RUE DES BLANCS -MANTEAUX
ce peuple (l'écorcheurs ? Les yeux et l'odonit sont cruellement affectés: on veut marcher, et, au milieu de celle rue (pii n'en est pas une, on
mwt
enfonce jusipiaux (u-eillcs dans une iioue noire et infecte. — Allons, ne vous bouchez pas le nez. cest l'industrie (jui travaille, l'industrie forte et courageuse, aux liras nus, et (pii trouve que l'argent n'a pas d'odeur !
A cette ville, qui, tous les jours, allait en s'agrandissant, il fallait à toute force céder le terrain, ahandonner la place et se retirer plus loin. Mais des établissements industriels, comme vous devez le croire, ne disparaissent pas d'un seul coup et comme par enchantement. Ce n'est que lentement, insensiblement, que l'industrie cède le pas à qui vient la chasser. Les principaux établissements, ceux que l'on redoutait le plus comme insalubrité, durent, les premiers, se retirer : de là, le nom de Petitr Parckemhu'vie. La fabrication alors était moins active, les fabricants moins nombreux, et le commerce moins lucratif. Puis en suivant toujours cette période de décadence industrielle, et qui s'accomplissait fatalement dans un laps de quatre-vingts années, nous voyons la rue prendre le nom de VieiHe-Parchemhu'vio. L'industrie alors n'y existait plus qu'en souvenir, toute fabrication avait disparu. La ]»remiere épcxpie de la rue, l'époque industrielle el commerçante allait faire place a lepoque religieuse et monastique. Des moines serfs de S»nte-Marie viennent s'y
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installer, et le manteau blanc de leur oiilie va servir de suaire pour ensevelir à tout jamais le nom et lindustrie première de la rue. (l'est alors seulement, en 1258, que c<uumence son époque religieuse. Ici, cesse toute incertitude; des rayons de lumière viennent luire dans cette nuit des temps. Philippe-Auguste a implanté ses premiers pavés, et désormais tout est dit. Sur ce terrain, maintenant solide, s'élèveront bientôt des monuments , ces signes matériels et palpables de l'histoire ; et en fouillant dans ces archives de pierre, nous allons pouvoir y lire les faits et la pensée de chacune des époques iju'a traversées cette rue.
Ouand tout fut balayé, et qu'il ne resta plus traces et vestiges de cette sale et puante parcheminerie, un architecte, un iiuonnu, un moine peutêtre, et dont le nom n'est jamais arrivé jusqu'à nous, traça le plan d'un couvent pour y loger les Blancs-Manteaux. Au couvent fut jointe une église, et le tout porta le nom (Vrt/Use et de couvent des [Htiues-Mauteaux. A ce peuple de moines il fallu! des cabarets pour y Ixdre après vêpres. C'était là de l'hygiène monastique bien entendue, et surtout scrupuleusement observée à cette époque d'intempérance et de barbarie.
Dans ces cabarets ouverts nuit et jour, les moines ne furent pas les seuls à venir s'enivrer d'hypocrasetdecervoise. Des clercs, desbasochiens,«des écoliers, des ribauds et des truands, tous, comparses obligés de ces sortes de lieux, y accoururent en foule. Pour quiconque aime a étudier le moyenâge, il y avait dans ces étranges saturnales, où la robe du moine touchait à la robe de la truande, où la cagoule du truand fraternisait avec la barette de l'écolier, il y avait vraiment tout un dranu' profond, toute une mystérieuse épopée. C'était répo(|ue où chaque fête du calendrier était chômée [tnr (\es mystères et (\e?. sotties, où les bourgeois du quartier représentaient sans façon ,Tésus-Christ et les apôtres. .\dam et Eve. Abraham, Isaac. -Moïse, etc., en un mot, l'Ancien et le Nmiveau-Testament. Coiivié naturellement à ces fêtes assez peu orthodoxes, le peuple de ces temps, misérable, ignorant et opprimé, s'y ruait avec toute la frénésie, avec toute la rage de ses grossi<M's appétits, (iare! laissez passer le Ilot populaire, le voici qui débouche dans la rue des lilinics-Manteuux ; il s'arrête nutintenant au détoui' de la rue du Chaume. C'est là qu'il va dresser son théâtre d'un jonr ; le plus fou et le plus laid sera couronné roi de sa fêle... de lu fête des fous .' Prenez garde, ne vous arrêtez pas à regarder cet étrange spectacle ; la joie du peuple n'ssendile terriblement à la ccdêre : serf la veille, roi |)our un jour, voué à la glèbe le leiulemain, mêlant pour aujourd'hui les pleurs (le sa rage aux larmes du fmi-rire, au milieu i\r riulcnncdc fugitif qu'il improvise, il pourrait bien vous broyer !
Dans chacuiu' de ces incroyables parodies, liiilrigue se c<ini[di(piail loiijoiirs et d'une facorf merveilleuse pai* l'interveulion des arbalètes el
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(les hallebardes de la maréchaussée: — celait li' Dcus murhiiià de ciitc terrible commalia populaire.
Pendant longtemps, la rue des Blancs-Manteaux lut regardée, et ajuste titre, comme fort dangereuse. Toiità côté, la sombre et humide ruellede Y Homme-Armé nous a légué son nom comme un souvenii' terrifiant des précautions qu'était obligé de jjrendre le bourgeois ou le voyageur (juand, par hasard, il avait le courage ou la hardiesse de s'aventurer dans ces parages passé l'heure du couvre-feu.
Des écoliers, des clercs de basoche associés à des malfaiteurs de toutes conditions, et retirés dans quel(|ues-uns des coupe-gorges de cet horrible quartier, se livraient à certains déportements que les gens du prévôt ne savaient comment réprimer. L'un de ces écoliers, nous disent les chroniqueurs du temps, assassina une nuit, par jalousie, un moine, un blancmanteau. — L'instruction de l'affaire eut fait connaître probablement des détails peu editiants pour la connniniautc religieuse; aussi ne poursuivit-on pas; mais l'ordre des Blancs-Manteaux fut aboli, et en l!27i les Guillemites ermites de saint (luillaumei viiu'enl prendre leur place. — Etranges vicissitudes, trois ans plus tard, les Guillemites étaient à leur tour renvoyés et les Bénédictins de Sainl-Maur les remplaçaient.
Deux cents ans se sont à peine écoulés et la rue des Blancs-Manteaujsemble toujours vouée au crime et à l'exécration.
Nous sommes au '20 novembre de l'an 1407. Le ciel est noir; la pluie tombe à torrents; pas une lumière ne brille dans l'horrible obscurité de
la rue, l'on dirait une nuit de l'enfer Silence! entendez-viuis là-bas,
du côté de la Vieille-Rue-du-Temple, ces cris déchirants : Au meurtre, au meurtre! . . . Place, place ! Garez-vous, si vous ne voulez être écrasé sous
les pieds des chevaux ou blessé par les coups de rtéches Ce sont les
assassins du duc d'Orléans, qui s'échappent au galopde leurs montures en criant: .1» feu, au feu ! . . .
Le lendemain au matin, au milieu de la sombre nef des Blancs-Manteaux, se trouvait étendu, enveloppé d'un drap de velours noir, le corps mutilé du prince. Autour de ce cadavre priait et pleurait la famille royale. Des torches de cire écussonnées aux armes d'Orléans secouent leurs clartés rougeâtres et sinistres sur cette scène de deuil Des moines agenouillés récitent tout bas les vigiles des morts.
Regardez cet homme qui s'avance et qui dune main tremblante secoue le rameau béni sur le corps de la royale victime : — Voyez ces larmes, écoutez ces paroles entrecoupées par des sanglots : « Jamais plus » méchant et plus traître meurtre ne fut commis et exécuté dans ce » royaume. » — Quels regrets, cpudle douleur! n'est-ce pas? Voulez-vous connaître, maintenant, le nom de ce ]i;ireul désolé? — ("/est le duc de
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Bourgogne, l'assassin qui le premier asséna le coup de massue sur la tè(e (le sou malheureux cousin.
Les taches de sang qui souillent les pavés de cette rue sont à peine effacées, qu'un nouveau meurtre vient prendre place dans les fastes de ce quartier. Voyez-vous d'ici, presqu'en face la fontaine des Audriettes, cette fenêtre de l'hôtel de Soubise aujourd'hui les Archives du Royaume) et qui s'appelait alors Ihôtel de (inise":'— Distinguez-vous dans l'ombre ces poignards (jui reluisent':' entendez-vous ces voix (pii s'appellent et se répondent sourdement:' prenez garde, ce sont iles guisards, c'est Saint-l*anl, c'est Mayenne, des assassins apostés par le terrible Balafré, Henri de Lorraine, leur maitre.
Minuit vient de sonner à l'église des Blancs-Manteaux; par cède fenètic éclairée ([lU' je vous nmntrais lont-à-l'heun'. et (pii donne dans la chainhre à coucher (h' la belle diicliesse Catlieriiie de Cleves, un lioniuie.
un animil. clierclieiM rnrliveiiieiil ;i s'e(liii|t|M'r ; iiiiiis, iielas ! la iiiiit et le lalisiiiini (|iie lui a duiiiie son niiiitre. ne le prolegei-oni pas; le be;iii mignon de jlerni III, Sainl-Megrin, h(»u\eiii la mml. — Laissez faire, le laronehe mari a lunl picvn. ce sera le nnonhoir biodi' de la maiiresse qni sei'\ ira ii elriin^ler laniiinl I
L;i rne. nianilenani . ii iisse/ bu «le >:\\\'^ : «'Ile esl pnnr rpiel(|ne>
UIIK ]»KS HI.A.NCS- MANTEAl X. I.SI
siècles rassasiée. De 157^, epociue de ce deniicr iiieiiilic , jiis(|ii ;i cette vaste et profonde secousse, cjui a nom 81), la rue des Blancs- Manteaux vit se succéder, sans trop changer d'aspect et de caractère. bien des règnes et bien des époques diverses. Toutef(»is, n'allons pas trop vite, car, an mépris de jios devoirs d'iiistoi'iograplie, nous allions onhlier de vous dire qu'en 1085, et je ne sais trop pourquoi, on jeta bas ce couvent et cette église des Blancs-Manteaux qui avaient dure prescpie cinq siècles: puis, sur de nouveaux [dans, on éleva de nouveaux edilicfs. toujours sous le même nom et t(»ujonrs voués à la mèine destination. Ou'importe, après tout ^ les destinées du moininnmt ne larderont pas à s'accomplii"; la l'eligiun et les nn)ines n'auront bientôt plus rien à y voir. — L'heure révolutionnaire vient de sonner et les couvents sont supprimes !
A cette épo((ue. un misérable, un lâche, du nom de Turcatli, et qui habitait alors le niniu'ro 27 de la rue, provoqua, })ar une dénonciation anonyme, l'arn^station et remprisoimement de l'infortuné Thomas Mahi. manjuis de Favras. Accusé d'avoir voulu eidever Louis XVI i)our le conduire à t'eronne, il fut conihunné à être pemlu en place de Grève. Justement ou injustement condamné, ce (pie l'on ne sait [)as encore, le mar- (piis de Favras mourut comme savent mourir les honnnes de cœur et d'enei'gie, en emportant avec lui un secret qui eut pu compronu'ttre alors bien des têtes.
La honte et l'infamie toute entière furent pour le dénonciateur qui, luimême, périt crapulensement qnehines années après. Des notes communi- (jnées par la police nous apprennent (jne ce Turcatti, après une nuil passée en orgie avec des filles, fut trouvé, le lendemain au matin, chez lui, pendu par les rideaux de son lit. — Uuel suicide bien trouvé! La juslice divine aurait-elle voulu par busard lui intliger la peim* du talion"' Qui peut dire non '
Comme vous le savez peut-être, Louis XVI, par lettres-patentes dit '.) décembre 1777, avait doté sa bonne ville de Paris d'une philanthropique institution dont nous vous parlerons tout-à-l'heure. Bien que d'importation italienne, cette gracieuseté en valait bien une autre. Avant lui, Louis XIII et même Louis XIY y avaient bien un peu pensé, mais sans avoir pu malheureusement donner la moindre suite à cette charmante idée. Les préventions populaires s'y opposaient; — c'est toujours comme cela, le peuple, voyez-vous, n'entend rien à ses intérêts. Louis XYI fut donc plus adroit ou phis heureux ; et, à son tour, la Convention, elle qui avait abattu tant de choses, respecta celle-là comnn* digne assurément d'être conservée : et savez-vous bien ce que c'était qu<* cette chose qui méritait si bien tous ses égards, tous ses respects? — L«^ Monl-de-Piété! La Convention lit mieux, elle ocfrova à ce Mont-de-Piétè.
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pour anéantir toute concurrence, une autorisation spéciale, et, pour le mettre plus à son aise, un local particulier. Quels procédés, quelles délicates attentions! Cet emplacement si généreusement octroyé, ce fut le couvent des Blancs-Manteaux, la maison de ces pauvres Bénédictins inhumainement renvoyés.
Du couvent et de l'église, il n'est resté aujourd'hui ([ue les murs, et au premier coup-d'œil vous prendriez rédilice p<»ur un hospice ou une prison. D'étroites et hautes fenêtres dépouillées de toute espèce d'ornements, mais en revanche solidement hardées de fer; au-dessus d'une grande porte, un drapeau tricolore tout fané, tout déleiul; une guérite el un soldat en faction : voilà, vu du dehors, le .M»tnl-(le-IMele : — Le (Iraud Mont-de-Pictc.
Mais ({u'est-ce (pie le M(Mit-(le-l*ieté' — Belle qm-stion, ma foi! (Ju'il me soit permis de croire, pour l'esprit de mes lecteurs, que hien peu d'entre eux sont à cet égard dans une comi>léte ignorance. Eh! mon Dieu, qui de nous, tous tant que nous sommes, jeunes on vieux, riches ou pauvres, qui de nous, dites-le-moi, dans le cours de sa vie parisieiun;, n'a pas eu pour un jour, pour une heure peut-être, hesoin de ma tante. Pardon du mot, mais, si je l'emploie ici, c'est que, daiis son expressive trivialité, j'y trouve je ne sais quoi d'incisif et de spirituellement railleur qui représente à mes yeux et dans son acception la plus vraie le peuple de Paris. Eh bien! alors, vous souvient-il dans ce jour de détresse, d'avoir avec anxiété attendu la nuit pour passer, furtivement et le cœur tout ému, le seuil redoutable de cette porte où brille une lanterne avec ces mots en transparent : Commissionnaire au Mont-de-Piété. Une fois dans le sanctuaire et après (juelques légères formalités remplies, vous avez pu lire ce petit carré de papier où se trouvent expliqués d'une admiiable façon les comptes du taux de l'inlérél, des droits supplémentaires, etc., etc. Vous en re[)arler ici, serait chose inutile; en faire la critique, — à quoi bon ï IMùlosophes, humanitaires, écrivains de toute espèce, onlassez écrit pour ou contre cette inslitvition (|ue (pieli|ues buveui's d'encr*', en accès de mauvaise liumeur ou de misanthropie, ont appelé»' usure légale et privilégiée, pour (piil nu' soit |)ermis de m'abstenir. Apres tout, il en est (h' cette plaie du pjiuvic peuple si lojitefois c'est une plait! comme de tant d'autres, on en parle heaucou|), mais ou ne la connait pas. Bien peu ont étudié <lans tous ses rouages et dans tous ses résultats cette immense machine du Monl-de-l*iété. Ceux t|ui l'ont calonuiiée sont des ingrats... Ils n'ont pas voulu se souvenir: — \(iilà tout. Du reste, si (piclcpic amateur (h'chillVcs ou th' slalislit|ue liuauciere désirait savoir, a qiiclipifs niillc liiincs près, If {iiii! irvcnu de cettr jdiilaiilhn>]iiiinv administralion, nous lui ap|)i'('iiili'ions. pour lui l'arilitri- son calcnl, (ju'il se l'ail par an dans ses caisses un nion\cni<'nl de tonds de...
Tjrp. Ltcrimpr.
Kilt' lies Blaiics-.MuiitfaiiN.
lui: DES BLANCS - MANTEAUX. 18.-
soixanleet dix millions! Nous allions oublier de vous dire qu'on 18ô2 il y eut pour r)(IO, 000 francs de couvertures de laine d'engagées!
Quel beau document pour celui qui voudrait écrire une histoire des classes malheureuses dans Paris !
Si, passant un jour devant cette porte toute grande ouverte de l'ancien couvent des Blancs-Manteaux, il vous prenait fantaisie d'y entrer, vous apercevriez alors, et se déroulant devant vous, une enfilade de cours encaissées de bâtiments sombres, élevés, et percés comme un crible de nombreuses fenêtres à petits carreaux sales et ternes. Il y a là-dedans, je ne sais quel silence qui effraie : — On croirait tous ces bâtiments inhabités. Partout, autour de vous, des entrées obscures, des escaliers tortueux ; sur tous les murs, de longues colonnes d'affiches placardées les unes sur les autres, mais qui toutes laissent voir par le haut ce mot impitoyable : VEME. Et puis dans ces cours, sur tous les pavés, sous tous les vestibules, ce sont des paciuets, des couvertures, des ballots, des commissionnaires ((ni passent silencieux comme des ombres. Là, tout homme (|ui entre i)arait chelif et faible, le besoin, la misère ou la honte le défigurent et l'amaigrisseul. Du reste, pour l'observateur, il y a harmonie complète dans l'ensemble. — Passants, habitants, édifice, tout est triste, sale et sombre. Ce talrleau ne vous engage sans doute pas à pénétrer plus avant; sortons donc au plus vite. Nous voici dans la rue; aussi bien le spectacle change, l'observation a son côté plaisant et pittoresque. A certains jours du mois ou de la semaine, toute une population de fripiers sortie du Temple et des Piliers des Halles envahit la rue des Blancs-Manteaux : — Ce sont les jours de vente. Ces jours-là, le Mont-de-Piété devient une véritable succursale de l'hôtel Bullion ; on y vend de tout : bijouterie ou friperie, marchandises neuves ou d'occasion, depuis l'habit brodé et l'épaulette à graines d'épinards jusqu'à la veste de droguet de l'ouvrier et la robe de velours de la femme entretenue ; depuis le tableau, chef-d'œuvre de l'artiste, jusqu'à la médaille d'or récompense du pauvre savant. Des juifs, des brocanteurs de toutes les nations vont et viennent sans cesse dans toute la longueur de la rue, s'interpellant, s'accostant, se faisant part des épaves qui leur sont survenues, se montrant les diamants, les montres et les bijoux qu'ils viennent d'acheter. Des marchands d'habits défilent par escouades avec des montagnes de pantalons et d'habits sur leurs épaules. — La rue est devenue un passage forain, le vestibule en plein vent d'un immense et intarissable bazar.
Indépendamment de cette physionomie périodique, la rue des Blancs- Manteaux a son cachet, son caractère à elle. Sombre, étroite et tortueuse, elle s'étend comme un serpent dont la tète reposerait rue Sainte-Avoye et la queue rue Vieille-dn-Temple. Pour faire un pende couleur locale, nous [inui'rions dire que presque ton tes ses maisons existent encore telles qu'elles
iSA iu;e des blancs -manteaux.
devaient être il y a deux ou tmis cents ans, mais avec uuaspectdemt'yr»//tilisme, aujourd'hui, qui attriste et dégoûte. — Le Mont-de-Piété a passe par là. Regardez un peu : — Ce ne sont (pi'écriteaux et enseignes avec ces mots moulés de toutes les façons : ici on achète les Recoiiiiuissances du MontHle-Piété. Des habits râpés, passés de mode, des friperies, des oripeaux de mille espèces étalent leurs misères aux porles de ces brocanteurs. Des bijoutiers de hasard exposent aux yeux du passant, de l'argenterie et des bijoux d'occasion. Le besoin, la détresse ont écrit leurs souflVances sur toutes ces hideuses archives. Le cœur se soulève, on est mal à son aise, l'on a froid. — Passons vite. Du soleil, n'en demandez pas; lorsqu'il parait, c'est à peine s'il eftleure de sa poussière d'or les pointes aiguës des toits et des cheminées. L'air est humide et malsain; une boue noire, visqueuse, infecte, couvre continuellement les pavés. De temps à autre, des baquets chargés de tonneaux et de ballots traversent ou longent la rue : c'est de la droguerie (pii s'éloigne ou qui retourne à son foyer central, le quartier des Lumbarih. Faut-il vous din; que cette rue (pii compte quarante-six numéros commence parmi épicier et Unit paiun marchand de vins. Presque toutes les rues commencent et hnissent ainsi; ce (pii pourrait vous faire penser un instant que Paris se résume par des marchands de vins et des épiciers. — N'en croyez rien. Maintenant, regardez là-bas, de l'autre côté de la Vieille-lluo-du-Temple : voilà le marché des Blancs-Manteaux, vaste et solide bâtiment construit en fer et en pierres de taille, et bien capalile de jxiiirvoir à lapprovisionnement substantiel de ce quartier populeux.
Un marché et un mont-de-piété. A l'un des bonis de cette rue, tout ce qu'il faut ])()ur vivre en mangeant; à l'autre bout, ]»lns qu'il ne faut pour mourir de faim.
Une dernière réflexion :
A mon avis, il a mancpié deux choses à l'histoire glorieuse de ce grand roi que l'on appelle François 1". Certainenumt, c'était déjà (pichpie chose pour un héros de cette taille que d'avoir trouvé le billet de loterie.
Bival de Charles-Quint, émule de Léon X et de Bavard, il lui manque et il lui man((uera toujours : — La reeiuiiKiissitiice du Muiil-de-l'iele et le nniije et jioir de la Boulette!
Vous le vnvez bien.... Les rois eiix-inènies ne s'aviseiil jamais de tout.
C\iti,i. IIi;m!Ii.s.
^^'i:^..^^fe
LE PALhjIS-ROY.H.
'histoire du Palais-Royal, c'est le roman de Paris, il n'est pas d'annales plus fécondes el plus variées fjue celles de cet édifice, aux fastes duquel rien ne peut être comparé.
I . , . , Tout y est représenté avec une phy- W^i--'! sionomie vive, ardente, animée. - L'histoire a accompli , dans cette i^ ^r^^'i^^^^^^^i enceinte, des faits importants et »« ^' I '"-'#^^x> nombreux ; elle y a Vu se placer C.S^^X\ ^^^ ^^^ marches du trône des pouvoirs rivaux de la puissance royale; elle y a vu commencer des révolutions; les arts, les plaisirs, le vice, :t dissolution, le travail et l'industrie, la mollesse et le désordre, y ont tenu leurs grandes assises. Là, se sont heurtées tontes les prodigalités et toutes les misères ; nulle part on ne rencontre des contrastes plus variés, plus piquants et plus bizarres que ceux que cet endroit offre à chaque pas : le Palais- Royal fut, à la fois, le paradis et l'enfer du monde parisien.
Lorsipie la mémoire veut évo- (juer les souvenirs qui se rattachent au Palais-Royal, elle voit bondir devant la pensée les images les plus capricieuses et les figures les plus