‹ Les rues de ParisChapitre 41 sur 65 · LE I'ALA1S-1;0VA L · texte numérisé non relu

LE I'ALA1S-1;0VA L

impérieux : le Prince archi-cliaiueli»'!' de l'Empire et ses deux iicolyles, s'y montraient tous les soirs, coudoyt's par des gens de la campagne ébahis devant ces miracles.

Le Palais-Royal était alors le centre de l'Europe civilisée; cet immense et opulent bazar, ce harem toujours ouvert, toujours peuplé, et ce capharnaum de toutes les dissolutions, tout attirait, charmait et retenait la multitude. C'était là que nos soldats revenaient dépenser l'or qu'ils allaient chercher dans toutes les capitales; leur insouciante prodigalité dissipait ces trésors en quelques jours, et leurs retentissantes largesses résonnaient en échos tentateurs.

Ce fut ainsi que l'invasion de 1814 trouva le Palais-Royal, pour la conquête duquel toute l'Europe s'était coalisée.

Un jeune colonel, en arrivant à la barrière de Clichy, le 51 mars 1814, demanda où était le Palais-Royal? Tout est compris dans cette question. Il y eut des ofliciers prussiens si pressés d'arriver au Palais-Royal, qu'ils entrèrent à cheval dans les galeries. Le commerce ne se pique pas de patriotisme ; en un moment et comme par enchantement , le Palais- Royal de Paris ofl'rait, s>ir toutes les devantures de ses bouti(|ues, les uni-

'^' ilj'M:

Itn-nies, les idillures. l;i passenieiitcric, 1rs iiruics cl tnul l'e(|uipemeul iiiilitaiic (les ikhivc.iiix venus, (|ui poinMicul se croire ;i Vienne, à Rerlin

:)()0 LK PALAIS-UdYAL

et à Saint-l'otershourg : on nMloiiItlad'agatcrics pour capkT les cl rangers; ils luronl ravis et ne songèrent pas à résister à ces prévenances: ils enri- ( liirent le Palais-Royal, qui était alors à l'apogée de sa gramleni-. Les naturels de l'endroit racontent des liisloires prodigieuses sur les dépenses (|ue tirent les étrangers dans ce paradis terrestre.

Les Cent-,1oins donnèrent au Palais-Royal une pliysiononiie turbulente; après le retour des Rourbons, il y eut de cruelles représailles. Le calé de la Paix vit toutes ses glaces brisées à grands coups de sabres qui n'étaient sortis du fourreau que pour ce bel exploit; il y eut des duels éclatants et des provocations qui tirent quelque bruit. Le cale de la Paix, salle de spectacle dans laquelle les représentations paraissaientetdisparaissaient, était livré aux tilles publiques, qui s'y abandonnaient à de dégoûtants excès; c'était un horrible spectacle. D'autres cafés cherchèrent à attirer le public en employant de jeunes femmes pour le service des tables; il y eut toutà-coup, entre ces établissements, une émulation de luxe et d'opulence qui pour plusieurs fut une cause de ruine : au café des Mille Culoiiiies, une des belles Hmoiindières était assise au comptoir dans un tauteuil qui avait servi de trône à Jérôme, roi de Wesfplialie.

Le café Lemblin fut pendant quinze ans un foyer d opposition.

La paix et la tranquillité de l'Europe amenèrent au Palais-Royal des Ilots d'étrangers ipii tous y laissaient des dépouilles oj)imes; ces passages produisirent plusieurs années d'iuie étonnante prospérité.

l-e duc d'Orléans, qui habitait le Palais-Royal, s'occiqiait activenuMit de rentrer dans les domaines de sa famille.

Lu bail qui durait jusqu'en ISOi, avait sauve de la vente naticuiale la galerie vitrée; le Prince la reprit; il revendi(pia aussi judiciairement la propriété du Théâtre Fran<;ais; ou disait abu's (jii'il ('rliiiiifiniil lu roiinniuf ile France roiilre un tus île pierres; il a eu l'une et l'anti'e.

Les travaux de réparation étaient poussés sur tous li's points avec beaucoup de zèle; les dépeudaiM'es du Palais s'élevaient dans le plus bel ordre, et remplaçaient partout digncddes et innuondes constnicti(Uis. Dans les galeries, les marchands se dispulaicnt la vogue et les chalands en s'avaurant à (pii mieux mieux vers les passants; ils écrivaient leurs noms sur les poutres ti'ansvcrsales. au plafond, aliu de le faire voir de plus loin. Les ar(-bitectesdu Piince ramcurrciil partout la régularité, et il fallut descendre les hautes inscriptions, aballie les audiitieuses devantin'es, et faire rentrer les lMMiti(pu's et les et.ilages dans les limites de l'aligneinenl coumumm. (Test dans (-es travaux (pie, sous le Palais-Royal (pu* r(ui denudissait, (Ui vit apparaître le\ieux Palais-lloval. celui de nos aïeux, avec les noms et les enseignes des vieilles liôlelleiies autrefois fauieiises ; eu même leillps, les lille^ piil)|ii|iies cliiieill chassées des galeries cl illl |.ii'iliii.

lAi iVVLAlS-IinVAL -iOl

Eu 18'i9, raclievt'iiKMit îles péiislUcs cl de la grande galerie d'Orléans mil la dernière main aux constructions récentes; il était impossible; de ne pas louer l'ordre de cette riche et correcte arcliitecture.

En 1850, au mois de juin, le duc dOrléans donna au roi de Naples, son beau-frère, une i'ète à laquelle le roi Charles X daigna se rendre; le Palais- lloval, fier de cet honneur insigne, lit des frais considérables pour se montrer reconnaissant de cette auguste faveur. Le jieuple était dans le jardin illuminé; il contemplait la fête qui se répandait dans les allées suspendues au-dessus de la galerie... Tout-à-coup une de ces émotions sans cause et sans but si familières à la multitude se répand dans la foule; on franchit les barrières des parterres, on entasse des chaises au pied de la statue de l'Apollon du Belvédère, et l'on allume un bûcher dont le piédestal porte encore les traces. La garde arrive : obéissant aux commandements des officiers, les soldats refoulent et rabattent, comme ils avaient coutume de le dire alors sous un roi chasseur, les citoyens ; l'indignation et la colère résistent; les ilannnes et les cris s'élèvent à la fois, on fait plusieurs arrestations. Dans cette échauffourée qui se termina par un procès en police correctionnelle, et que nous avons de bonnes raisons pour juger sainement, on a vu la préface de la révolution de 1850. Ce n'était {)ourlant qu'une convulsion passagère, mais qui ténuiignait {\u malaise gênerai.

Cela se passait au moment ou le roi Charles X s écriait : <- Voila, un bon temps pour ma (lutte d'Alyer ! » M. de Salvandy s'etail écrie, le inènie soir : « Sous ilansuns sur un volcan!. »

En 1830, le 28 juillet, ce fut dans le jardin du Palais-lloyal ([ue furent lus, a haute voix, par desjeunes gens montés sur des chaises, les journaux (jui parurent malgré les ordonnances. C'est de là qu'on partit pour se rendre auprès des presses qui résistaient aux violences de la saisie.

Pendant les journées de juillet, le Palais-Royal resta muet et désert : les balles suisses silloiniaient de temi>s en temps les galeries pour les tenir libres; le troisième jour, de la colonnade et du balcon du Théâtre- Français, et sur la place du Palais - Royal , le combat lut des plus acharnes.

Cbodruc-Duclos seul se promenait sous les péristyles, il était la comme Marius sur les ruines de Carthage; si quelipiimprudent se hasardait dans ce lieu périlleux, il l'avertissait charitablement de se retirer.

Lorsque la royauté populaire s'établit au Palais-Royal, ce fut un temps de liesse et de tumulte; la cour et toutes les avenues du Palais, sans cesse assiégées par la foule qui appelait le roi et parles députations, étaient trop à l'étroit dans cette enceinte, la royauté étouffait dans cette habitation ducale ; elle alla aux Tuileries.

l>'aiHeiM's, il n'est peut-être pas bon que les gi'ands de la terre •soient

'je.

Page 1