‹ Les rues de ParisChapitre 38 sur 65 · LE PALAIS- KO Y AL. ISO · texte numérisé non relu

LE PALAIS- KO Y AL. ISO

sel, en IG40 ; deux épisodes à celte réclamation qui est le pire dos eveiieiiii'iits (le hi Fronde ; TArrestnlion des Princes, el enfin Anne d'Antridie inontr;int lui peuple son tilsendiu-nii, disent les évènenu'ntsdoul le PaUiis- Uoyal fut le théâtre. On raconte sur ce dernier tableau une anecdote récente. Le duc d'Orléans, actuellenient Louis-Philippe, le montrait à ses lainiliers; queUprun s'i'tonnait (jue la reine pressée par cette multitude, et qui doute de ses intentions, fût sans gardes. « Il y en a, reprit le duc (l'Orléans, mais on ne les voit pas. »

Anne d'Autriche Ut beaucoup pour les embellissements du Palais-Uoyal, qui, malgré les éloges que l'on prodiguait à sa magniticence, était loin d'égaler les descriptions qu'on faisait si magnififpios pour plaire au cardinal.

Le 21 octobre, le roi Louis XIV, cédant aux vœux du peuple de Paris. revint dans sa capitale, et le même jouril quitta le Palais-Uoyal, pour aller habiter le Louvre.

On assigna cette résidence à Henriette-Marie, reine d'Angleterre, (pii l'occupa jusqu'en 1G61.

Par lettres-patentes du mois de février 1692, Monsieur, frère du roi Louis XIV, reçut le Palais-Uoyal à titre d'apanage; il l'habitait depuis l'année lOGl.

Le 9 juin 1701, M. le duc de Chartres, qui depuis fut régent de France, posséda le Palais-Uoyal avec l'héritage de son père qui venait de mourir.

Au mois de septembre 1715, la Uégence de Philipi)e d'Orléans sinslalla au Palais-Uoyal, et commença pour lui une ère nouvelle de luxe, de splendeur et de tumulte.

Après avoir triomphé des premiers obstacles qui s'opposaient à l'établissement de sa Uégence, Philippe, duc d'Orléans, s'arrangea pour donner à son Palais un aspect presque royal; il embellit l'éditice elle dota d'une galerie de tableaux, dont il reste à peine aujourd'hui le catalogue, et quelques petites anecdotes qui ont longtemps charme les loisirs des brocanteurs. La Cour, qui se pressait autour du Uégent, n'avait rien des allures de celle (jui avait entouré Aniu' d'Autriche et les deux cardinaux; le régne de Louis XIV el de madame de Maintenon venait de finir, el ce ([u'on redoutait le plus, c'était l'austérité et la dévotion dont on avait secoué le joug; PIiilip[)e ht de sa demeure un lieu de plaisirs et de délices; il voulut que tout y respirât le luxe cl la volupté; ses intentions ne furent que trop bien secondées.

Le Palais-Uoyal aflécta dés ce moment inn' liberté de uKPurs, dont il a longtemps conservé le souvenir et les traces. La famille du Uégent, ellemême, se prêtait merveilleusement à l'élégance et à l'éclat de ce désordre. Tout ce que la mémoire des courtisans et du peuple avait conservé des galantes souvenances des autres l'egnes était dépassé; Charles Vil et Agnes. François i", Henri 11, Henri III et leius amoureuses inodigalites, Henri l\

l'.U) LE 1»A LAIS -KO VAL.

el ses inaitresses, Louis XIV et sa superbe tendresse, pùlissaieiU dans les appartements du Palais-RoyaL Les roués qui étaient les mignons du llégent , Dubois, son ministre, et des femmes auxquelles il était diflicile de donner un nom, avaient porté au-delà de toute imagination le laste et l'impudence du plaisir.

Le Palais -Royal fut profondément empreint des marques de celle époque; il n'a jamais pu secouer entièrement le caractère de mollesse, dont il avait reçu les stigmates, et (|ne le langage récent a caractérisé par le mot Régence, devenu le nom d'un style particulier aux mœurs, à l'art, à l'arcbitectnre et aux manières de ce temps.

Devant le bruit dont le vice de cette cour remplissait alors le Palais- Iloyal, les solennités augustes passaient sileucieuses et obtenaient à peine un regard; la royauté n'était là (ju'un bote importun, dont (ui bouleversait le logis, sans daigner faire attention à lui. Les fêtes les plus pompeuses s'ellaçaient devant la démence des mystérieuses baccbaiiales; les banquets étaient vaincus par les soupers; le cérémonial des grands appartements était désert piun* les luiis-cbjs des cabinets el du boudoir.

A ces dissi])ations, il faiblit un Pactole : un étranger, l'Ecossais La\v, trouva dans le Mississi[ii le lleuve d'»>r (|ui devait alimenter des largesses qui ne connaissaient plus de bornes. On sait les déplorables folies du système; Law semblait avoir [uis possession du Palais-Iloyal; ce fut ibuic autour de cet éditlce ipie retentirent avec le plus de violence, tantôt les clameurs insensées (|ui denjamlaient à grands cris qu'tui voulût bien bâter leurs ruines, lanlôl les voix furieuses cpii accusaient ceux cpii avaient si indiguemeni dépouille le peu[)le; C(; fut dans un tumulte de ce genre (pu* des cadavres furent laissés sur les dalles de la première cour du l'alais- Hoval, spectacle sanglant dont le régent détourna les regards.

(l'est le plus frapi)aiit des souvenirs (pu» la Uégence ait légués au Palais-Iloyal.

En IT'iô, le '2 décembre, Pbilip[)e, régent de France, mourut subiteuu'ul entre les bras de sa maîtresse la ducbesse de Pbalaris.

Louis, son lils*. lui ébloui par les ricbesses de Ibabitatiou qui lui etail léguée ; il en respecta la splendeur et n'o[)era aucun cbangenu-ul.

Fatigué sans doute parées maguilicences, et connue si, sous les lambris ibu-es, il enteudail résonner les bonleuses rumeurs de la Régence, ce prince se relira dans l abbaye de Sainle-deiievieve. il laissa poinlanl une trace de son passap' au Palais-Royal : il (il replanter le jaidiii sur un dessin nonveau. Deux belles pelouses bordées (l'(unies en boules, acc(unpagnaienl, de cba({ue côle, ini grand bassin place dans nue demilune, ornée de treillages el de slalues en stuc, la plu|iarl de la main de Luseniber^. Au-dessus île celle denii-lliue re;;uail UU ipiiuciuice de tilleuls, doni l'ouibia^^e rl.iil rliaïui.iul . La uiaude .illrr >ui'liMil loiiuall \n\

LE l'ALAlS-UOVAL

hercpau (leliciciiv et impénétrable au soleil : toutes les charmilles étaient taillées eu porli(iues.

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Le 6 avril 1765, onze ans après la mort du fils du régent, et sons son petit-fils Louis-Philippe, un incendie dévora la salle de l'Opéra, celle que Richelieu avait fait bâtir. Ce fnt jtonr le Palais-Royal l'occasion d'une restauration complète, dont la ville de Paris fit les frais. Le conflit de deux architectes, celui de l'Hôtel-de-Ville et celui du Palais, gâta le monument. On retrouva, dans quelques arrangements intérieurs, un pâle reflet des élincelantes soirées de la Régence; on fit construire une salle de spectacle sur laquelle le prince et sa famille jouèrent de petites pièces; elle était, s'il faut en croire les témoignages contemporains, fort simple, fort agréa])le, et de forme ovale. Ces plaisirs, aux(juels se livrait avec ardeur le dnc de Chartres, déplurent à son père qui les avait d'abord encouragés, et en 1780, par les insinuations de madame de Montesson (pi'il avait épousée sccréfeuienl, le duc d'Orléans céda le Palais- Royal a son fils Louis-Philippe-Joseph.

La prodigalité du régent eut dans son arriére-pelit-lils nu digue successeur ; les fêtes reparurent au Palais-Royal, et le plus éclatant de ces souvenirs est celni de la réception faite au roi de Dain^narck; rien ne fut négligé pour parer cette solennité : on fit dorer les grilles de l'escalier

lO-i LK PALAIS- no VAL.

(riioiiiieur ; rotte nonvoniité fit loiiiitcnips l'ndiiiiralion des Parisions.

Lo Palais-Iloyal s!il)it, sous oc luaitiv noiivoan, iino des modilicatious les plus importantes de son existence, et sur laquelle il est utile d'appeler l'attention.

Quels que soient les motifs (jue l'on s'eiïorce de donner aux résolutions prises et exécutées par le propriétaire du Palais-Royal, il y a un fait qui est demeuré incontestable, le but (jn'il se proposa fut d'auj^anenter ses revenus devenus insultisants pour ses dépenses. 11 ccnicut le projet d'isoler le jardin, en l'entourant des éditiccs (pii fcnment aujourd'hui les trois côtés de son enceinte ; à ce sujet il y eut de la part des propriétaires voisins des réclamations tres-vives. sur lesquelles le Parlement fut appelé à prononcer. L'opiniitn publique témoignait sa colère par des sarcasmes ; à la cour on persiflait sans pilie sur les boutiques que le premier prince du sany faisait construire pour les louer aux marchands. Ce rpii causa le plus de regrets, ce fut la destruction de la grande allée du jardin; elle était chère à l'oisiveté des promeneurs; elle était le rendezvous des nouvellistes. Il fallut abattre les maronniers plantes par le cardinal de Richelieu, et ((ui étaient d'une grosseur remarquable; on vit tomber le fameux arhre de Cracovie, celui au pied duquel avaient éle réglés, en dépit des rois, des armées, des législations et des événements, les destinées du nord de l'Europe.

Le 8 juin 1781, pendant qu'on exécutait ces travaux, l'Oitéra brûla une second»' fois; cet incendie enleva l'OjJcra au Palais-Royal; ce spectacle lui pi'ovisoirement transporté dans une salle construite à la hâte près de la Porte-St. -Martin, celle qui existe encore aujourd'hui.

Ces dispositions contrarièrent tous les plans. On vendait d'abord conserver la façade principale du côté de la place, et séparer en deux parties, par des colonnades, l'espace (pii s'étend du palais au jardin, avec des constructions posées sur les galeries. Le prince ne renonçait pas à l'espoir de ressaisir l'Opéra dont il regrettait l'absence ; il ordonna donc d'interrompre les travaux des «olonnades, et fit construire la salle de speclacle (pi'occupe maintenant le Théâtre-Français. Dans l'intérieur du palais, les besoins successifs de la famille avaient exigé beaiicon|) de modifications : presqu'au même temps s'éleva, à l'extrémilé d'une des ^ galeries du jardin, une autre salle de speclacle. celle des /;e///.v ((niicdiciis (ht nnntc (h' BviiujoUiin, devenue (b'pnis, mais avec des c liaugcuu'nts notables, la salle du théâtre du Palais-!{o\al.

Des ce moment toute grandeur dispariil : la spéculation rxploila la triple galerie; le jardin vil revenir les pronu'neurs. le pnbli( s'em|>ara de cette promenade, ouverte à ses distractions, et oublia bientôt les premières doléances, el la foule adopta ccl endroit, dont le prince el ses l'a-' tuiliers ne jouissaieiil (in'apres la fernieline des grilles.

LK l'AI.AlS-l'.OVAL. !'.»."

Eli 1780, lcj;inliii du I';il;iis-Uny;il jivait coii(|uis la pins grande vogue; c'était le lieu où les merveilleux de la ville et de la cour venaient le plus volontiers; les étrangers y accouraient de toutes parts; il y avait certaines IVancliises indigènes qui étaient comme les privilèges de ce territoire; la galanterie facile s'y était naturalisée. On avait construit un cirque au milieu du jardin; il était décoré d'une manière (U'iginale par «les tompartiments en treillage; il avait toutes les apparences d'un bosquet parc de fleurs et d'arbustes et rafraîclii par des jets d'eau (pii s'élançaient et letombaient de la terrasse placée an sommet de cette construction Pour que l'élévation du cirque n'enlevât rien à la vue, on avait enloui dans le sol la moitié de sa liauteur, et on y arrivait par les parties basses et |)aides galeries souterraines. Nous insistons sur cet établissement aucpiel le Palais-Royal doit peut-être les grandes destinées auxquelles tombe déjà notre récit. Destiné d'abord à des exercices d'équitation, le cirque, dans kMjuel ne parut jamais un cbeval, fut occupé par «les fêtes, par des bals, des spectacles forains, des jeux, des repas et d'autres divertissements qui attirèrent la foule. 11 occupait l'emplacement où se trouv<' le ba.-;sin, et il s'avançait sur l'une et l'autre pelouse. Rose le restaurateur l'exploita d'abord ; ce fut là que se réunit le chih ilr Ui honclir de fer: en 1 709, il fut dévore par les llannii(>s.

On était en 178U, la politique agitait tous les esprits; mais rien ne pouvait satisfaire la curiosité du public : les journaux manquaient à son impatience, et ce n'était ([lie par les conversations et dans des entretiens mutuels qu'on p<Mivait s'instruire de ce (pi'il importait tant de savoir. Le Palais-Royal était le point central auquel venaient aboutir tous ceux (|ui recberchaient avec avidité le moindre bruit. Ces réunions s'augmeiilaiiMil chaque jour, la foule y accourait de tous les points de Paris, pour y chercher des nouvelles et s'instruire de la situation de l'Etat Ne semble-l-il |tas (jue dans ces habitudes athéniennes on voie poindre l'origine de nos journaux? La parole faisait alors ce que fait aujourd'hui la publicité imprimée. S'il arrivait une personne de Versailles, elle était aussitôt entourée par la multitude et pressée de ((uestions sur la cour, sur le ministère et sur les Etats-généraux; les commentaires s'exerçaient ensuite sur «e que l'on venait d'apprendre.

Cette situation avait qnebpic chose d'alarmant; elle était plus dangereuse (pie la presse jugée si redoutable. D'abord, elle ouvrait la roule a tous les mensonges, à toutes les erreurs et à toutes les exagérations. On dirait que c'est pour ces sortes de réunions cpie Reaumarcliais a écrit cette pensée (pi'il n'est de bruit absurde ((u'oii ne puisse faire croire aux oisifs d'uni! grande ville, en s'y prenant avec habileté, (hi conipiciKJ. tout de suite, (pielle iiilliience ce (|u'oii est convenu d'a|tpeler un beau jKirlciir. pouvait exercer sur ces mas>;es mobiles, ditciles et imi>iessioii-

11)'. ].\: PALATS-liOVAL.

iiables; rieii ne pouvait conjurer l'orage excité par quelques paroles sonores on par (pielque hrillante explosion de sentiments; la raison n'aurait pu se faire entendre elle eût été inl'aillihlenient étouffée par les transi)(»rts du premier tumulte, et liientôt réduite au silence.

l>a force populaire ainsi yrou]iée comjjfait promptement ses forces, les j)assions s'entlamniaient par le contact; de l'idée à l'action, de la pensée au mouvement la tiansition était prompte et facile; c'était un amas de matières combustililcs qu'une étincelle pouvait enflammer.

L'événement devait réaliser ces prévisions.

Necker venait de céder la direction des affaires publiques à un nouveau <-abinet. Paris avait reçu cette nouvelle avec irritation ; les groupes se formaient dans tous les lieux publics: au Palais-Royal, dans le jardin, la foule était immense. C'était le P2 juillet 1789.

D'une des masses qui manpiait le plus d'irritation, une voix, dont il était aisé de reconnaître la jeunesse à son émotion et à sa fraîcheur, s'éleva au-dessus de tous les autres entretiens, proposa de prendre les armes et d'adopter une cocarde nouvelle pour signe de ralliement. Voici comment il raconte lui-même ce qui se passa :

« Il était deux heures et demie ; je venais sonder le peuple, ma colère était tournée en désespoir. Je ne voyais pas les groupes, quoique vivement émus et consternés,- assez disposés au soulèvement. Trois jeunes gens me parurent agités d'un véhément courage; ils se tenaient parla main : je vis qu'ils étaient venus au Palais-Royal, dans le même dessein (pie nu)i. Quelques citoyens passifs les suivaient. « Messieurs, leur dis-je, voici un conmiencement d'attroupement civique; il faut (piun de vous se dévoue et monte sur une chaise, pour haranguer le peuple. — Montez-y. — J'y consens.» Aussitôt je fus plutôt porté sur la table ipu' je n'y montai. \ peine y étais-je, que je me vis entouré d'une foule immense. Voici ma courte harangue que je n'oublierai jamais.

Citoyens, il n'y a pas un moment à penli-e. J'arrive de Versailles, M. .Necker est renvoyé ; ce renvoi est le tocsin d'une Saint-Barthelemy de patriotes. Ce soir tous les bataillons suisses et allemands sortiront du Cliamp-dc-^Iars poiw muis ég(U"ger; il ne nous reste (|u'une ressource, c'est de courir aux arnu's et «le prendre des cocardes pour nous reconnaître. » J'avais les larmes aux yeux, et je parlais avec une action (pie je ne |)ouriais ni relidiiver, ni peindre. Ma moliiui l'ut renie avec des applaudis.seiuents intiiiis. Je ((Uitiniiai : « Quelle cduleur voulez-vous? » Qiiebpruii s'écria : " (^boisissez! — Voulez-vous le vert':' couleur de l'esperaiice, (Ml le bleu cluciiinatus. couleur de la liberté d' \inéri(pie et de la (leuKKiatie'' ■ Des \(»i\ s'élevèrent : ■ Le \ert, (diileur de T espéra lice ! ■ Abus je m ••( liai : •• Amis, le signal est donne; xoici les espions et les -,ilellile>. (le lii |)i)|i((' qui iiie le^ardeiil eu lace .le ue linubeiai pas du

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