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fantastiiiiies; le chaos des faits est éclairé par des lueurs étranges, tantôt brillantes et tantôt sinistres ; il faut alors que l'esprit se livre et s'abandonne à ces clartés qui vacillent sous le regard ; l'ordre chronologique esta peine un flambeau et un guide certain; c'est avec l'imagination qui remue le passé et qui demande le récit du présent à ses propres impressions, que doit être écrite l'histoire du Palais-Royal ; c'est le conte des fées des enfants de Paris.
Il y a deux écueils à éviter: les uns, depuis quelque temps seulement, ont essavé de faire de l'histoire du Palais-Royal un chapitre des chroniques d'une seule famille ; d'antres ont essayé de lui donner l'esprit et le caractère d'un chapitre de l'histoire nationale. Nous le dirons avec franchise, ces deux idées sont également fausses; l'une flattait un roi, l'autre flattait un peuple. L'histoire du Palais-Royal appartient exclusivement à l'histoire de Paris : des événements graves ont pu naître dans ce lieu, mais c'est toujours ailleurs qu'ils se sont terminés par la victoire ou par la défaite.
L'origine du Palais-Royal n'a rien de merveilleux. Richelieu, ((ui avait une cour et des sujets, voulut avoir un palais ; n'osant pas régner en public, il aimait à trôner chez lui : il chargea donc son architecte Jacques
Lemncirr, Ai' lui construire un Ioj,ms royal ; pour lelevcr, un cboisil un
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emplacement prés du mur d'enceinte de Paris, vers la rue Saint-llonore. Commencées en 1029, ces constructions ne furent achevées (ju'en IGÔO. Ce lut à celle époipie seulement iju'on leur donna le nom de Palais-Cardinal. On n'évalue pas à moins de 660,018 livres les frais occasionéspour édifier ces bâtiments : l'hôtel de Sillery, ac(piis p(un' la somme de 150,000 livres, ])ermit de faire devant le palais une place que liichelieu ne vit pas, et cpii ne fut achevée ([u'aprés sa mort; de là, il fit percer la rue à huiuelle il donna son nom, et ((ui, de la fastueuse demeure qu'il venait de terminer, le eonduisait en droite ligne à sa ferme de la Grange-Hateliére. Nous ne ferons pas d'autres emprunts à l'érudition archéologicpie de nos devanciers.
Les grands événements du Palais-Royal furent, en ce temps-là, la représentation de Miramo, cette tragédie bien-aimée, que Richelieu mettait sous la protection de son pouvoir de ministre et de son amour pour une reine, tandis que Corneille confiait le sort du Cid à l'admiration publique; puis, la fête donnée par le Cardinal, pour célébrer les fiançailles de sa nièce, Claire-Clémence de Maillé, avec le duc d'Enghien, qui fut depuis le grand Coude. Les historiens du temps s'epuiseut en pompeuses descriptions sur la première soirée de Mirame. La salle de spectacle qui servait aux divertissements ordinaires, celle dont Molière prit possession idus tard, ne parut point suffisante; on en construisit une autre radieuse de magnificence et (|ui témoignait sinon du génie poétique, du moins de l'opulence de l'auteur; on estime que les soins paternels qu'il donna à cette tragédie lui coûtèrent environ trois cent mille écus. (hiant à la fête nuptiale, la description tient du prodige. On joua \nie pièce de Desmarets, dans une salle sur le théâtre de laquelle on voyait « de fort délicieux, jardins ornez de grottes, de statues, de fontaines et de grands parterres en terraces sur la mer avec des agitations qui semblaient naturelles aux vagues de ce vaste élément, et deux gi-andes Hottes, dont l'une paraissait éloignée de deux lieues, ipii passèrent toutes deux à la vue des spectateurs ; la nuit sembla arriver ensuite par l'obscurcissement imperceptible tant du jardin que de la mer et du ciel qui se trouva éclairé par la lune. A cette nuit succéda le jour qui vint aussi insensiblement, avec l'aurore et le soleil qui fit son tour d'une si agréable tromperie, qu'elle durait trop aux yeux et au jugement d'un chacun. Après la comédie circonscrite par la voix de la poésie dans les bornes de ce jour naturel, les nuages d'une toile abaissée cachèrent entièremenl le théâtre. Alors trentedeux pages vinrent apporter une collation magnifique à la reine et à toutes les dames, et peu après sortit de dessous cette toile un pont doré conduit par deux grands paons (pii fut roulé depuis le théâtre jnstjne sur le bord de l'eschalTaut de la reine, et aussitôt la toile se leva, et au lieu de tout ce qui avait été vu sur le Ibéàire y parut une grande salle en perspective,
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dorée el enrichie des plus iiiagniliques ornements, éclairée de seize cfiandeliers de cristal, au fond de laquelle était un tlirosne pour la reine, des sièges pour les princesses, et aux deux côlés de la salle des formes pour les dames; tout ce meuble de gris de lin et argent. La reine passa sur ce pont, pour s'aller asseoir sur son tlirosne, concluitc par Monsieur; comme les princesses, les dames et les demoiselles de la cour, par les princes el seigneurs, lesquelles ne furent pas plutôt placées, que la reine dansa dans cette belle salle un grand branle avec les princes, les princesses, les seigneurs et les dames. Tout le reste de l'assemblée regardait à son aise ce bal si bien ordonné, où toutes les beautés de la cour ne brillaient pas moins de leur propre éclat ([ue de celui des riches pierreries dont elles étaient ornées et faisaient admirer leur adresse et leur grâce. Apres le grand branle, la reine se mit en son throsne et vit danser longtemps grand nombre d'autres dames des plus belles el des plus adroites de la cour. Enfin, si j'ai de la peine à me retirer de cette narration, dit l'auteur contemporain, jugez combien il fut difficile aux spectateurs d'une si belle action, de sortir d'un lieu où ils se croyaient avoir été enchante» par les yeux et par les oreilles; lequel ravissement ne fut pas pour les seuls Français; les généraux Jean-de-A"ert, Enkenfort et Don Pedro de Léon, prisonniers de guerre, en eurent leur part, ayant été conduits du bois de Vincennes. »
Que cette fastueuse citation suffise à la mémoire du cardinal, et à l'orgueil du palais sur la porte duquel il avait inscrit son titre en lettres d'or.
En 1G45, le 7 octobre. Aune d'Autriche, régente du royaunH\ veuve du roi Louis XIll, quitta le Louvre avec ses deux fils pour venir habiter le Palais-Koyal. De toute cette vanité de Richelieu, pour c(! monuuunit dont il avait voulu que le pinceau de IMiilippe de Champagutî fil un temple à sa gloire, il ne resta pas même le nom; les héritiers du cardinal oblinrenl en vain le rétablissement de la première inscription, le nom de Pulais- /fo?/«/ |)révalut et fut conservé. Aux fêtes de la Uégence, (pii ne huent pas sans (pichpie splendeur, succédèrent bien[ê)l les troubles de la Fromle. Le l'alais-Koyal était nécessairement le (piarliei- généijil de la (]<uir, pendant son séjour à Paris; il fui aussi le ((uitre des manifeslali(uis par les(|uelles le peuple cherchail à ellVayer la reine el le miuislic ((miIic lequel se soulevait l'indignalion ])ul)li(pie.
Le Palais-Royal prend soin lui-nu'me de ses lilres historiques; les pages (ju'il conserve dans ses galeries de tableaux, i'ornienl le souunaire des dilférents cha|)ilres de son existence. Ainsi, la .Messe du cardinal de Richelieu, la Fomiation de l'Académie Française el la réception des |iieniiers académiciens, en février l(»r»r»; la .MorI, le leslamenl df Ricliflieu et le legs de son palais au roi l>ouis .Mil; r.\irivce du cardinal de Rcl/, suivi d'une foule inmieuse i\\\\ réclame à grands cris la liberté de Rinus-
T)p l.arrauipr
Paliiis-Huval.