une interruption qui arrête la prescription, est le fondement unique de leur chimère. Attentifs h profiter des moindres occasions, ils voulurent se prévaloir del'entreprise du Duc d'Uzès; ils firent tous leurs efforts pour qu'elle fut approuvée et autorisée par Sa Majesté; mais un prince si rempli de sagesse comprit aisément que c'était donner atteinte à sa propre grandeur que de diminuer celle des personnes qui ont l'honneur de le représenter, et il défendit de pareilles entreprises ù l'avenir, sous peine de son indignation et d'une punition exemplaire.
Les Pairs doivent se souvenir de ce que le Parlement a fait en leur faveur depuis quelques années. Ils se présentaient dans la même place que les Sénéchaux pour prêter leur serment, et ils étaient reçus en qualité de conseillers de cour souveraine. Mais ce titre, que les princes du sang autrefois, et les ducs de Guise, dans leur plus grande splendeur, n'auraient pu dédaigner, blessant l'orgueil des Pairs modernes, le Parlement a bien voulu consentir qu'il fut supprimé, et, par une molle condescendance dont le premier Président de Harlay fut le premier mobile, il se relâcha sur un point qui marquait hautement la supériorité des présidents qu'ils contestent aujourd'hui avec tant d'aigreur.
Leur ambition démesurée ne s'est point contentée d'un avantage dont ils ne sont redevables qu'à la modération du Parlement. Comme ils vont de prétentions
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en prétentions, et qu'une grâce accordée est à leur égard une raison pour en demander une autre, ils songèrent à être élus comme les Présidents; et, croyant trouver une entière complaisance dans un magistrat fort répandu à la Cour, ils s'attachèrent au premier Président d'aujourd'hui, {Jean-Antoine de Mesme) et s'imaginèrent qu'il voudrait bien se relâcher sur le bonnet. Mais ils ne purent le séduire parleurs flatteries, ni l'intimider par leurs menaces, dont les indignes effets n'ont que trop paru depuis. Il soutint l'honneur de sa Compagnie avec tant de zèle et de fermeté, que malgré les pressantes instances des Pairs auprès du feu Roy, il tira parole de Sa Majesté qu'Elle ne céderait point.
Leurs espérances se tournèrent alors vers S. A. R.; ils s'offrirent à la servir, quand le Roy, dont la mort était prochaine et inévitable, et ses dispositions incertaines, aurait terminé sa destinée. Mais ils ne s'engagèrent, ni ne se déclarèrent pour S. A. R. que sur l'assurance qu'Elle leur donnât de favoriser leurs prétentions; et ils lui firent entendre qu'Elle ne devait pas compter sur eux sans cette promesse.
Votre Altesse Royale voudrait-elle faire un moment d'attention sur la diff'érence du procédé du Parlement et celui, des Pairs. Notre zèle seul nous a porté à vous servir. Nous n'avons rien extorqué de vous. La Régence vous était déjà assurée par nos suff"rages, avant que les Pairs fussent en état d'opiner. Car nous ne croyons pas qu'ils osent soutenir sérieusement que c'est à eux à disposer de la Régence , et même du Royaume en cas de litige. Quoiqu'ils aient eu la
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hardiesse de le re'pandre dans le monde, et de l'insinuer dans leur Me'moire de 1664, sur quoi pourraientils fonder une telle prétention ?
Est-ce sur ce que leur corps ensemble est composé des trois Etats du Royaume ? ou sur ce qu'ils croient avoir succédé aux Ducs de Bourgogne, de Guyenne et de Normandie? Vous n'avez pas sans doute oublié. Monseigneur, que vous avez chargé plusieurs fois le Président de Maisons d'assurer le Parlement qu'il pouvait compter sur l'honneur de votre protection, et que vous en augmenteriez plutôt les prérogatives que de les diminuer, lorsque vous seriez chargé de l'administration du Royaume.
Et que demande aujourd'hui le Parlement à V. A. R. sinon la seule grâce de le laisser dans la possession de ses droits. Ce n'est pas que nous prétendions vous disputer le droit de juger de tels différents, et si l'un de nos plus illustres magistrats a dit, en présence de VA. R. que c'était au Roy à les juger, ce fut moins par un doute de votre autorité, que pour nous suggérer un prétexte spécieux de laisser les choses indécises jusques à la majorité du Roy.
Dans un temps où l'union entre tous les corps est chose si nécessaire, et qu'ils devraient concourir unanimement au bien de la paix, n'est-il pas fort étrange que les Pairs, qui ne font qu'une portion du Parlement, y excitent les troubles pour satisfaire leur vanité ?
S'ils étaient affectionnés à V. A. R. la mettraient-ils dans l'embarras de décision, dont les suites pourraient être dangereuses? Vous n'ignorez pas quelle est la considération du Parlement dans la ville capitale et dans
toute la France ; de quel poids est son autorité dans les affaires importantes de l'Etat, et ce que peut son exemple sur les autres Parlements. En vain les Pairs veulent se donner pour redoutables : serait-ce parleurs grands biens? Ils n'en ont pas la plupart autant qu'il en fallait pour être simple chevalier Romain, et ils ne se soutiennent que par des alliances peu sortables. Seraient-ils à craindre les armes à la main ? Contents de leurs dignités pacifiques, ils sont peu touchés de leurs dignités militaires; et, si l'on en excepte un petit nombre, ils servent mal dans les armées, et ils ont donné si peu de marques de valeur, qu'il semble que l'exercice de la justice leur conviendrait mieux.
Mais peut-être engageraient-ils la Noblesse dans leur parti? On sait qu'ils l'ont aliénée par leur hauteur ridicule en toute occasion, et, particulièrement, lorsqu'ils voulaient qu'elle marchât à leur suite le jour du décès du Roy, ou faire un corps distingué et séparé. L'air de pairie est si contagieux, que l'Archevêque, Duc de Rheims même, dont la dignité est passagère, n'eut pas honte d'entrer dans un dessein si odieux, et de sacrifier ainsi à un honneur d'un moment les intérêts de la Noblesse, pour qui l'on connaissait assez, d'ailleurs, son entêtement.
Mais ce n'est pas la distinction des Présidents à Mortier qui les irrite ; des idées plus élevées animent leur ambition ; et, n'osant ouvertement s'égaler aux Princes du sang, ils tâchent de diminuer les honneurs et les prérogatives qui, malgré la conformité des dignités, mettent entre eux une si grande différence.
Rien ne peut obliger V. A. R. de prononcer. En
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laissant les choses en l'e'tat où elles ont été de tout temps, les Pairs auraient-ils lieu de se plaindre? Et ne serait-ce pas avilir le Parlement que le dégrader des honneurs dont nos Rois ont voulu décorer les personnes qui les représentent? L'annulation de l'Arrêt du 27 septembre, qui n'est qu'une simple précaution de police pour empêcher le trouble que les Pairs se proposaient d'exciter le jour de la Déclaration de la Régence, vient de donner un assez grand dégoût au Parlement pour ne pas augmenter sa juste douleur par de nouvelles mortifications.
Cependant, si V. A. R. est absolument déterminée h juger, (supposition opposée à la bonne politique) ce ne pourrait être que sur des titres ou sur la possession. Les Pairs ne peuvent disconvenir que l'usage est contre eux, puisqu'ils le combattent; et, s'ils ont des titres, qu'ils les manifestent; nous préviendrons le jugement de V. A. R., et nous nous exécuterons nousmêmes. Mais, non-seulement notre possession est certaine et immémoriale, elle est encore attestée par nos archives, monuments éternels qui en établissent l'état. Ces solides fondements de la sûreté publique, ces dépôts sacrés de la volonté des Rois, oserait-on en attaquer l'autorité?
Les Pairs n'avaient autrefois point d'autres prérogatives que celles dont jouissaient tous ceux qui avaient des fiefs nobles ; ils étaient admis les uns et les autres dans les Parlements ambulants, qui étaient à la suite des Rois, pour y traiter des affaires d'Etat et rendre la justice aux particuliers. Les assemblées générales étaient ordinairement tumultueuses ; les Rois, peu
maîtres des Délibérations qu'on y prenait , les juges, nullement ou médiocrement instruits des Coutumes, ou du droit écrit, et les Parties exposées à de grandes injustices.
Philippe le Bel reconnaissant qu'il était d'une nécessité indispensable de changer la forme de ces Parlements, les rendit sédentaires, pour la commodité de ses sujets et l'expédition de la Justice.
Celui de Paris fut mi-parti d'ecclésiastiques , de laïques, que le Roy nomma à l'ouverture du Parlement. Deux prélats et deux seigneurs étaient commis pour y présider. Mais quels furent ceux qui furent nommés par le Dauphin Charles pendant la captivité du Roy Jean? Le comte d'Evreux et le comte de Bourgogne, ces douze Pairs de France eurent entrée au Parlement, comme Conseillers honoraires et perpétuels par la qualité de leur Pairie, à la différence des Conseillers que le Roy choisissait et changeait souvent à sa volonté ; et, pour faire sentir à ces fiers vassaux la grandeur du Souverain, Philippe le Bel donna la préséance sur eux aux Présidents, comme représentant leur Souverain Maître dans l'administration de la justice ; le nombre des présidents ayant augmenté dans la suite, les derniers ont siégé au même titre que les anciens à- la tête des Pairs. Preuve certaine que le nombre des Présidents n'empêche point leur unité et leur indivisibilité par rapport à la représentation et aux honneurs qui en sont inséparables.
Des Princes si puissants se seraient offensés, sans doute, de voir tant de gens placés au-dessus d'eux, s'ils ne les avaient regardés tous comme ne faisant qu'un
seul et même chef. Ils ont souffert sans murmurer que les Conseillers ordinaires eussent une sorte de supériorité sur les honoraires, et c'est pour marquer cette prérogative qu'un Conseiller ferme le Banc des Pairs encore aujourd'hui.
Comme les Pairs font partie du Parlement et que, d'ailleurs, il y ont leurs causes commises, on appelle quelquefois assez improprement cette Cour Cour des Pairs. Mais c'est la Cour du Roy, où l'on rend sa justice en son nom, et à laquelle les Pairs sont attachés. A la vérité, ils ont séance dans les autres Parlements, mais c'est en qualité de Conseillers honoraires et l'on défère le môme honneur aux Conseillers de Grand'- Chambre, par considération pour le premier des Parlements.
Les Pairs ecclésiastiques, qui se glorifiaient tant d'être les anciens Pairs du Royaume, et qu'on entend sans cesse regretter la préséance qu'ils avaient sur les Princes du sang, ont-ils d'autres distinctions dans les Parlements que de siéger au-dessus du Doyen, de même que les autres Evêques qui y ont entrée par la prérogative de leurs sièges? Ces Prélats sont, comme eux. Conseillers d'honneur; comme eux ils ne sont reçus qu'après avoir prêté serment. Ils ne sont ni les uns ni les autres Conseillers nés, leur droit étant suspendu jusques à leur réception. Et cette loi étant commune aux Pairs Laïques, sur quoi peuvent-ils fonder la nouvelle difficulté qu'ils ont formée au sujet du Duc de Richelieu, pour arrêter le cours de la justice dans l'exécution du plus important et du plus sage de tous les Edits .''
Enfin, les fils et petits-fils de France voient tranquillement les Présidents assis au-dessus d'eux. Le Dauphin, cette image la plus parfaite de la Royauté, qui touche la Couronne d'une main, tandis qu'il baisse l'autre en terre en qualité de sujet, le Dauphin, dis-je, ne peut, sans une commission expresse du Roy, se mettre à la tête des Présidents. Et dans le temps que les Princes du sang n'étaient regardés que comme des Seigneurs du sang et Pairs de fiefs, le premier Président ne les saluait point en demandant leurs suffrages. Ce n'est que depuis qu'Henri III les a déclarés Pairs nés, qu'il se découvre pour prendre leurs avis. Et les Pairs, ces Pairs modernes, se récrient contre un honneur attaché à la dignité de Président, jaloux, sans doute, de ce que les Princes du sang en jouissent.
L'histoire nous apprend que le Chancelier de Rochefort allant recevoir, au nom du Roy Louis XII, l'an i5o9, l'hommage de Philippe, Archiduc d'Autriche pour les Comtés de Flandre, Artois, Charolais, prit le pas sur lui au moment de son arrivée dans la ville d'Arras, destinée pour la cérémonie. Il demeura assis et couvert dès que le Prince se présenta pour prêter serment de fidélité. Les Présidents, qui représentent le Roy, et dans une fonction qui n'est pas moins éclatante, seraient sans doute en droit de ne pas saluer les Pairs, lorsqu'ils entrent dans la Grand'Chambre, pour venir se mettre en place ; et puisque les Pairs, pour quelques honneurs limités, dont ils jouissent à la Cour, se sont imaginé pouvoir obliger la Noblesse de marcher à leur suite, les Présidents qui sont au-dessus d'eux au Parlement, pourraient avec bien plus de justice demander à
les précéder partout ailleurs, s'ils étaient aussi inquiets et aussi remuants qu'eux.
Les Grecs et les Romains, ces nations si belliqueuses, donnaient la préférence à la robe sur l'épée, parce que la force n'est que l'appui de la justice et ne doit être considérée qu'autant qu'elle sert à la maintenir.
Les Républiques de Venise, de Hollande, de Gènes, se conduisent encore selon les mêmes maximes; et ces Messieurs, qui, dans le cours de leurs moindres affaires, se prosternent devant ceux qui sont revêtus de la robe, font gloire de la mépriser !
Si le Parlement, qui, dans sa première institution, ne fut rempli que de nobles, a depuis été ouvert à la Roture par la vénalité, ce mélange ne ternit point le lustre de la profession, et le corps des Pairs, qui est encore bien plus défiguré, n'est pas en droit de nous faire ce reproche.
Il n'y a qu'une sorte de noblesse ; elle s'acquiert différemment par les Emplois Militaires et par ceux de la Magistrature ; mais les droits et les prérogatives en sont les mêmes. La robe a ses illustrations comme l'épée. Les Chanceliers et les Gardes des Sceaux sont en parallèle avec les Connétables et les Maréchaux de France; les Présidents à Mortier, avec les Ducs et Pairs, qui cèdent, comme eux, sans difficulté au Chef de la Magistrature. *
' Ce curieux Miimoire, si méchant d'une part, pourtant si mesuré de l'autre, est, comme nous l'avons insinué précédemment, un chefd'œuvre de force et de clarté, de véhémence et de modération ; jamais la Pairie, orgueilleuse et insolente, suffisante et ignorante, n'eût en face d'elle un réquisitoire si bien limé, si bien ordonné dans toutes ses parties ; c'est avec un art infmi que le rédacteur, magistrat quelque peu Ruel-
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Mais si l'on vient à l'examen des familles, nous ne craindrons pas de dire qu'il y a un grand nombre de Maisons dans le Parlement qui sont au-dessus de celles des Pairs. Aussi ne croyons nous pas devoir ajouter foi à leurs fabuleuses généalogies, adoptées par le trop crédule Dufourney, (Auditeur des Comptes, auteur du Nobiliaire frayiçais) et, sans vouloir entrer dans un plus grand détail sur ce sujet, il ne sera pas inutile de donner ici à V. A. R. une connaissance au moins sommaire, mais fidèle, des maisons de plusieurs Ducs. Vous jugerez, après cela. Monseigneur, s'il serait juste d'abaisser en faveur de telles gens la première Compagnie du Royaume, et s'ils sont sages de l'attaquer.
Nous conservons dans l'enceinte du Palais les annoblissements des deux premiers Ducs.
Gérault Bastet fut anobli par l'Evêque de Valence en i3o4. Il était fils de Jehan Bastet, * apothicaire de Vi-
liste, plaide la cause de sa Compagnie et les immunités de la Grand'- Chambre; les arguments portent, les exemples sont excellemment choisis. Le coup de la fin est bien ménagé; on ne le pressent guère, son effet est d'autant plus redoutable; la seconde partie est un composé de personnalités tirées de l'histoire nobiliaire, détails puisés aux sources, et qui durent faire regimber plus d un Duc et Pair.
Ils frappaient durement, ces vieux parlementaires! Et ce ne devait pas être la chose du monde la plus commode que de rétorquer un Mémoire aussi autorisé! Les Pairs ne se continrent pas ; ils portèrent leurs doléances jusques au pied du Trône par l'organe du régent de France, Philippe d'Orléans, qui les reçut fort mal, avec son verbe haut en couleur et sa phrase brutalement épicée. Les Pairs se résignèrent ; mais le coup était porté.
Les renseignements de famille furent la vengeance du Parlement : cette vengeance atteignit le but qu'elle se proposait. Le lecteur moderne lira cette seconde partie, cette Philippique, avec plaisir et fruit; l'esprit critique du XVIII' siècle est là tout entier.
* Véritable nom des Ducs d'Uzès.
viers, qui, en i3oo, selon le même registre, acheta la terre de Crussol des héritiers de cette maison.
Nicolas de la Trémouille^ que son esprit divertissant avait mis en faveur auprès de Charles V, fut anobli par Lettres-Patentes en iSyS. Un torrent de biens et de grandeurs enfla bientôt cette petite source.
Maximilien de Béthiine est traité d'homme de néant par le Maréchal de Tavannes dans ses Mémoires. Jehan de Béthune, son père, était un aventurier, qui se disait venir d'Ecosse. On l'appelait Bethon, suivant la prononciation étrangère. Les additions aux Mémoires de Castelnau insinuent l'incertitude de son origine, en disant que les Béthune d'Ecosse sortaient des Béthune de Flandres; Jehan de Béthune, son père, débaucha Jehanne de Melun, fille du seigneur de Rosni et l'épousa. André Duchesne les fit ensuite descendre des Béthune de Flandres, et en fut bien récompensé.
Luines^ * Branles et Cadenet^ étaient trois frères, qui n'avaient qu'un manteau, qu'ils portaient tour à tour lorsqu'ils allaient au Louvre. Le père Honoré Albert était avocat de Mornas, petite ville du Comtat, où les avocats sont qualifiés nobles. Jamais fortune ne fut si grande, ni si prompte. Charles-Albert fut Duc de Luines et connétable; Brantes, qui avait plaidé en qualité d'avocat, fut Duc de Luxembourg par son mariage, et Cadenet fut créé duc de Chaulnes. On les fait venir à présent des Alberti d'Italie.
Les Cossé Brissac ont beaucoup d'illustration et peu d'ancienneté. Ils ont prétendu un temps descendre des
" Leur vrai nom est Albert.
Cossé d'Italie, comme on le voit dans les additions de Castelnau ; maintenant, ils veulent venir d'une maison de Cossé au pays du Maine.
René Vignerot^ * domestique et joueur de luth chez le cardinal de Richelieu, le servit si adroitement dans ses plaisirs, qu'il consentit à lui donner sa sœur, qui en était devenue éperdument amoureuse. Il lui substitua son Duché de Richelieu. La mère de Vignerot avait épousé en seconde noce un fauconnier.
Le Duc de Saint-Simon est d'une noblesse et d'une fortune si récente que tout le monde en est instruit. Un de ses cousins était presque de nos jours Ecuyer de Madame de Schomberg. La ressemblance des armes de La Vaquerie, que cette famille écartelle avec celle des Vermandois, lui a fait dire qu'elle vient d'une princesse de cette maison. Enfin, la vanité de ce petit Duc est si folle, que dans sa généalogie il fait venir de la maison de Bossu un Bourgeois, juge de Mayenne, nommé le Bossu, qui a épousé l'héritière de la branche aînée de sa maison.
Georges Vert., ** du haut de son étal, serait fort surpris de se voir père de la nombreuse postérité de La Rochefoucault , Roussi, etc, etc.
Les Neuville- Villerojr sortent d'un marchand de poisson, contrôleur de la bouche de François i^'. Il est mentionné en la Chambre des comptes en cette qualité. Son fils. Greffier de l'hôtel de ville, fut Prévôt des Marchands, et père de Nicolas de Neuville, Audiencier et Secrétaire d'Etat. La morgue du Maréchal de Ville-
' Vrai nom des Ducs de Richelieu.
■• Il était élalier-boucher.
roy a bien de la peine à s'accommoder d'une si mince extraction.
Les d'Estrée ne sont nobles que depuis 2 5o années. Le Cardinal d'Estrée, après beaucoup d'efforts, n'a pu rien trouver au-delà.
Les Boulainvilliers, — Boujlers et Lau^un, n'étaient connus, il y a i5o ans, qu'aux environs de leurs villages.
Les Gramont ont enfin fixé leurs armes, et ils s'en tiennent à la maison d'Aiire. Le Comte de Gramont demandait un jour au Maréchal quelles armes ils porteraient cette année-là ? Ils doivent leur élévation d'abord àCorisandre Dandouin, leur grand'mère, maîtresse d'Henri IV ; puis à l'alliance du Maréchal avec le Cardinal de Richelieu.
Les Nouailles viennent d'un domestique de Pierre Roger, comte de Beait/ort, vicomte de Turenne, qui les anoblit, et érigea en fief un petit coin de la terre de Nouailles, dont il était sorti. Les Montmorin en ont le titre, qu'ils n'ont jamais voulu donner au Duc de Bouillon durant leurs querelles. De Nouailles, Evoque d'Acqs, acquit des Lignerat une portion de la terre de Nouailles; en i556 et en iSSg, il acheta l'autre et le château. La famille Aq Montmorin conserve encore une tapisserie, oîi un Nouailles présente les plats sur la table. La tige de cette famille si arrogante était bien basse 1
Charles de la Porte, * Maréchal de la Meilleraye, père du feu Duc de Ma^arin, était fils d'un fameux
" Vrai nom des Ducs de .Mazann.
Avocat en ce Parlement, dont le père était Apothicaire à Parthenai. Ce Maréchal, fils de la tante du Cardinal de Richelieu, lui dut ensuite sa fortune.
Le Duc d'Harcoiirt sort d'un bâtard d'un Evèque de Bayeux. Jehan d'Harcourt Benvron était vicomte ou juge de Caen en 1 554 ; son fils fut du nombre des jeunes enfants de la bourgeoisie choisis pour jeter des fleurs à l'entrée de Henri IV dans cette ville, comme le livre des Antiquités de Caen en fait foi.
Le Duc d'Epernon. Rouillac, grand généalogiste, nous a appris que les Pardaillans-y[on\.QS-çsin viennent d'un chanoine de Leytour en Gascogne. Les Pardail-
lans nom propre des Ducs d'Epernon, aujourd'hui
éteints.
Cantien de Villars, greffier de Condrieux en i486, de même que son père Claude de Villars ; son neveu profita des lettres de noblesse qu'il avait obtenues, et, après avoir tenu des terres à ferme, il fut réhabilité le 16 février I 586.
Les Potiers^ Ducs de Gesvres et de Trêmes, sortent du sein du Parlement et ne sont pas des meilleures maisons.
D'autres maisons y ont possédé des charges. Un Jean de Maillé était conseiller en la Cour sous Charles VL
Les Clermont-Tonnerre n'étaient que conseillers du Dauphin de Viennois, et les autres Clennont, dont est l'évêque de Laon, quels étaient-ils avant le mariage de François de Chatte avec la veuve d'un Polignac, dont il avait été domestique ?
Telle est l'extraction, Monseigneur, d'une partie con-
sidérable des Pairs du Royaume; mais, ni parmi ceuxci, ni parmi les autres, que nous ne nommons point ici, aucun, sans exception d'un seul, n'est exempt d'alliance avec la robe, et souvent même ils ont pris ces alliances avec ce que la robe a de plus abject ; car nous ne dissimulons pas que nous avons parmi nous plusieurs classes, que nous distinguons par la grande, la moyenne et la basse robe.
Cependant, ce sont ces gens-là qui se comparent aux Ducs de Bourgogne, de Flandre, de Champagne et de Toulouse.
Ce sont ces gens-là qui cabalent pour mettre les princes du sang légitimés dans le sang de leur Pairie ; qui, ne se contentant pas de traiter le Parlement avec mépris, veulent faire marcher la noblesse à leur suite, en exiger le titre de Monseigneur dans les lettres, lui refueer la main chez eux, obtenir même des distinctions jusques ici inouies, et se dispenser de mesurer leurs épées avec les Gentilshommes. Ce sont enfin ces gens-là qui, oubliant qu'ils font partie du Parlement, osent comprendre dans le Tiers-Etat cette compagnie, la plus auguste du Royaume.
Surcis jusques à la majorité du Roy.
COMMENTAIRES
Philippe d'Orléans ne voulut pas trancher, ou du moins il ne crut pas devoir le faire ; il porta son action la plus directe sur les enfants bâtards; il enleva l'e'ducation du jeune roi Louis XV à l'un d'eux, le Duc du Maine, le favori du feu roi ; il restreignit considérablement leurs privilèges, leurs honneurs, leurs prérogatives, leurs criantes immunités, tant au Parlement qu'à la Cour et dans toutes les juridictions du Royaume. Les ministres du Prince-Régent, n'eurent pas à le pousser à ces mesures, dictées par un esprit égalitaire que l'on ne s'attendrait guère à rencontrer au Palais- Royal, en pleine monarchie, en plein souffle autoritaire; mais la logique des événements se joue des combmaisons, en apparence les plus fortes, les mieux édifiées, et, quelquefois, se sert des éléments les plus disparates, les plus contraires, pour arriver à ses fins ; c'est la vieille légende du feu arrêtant l'eau, contre les prévisions, contre les données certaines de l'expérience.
Dubois, ce prêtre corrompu, homme taré, s'il faut en croire ses meilleurs amis, en y comprenant Philippe dOrléans, et qui devait être néanmoins un jour archevêque, prince de l'Eglise romaine et premier ministre, — Dubois, disons-nous, n'était pas encore prépondérant dans les conseils de l'Etat; il s'environnait des lumières de l'excellent M. Pecquet, chef de service aux
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affaires étrangères, commis d'une habileté consommée, d'un savoir immense, et l'âme de ce département ; au demeurant, l'abbé, quoique cynique à ses heures, quoique malin dans toute l'acception de ce terme expressif, quoique gaulois à la Rabelais, et il dépassa cette note, ne fut pas un homme méchant, à moins que son intérêt ne fut en jeu, car jamais fonctionnaire public approchant le Prince et recevant ses libéralités, ne montra une semblable ladrerie; sur ce point les traits abondent; nous les négligeons en ce moment, nous réservant de les mettre en lumière plus tard. On pouvait donc composer avec Dubois.
Ce n'était pas une de ces natures comme Pitt et Richelieu, toutes de fer, toutes à l'idée fixe', cerveaux volcaniques, toujours en ébulition, servis par une volonté froide et singulièrement tenace. Ces hommes là ne discutent pas, ils broient ; ils ne prennent pas une détermination, ils la font passer dans les faits, sans contrôle, sans examen, sans réflexion postérieure, et, pour ainsi dire, ils incarnent leur pensée dans la société à la façon du coin d'acier qui pénètre dans le chêne à grands coups de maillet, — hommes redoutables, nécessaires, animés du plus pur patriotisme, mais qui entraînent les gouvernants et les nations dans l'abîme, quand leurs plans ne réussissent pas . Là aussi la responsabilité n'est pas un vain mot.
Dubois sortait, lui, de la caste religieuse ; il en conserva la forte empreinte. Il avait reçu cette éducation qui assouplit les facultés, qui les désorganise pour les ramener au plan conçu, qui les émiette, qui les contrarie, qui fait le vide et l'étoufFement avec les synthè-
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ses, au lieu d'apporter la lumière, le calme, la science et le libre-arbitre avec de savantes et piquantes analyses, qui les dresse et les courbe en tous sens, qui les énerve au point de les réduire à néant, au point de fausser l'œuvre primordiale de la nature, œuvre toujours pleine d'harmonie, de pondération et de lest moral. C'est le point caractéristique de l'éducation donnée, aujourd'hui comme autrefois, en dehors de l'Université de France. Il n'est pas d'éducation plus fausse ni plus fatale à l'individu ; sa personnalité n'est plus rien ; et où l'on aurait pu trouver l'étoffe d'un magistrat, d'un di- .plomate, d'un parlementaire distingués, supérieurs même, on ne laisse plus qu'un instrument docile à ses projets contre la société civile et les conquêtes de 1789.
Les jeunes hommes en sortent sophistes, l'intelligence atrophiée, l'horizon borné, injustes envers une démocratie, qu'ils ne connaissent pas, et avec laquelle il faut vivre, si l'on veut compter dans son siècle, haineux et défiants, sans larges notions sur l'humanité, sur les masses qui arrivent au maniement des affaires par la mise en branle de toutes les activités, de toutes les intelligences ; — en somme, les jeunes hommes ont à refaire leur éducation, et peu y parviennent. Ce qu'il faut de patience, d'efforts, de recherches, de travaux, est inoui. Ceux qui le savent nous approuveront.
Et la femme ? Ici les ravages sont plus grands, parce que la femme, c'est la famille, c'est le foyer, les enfants l'avenir de la nation, l'alpha et l'oméga de toutes les bonnes choses. Les réformateurs, et ils ne manquent pas, ne réformeront rien, s'ils ne commencent pas leurs études en v réfléchissant, s'ils ne portent pas leurs
préoccupations sur cette grave matière, s'ils n'ont pas l'éternel souci de l'éducation des femmes. Eduquer, éduquer, le remède est là.
Les jeunes filles mûrissent trop vite dans ces établissements ; leurs illusions s'effeuillent trop tôt ; trop souvent elles y acquièrent des aptitudes diverses, ondoyantes et pernicieuses, qui tiennent à la fois de la créature à la mode et de la grande dame. Les impures huppées, les folles compagnes des fils de famille, ont tous les traits de nos filles et de nos cousines ; on s'ingénie même, dans le monde, dans le véritable monde, voulonsnous dire, h les habiller comme les dévergondées du quartier Bréda et des Champs-Elysées; une coiffure impossible fait-elle sensation autour du lac, dans l'avenue du bois de Boulogne, la demoiselle d'une grande maison sera parée demain de cette coiffure, et ainsi pour le reste. La famille prête sa complicité, on ne peut que le constater; et, devant cette décadence, devant cet oubli total des premiers devoirs, se taire, en faisant des vœux pour une éducation plus conforme à la nature de la femme, au rôle civilisateur, pacificateur et charitable qu'elle doit jouer dans la famille, le sanctuaire des fortes vertus et le germe des grandes pensées. On y viendra, — mais ce sera peut-être le cas de répéter une fois de plus ce mot fatal : « Il est trop tard. »
De Grammont-Caderousse, mort jeune, après avoir gaspillé son cœur et sa fortune, nous disait au sortir de rOpéra, où le mélange des toilettes et des classes de la société parisienne est étrange : « Je vous offre à dé- « jeûner au Champagne pendant un mois, si vous êtes « capable de distinguer la femme bien élevée, la femme
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« du monde, des coureuses et des bayadères. Tenez, « en voilà deux : l'une est une jeune dame du faubourg « Saint-Germain, de la meilleure compagnie, et tenant « par ses alliances aux plus nobles familles de ce pays ; « elle est un peu de ma ligne'e; — l'autre, je la connais, « comme tout le monde peut la connaître. Il n'y a, « quant à la mise, quant à certains gestes, au port gé- « néral de la toilette, aucune diffe'rence. Avez-vous fait p cette remarque ? »
La morale dans la bouche de Caderousse nous émerveilla ; ce fut une surprise. L'observation n'e'tait que trop fondée; mais le moraliste fréquentait beaucoup plus l'impure que la dame du meilleur monde, ce qui enlevait à sa critique, non pas sa raison d'être, mais son charme et sa sanction. Afin de poursuivre une étude si nouvelle pour lui, et si féconde en résultats, Caderousse soupa sans doute au Champagne avec la charmante fille libre. Amen !
La nature d'esprit, ou plutôt la nature d'éducation de l'abbé Dubois, nous a conduit à flétrir la manie contemporaine si coupable des mères de famille; que l'on ne nous accuse pas à la légère, il y a danger, et danger réel. Le plaisir de faire de la prose colletmonté n'aurait aucune excuse; ou voudra bien nous épargner cette injure; ce ne sera que justice.
Remontons, puisqu'il est temps encore, vers ce qui constitue la tradition nationale de l'éducation, vers la candeur, vers le jour, vers la vie, la force, la vérité, la santé, la pureté des instincts et des affections; ouvrons aux jeunes esprits, avec les livres des sciences humaines, le grand livre de la nature, dans lequel chacun
puisera ces enseignements supérieurs à ceux du maître, ces démonstrations plus éloquentes qu'une conférence et, alors, toutes les nobles parties de l'humanité s'épanouiront, l'âme reprendra sa véritable hauteur et la conscience ses élévations ; tout l'être sera préparé pour la vie, pour ses luttes, ses sacrifices, ses douleurs, ses mécomptes, son honneur, sa sincérité, son dévouement. Nous aurons peut-être moins de gommcux, moins de beaux fils, moins de poupées parfaites; — mais, par contre, nous posséderons dans la famille et dans la société des hommes utiles, des caractère fermes et droits, des épouses viriles, des conseillères et des amies : cela vaudra bien les brillants dehors que nous aurons sacrifiés. Quand la gangrène menace de monter au cœur et d'y étouffer les germes de la vie, le malade fait, sans arrière-pensée, le sacrifice du membre attaqué par le virus ; agissons de même, et l'éducation nous récompensera au centuple ; c'est là surtout qu'il est vrai de dire que les pertes sont des bénéfices, et quels bénéfices, si nous savons comprendre que l'avenir de la patrie est indissolublement lié à la suprême institution de la famille 1
Dans un livre où les ordures abondent par la nature du sujet que nous traitons, par la simple reproduction des pièces qui ont eu cours dans les ruelles et dans les rues, à Versailles, au" Palais- Royal, à Meudon, à Choisy, à Luciennes, partout où la femme transportait le rêve et la passion, — dans un semblable livre ne faut-il pas mettre l'amour près de la débauche, la virginité près de la corruption, la générosité prés de l'égoïsme, en un mot le coin le plus beau et le plus bleu du ciel en face
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des souffles impurs de la terre .-' La méthode rigoureuse n'a que faire ici. Allons au plus presse'. Le devoir parle et la conscience commande. Quand il obéit à sa conscience, l'écrivain digne de ce nom a le devoir de tenir les règles en médiocre estime. L'art est à ce prix. Une œuvre alignée au cordeau est une œuvre morte.
Dubois, — nous l'avons vu au commencement de ce commentaire, — ne fit point peser son autorité sur le Régent à l'occasion de la supplique présentée contre les Ducs et Pairs du Royaume. Il était urgent, presque indispensable, que l'on montrât Dubois dans le jour qui lui convient. L'histoire, qui ne vit que de vérités, qui n'a besoin que de preuves, gagne ainsi les domaines de la discussion, et l'évidence s'établit.
Laisser faire les souvenirs, sans influer sur eux, soit par le brusque rappel de certaines circonstances, de certaines amertumes, de nombreux déboires, d'amitiés trahies, de serments violés, de mauvais offices rendus au neveu, Philippe d'Orléans, auprès de son oncle, Louis XIV, faire table rase du passé, comme un bon prince et un homme loyal, — tel nous semble le travail intérieur qui s'accomplit, dès 171 5, dans la conscience du monarque intérimaire. Cette gestation est curieuse à plus d'un titre ; comme portée philosophique, elle va loin, et juge la haute morahté pohtiquedu prétendu criminel de mesdames de Maintenon et des Ursins ; comme portée gouvernementale, elle franchit des espaces plus grands encore ; en la fouillant avec soin, en serrant de près les conclusions qu'elle renferme, n'arriverait-on pas à la théorie moderne? Ne pas faire du gouvernement une chapelle, une église, y admettre
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toutes les since'rités, tous les bons vouloirs, tous les talents, et gouverner l'Etat comme une famille. — Nous voulons croire que le Régent entrevit ces choses ; son esprit était assez cultivé, non-seulement pour les apercevoir, mais surtout pour leur donner un mode d'application. Il n'est pas aussi rare qu'on le pense communément de rencontrer dans l'histoire des hommes nonprévenus, voulant le bien, y tendant sans parti pris, y marchant le front haut, et ne s'arrètant que devant les impossibilités créées par ceux même qu'on voudrait affranchir des préjugés tenaces de leur siècle. Ces esprits hostiles ruinent les projets entrepris dans leur propre intérêt. ,
Le passé ne se dressait-il pas à toute heure devant Philippe? Trop de cruautés l'avaient atteint, soit dans sa vie publique, soit dans son for intérieur; le mur de la vie privée^ selon l'expression désormais célèbre de M. Guilloutet, avait été franchi avec une rare audace, une extrême désinvolture ; trop de médisances avaient plané sur sa réputation d'homme politique et sur son intérieur des petits soupers, pour qu'il pardonnât avec une facilité évangélique, ne coûtant rien aux relations sacrifiées, aux amertumes subies ; ce passé tout récent, chaud pour ainsi dire des paroles enfiellées et des outrages sanglants, aurait pu envenimer ses dispositions. Il n'en fut rien. Il passa outre, non pas avec l'indifférence, l'insoucience narquoise, le mépris à fleur de peau d'un sceptique, d'un grand seigneur blasé, mais bien avec le sentiment profond de son innocence et de sa supériorité méconnues. Ce côté invulnérable, il sut le préserver; nul ne l'atteignit là; les flèches vinrent s'y
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émousser ; et, quoique lancées par des mains adroites, exerce'es, perfides, elles glissèrent : ce fut un satirique à la Juvénal qui eut le triste honneur, le dangereux courage, de les ramasser, La Grange Chancel, — et que fit le Régent? On le sait, — il pardonna.
L'histoire, cette dispensatrice en dernier ressort de la gloire et de la honte, jugeant le crime et les actes d'héroïsme, sondant les reins et les cœurs, comme le dit le rude langage biblique, ne s'arrêtant ni aux protestations ni aux feintes, n'aimant et ne recherchant qu'une chose, la vérité, — l'histoire doit lui savoir gré d'une retenue dans la vengeance. Les princes, d'ordinaire, sont enclins à venger comme gouvernants les injures reçues comme courtisans ou sujets.
Le dix-huitième siècle, amolli par la femme, tout entier livré à cette séduction de la beauté, de la grâce, du sourire,de la féerie d'un Olympe nouveau rempli de déesses à peine vêtues de gaze, circonvenu dans ses habitudes les plus graves par le goût frivole, spirituel ettracassier des ruelles, — obsédé par une idée fixe, plaire autant par la raillerie que par la passion, par un cœur emporté d'assaut à la suite d'une conversation brillante, par une blessure faite à l'orgueil d'une femme en vue, par les riens qui remplissaient les gazetins d'alors, par une fleur, une parole, un rendez-vous, le lever de matin d'une élégante, une médisance agréablement tournée, une réticence, un coup d'œil, — ce siècle qui devait finir par les exils, leséchafauds, les crimes, le sang et les larmes, allait d'un pas joyeux à ce spectacle affreux de la chute d'un monde, et son indolence
Traînait derrière lui comme ua royal manteau.
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Les esprits du XVIII<= siècle ne comportaient pas l'idée de suite, le plan mûri, exécuté de point en point ; la pensée, à ce moment, était beaucoup plus à la luxure, au racontars de boudoir, aux intrigues de l'amour, qu'à la conception purement gouvernementale. L'amour, oui, l'amour, voilà l'essence du siècle, son esprit, son souci, son plaisir, son dieu ; voilà cette poussière de roses recouvrant sa misère et ses bassesses, voilà son illusion dernière, illusion tenace, comme tout ce qui attache à la vie, comme tout ce qui ment avec les apparences de la vérité, comme tout ce qui donne le change à l'orgueil féroce des sociétés sur le déclin ; l'amour remplissait l'intelligence et l'âme, ks sens et les volontés de ces hommes et de ces femmes; et pourtant la vraie passion de l'amour, son dévouement, ses nobles angoisses, ses cris déchirants, ses effusions, ses adorations, ses impiétés, ses blasphèmes, ses génuflexions devant la nature, ses élancements vers l'infini, ses extases, ses ravissements dans l'être aimé, rien de cela ne marque la Régence, rien de cela ne se rencontre sous le Règne de Louis XV. Ces prétendus spiritualistes de l'amour, les Lauzun, les Gesvres, les Richeheu, les d'Epernon,sans compter les immondes vieillards papillonnant autourdesjeunesfiUes de la Cour, donnèrent le spectacle du matérialisme le plus sec, le plus révoltant. L'amour, ce mot qui revenait sans cesse sur leurs lèvres, n'était qu'un mensonge, l'imposture qui s'affiche, croyant emprunter les dehors de la réalité.
La décadence vint par les femmes, voilà ce qui explique les ravages du mal, et l'impuissance des remèdes. Frappée dans la famille, cette société devait périr. Et
l'amour ne lui servit même pas de linceul. Ces personnages vides et arrogants, ces désœuvre's, ces talons rouges, ces raffinés qui poussèrent le dandysme jusqu'à la folie de la parure, n'eurent à leurs derniers moments que l'instrument sinistre d'un docteur et la chaux vive des fosses publiques.
L'amour, profané pendant un siècle, soufflette dans la pudeur, dans la virginité, dans les retenues de Tintérieur de famille, dans les grâces d'une enfant de seize ans, dans les scrupules du cœur et les larmes navrantes des femmes affichées, torturées et indignées, — l'amour se vengea; et lui, si merveilleux dans le retour, dans le repentir et le pardon, il précipita les audacieux qui avaient osé porter la main sur son bandeau. Il n'est pas pour un siècle de fin plus triste, ni plus méritée. Le matérialisme, selon la belle image du poète Gilbert, fit comme le Temps, il s'endormit sur le monde détruit.
L'amour, ému par la pitié, effrayé par les pressentiments, partagé entre les craintes de l'avenir et les souvenirs douloureux du passé, — l'amour replia ses ailes : il avait entrevu la Terreur.
Et ce fut ainsi que s'effaça la société polie du XVIII« siècle, sans avoir connu de la vie ce qu'elle a de meilleur, de fortifiant et de caressant, — l'amour dans la famille. Le colosse aux pieds d'argile roula dans l'abîme qu'il avait creusé, léguant au XIX^ siècle, son héritier dans l'ordre intellectuel, les enseignements de sa grandeur apparente et de sa chute profonde. L'expérience a-t-elle servi .'' Sans répondre non , nous croyons que nul observateur ne nous accusera de pessimisme, en ajoutant qu'on pourrait en douter.
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A les examiner de fort près, à tenir un se'ricux compte des entraînements de leur double langage, — le cant et le slang, — le parler des rues et l'idiome des salons, à pe'nétrer dans l'intime de leur vie, à scruter leurs intentions, analyser leurs actes, et à reconstituer le milieu psychologique de l'époque, on ne tarde pas à accorder un semblant de circonstances atténuantes à ces hommes du siècle dernier.
Démoralisés par un long règne d'étiquette, portant les traces du collier des antichambres royales et ministérielles, sans parler des antichambres, moins excusables, des reines de la main gauche, des favorites de haute et basse extraction, les courtisans en étaient venus à perdre le sens moral : réussir leur suffisait. Cette oppression de palais, serre chaude où les plus beaux talents ne tardent guère à prendre le pli de la servitude, avait façonné d'une étrange façon les cerveaux de la noblesse. Quelques-uns, mais ce fut le petit nombre, se révoltèrent. Le duc de Luynes, interrogé aux petits soupers de Versailles, si M™^ la duchesse accompagnerait à Choisy M™" de La Tournellc, une Nesle qui allait remplacer, dans le lit du Roy, sa pauvre sœur M^° de Mailly, chassée et renvoyée brutalement à Paris chez les Noailles; — le duc, quoique désireux d'obtenir l'ordre du Saint-Esprit, eut le courage de répondre : « M™« la duchesse n'ira pas à Choisy lundi « prochain. » Cette fermeté fut isolée; et une fille de sang royal, W^^ de La Roche-sur-Yon, accepta l'invitation du monarque adultère. Comment voulez-vous que les têtes ne tournent pas aux plus hardis, en face de ces soumissions .''
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Il faut savoir gré de leur rébellion à ceux qui ne voulurent pas plier le genoux devant le demi-dieu des bosquets de Versailles, et qui se réservèrent pour d'autres amours.
Hélas! l'année 1728 ressemblait trop à 171 5 pour que la critique historique puisse effacer les hontes, les débauches, les nuits de plaisir, l'achat des vertus, le vêtement aux plis engageants, — série de fêtes où la chair nue, ruisselant sous les fleurs et les baisers, rivalisait avec la corruption de Tintelligence, dévoyée et comme perdue dans un monde de désirs et de sauvages satisfactions; ce fut le prélude des troubles, qui suivirent les enivrements passagers de l'autorité sans frein et des volontés personnelles.
Toujours est-il, et nous devions l'exposer, que le duc d'Orléans, homme de plaisir, mais réfléchi à ses heures de cabinet, s'inspirant sans doute des considérations qui précèdent, opposa aux revendications une formule où déjà perçait l'astuce, la rouerie diplomatiques d'un Fouché et d'un Talleyrand. Dubois n'avait-il pas en propre le flair du limier politique le mieux exercé de l'Europe .-' Sa complète réussite à La Haye et à Londres près du roi Georges, le démontre; — mais aussi, quel chenapan que ce Dubois, avec son juron ronflant, son f..... légendaire!
Pendant la Révolution, un pamphlétaire, qui avait au suprême degré le génie de la chose, Hébert, devait reprendre ce mot f..... et le mettre à toutes les sauces. Une autre époque a repris également ce vocabulaire ; le silence nous est commandé par le caractère tout littéraire de notre livre.
Tout s'enchaîne et rien ne se perd, tant dans les générations d'esprit que dans les traditions humaines ; et cet Hébert se servant, en terroriste et en niveleur, du terme de langue verte, slang pur, si coutumier au cardinal-archevêque, en est la preuve frappante. Disonsle de suite, Hébert, malgré ses fougues et ses idéologies, malgré son tempérament et ses utopies sanguinaires, valait bien le prêtre indigne de la sainteté des autels, l'homme sans probité, que la pourpre elle-même ne parvenait pas à cacher. — Pour valoir moins que ce Dubois (nous parlons de l'homme), il eût fallu descendre si bas dans la fange que personne n'y est encore parvenu.
Dubois et notre Commentaire sur la requête, font repasser devant tous une figure de connaissance, que nous retrouverons souvent dans les Ruelles^ celle du Régent de France; cette figure nous inspire une sympathie triste, si nous pouvons nous exprimer de cette façon. Nous ne sommes pas habitués à passer devant une grande ruine sans jeter un coup d'oeil très-attentif sur le passé, sur les tenants d'alors, sur les aboutissants d'aujourd'hui, sur les mille fluctuations de la politique de cour, sur les divergences appréciables de l'esprit, sur les problèmes sociaux, ces interrogations redoutables auxquelles un peuple opprimé sert de repoussoir puissant. Nous apportons dans l'étude partielle des pièces de ruelles la même attention qui est commandée par l'histoire grave, analytique, allant de l'événement à sa cause, et de cette genèse descendant la pente rapide des faits, réserve faite des responsabilités privées, des actions personnelles, des soubresauts de la morale pu-
blique et des réclamations énergiques de la foule.
La grandeur de l'école historique moderne sera d'avoir rompu la monotonie du récit, sorte de psalmodie où les dates et les noms propres tenaient lieu d'âme et de jugement ; de nos jours, — et ce progrès n'a rien d'étonnant — un simple couplet de ruelle donne matière aux judicieuses observations des scrutateurs, des commentateurs, des restaurateurs du passé; de ces rapprochements jaillit souvent une lumière éclairant les personnages, les époques, les choses de l'art et de la pensée, le travail sociologique du philosophe, les rêveries de l'artiste, les imaginations du conteur, les pointes malicieuses des bulletinistes et des grandes dames, toute la civilisation, tout le mouvement humain.
C'est ainsi, — et nous livrons volontiers notre secret à ceux qui seraient tentés de nous suivre dans la voie de l'exploration rationnelle, — que nous aborderons, que nous commenterons, en disséquant avec patience, toujours avec tolérance et respect, mais sans pitié pour les cyniques, les productions de ruelle, les couplets si abondants et si légers qui nous viennent du XVIIJe siècle, chansons piquantes et guillerettes, d'allure aisée, d'incroyable méchanceté, où l'on trouve l'abandon joyeux, où l'on respire le parfum sauvage d'une fleur éclose dans le ruisseau parisien ; — il y a dans ces études, dans ces recherches, dans ces analyses sur une société amie du plaisir quelque chose de pénible comme un pressentiment, quelque chose de douloureux comme un remords, et porfois, mais rarement hélas ! quelque chose de frais comme la jeune espérance.
Ah ! c'est que l'homme ne change pas impunément
les rôles dans la société, dans la famille, dans la nature, dans les relations et les sympathies; — au bout de chaque révolte se trouve une désillusion ; chaque crime appelle un châtiment ; chaque torture a pour effet, et pour effet quelquefois immédiat, un contre-coup brutal dans les profondeurs de l'être pensant et agissant; — l'homme, qui tire de ses plaisirs une vanité, de son orgueil une gloire, de ses révoltes une satisfaction, est châtié par les agents qu'il a mis en œuvre, que ces agents appartiennent à la nature ou à la société ; — cette vérité, austère peut-être, ressort surtout des expositions de ruelles, des études de mœurs, des regards jetés sur le décousu de la vie, le vide du cœi^r, l'égarement des intelligences. Et, — forcément — l'écrivain arrive h cette conclusion : que l'homme, moins fier, moins arrogant, moins olympien, sache incliner sa tête ; l'aigle, rencontré dans les cieux par un météore, incline la sienne, pourquoi donc l'homme seul se cantonnerait-il dans son indifférence ? S'il est de grande race, s'il a des ailes dans l'esprit et de la fîamme au cœur, l'homme tient moins à la terre, il plane dans l'infini avec plus de facilité.
Au XV1II« siècle, et notamment après le long règne de Louis XIV, après la domination, si impatiemment supportée, d'une femme dévote et formaliste, les hommes de Cour, la jeunesse dorée de l'aristocratie, les dames condamnées à la vie monotone du château, se ruèrent aux distractions, aux plaisirs, aux enivrements de la jeunesse et de l'amour ; — et les rires voltigèrent de nouveau sur les lèvres roses, et les illusions remplirent les cœurs, et les baisers se donnèrent et se rendi-
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rent avec le charme, la grâce, le renouveau, Timprévu d'un bonheur longtemps souhaité.
Alors aussi les passions se re'veillèrent ; le Mémoire parlementaire que l'on vient de lire courut les ruelles, propagé sous le manteaupar des magistrats mécontents qui en offrirent des copies; et ces copies tentèrent l'avidité des sottisiers, cette gent maligne qui trouverait dans l'écroulement d'un monde prétexte à bon mot, motif à raillerie, matière à chansonner. Et l'on chansonnait fort et dru, — et l'on besognait sans pitié.
Le Mémoire se répandit sournoisement, après les tracasseries suscitées au Régent par les membres dissidents de la Pairie, et par les personnalités remuantes du Parlement auquel venait d'être rendu le privilège, — ils nommaient cela un droit — de faire des Remontrances.
Mouffle d'Angerville nous a transmis le mot de la situation : « Un jour, le Duc d'Orléans, fatigué de tant '.( de contrariétés, répondit au magistrat qui lui parlait, « de ce ton grenadier qu'il se permettait quelquefois B dans la fougue de sa colère : Avez-vous fini ? Eh bien, « allez vous faire f.... — Le représentant de la Com- « pagnie, sans se déconcerter, lui réplique : Votre « Altesse ordonne-t-elle qu'on fasse registre de sa ré- « ponse 1 — Ce prince, que cette gravité ramène à lui, K change de langage et s'exprime avec la dignité qui lui « convient. »
Le passage, clandestin d'abord, ostensible plus tard, du Mémoire dans les offices de nouvelles et les bureaux d'esprit, indisposa fortement le Conseil de Régence ; mais l'œuvre étant déjà colportée par les buUetinistes à
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la dévotion des partis, il fallut se résigner, car de hautes influences contrebalançaient le pouvoir naissant du vainqueur de Lérida ; de là vinrent les amers souvenirs qui firent explosion bientôt, à l'instigation des Pairs irrités. Le Mémoire eut un grand succès de scandale ; le but fut même outre passe.
Avant de passer aux Gazettes hollandaises, aux brocards et chansons, aux ironies, aux malices féminines, nous allons faire une excursion rapide dans le domaine de la vie publique. La police des mœurs au siècle dernier eut son caractère de préservation sociale; mais aussi elle fut une arme dans la main de quelques courtisans habiles pour distraire un Roy naturellement triste; et Richelieu y tint jusqu'aux derniers moments.
Une pareille matière est délicate ; c'est là qu'il faut indiquer sans conclure. Les ruelles reçurent les confidences graveleuses des Rapports, car aux petits soupers du Roy il en transpirait toujours quelque chose: la joyeuse humeur des convives, — les femmes n'étaient pas exclues — brodait les plus folles arabesques sur un canevas ou s'épanouissait le nu; et le lendemain une plume de grand seigneur traçait aux sottisiers la besogne facile d'un couplet, d'une sanglante allusion, d'un racontar plus ou moins perfide. Les cahiers de ruelle qui sont entre nos mains ont gardé le sans-gêne effroyable de ces mœurs élégantes ; * la profanation de
• Notre livre, — et cela paraîtra à quelques uns une dérision, — ne vise point à supplanter les classiques de nos couvents de demoiselles ; après tout, le mal ne serait peut-être pas aussi grand qu'on le croit. Une telle lecture, faite à point, ne produirait aucune fâcheuse conséquence ; elle vaudrait mieux que les sous-entendus et les demi-jours de la puberté, ou les confidences mystérieuses d'une amie de pension.
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la vie privée y est complète ; les noms propres y sont prodigués ; ces divulgations prenaient leur source dans les Rapports à M. de Sartines, rapports aimés de Richelieu, qui les livrait en détail à tous les échos de la chronique scandaleuse. Et Richelieu, quoique président du point d'honneur, l'homme le mieux instruit des affaires de femmes que l'on rencontrât dans le
N'est-ce pas une expérience à faire? Si nous avions une fille, elle lirait notre livre. De très-sérieux esprits ont examiné cette thèse, à savoir si nos flUes ne devraient pas apprendre la science difficile de la vie, après une excellente éducation morale, cela va de soi, avec un guide assuré, une honnête mère de famille.
C'est égal, si nos Ruelles devenaient un classique féminin, Rabelais, de joyeuse et pantagruélique mémoire, rirait largement dans son tombeau, Qui peut savoir ? Nous estimons que les filles perdues par ce livre, — et le nombre serait minime — le seront d'une autre façon après le mariage, ou dès l'entrée dans le monde. Les natures saines, dans toute la floraison de l'esprit et du cœur, n'ont rien à craindre du libre langage.
Dumas fils, qui a bien voulu nous faire l'honneur d'écrire la préface de ce livre, trouvera sans doute dans cette idée la confirmation d'une théorie : moins soigner la femme proprement dite, développer davantage le sens moral de la femme, toujours délicate, toujours élevée dans ses premières aspirations, en faire la mère de nos enfants, éliminer les faux airs de cocotte et donner le pas au naturel simple, bienveillant, n'est-ce donc pas un idéal à poursuivre? — Dumas fils, notre maître, nous répondra; dès maintenant, nous acceptons sa critique, ses conseils et ses réserves; il connaît les tortures et les profondes amertumes de la femme, et mieux que nous il peut appliquer le remède.
La langue des ruelles au XVIII' n'eut aucun ménagement ; elle n'eut ni la chasteté du fond, ni la chasteté de la forme ; les fortes odeurs du ruisseau et les fines odeurs du boudoir, l'ambre et l'ail, la poudre parfumée des chevelures, les fleurs, les mots grossiers et les spirituelles reparties, tout se mélangea, le rire et le pleur, l'amour et la haine: n'est-ce pas là une peinture exacte de la vie? Et pourquoi nos enfants entreraient-ils désarmés dans la vie?
On peut poser cette question avec bonne foi, avec conviction, sans blesser la conscience, sans découronner l'âme humaine, sans porter atteinte aux droits sacrés de la famille. A d'autres le soin de répondre.
royaume, se trompa, il tomba dans un piège grossi'er le jour où les Nuits de Paris devinrent la proie des insulteurs gagés; on crut ne sacrifier qu'au scandale, au libertinage, et l'on jeta, au contraire, dans la foule les germes d'ardentes passions qui se traduisirent plus tard par des exils, des crimes, le renversement de la Monarchie, l'effondrement de la société, un voile recouvrant nos sourires, nos gloires, nos bonheurs.
Richelieu et ses amis mirent le feu à l'édifice dont ils avaient reçu la garde ; l'histoire n'est pas nouvelle ; et, quoique navrante, son expérience n'est qu'une lettre morte. Le XIX'' siècle est là pour l'attester.
Restaurer le passé, en faisant jaillir vives et abondantes de serhblables sources d'informations précises sur les mœurs, nous a paru préférable au rococo conventionnel qui s'étale dans le livre de genre, dans le roman historique, jusque dans la peinture. Mieux vaut l'exactitude, une exactitude aussi fouillée, aussi scientifique dans ses détails, qu'une belle pièce anatomique. La restauration du XVI II" siècle ne peut que gagner à l'abandon du rococo écœurant et stupide.