‹ Les rues de ParisChapitre 35 sur 65 · I7J ULJE DE LA PAIX · texte numérisé non relu

I7J ULJE DE LA PAIX

SCS ^Ictails, rt'iupcrt'iiicontiinia son chemin ensuivant la nie .Najxjleon, dont les nonveanx Itàfinienis commençaient à s'élever, cà et là, comme ])ar enchantement. Il reniar(|ua telle on telle maison dont la saillie nias- (jiiait le point de vue (|ni s'étend depuis la grille des Tuileries jus(|n"au IxMilevart des Capucines, on qui ohstruail la voie puhlitpie : il en prit note sur smi calepin pour en |)arler à ses architectes ; puis revenant sur ses |)as, dans la direction du palais, il dit yaîment à Diu'oc :

— 11 i'ant que les Parisiens soient bien paresseux dans ce (piartier; les houticpies sont eiu'ore l'ennées, et depuis huigten)ps il lait yrand jour.

Au milieu des soins donnés aux travaux de l'ordre le plus élevé, aux (Uivrajics propres a éhlouir les yeux de la France et des étrangers. Napoléon accordait un intérêt non moins vif à des objets de détail, d'une id»scui(' utilité, et dont assurément il ne pensait [tas (pi'on dût jamais lui laire un mérite. Les bornes établies dans les rues de Paris pour piotéger les pielons contre les voitures avaient, par l'extension abusive des devantures de Iouti(|ues, cessé de remplir leur destination. Napideon en lil la irniar(jue, et écrivit le jour même au prélét de la Seine, le comte l'i'ocbot, ])our (jn'il veillât <à ce cpie ces l)ornes fussent icmplacees le |dus htl possible, et à cette occasion il imagina, le premier, d'assujettir les [tropriélaires à poser des trottoirs devant leuis maisons.

— Il faut, disait-il, cpu' l'ouvrier puisse se pnonenei', le dimanche, dans les rues de l'aris sans craindre, à tout mouieul. d'être écrase par le cabriole! d'un banquier.

Le hit à la suite de cette pnunenade ([u'il dit euc(U-e eu parlant des nombreux elablissemeuts projetés dans sa bcuine vilb' :

— j'aris mauipie d'editices; il faut lui en donner. L'es! a l(U'l (pu' l'ou a cherche à borner cette grande cile; sa population peut, sans iucouveuieul, être doublée, et elle le sera un jour. Il |ieul se présenter telle ou telle circouslauce où Ituis les r(»is de l'Europe s'y Ircuiverout rassembles; il leui' laul donc un palais et (ont ce (pii eu dépend : il me serait impossible de les l(»ger eu hôtel garni!

Le dernier oi'dre (\w .Nap(deoM donna le 1 i janvier ISI i, (pM'Npn-s heures avant S(Ui de})arl pour connneucer celte admirable cauipague de l-'rauce, bit d'assigner de n(uubreli\ travaux à la (lasse indigeule ; il seulail plus ^\\\r jamais le besoin di se popiilaiiser, et il craignait toujours (pien sou absence les (Uivriers de la capitale, (pi'il aimait tant, ne vinssent a nian(|uei- de moyens d'exislence.

— Sinlont, dil-il a .M. l'ontaine, je vous recounnande les niacmis; ein|dove/, les maciuis ; p(»ur vivre, il laul (pie ces gelis-là Iravaillenl.

Trois mois plus lard, dans une de ces journées de reacli(m populaire si coinninnes (lan> la \ ie des peuples, la si a lue de Naindeoii elail icii versée coiuine lavait ete. \ ni;:t-(leii\ ans auparavant . (elle de Louis \l\. I> ar-

lUiE DK LA I»A1\. 17.')

(l<'iits ruv;.lisl('s, a la hic dcstnids se iiioiilraiciil pliisii'iirs [x'rsdiiiiagcs ai)])art('iiaiit à (l<'s faiiiillos palricieiines, attachèrent un câble au colosse (le bronze, et tentèrent de le Caire tomber de son piédestal. Efforts inutiles ! Il fallut, à l'aide de scies, la détacher du socle glorieux sur lequel elle semblait être rivée pour l'éternité. Cette statue fut reléguée dans les magasins de l'Etat, et contribua à la fonte de la statue équestre de Henri IV restaurée sur le Pont-Neuf. Le destin des statues ressemble à celui des rois dont elles retracent les traits ; le pouvoir monarchi(jue ne s'amiihile pas, il se transforme comme le bronze, et va, de race en race, de dynastie en dynastie, faire édore des législateurs, des conquérants, des héros et des révolutions.

Le gouvernement de Louis XMIl remplaça la statue di; l'empereur [tar mie énonne Heur de lys à quatre faces, haute de six pieds et supportée par une lléche à huiuelle était adapté un immense drapeau blanc.

La statue de bronze de Napoléon, qui s'élevait majestueusement sur la Colonne de la Grande Armée, était d'un style sévère. La pose du héros, ses vêtements impériaux qui rappelaient, parla forme, ceux de Justinien et de Charlemagne, coutriluiaient à donner au monument un haut caractère de splendeur. Cette image d'un guerrier, d'un grand capitaine, d'un soldat couronné à force de victoires , terminait dignement une série de prouesses où les acteurs étaient eux-mêmes, par le geste et par le costume, remarquables de sentiment hérohpie et de patriotisme.

Un poétedenos jours, Victor Hugo, dans une ode immortelle, a célébré la Coloniuî trionq)hale de la Grande Armée. Désormais ce monument glorieux peut délier les invasions des nations étrangères et les insultes plus terribles encore de la guerre civile: il vivra par les vers du poète; les ailes d'or du génie ne se fondent pas au lu'asier des révolutions sociales, comme l'airain des colonnes et comme le bronze des statues.

La révolution de 18ô0 rendit à la Colonne de la Craude Armée non pas sa popularité, elle ne l'avait jamais perdue, mais sa valeur gouvernementale. Sous le uiinistère de M. Thiers, en 1852, les Chambres décidèrent que la statue de Napoléon serait re|)lacée au l'aile de la colonne de la place Vendôme où elle «'tait renunitee d'elle-nu-me, dans limaginalion du peuple; un concours fut ouvert à cet elfet, et M. Seurre ijeune) eut le mérite et l'honneur de l'emporter sur ses nombreux rivaux. M. Thiers entoura la résurrection de la statue de Napoléon de pompes militaires, et Louis-Philippe, au bruit du caimn, enleva de ses royales mains le voile qui dérobait encore l'image du grand homme aux regards attentifs de la huile inq>atiente.

Dépuis ce temps, à certahies époqUes de l'année, les grilles cpii entourent le piédestal de la c(donne, s(m parvis et ses marches de marbre s(Uit jimcbes df couronnes de lauriers, de (cyprès et de guirlandes. Le

ULE DE LA 1»A1X.

vieux sdklal qui vL-illc sur le iiioiuunent rassenihle et raii|^e symelii(|iienieiit tous ces cx-i'oto, qui pleuveiit au pied de la Colouue trois l'ois l»ar an: le 15 août, jour de la naissance et de la fête de leniperetir; le '10 mars, jour de son retour à Paris; le "25 mai, jour de sa mort. Je suis loin de blâmer ce culte aux mânes d'un grand homme, et de porter atteinte à l'explosion honorable d'une douleur profonde ; mais je dois l'avouer: cette idolâtrie pour le grand capitaine, cette exclusive commémoration annuelle me semble injuste et anti-nationale. La Colonne de la drande Armée n'est point la colonne de Napoléon; elle n'est point son tondieau, elle n'est point son apothéose de bronze et de pierre; c'est la colonne, c'est le tondteau, c'est l'apothéose de la grande armée elle-mènic. Ouel(|ue grand qu'il soit, un homme ne vaut [tas une nation.

Si la rue de la Paix rappelle à l'imagination tiuit ce que les arls, les richesses, le luxe et l'élégance peuvent avoir de plus splendide et de plus éblouissant, la place Vendôme retrace à l'esprit les conipiètes dnn grand roi, la splendeur d'un règne glorieux, la magniticence d'une conr (|ui a été la plus belle, la plus spirituelle et la plus aimable du monde.

Au milieu de tous ces souvenirs se dresse la Colonne de la Grande Armée comme un spectre de bronze ([ui crie aux Français : Souvicns-tui </'.Ih.s7('(7//:/ Ainsi, autrefois, l'Apollon Pythien disait aux (irecs : 5o«l'icns-lui (le Maralliuii !

La colonne Vendônu; est la couronne de fer de la ville de Paris. — .Malli :'iir à ijin la UmicIic !

Mmii.k .Maiumi i»i-: Saim-IIii.mp.k.

\>sle nom d'une me que vous lisez on que vous entendez prononcer, ne (ri|i\ous est-il pas arrivé souvent d'y cliercher une image, d'y rattacher >utï' in\olontairement un souvenir, d'é- ^^^ ^o((uer, au l)ruit mélodieux ou dis- ^Wi^^l'i cordant des syllabes t[ui le compo'^ent et (pie vous épelez mentaleji!,''mcnt, tonte une hist(»ire terrilde ou touchante, dramatiipie ou burlesque; tout un taldeau lantasticpie et ipie ^^' \(»tre imagination colore à son gré ' de nuances somln-es ou lumineuses, ! ternes on brillantes : — mirages ti ompcurs enfantés par la puissance Imaginative, et que la réalité d'une |! investigation historique vient sonvent détruire ?

Qui de vous, en épelant ce nom :

LES BLANCS-MAMEAUX, u'a seuti germer dans sa pensée comme un souvenir monasticpie de ce merveilleux Moven-Âge^ et voici, qii'aussitôt , la prestigieuse optique de l'imagi- L- "> nation vous montre , comme dans les tableaux de Zurbaran, des moi- ''^ nés aux longues draperies blanches , ^ passant lentement et silencieuse- ^ ment sous les sombres arceaux de quelque • mystérieux monastère

\'{\ lUE DES BLANCS -MAISTEAIX.

Mais la voritc liisl(»i'i(|ii(' vient vite soiil'llcr siii' toutes ces |i(ietii|iies et ( a|»ricienses nneries. Lii malheureux hasaid vous fait ouvrir le l»ou(|uin |>ou(lreux d'un chroniqueur, et alors se montre à vous, roide , sec et IVoitl, le S((nelet.te de la réalité. Vous chercliiez nue histoire, là où vous ne trouvez qu'iuie date; vous jtensiez rencontrer un épisode, et vous ne lisez plus qu'un simple fait: — Un ordre relii^ieux, l'ordre des Blancs- Manteaux, a baptisé cette rne. — Et voilcà tout. Mais, si cependant nous elierchons bien dans les chroniques, dans la poussière des vieux livres écrits sur Paris, si nous interrogeons les historiens des épocpu's antérieures, nous apprendrons qu'aux premiers jours de sa création, cette rue portait le nom de Varchvmhu'r'to. Ici, une iVllexion ou plutôt un sentiment de curieuse investigation nous arrête: — Pourquoi ce nom de Parcheminerie"? ÎNe rappellerait-il pas, peut-être, à cette époipuMu'i le ]tai»ier n'était pas encore inventé, une fabrication de i)archeniins, et parlant des abattoirs d'animaux, des établissements de tanneurs et de pelletiers"? — Cela est vraisemblable.

Quoiiju'il en soit, et bien avant Philippe-Auguste H la fameuse ceinture de nnu'ailles dont il enveloppa Paris, cet emplacement, uniquenu'ut composé de terrains vagues, devait nécessairement être occupé par des artisans auxquels l'intérieur de la ville était défendu pour les jnauvaises culeurs que leurs établissements répandaient : c'était là les restes encore en vigueur d'une ancienne loi romaine (jui excluait des villes les industriels dont la profession était infecte et sale.

Puisque nous sommes dans le vaste champ des suppositions, rien ne nous empêche de conjecturer ensemble sur les noms de Vieille et Petite ]'(irrli('iiiiiii'rie que j^u'la successivement la rue. Les Sauvai, les Lebeuf, les .laillot, ces historiens du vieux Paris, se sont obstinénu'iit refusés à nous (hunier là-dessus, bien ou mal, une origine. Pour nous, et eu notre (pialile d'historiographe, nous y mettrons nu peu jdus de conscience.

Personne n'ignore, ([xw dans la Cité, la rue de la Pairlieininerie renfermait autrefois des corroyeurs, des pelletiers et des fabricants de parelieniins. La rue, comme vous le voyez, fut donc dûment baptisée d'un niiin qui s'expliipic et (|ui a son origine naturelle. — Poiirtphù ne supposeiions-nous pas alors (\\w la rue des llhnics-Mdiileiiit.r dût p(U'ter antéiieiirenieut le nom ilc Pdirlieiniiierie poili" des causes et des motifs analogiu's'f 11 est à présunu'r (pie sur ces terrains devaient exister des établissements (ré(piarrisseui"s. repousses de l'intérieur de la ville pour cause de puanteur et d'insalubrité, (pii, un beau malin et sim° un roxal ( aprice de Philip|>e-.\uguste, se reveillerenl faisant partie intégrante de Paris. .Ne v(»ns semble-t-il jtas voir d'ici, par les veux de la |>eusee et de limaginalion, ces hideux hangars ou séchaient les peaux puantes des [lareheniins. ces huiles c(Uivcrtes de chaunu* où grtuiillait |iêle-mêle tout

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