RI E PIERRE LES COT
resqiies. Aujourd'hui f.et engouement n'existe plus, et la rue Pierre Lescot est redevenue ce qu'elle n'a jamais cessé d'être, c'est-à-dire un des plus complets échantillons de la misère et de rahjeclion parisiennes.
En traversant la rue Pierre Lescot, on s'aperçoit qu'elle n'a rien perdu de sa physionomie impériale. Les devantures de boutiques, les enseignes, les ustensiles dont on se sert dans les cafés datent encore de 1806. Entrez dans la boutique de ce marchand de bric-à-brac, vous y trouverez des pendules à sujets mythologiques, des fauteuils avec des aigles sculptés , des vases d'albâtre , des canai^és carrés en velours d'Utrecht jaune, toute la défroque enfin des tapissiers de l'empire. Pendant le jour, cette rue n'offre rien de bien curieux ; elle est morne, silencieuse, obscure ; il n'y a là-dedans que des industriels nocturnes, des logeurs et des filles publiques ; je ne parle pas de cet établissement de bouillon hollandais qui est venu se fourvoyer, on ne sait trop pourquoi, dans cet endroit, et dont l'air honnête jure avec la mine peu engageante des autres établissements, hôtels pour la plupart sur la porte desquels on lit. eu caractères à demi effacés : Ici on loge à la nuit.
Le prix de la couchée varie depuis dix jusqu'à trente sous, suivant qu'on demande une chambre tout seul, des draps propres, ou qu'on se contente d'un lit de sangle dans un dortoir. Il y a dans certains hôtels une salle où l'on ne paye que deux sous; il est vrai que pour tout lit on a le sol, pour oreiller la muraille ; des cordes transversales séparent les dormeurs en deux rangs, s'il est possible de dormir en un tel gîte. Quel pandémonium de figures bizarres , de vêtements délabrés, doivent présenter ces tristes chambrées ! Les uns entrent en chancelant et se laissent tomber, ivres d'eau-de-vie et de fatigue, sur le pavé boueux où ils s'endorment bientôt; ceux-là sont les heureux de l'endroit, les habitués du logis. Ils ont passé leur soirée dans quelque estaminet borgne, occupés à boire l'argent gagné. Dieu sait dans quelle industrie, et maintenant ils cuvent leur vin; d'autres, groupés dans un coin, causent à voix basse et d'un air animé en montrant un paquet que l'un d'eux cache sous sa redingote : ce sont des voleurs qui attendent qu(; le jour soit venu pour aller partager le produit iVune affaire dans quelque carrière de Montmartre. Vovez-vous là-bas, adossé contre le mur, cet homme qui, les bras croisés contre la poitrine, r<ril fixé au jdafond, a l'air de it'lh'chir profondément; ses traits, jeunes encore, sont cependant llétris avant l'âge; ses vêtements ne sont pas déchirés, mais souillés de boue : c'est un ouvrier qui lait le lundi depuis trois semaines, et (pii voit venii- le uuuueni où, après avoir dissipé ses (Monnmies dans de crapuleuses distractions, il va être obligé de rentrer dans lateliei-. (Toi le reru(uds qui tient ses veux ouverts L'insomnie de son voisin ne peni èlre allribuée à la mémo cause. NonelialainuienI assis sur sa redingote cpii lui serl «le
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coussin, les mains cramponnées à la corde qui marque la frontière des deux royaumes , il balance le haut de son corps et regarde d'un air stupide le bout des semelles de ses bottes qui laissent voir un lambeau de bas ; croyez-vous qu'il songe aux moyens de se procurer des bottes neuves? Eh, mon Dieu, non ! notre homme est un ancien habitué du Cent- Treize devenu joueur de poule ; il rêve, tout éveillé, qu'il carambole à la roulette, et que la rouge sort dix-sept fois de la blouse. Un vieillard en cheveux blancs profite du peu de clarté qui règne dans l'appartement pour coudre son pantalon lézardé de toutes parts ; un enfant de dix ans, aux cheveux blonds, à la figure délicate, sommeille appuyé contre le vieillard; la fièvre de la misère a tracé un cercle bleu au-dessous de ses yeux; le pauvre enfant murmure quelques paroles entrecoupées ; il rêve peut-être à sa mère. Mon Dieu! qu'il soit heureux pendant quelques instants. Mais non, les lourds barreaux qui s'entre-croisent derrière la porte retombent avec fracas, car, quoique on paye à l'avance, l'hôtelier, par prudence, croit devoir retenir ses hôtes prisonniers toute la nuit, la serrure crie sur ses gonds : Réveillez-vous, gens qui dormez, et montrez vos papiers aux sergents de ville ; la police veut savoir s'il n'y a pas parmi vous quelque assassin, ou tout au moins deux ou trois voleurs. Le chef de la patrouille fait avec soin sa tournée dans la salle ; personne n'échappe à son coup d'œil vigilant, et rarement sa visite s'achève sans qu'il n'envoie quelques individus passer le reste de leur nuit à la préfecture. Après le départ de l'escouade, la porte se ferme, la chandelle s'éteint, le silence et l'obscurité régnent dans ce dortoir de la misère , sur lequel s'appesantit une atmosphère tiède et nauséabonde comme celle que l'on respire dans les magasins de vieux chiffons.
Dans la maison voisine c'est une autre scène. Minuit vient de sonner; le trottoir est abandonné ; ses habitantes ont regagné leurs pénates en compagnie de leurs hideux amants. Suivez de l'œil cet homme qui évite la clarté , et se glisse silencieusement le long des maisons ; le voilà qui s'arrête et fait entendre un faible sifflement. Aussitôt une lumière paraît à une fenêtre, une porte s'entr'ouvre , il va entrer; tout à coup des hommes cachés s'élancent sur lui et le garrottent , non point sans essuyer une vigoureuse résistance. Ce rôdeur nocturne est un assassin qui s'est soustrait jusqu'à ce jour aux recherches de la police; il ne rentre à Paris que la nuit et dans de rares intervalles; quelque agent aura surpris le secret de son rendez-vous , ou bien sa maîtresse l'aura livré elle-même; en tout cas, c'est l'amour qui l'a perdu. Au tumulte occasionné par cette lutte , toutes les croisées se sont ouvertes , et les compagnons du prisonnier, ses complices peut-être , la figure éclairée par les reflets vacillants d'une lampe fumeuse, regardent partir, avec colère et stupeur, cet homme qu'ils ne reverront que sur l'échafaud,
UlE PIERRE LESCOT.
Nous avons iiioiilté la prosliUition et la misère vivant côte à côte dans oette affreuse rue Pierre Loscot, la prostitution et la misère clans tout ce qu'elles ont de plus dégoûtant. Rien ne semble indicpier que ces deux cruelles sœurs veuillent faire ailleurs élection de domicile. Dans cent ans. à moins que le progrès ne nous ait débarrassés des voleurs et des filles publiques, on verra toujours là une de leurs colonies. Pour le quartdheure, la rue Pierre Lescot est VHie de celles que l'on ne traverse qu'avec
répugnance, et qu'oti ose à peine uduimcr, il faut (pi'il y ail dans sa ri'putalion quelque cbose de liieu ummiIc', puis(pM' ce fou qui voulait se venger à force de misère de l'iugraliludc de ses anns, (Iliodruc-Duclos. n'avait trouvé rien qui fût |)lus à la haulenrde se.-i baillons el ipii fùl mieux assorti à son di-nuemenl qu'un logement dans la rue Virrro Lcsvol.
TAXu.r. nKi.om.
En face l'un de l'anlre, et à une dislance de l,i07 mètres, deux monuments grandioses se regardent fièrement à la partie méridionale de Paris. L'un de ces monuments est consacré a la pins exacte des sciences, et les lois immuables du monde physique y sont étudiées ; dans l'autre , Les lois les moins stables y sont votées, et l'on y débat les hypothétiques cpiestions de cette science incertaine que l'on appelle la politique. Ces deux édifices, si différents par la forme et par la destination qu'on Uur a données, se nomment V Observatoire et le Palais des Pairs ou du Luxembourg.
L'Observatoire . ce gigantesque monument s'élevant à viug-six mètres et demi au-dessus du soi, ferait douter du goût de Perrault, si le Louvre n'étalait pas au centre de Paris sa belle colonnade.
Le Luxembourg, où l'ordre toscan se marie avec assez de bonheur à l'ordre dorique, est l'œuvre plus élégante de Jacques de Brosse, ce modeste et véritable artiste dont aucune biographie ne nous a rien transmis, ni le lieu de sa naissance.
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ni aucun détail particulier de sa vie, ni l'époque de sa mort; mais qu'importe le coin de terre où est né l'artiste qui honore tant un pays'? qu'importe comment a vécu, dans sa propre maison, celui dont l'existence laborieuse se révéla par des chefs-d'œuvre comme le portail de Saint-Gervais' qu'importe la mort d'un homme que ses travaux rendent immortel !
Soyons plus juste, sinon plus intelligent que la biographie : saluons , en passant dans le jardin du Luxembourg, l'ombre illustre de ce grand architecte quia nom Jacques de Brosse.
Entre le Palais delà Pairie et le Palais de la Science, entre ces deux masses de pierres , l'œil s'arrête agréablement sur des tapis de gazon , sur des plates-bandes fleuries, sur des quinconces épais, sur un vaste et pur bassin où se prélassent des cygnes gracieux, sur de longues et vertes allées de marronniers alignés comme des soldats.
L'allée de l'Observatoire, la plus belle des allées du Luxembourg, prend ce nom à partir des deux lions classiques que le bon goût de M. de Gizors, architecte du Palais des Pairs, ne tardera pas sans doute à faire descendre de leurs ignobles piédestaux. La ligne de clôture du jardin était encore, vers la fin de l'empire, à ces deux lions fabuleux ; et jusqu'à l'époque où furent supprimés les ordres monastiques, le terrain occupé aujourd'hui par l'allée, jusqu'à la grille de l'Observatoire, appartenait presque entièrement au couvent des Chartreux.
Dès que Jacques de Brosse eut achevé le palais du Luxembourg, Marie de Médicis, désirant un |)eu d'air et d'espace autour de sa belle construction toscane, céda, du côté sud-ouest, aux bons religieux, deux fois plus de terrain quelle ne leur en demandait à la partie nord de leurs propriétés. Rois et reines ont dû toujours faire bonne part aux hommes de Dieu! Avec de pareilles transactions, si le couvent ne s'arrondissait pas, il s'étendait du moins ; ce qui ne l'empêcha pas de payer bien médiocrement l'histoire de saint Bruno, cette admirable galerie de Lesueur. au sein de laquelle l'auteur alla finir ses jours attristés, comme un père se réfugie, dans sa vieillesse, au milieu de ses enfants.
L'alignement général qui a établi une seule pente de l'Observatoire au palais du Luxembourg est un des plus magnifiques embellissements tlont Napoléon ail dote Paris. Depuis la révolution, toute cette avenue, si plane aujourd'hui, était livri-e aux décombres. Les remblais avaient comineu((',à la v('rilé. sous le Directoire, mais ils n'allaient pas vite. i\apoléou imprima aux travaux une grande activilf', et une circonstance politique les mena à bonne fin.
Après les désastres de Bussie, l'emixTeur se préoccupait beaucoup des ouvriers de Paris. \\ appela au palais des Tuileries le préfet de police, M. Pas(juier, auteur d'un rapp(u*t secret siir la population ouviière. prête à se soulever, assurait-il, faute de pain.
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— Ne peul-ori, lui dit l'eiuperf ur, procurer de luiivia^e à ces braves geiisi'
— Sire, répondit le prél'et, pour satisfaire toutes les classes ouvrièi'es qui souflVent, il faudra beaucoup de couimandes.
— Eh bien! reprit Napoléon, que l'on aille au faubourg Saint-Antoine commander des meubles pour tous les monuments de la couronne ; qu'on parquette le Louvre. Tous les travaux seront à ma charge: ma cassette y pourvoira.
— Sire, c'est bien pour les ouvriers à rabot, à marteau, à industrie particulière,' et la sollicitude de votre majesté se signale en cette occasion comme toujours ; mais que ferons-nous des ouvriers qui n'ont que leurs bras '
— N'avez - vous pas de grands ouvrages de terrassement à faire exécuter?
— Userait bien facile d'en trouver, sire... Mais ces ouvrages se payent au comptant.... et de l'argent....
— Vous êtes préfet de police : vous devez savoir où il y en a, ou vous ne savez pas votre métier.
— Sire, la caisse du Sénat contient quatre ou cinq cent mille francs.
— Qu'on les prenne. Le premier corps de l'Etat doit, après moi, don ner l'exemple des sacrifices en faveur du peuple de Paris. Que la Couronne et le Sénat nourrissent la classe ouvrière; ce ne sera, après tout, qu'un prêté rendu.
Il n'y avait pas à répliquer Les cinq cent mille francs furent
demandés.
Les marteaux retentirent, les rabots gémirent, les scies crièrent dans toutes les salles du Louvre, au milieu des houras de vive l'empereur ! Des milliers de bras furent employés aussi à niveler l'allée de l'Observatoire ; mais nul n'y cria vive le Sénat !
Quand il puisa dans la caisse du Luxembourg, M. Pasquier ne s'attendait pas à devenir pair et chancelier de France : il est même probable qu'il donnerait sur les doigts de M. Delessert, si celui-ci osait aujourd'hui ouvrir les coffres de la pairie avec les rossignols de la police, pour donner de l'ouvrage aux ouvriers de Paris. La pairie est peu prêteuse ; aussi croyons-nous qu'elle saurait conserver ses économies beaucoup mieux que ne le fit le sénat conservateur.
A la droite de l'allée de l'Observatoire, depuis les lions jusqu'à la grille servant de clôture au jardin, on voit une vaste pépinière, triste coup d'œil à l'époque où ces milliers d'arbres, rangés par familles et dépouillés par la froidure, figurent, à s'y méprendre, des plantations d'échalas ou de balais ; mais d'un aspect ravissant, au contraire, quand le feuille, en se développant, fait de ce bas-fond comme un immense
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lapis verl à (.oiiipaiUmenb, i^ur lequel glisse le regard des pronieneiirs.
Le terrain inférieur, taisant pendant à celui-ei, sous la contre-allée de gauche, est occupé par un jardin où les étiquettes, écrites en latin, rivalisent d éclat avec les fleurs. C'est un jardin botanique servant aux études des élèves de la Faculté'.
Cette longue, large, admirable allée de l'Observatoire est parcourue quotidiennement par les rentiers du faubourg Saint-Germain, plus haut placés que ceux du Marais sur l'échelle hiérarchique du trois et du dn(j. C'est la promenade favorite des juges fatigués de leur sommeil de l'audience, des conseillers retraités, des avocats invalides : on pourrait la uomuiev lu jjetite Provence de Thémis. Les amateurs d'antiquités peuvent y aller voir Imis les soirs, de six à huit heures inclusivement, la dernièie culotte coin te de l'ai'is. porti'e par un honorable professeur de l'école de
droit. Les douillettes puce, ces paletots élégants de nos aieux, y sont encore visibles parles belles g(?lées de févriiîr; enlin, on y suit de l'o'il avec curiosité, comme une chose dautrefoi.s , le dernier des carlins, tenu en laisse parla dernière des chanoinesses, qui emportera avec elle dans la tombe cff uuiqiu* survivant d'une espèce délruile.
l'armi tous ces personnages à la démarche grave et uu'suree, l'aller de l'Observatoire est vivement arpentée, trois fois par semaine, le
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diinanclie. le lundi et le jeudi, par des couples joyeux détudianls el de grisettes qui voiil d'ua pas rapide el dégagé, lieurtaut du coude el du langage, juges iinpoteuts et douairières pudiques. Eli bien! franchissons avec ces hardis et aventureux voyageurs la grille du Luxembourg, cette limite du monde, ce nec plus ullrà des promeneurs habituels. Elançonsnous aussi dans Vavenue de l'Observatoire.
Au son du piston qui retentit, les couples légers s'envolent sous les quinconces à la gauche de l'esplanade ; ils se précij)itent dans un établisse ment rival de la Chaumière. 0 glorieux saint Bruno ! qu'est devenue votre sévère Chartreuse ? (}\\'a-\.-oi\ fait de votre discipline? S'ils revenaient au monde, ces ïiioines de votre ordre rigide; s'ils parcouraient ces lieux consacrés par eux à la prière et au silence, où éclatent aujourd'hui les cris de la folie, les rires immodérés, que penseraient-ils, hélas!... que diraient-ils devant ces danses lascives, à ras[)ect de cette licence que ne peuvent comprimer des escouades de sergents de ville ?... Encore une fois, hélas!... ils s'envelopperaient dans leur froc...., s'ils ne le jetaient point aux orties !
Notre pudeur ne nous [jeiinet pas d entrer dans ce lieu de perdition; mais, connue le paysan qui risquait un œil, nous avons osé y jeter un regard furtif et curieux :
A la Chartreuse comme à la Chaumière, l'élève en droit joint ci l'étude des six codes la pratique du code de l'amour; l'élève en médecine vient y faire son cours de phrénologie, en étudiant les protubérances sur nature; bien d'imprudentes jeunes ûlles y commencent ou y entretiennent, en formant la chaîne, de coupables liaisons Et l'hospice de la Maternité est à la distance d'un carré de contredanse.... ; et l'hospice des Enfants Trouvés est à la longueur d'une course de galop.... ; et à quelques pas plus loin, est le Couvent des Filles repenties I . .
Mais, comme pour me distraire de ces tristes réflexions, une voix me crie gare ! et une énorme boule, lancée avec vigueur, passe à deux lignes de mon tibia. Heureusement le joueur n'était pas adroit; il m'a manqué. Quelle imprudence, aussi, d'aller me planter sur un terrain dévolu aux joueurs de boules! Ces quinconces ne sont-ils pas leur propriété? Les dynasties finissent, les trônes s'écroulent, les révolutions s'accomplissent; et ces honnêtes citoyens restent impassibles, spus le fardeau de leurs boules jumelles... plus forts qu'Atlas, qui n'avait qu'un monde à porter.
— Depuis quarante ans ce sont les mêmes joueurs, me disait un jour un habitant du quartier.
— Oui, lui répondis-je ; comme le couteau de Jeannot était toujours le même couteau. Tantôt le pointeur abdique le cochonet pour cause de rhumatisme, et un poinleur en expectative prend alors sa place ; tantôt le hiUeur meurt de vieillesse et cède ses boules à un surnuméraire, .\ujour-
8r> ALLEE ET AVENUE.
♦riiiii la lame esl usé*', demain le manche se brisera. Joueurs et couleai
toujours la même liistnire.
Avant de continuer noire ascension vers l'Observatoire, jetons derrière nous un long regard de satisl'action dans la rue de l'Est, où les belles maisons s'élèvent par enchantement, où de larges trottoirs témoignent de la sollicitude munici[)ale. Remercions encore l'édilitë parisienne, qui a doté de conlre-alii'ês viables le boulevard Mont-Parnasse, cet ancien détroit inlVanchissable au temps des neiges et des pluies.
Et maintenant découvrez-vous, hommes d'intelligence ! Vous avez Port-Royal à votre gauclu; ; voilà roml)re de Nicole, voilà celle d'Arnauld; voici, grande entre toutes, l'ombre de Pascal, cet immortel et implacable adversaire des jésuites! Incertain, tourmenté, s'agitant toujours sous le doute, signalant la Foi comme la souveraine du monde, mais ne pouvant C()urber devant elle sa raison malh(''mali(pu' : tel lui Pascal de sou vivant; tel ses livres nous l'avaient numtré; tel surtout il nous appaiail, aujourd'hui (pie de pr(''(ieuses trouvailles tuit restituera c<' rnn/anl sccptiiiuc un grand uumluc de ses pensées, IcunlM-es sous les ( iseaux sacrilèges de l'abbc' l'crriiT et du duc dr Hoanurs. •
Pendant la rèntdulion, l'abbaye de l'uil-ltoyal prit Ir nom de l'ort-Libie: ironie admiuislrali\r ibuit s'amusèreiil braucouj) Ir- suspects ipi'on \
DE 1/UBSEllVATUlRE. S7
reiif'enna ; c'est aujourd'liui le triste port des l'eimues en eouclie, le leriige des femmes enceintes après leur huitième mois de grossesse. Mais ne peut-on faire le bien sans humilier celui qui doit en protiter' Les malheureuses qui veulent solliciter l'aumône d'un lit de douleurs sont forcées de demander en rougissant où est la rue de la Bourbe. Ce nom ignoble ne peut-il donc pas être remplacé par celui de Port-Royal, riche de souvenirs glorieux? — Si les jésuites sont encore à ménager, pourquoi ne pas adopter l'appellation significative de rue de la Maternité '"
A peine entrés dans la vie, les pauvres orphelins sont enlevés aux embrassements de leurs mères, et transportés à quelques pas de là, dans la rue d'Enfer, à l'hospice de V Allaitement ou des Enfants Trouvés. Ainsi la première course dans le monde, pour ces créatures sans nom, c'est la largeur de l'avenue de l'Observatoire ! Elle ne l'ignorait pas, cette pauvre mère qu'on vit un jour, à sa sortie de l'hospice de la Maternité, aller s'agenouiller à la porte des Enfants Trouvés, avant de se replonger dans cette ville immense où, trop souvent, la misère et la honte étouffent le remords d'une faute, et jusqu'au souvenir d'un fils abandonné.
Après la rue d'Enfer, l'avenue est traversée encore par la rue de Cassini, baptisée par le nom d'un savant Italien dont nous dirons bientôt les titres au souvenir et à la gratitude de la ville française.
Nous voici enfin au terme de notre course, devant l'Observatoire, ce fastueux monument élevé à l'astronomie par la magniticeiue du grand siècle. Louis XIV avait choisi lui-même cet emplacement, et les Chartreux, dont les propriétés s'avançaient jusques-Ià, ne voulaient pas céder de terrain ; astronomie et astrologie se confondaient dans l'esprit des religieux ignorants; quant aux religieux érudits, et il n'en manquait pas, ils se souvenaient du tamen movot de Galilée ; aussi redoutnient-ils de nouvelles révélations astronomiques.
Mais Louis XIV savait dire : nous voulons! Et bientôt Cbn.de Perrault fut chargé par Colbert de fournir les de.3sins de cet édifice.
Commencé en 1067, il fut entièrement achevé en IfiT'i. Le jdan est un rectangle de trente mètres dans sa plus grande dimension de lest à l'ouest, et d'environ vingt-huit mètres dans sa dimension du sud au nord. .\ux angles de la face méridionale primitive sont deux tours ou jiavillons octogones, qui donnent plus de développement à cette face. Du côté du nord, est un avant-corps de huit mètres de saillie, où se trouve encore la porte d'entrée.
l n astronome italien, Cassini, fut appelé à Paris pour donner ses idées à Claude Perrault; mais, quand il arriva, le bâtiment était déjà élevé jusqu'au premier étage. Tout en approuvant la solidité de rédifice, l'astronome étranger ne put donner son assentiment à une disposition de salles qui ne répondait en aucune façon aux nécessités de la science. Larlisle