‹ Les rues de ParisChapitre 25 sur 65 · RLE NOTRE-DAME-DE-LORETTE · texte numérisé non relu

RLE NOTRE-DAME-DE-LORETTE

cette rue n'exhale pas comme un parfum exotique; traversez-la par une de ces belles journées de juin ou de juillet, durant lesquelles l'asphalte des trottoirs se liquéfie et bouillonne, une de ces journées que M. Arago distribue d'une main si avare au pauvre et grelottant peuple de Paris. Voyez comme la brise se joue follement dans les grands peupliers delà place Saint-Georges; chaque fenêtre, chaque balcon, s'abritent coquettement derrière des stores de coutil aux éclatantes couleurs. Les pavés secs et luisants ne sont guère effleurés que par de séduisantes bottines de satin qui courent , légères comme la Camille de Virgile, au rendez-vous où les attendent, d'une semelle impatiente, quelques triomphantes bottes vernies du voisinage. Les petits oiseaux se baignent amoureusement dans les ondes limpides de cette fontaine qui cascade doucement devant la porte de M. Tiers. Un silence voluptueux plane sur toute la rue, silence que troublent à peine les échos affaiblis des gammes et des roulades perlées de mademoiselle Nau, ce gosier mélodieux de l'Académie royale de Musique. — Or, dites-moi, vous croiriez-vous à deux minutes des boulevarts et à trois pas de cet horrible faubourg Montmartre, bruyant et encombré comme une grande route de l'enfer? Et n'est-ce pas là, bien plutôt, le signalement d'une rue italienne ?

La rue Notre-Dame-de-Lorette est habitée surtout par des artistes et par d"e jolies femmes; et ce sont, il faut le dire, les seuls locataires qui lui conviennent tout-à-fait.

Rufîon prétend quelque part, dans un de ses admirables livres, qu'on reconnaît sans peine les goûts, les instincts et le caractère d'un oiseau, à la façon dont son nid est arrangé, et aussi lorsqu'on examine le lieu où il a été construit. Cette observation peut également bien s'appliquer à l'homme, cet autre oiseau, à deux pattes et sans plumes, selon la lidicule définition du divin IMaton. C'est ainsi (pie, de temps immémorial, un confiseur fait son nid dans la rue des Lombards, cette rue parée de sucre candi, où les ruisseaux roulent incessamment des sirops hors de service, et où l'atmosphère est toute chargée de miasmes à la fleur d'oranger. Suivez cet agent de change sorti sain et sauf, ce qui est rare, des charybdes du report et des scyllas du fin courant, où se loge-t-il, sinon dans la rue delà Victoire et dans la rue delà Chaussée-d'Antin, l'endroit de Paris où llorissent, en plus grande quantité, ces petits hôtels à deux étages, situés entre une ombre de cour et une apparence de jardin, et qui sont, sans contredit, la dernière expression du luxe boursicotier?

F""t pour peu que vous passiez en revue, et l'une après l'autre, chaque partie de la ville, vous vous convaincrez, qu'à fort peu d'exceptions près, Paris est, à cette heure, ce qu'il était il y a des siècles, divisé en quartiers où les corporations restent parquées, pour ainsi dire : les quincail-

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liers, sur le quai de la Ferraille; les opticiens, sur le quai des Lunettes ; les libraires, dans le faubourg Saint-Germain ; les fripiers, au Temple; et les ébénistes, dans la rue de Cléry. A ces causes, la rue Notre-Dame-de- Lorette, la seule rue poétique de Paris et l'une de celles dont les allures sont le plus aristocratiques, la rue Nolre-Dame-de-Lorette, disons-nous, appartient, de toute justice, aux artistes et aux jolies femmes, les deux seules aristocraties réelles de ce bas-monde, l'aristocratie de l'intelligence et de la beauté.

Nous avons dit précédemment, en parlant de la rue dont on nous a constitué Ibistoriographe, qu'on ne lui connaissait ni antécédents, ni origine ; c'est une faute. Qu'elle ne possède pas le plus petit bout de parcbemin, soit; tout le monde ne peut pas posséder des parcliemins : sans cela, il n'y aurait plus de nobles possibles: car, la noblesse ne consistant, après tout, (jue dans le seul droit de ne pas ressembler à tout le monde, s'il arrivait qu'un jour tout le monde pût se dire noble impunément, les véritables nobles seraient alors ceux qui auraient eu le bon esprit de rester roturiers.

Donc la rue Notre-Dame-de-Lorette ne possède point de parcliemins ;

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