‹ Les rues de ParisChapitre 27 sur 65 · Ô6 RUE NOTRE-DAME-DE-LOHETTE · texte numérisé non relu

Ô6 RUE NOTRE-DAME-DE-LOHETTE

on y exécute des concerts où certes les anges qui remplissent les fonctions de maîtres de chapelle dans le paradis doivent puiser d'excellentes leçons. Les tableaux eux-mêmes ont tous un certain air qui repose l'œil et le réjouit agréablement. La sombre écolo des Vélasqiioz et des Murillo, avec ses instruments de tortures, ses bourreaux demi-nus et ses victimes pantelantes, est sévèrement bannie de ce paisible lieu, où l'on ne rencontre que déjeunes vierges calmes et souriantes, aux blanches épaules, et aux regards doucement voilés.

Après tout, et pour parler sérieusement, cette église tant blâmée est fort bien comme elle est, et c'est ici le cas de dire que tout est pour le mieux dans la plus charmante des églises possibles. Transportez ^otre-Dame à l'extrémité de la rue Laftîtte, et voyez un peu quel énorme contre-sens de pierre ce serait-là ! il y a dévotion et dévotion, comme il y a fagots et fagots : il est évident que la dévotion de la Chaussée-d'Antin ne ressemble pas du tout à celle du faubourg Saint-Germain. Celle-ci veut un lieu grave et sombre, plein de silence et de recueillement, où l'âme puisse s'élever à son aise et voler en paix vers le Seigneur. Celle-là, au contraire, la dévotion rive droite, réclame impérieusement une mise en scène pompeuse : il lui faut de l'or, des parfums et des fleurs; l'une prie avec sa tète et l'autre avec son cœur. — Une grande partie de la clicntelle la plus assidue de Notre-Dame-de-Lorette se recrute d'ailleurs dans le théâtre royal de la rue Lepelletier. On y remarque encore les prie-Dieu, garnis de velours, de Thérèse et de Fanny Elssler ; les deux sœurs Dumilàtre, ces deux jeunes ballons de tant d'avenir, assistent régulièrement, chaque dimanche, à la grand'messe de midi; mademoiselle Forster y montre deux fois par semaine son adorable profil de vignette anglaise, et madame Stoltz ne crée jamais un rôle sans faire dire auparavant cinq ou six messes pour le repos de son succès — Comme on le voit, l'église Notre- Dame-de-Lorette pourrait, au besoin, troquer son nom contre celui de Notre -Dame-de-l'Upéra.

La rue Notre-Dame-de-Lorette se pare avec orgueil du square Saint- Georges; c'est son éden, son oasis, le plus riche joyau de sa couronne. Cette petite place, qui n'a pas sa pareille dans tout Paris, se compose d'une fontaine dont la naïade est un factionnaire, de quelques hôtels élégants et d'une maison qui semble, je ne dirai pas construite, mais brodée par la main desf(;es. C'est de la pierre de taille passée à l'état de guipure, et j'ignore si le ciseau divin des grands artistes de la renaissance a taillé quelque part un diamant dont les fiumes soient plus svelles, plus gracieuses et aussi pures. — Un des hôtels du square Saint-Georges est habité par M. Thiers. ("est là qu'il vient passer srs vacances ministérielles; c'est là que les caprices de la Couronne, |tHiir nous servir d'une iiM'taplifir*' iiailcuM'Uliiiri- ;i l'usage (]('■> grands journaux, re\ilcul chatpie

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iiiiiicc. cl d'dii CCS iiiciiics (:;i|»riccs le niinicllciil t(tiis les dix-liiiil mois. Li^s lialiilaiitsdn (|iiai"tici-(|iii, [ximla plu pari, ne s"o(:cii|ient };nerç de polilupie, sortent (juchpiefois de leur apathie, mais seulemcnl pour ce qui cunceiiie M. ïliiers. Ou se doit bien cela entre voisins. Voulez-vous savoir au juste si l'ex-présideiit du 1*2 mars doit, ou non, faire partie du procliaiu renianieuieiit ministériel ' demandez aux voisins combieu de voitures statiounent à sa porte le soir. Si une longue tile d'équipages armoriés serpente an loin dans la rue, pariez hardiment pour M. ïhiers ; mais si, au lieu (["équipages, les voisins constatent la preseuce de quelques misérables chars numérotés, traînés par de maigres haridelles, soyez sûr que l'auteur de l'Histoire de la Révolution Française n'a point fait sa paix a\ec la Couronne. En attendant (jue M. Tliiers (juitte une cinijuienu" lois sa palazzina de la place Saint-Georges pour l'hôtel de la rue des Capucines, il charme ses courts loisirs en composant une Histoire de l'Empire, achetée ciu(| cent mille francs d'avance. — C,iiu| cent mille francs! qu'on vienne encore nous chanter les louanges de l'ère d'Auguste et du siècle desMédicis. Tout en face de M. Tliiers, un spéculateur spirituel, et qui comprend les nécessités de son époque, a fondé un établissement de bains dont le besoin se faisait vivement sentir. Cet établissement est à deux lins. — Le iu>mbre des femmes qui s'y baignent est considérable; mais le nombre de celles qui sont censées s'y Itaiguer l'est cent fois plus. Règle générale et intlexible : il n'y aura de sécurité conjugale (jne du jour où tous les établissements de bains seront fermés par ordi'e et remplaces par un svsteme de baignoires à domicile. Une fenmie qui sort le matin, eu (lisant (pTelle va au bain est ou une femme perdue, ou une femme qui se perd, ou nue femme qui veut se perdre. Ceci me rappelle un mot de la marquise de L.. inie des plus spirituelles et des plus jolies marquises de ce temps-ci. Elle avait paru désirer une salle de bain dans son appartement. M. de L. s'empressa de réaliser ce caprice qu'il goûtait pour mille raisons : la marquise fut ravie. Les choses allèrent ainsi durant quchpies mois, après quoi la marquise reprit son train de vie ordinaire, préférant à sa coquille de marbre blanc ciselé, l'ignoble baignoire en zinc des bains à vingt sous. Lu matin, le marquis se présente chez sa femme et ne la trouve pas; (»ii est-elle? — Madame est au bain, dit la Mariuetle de l'endroit.

— Au bain ! répète le mari... Au bain ! c'est singuliei'! Sur ces entrefaites rentre la marquise de L.

— Vous arrivez du bain? demande le mari, moitié tignc. nutitie laisin

— J'en arrive.

— Est-ce que votre salle de bain vous déplairait, par hasard '

— Allons donc! elle est d'un goût charmant. Et d'ailleurs. ii'esl-( c pas vous (|ui eu avez surveillé l'airangementî'

— .Mors m"expli(|uerez-vous ''...

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