‹ Les rues de ParisChapitre 34 sur 65 · IIIK DE LA PAIX · texte numérisé non relu

IIIK DE LA PAIX

\ eiulùnie |)oiu- alk'i" chez le "énéral d'Augeranville, Ijeau-trere il A- It'xaiulreBerthier (depuis maréchal de l'empire, prince de Neufchàtel, etc.) cl ami de mon père; mais les ravages de la révolution empreints sur les monuments, sur les statues et jusque sur les dalles de cette place, tirent sur moi une impression si profonde, que je crois les voir encore, hien que plus de qnarante-six années se soient éconlées depuis.

Napoléon, alors qu'il était chef de hataillou d'artillerie, allait souvent chez M. d'Augeranville. Un jour, que mon père y avait dîné avec Berthier et plusieurs officiers supérieurs, nu convive fit la motion d'aller prendre des glaces à Frascati. Cette proposition ayant été immédiatement appuyée, toute la compagnie se leva. Ce soir là. Napoléon donnait le hras à madame Tallien. En déhouchant sur la place Yemlùme (pii était somhre et sur laquelle on ne voyait passer, de temps en hMups, t\\w (pielques promeneurs solitaires. Napoléon s'arrêta, et se retournant pour adresser la parcdc à M. d'Augeranville (|ni marchait en ce moineul à côlé de mon père :

— Mon ^cnéral. hii dil-ii, votre place est siipeiite; mais il lui laudrail im centre et un penjile. Telle (|ii'elle esl à présent, »(• n'est qiMliie helle femnu; sans âme.

— Le règne des slalnc^s est passe, lepartil M. il Aii-eriin\ille, et je ne vois pas trop, mon cher ((unniaiMlant, ce (pion poinrait mettre la.

— Lne colonne connue celle de Trajan, a Home, reprit \ap(deon ; ou

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bien un sanopliiiiic ininuMisc, di^stinc à coiitciiii" 1rs cciKlrcs des ^^laiitls capitaines (le la réitnl)li(jiu'.

— Votre idée est bonne, coniinaiidant, dit à son lonr madame d'Angcranville; moi, je pencherais poni- une cidonne.

— Et vons l'aurez un jour, madame, répondit en souriant Napoléon que le voisinai;!' de la belle madanu' Tallien rendait plus e\|>ansir ipie d'habitude; vous l'aurez : seulement, laissez-nous, lîertbier et moi, devenir généraux en chef ! . . .

— Ma loi! ceseraun beau révepouiMuoi, lit Ijerlliiei-duu tond'incrédulite.

.Moins de douze ans après, le rlief deltalaillon d'artillerie, devenu empereur, posait sur cetti» même place la première pierre de la (lobmiu' dédiée à la (irande Armée, et l'ondait, a quebpies centaines de pas plus loin, le Temple de la Ciloiie.

Le soni^e du futur prince de \Vai;i-ain était réalis<'.

Avec ce coup(r<eil d "aii^le cpii le caracti'risail, Napoléon, des (pnl liil empereur, vif tout d"un con|» le parti (piil poiivail lirer. pour l'cmbellissementdesa grande ville, des terrains et des ruines (|ue la révolution lui avait lègues. Il médita la résurrection de la place Vendôme avec ses trophées, sa majestueuse <'t royale splendeur; il jeta, par la pensée, sur les landes d'un jardin sans arbres et sans verdure, une rue comparable aux plus belles voies publiques des plus belles ca[)ilales modernes.

Eu ISdtiles ingénieurs nivellent le sol des Capucines, tandis (jue Lepere et (londouin, aicbilecles, posent les roinlalions de la Otlonne de la Grande Armée, sur le pilotis établi jadis pour la statue é(|uestre de Louis XIV.

La mémorable campagne de 180."), couronnée si dignenienl parla victoire d'Austerlilz. suggéra à Naiioléon l'idée de voter, à l'exemple d'Antonin et de ïrajan, une colonne monimientale à son armée; et cette vaillante armée et cette admirable campagne mérilaieuL bien un tel honneur; jugez : en 1805, l'Autriche, la Uussie et l'Angleterre forment uiu' troisiénu' coaUtion contre la France. Le 50 septembre, Napoléon passe le lUiin, et harangue l'armée de cette héronpie façon que vous savez, et qui enfante des héros et des prodiges; le IT) oct(d)re, il attaque la ville d'illm, et la capitulation de Mack, dueaux savantes combinaisons de l'Empereur, porte l'épouvante dans tonte l'Europe' monarchi(jue ; Nurend)erg, Lowers, Amsteltem, Marienzeh, Prassling etinsprnck servent à baptiser de nouvelles victoires; le li novembre. Napoléon fait son entrée à Vienne; le 10, il chasse les Hussesde Brum ; eiilin, le '2 décembre, il livre la fameuse bataille d'.Vusterlitz.

r,e j(uir-là, deux grands s(uiverains se mettent a l;i discrétion du vain <|ueur, après avoir perdu douze giMo-ranx. (piar;\nte-cin(| drapeaux, et cent cinepiautc pièces de canon

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Grâce à la halaille dAiisterlilz, Napoléon est recoiiim roi d'Ualie ; la Toscane, Parme et Plaisance sont rénnies à l'Empire ; le grand-iluclié de Herg devient nne province française, et remperoiir d'Alfcmagne est forcé d'oublier le titre (jue portait Charles-QuinI, pour ne plus être (pi'un empereur d'Autriche.

Voilà ce que l'on appelait une campagne, en 1805.

Le destin semble se manifester encore dans la nouvelle crealion du génie de Napoléon. En creusant les terres, en jetant çà et là les fondements des riclies édifices et des élégantes maisons qui doivent l>order la rue de la Paix, on rencontre lesvestiges d'une voie romaine, ou découvre le sarcophage d'un centurion romain [Ceins Agomarus ; et, dans des vases d'airain, enfouis sans doute depuis l'expulsion des Romains de la (lanle, (Ui retrouve un grand nombre de pièces d'or et d'argent du temps de Jules Gésar, d'Antonin-le-Pieux, de Marc-Auréle, de Trajan et de Titus. L'eftigie des héros delà Rome impériale semblesurgir de terre [lour saluerlavenement au trône de France d'un guerrier magnanime, (pii réunit dans sa personne le génie militaire de César, la sagesse d'Antonin, la justice de Marc-Auréle, la grandeur de Trajan et la justice de Titus. Napoléon veut encourager la construction des édifices dans le nouveau cpuirtier ipiil a créé. Il alfrancliit d'impôts, pendant (piinze ans, toutes les maisons (pii s'élèveront dans cette nouvelle voie parisienne ; il accorde de grandes facilités pour le paiement de ces terrains tpii appartiennent au domaifie. dette double faveur produisit les plus heureux résultais; ce fui à (|iii concourrait, parmi les riches citoyens de Paris, à orner de s[)len(lides demeures la rue que la reconnaissance de la ville de Paris baptisa du nom de rue ytijKiléoii.

Les vastes et massives constructions du couvent des (;a|»ucines avaient échappé, en partie, au marteau révolutionnaire, et la rue Napcdéon, en |>ercant le cloître par le milicMi, avait laissé, à droite et à gauche, de nombreux bàlinu'uts manjués au C(tin de la grandeur de Louis XIV. Les deux ailes de ce cloître, séjjarees de leur giron connuuu, ne seront pas perdues pour l'utilité publique, et les deux tronçons de ce serpent de pierre auidiil bientôt une destination utile. Dans celui de droite, dans le local même où sous la Convention on improvisait les trésors de la l'rance. en éditant des assignats, on installera l'administralion du tindu-e iuqx'iial; dans celui d(! gauche, on logera une compagnie entière de pmnpiers. C'est ainsi que l'asile des saintes filles consacrées à Dieu, sera désormais l'apanage de la sûreté publi(pM'; le bruit du timbre d'airain qui s'appesantit cent fois par minute sur des uinntagues de papier reuqdacera les (liants seraphi(pies des imunes; el le tambour i\vs pnui|iiers restuiuera sous les arceaux d'un cloître où l'on u'enleiidait jailis que les xuipirs des novices pinuiises aux chastes solennités du sanctuaire.

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Une coiupjitiiiit' de s;i|)t'iirs-|)oiii|»itM's de l;i villf de l'iiris. ;m iiduiIh»' tic ceiil lioiuiiK^s. a ctc cascrm'C dans cctio |)artii' du clnitrc d('|)iiis la loiulatioii de la nie ISOli . On y a fait aussi une lacadc (|ni liannniiisf le bâtiment avec rascliilcduic ^cncM-aic de la nie 11 ncst point Ikhs de jM-opos de i-clater ici nn l'ait (pii honore ce corps delile. Tonte lannee. a neuf henres i\n malin, la caserne de la rue i\t\ la Paix distribue des

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soujK's aux pauvres. Toutes les casernes de pomj)iei"s se sont empressées de suivre ce noble exem|)le d'humanité qui date de 1817. irest ainsi que chez nous les soldats les plus intrépides se montrent aussi les citoyens les [dus charitables.

Le 25 août 180G, le ministre de l'intérieur vient, au nom de son maître, déposer sur le ciment de la première pierre du monument de la place Vendôme une boite de plomb, qui renfermait des médailles commémoratives de ce grand événement. En moins de (juatre années la (Colonne de la Grande Armée , l'un des plus augustes édifices de la capitale, se trouva érigée et prit sa place entre le Panthéon et le dôme des Invalides. Sa structure colossale, cpii ne le cède en rien à la colonne Trajane de Rome, mérite bien que j'entre dans (pu.'bpies détails.

La hauteur de cette colonne est de 45 métrés, ou 15'2 pieds, y conqiris le piédestal. Sa fondation est de ÔO pieds de i)rolondeur, et son diamètre

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(Il- l'i pieds. Le piedestiil a '21 pieds et demi d'élévation; il est entouré par une espèce de rempart en granit, dit de Memphis. Le fût de la colonne, le piédestal, le chapiteau et son amortissement, bâtis en pierre de taille, sont extérieurement revêtus de fortes lames de bronze, chargées de bas-relici's, provenant des I ,'200 ])iéces de canon prises sur les armées russes et autrichiennes, pendant la glorieuse campagne de 1805.

Des ornements guerriers, tels que sabres, lances, timbales, casipies et étendards, garnissent les quatre laces du piédestal, sur l'attiqiu' du(pi('l se dessinent des guirlandes de chêne soutenues aux quatre coins par des aigles colossales. Les bandes de bronze (pii contournent la colonne, depuis la base jus(pi'au chapiteau, ont T» pieds S pouces de haut, et sont séparées entr'elles par un cordon sur le(|uelest inscrite en relief l'action 011 la scène guerrière ipie représente le dessin. Dans l'intérieur de la (•(donne, ou a pratitpw un es<aliera vis de 17() marches, (pii nuMie à une paierie sur le chapiteau. Au-dessus de ce chapiteau est une forme circulaire ou calotte sur lacpielle ces mois sont écrits : Mouunicnt clcvc à lu (/loirt' (II' 1(1 C,r(i)i(h> Armi'r; (■(iiiniioicr le 2-"» (idùI 180(^», cl triiiiim'- le \7i (lovl \H\(), sous lu (lircctioii de M. Uciitui, ilirccU'ur-iiciH'Vdl, de M. Lcjwrc l'I (le M. Gofi(l(niiii . (iirliitccics.

La (pianlité de mêlai employée dans le nutnunuMit c(»m|ilet pesé I.SOO.OOt» livres. J'ai déjà dil (pie celte colonne était une imilali/tn de celle d'Auloniiià l'i(»nie; mais la lu^tre, de l'avis de Ictus les gens de l'art, esl bien supérieure a s(»n aillée, par la pureté du dessin et la coi'reclidii des lignes. Et cependant, toiile chargée (|u'elle est de gloire et de lialailles, elle ne compte cpie pour un trimestre dans l'hisloire de France el de Napoléon. Qir(Ui suive du regard celte spirale d'airain, iiKuiiimeiil chronologi(pie d'une prise d'armes (pii se décide à IJoiilogne, el <pii se repose à Presbourg; clwupie régiment de noire arim'e s'y nidiilre résume par ses aclicuis iiieinoiables. c'est-à-dire homme jtar homme, heure par heure; dénombrement a la manière liomeii(pie, dicté par Nap(deon. Le grand récit de la campagne de trois mois se presse autour de la ((douiie comme un musée de victoires. Kl mainteiiaut, déroulez ce chef-dd'iivre aux regards des vieux siddals ; ils y liront le secrel de celle pensée l'ellecliie el rapide (pii veillait sur le itliiii, à cent ciiKpiaiile lieues du Ithiu : (pii punissait Londres, en brisant les portes de \ieiine. (pii coiiiplait un li'ioiiiphe |iar étape, el (pii comiiiuui(piait eiiiiii à la bravoure iialioiiale, I iiiipeliiosite de l'aigle (pii planait avec ses ailes d'or sur la llamiiie de nos drapeaux. Dans (-elle spirale, (pii remonte a .Na|)(deou, ((Unme le cri de la ;;iaii(le ainiee, il y a bien des ((Uiseils pour les goiiveiiiemeuts venus a la suite de reiiipire: s'ils conipreiiiieiit lioiioi alileiiieiil cel lii-iilage. ils |i(Uindnl apprendre (pi'apres une chute ^^loiieiise, on reste cik me de- ImmiI dans la mémoire des '■ciieralioiis.

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lm|)iili(Mil lit' \t>ir lo iiKniiimt'iit de la place V»'ii(|(»iiie ciilit.'it'iiK'iil Iciiiiiné, iNapoléon gounnaiulait cluKivie jour ses airliilectcs pour la leiilciii (|irils apportaient à leurs travaux, qKoiijne, <lisait-il, ni l'anjcnt, ui les hias ne leur iiunitjHassent. 11 se reiulait souvent sur les lieux pour ju};er «le lellet que produirait l'érection de la colonne dont il venait de doter la capitale; enfin, iors(|ue rinimense échafanda*'e (jui devait servir à lixer sur la maçonnerie les phupies de bronze, ces iac-siniile de injs victoires, fut pres<|ue achevé, il voulut le visiter lui-même; et dans ce Imt, un matin à la pointe du jour, il sortit du palais. Suivi seulement de sou j^raïul maréchal du palais, Duroc, il traversa le jardin des Tuileries, se fit recomiaitre et ouvrir la grille (|iii lait lace à la rue <le Castiylione. et arriva sur la place Vendôme.

— Que me disaient donc Fontaine et Perrier, avec leur (Mic(»uil»remeiit ' s'écria-t-il; aies en croire, plusieurs chantiers de hois auraient ete transportés ici, et je ne vois rien de tout cela!

— Sire, est-ce que Votre Majesté n'entend pas le hriiit (pu* l'ont les scies des charpentiers':' répondit le <,a"and maréchal.

— Une, deux, trois, quatre, ht Napoléon en jetant ses regards a droite et à gauche; il y en a tout au plus une demi-douzaine! A quoi stmgent donc MM. les entrepreneurs ■^.. Ils se font cependant payer assez cher!... Ah! ah! Duroc, venez donc par ici, ajouta-t-il en entraînant le grand maréchal d'une main, tandis (jne de l'autre il abaissait sur ses yeux son chapeau rond à larges bords.

Il venait d'apercevoir lUie charpente énorme ({ne des ouvriers essayaient vainement de poser sur des rouleaux, pour la changer de place.

— Ces gens-là ne savent pas s'y prendre, continua-t-il ; je gagerais qu'il lU' se trouve pas parmi eux un artilleur... Ah! les maladroits!... Mais c'est al)S(dument comme s'il s'agissait de changer d'encastrement une pièce de gros calibre... Il faut ([ue je leur donne une leçon...

— V pensez-vous. Sire'? Votre Majesté veut donc se compromettre' .Non-seulement elle peut se blesser, mais encore elle risque de se faire reconnaître.

— Vous avez toujours peur! interrompit Napoléon. Est-ce tpie je ne me rappelle pas mon ancien métier? Jugez-en vous-même, Duroc; ce n'est tmit simplement qu'une manœuvre de force : les deux premiers servants de droite en tête, et de l'ensemble !...

— Sire, vousavez raison; mais Votre Majesté me permettra de lui faire l'espectueusement observer. . .

— Au fait, c'est vrai, mais ils n'y entendent rien ; et |)uis(|u'il sagil d'un nnmument de gloire à élever en- l'honneur de la France, je crois, sans me flatter, y avoir suflisamment mis la main. Passtuis.

Après avoir e-xaminé la gigantesipu' charpente de la ((donne, dans tous

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