LE PALAIS- ROYAL
vus (le si près; la Régence loin des regards du peuple eût éle nu)ins odieuse.
Ainsi, Richelieu qui bâtit le Palais - Royal convoita le trône de Louis XIII et usurpa sa puissance, le Régent fut prestpie roi, et le duc d'Orléans Louis-Philippe monta sur le trône!
Les jeux furent aholis ; ce coup fut mortel à la fortune du Palais-Royal. Ce square, le plus heau qu'on puisse imaginer, a des caractères distincts (pii sont autant de traits de la physionomie parisienne.
L'espace qui s'étend devant la Rotonde, à l'extrémité nord du jardin, est invariablement consacré aux rendez-vous; pendant les vacances, tous les départements y affluent, en habit noir et en cravate blanche. A Friedland, on sonnait la charge : deux jeunes officiers marchaient à l'ennemi dans des directions diiïérentes. — Adieu, cria l'un. — Au revoir, répoiulit l'autre. — Où ça';' — Au Palais-Royal, dans quinze jours, à cinq heures!... — Devant la Rotonde?— Oui ! — Kn avant !
ils fincnl exacts au icndez-vous.
Lors<pi'avril a fcnnc les Ihéàtrcs, c'est au Palais-Royal (pie les coiucdicns (le t()iit(! la Lraiice viennent fairr f/rrrc, c'esl-à-dire chauircr leur (tisivclc au soleil et cberchcr de ICniploi; c'est un cliapihc du lUimau nniiiijiic; il se |)asse sur des chaises (pu- ces messieurs ne pa\ciil jamais.
LE PAL Aïs- ROY AL. ^Oô
La coalition des garçons laillcnrs se tient (lel)out dans les allées et parle allemand.
La politique n'a point abandonne le Palais-Uoyal ; approchez-vous de ce groupe de gens qui se sont cotisés pour lire le journal, vous retrouverez dans leurs observations les plaisantes traditions de l'abbé trente mille hommes; pour leur stratégie, ils impriment sur le sable des fleuves, des montagnes et des routes. Dans ces pavillons (pii ont remplacé les parapluies d'autrefois, les femmes qui louent les journaux vous donneront la mesure exacte du degré d'estime que chaque feuille inspire au public.
Le Palais-Royal n'est pas seulement la terre chérie de l'opulence, c'est l'asile de la misère; elle s'y promène en haillons (pii révèlent presque toujours le souvenir d'un sort meilleur ; elle y est aff;imée et transie ; c'est là que se tient la petite bourse des signatures à un franc le mille.
Chodriic-Duclos, le Diogène des galeries, régnait sur ces tribus indigentes sans se confondre avec elles; le Palais-Royal a perdu en lui une de ses plus regrettables illustrations.
Le jardin du Palais-Royal voit en été se réunir autour des tables du café Foy toute la geut lettrée et la petite fashion du dehors; sa promenade est fréquentée; on forme cercle autour de son bassin pour humer la fraîcheur que lance le jet d'eau ; mais le Palais-Royal est triste et languit.
Il s'en va comme tant d'autres puissances se sont en allées!
Voyez le nombre des boutiques a louer, comptez les magasins de tailleurs nomades, qui donnent à ses arcades un faux air du Temple. 11 a perdu ses vieux cafés; le café Valois est fermé, de nouveaux établissements ont succombé sous l'extravagance de leur luxe, et malgré (juelques beaux magasins, on se demande avec efl'roi, si la splendeur du Palais-Royal n'a pas émigré au loin, vers lesrégions fortunées des nouveaux quartiers.
Le soir, l'obscurité laisse dans les ténèbres ces fenêtres autrefois si radieuses. Pendant le jour, le jardin est infesté par des clans de sales nourrices, par des gamins plus incommodes que les animaux voraces, etpardes tasdenfants laids et déplaisants; c'est comme un avantgoût des destins de la place Royale, cet antre séjour de l'amour, de l'opulence, maintenant délaisse.
Il est vrai (ju'on a fait le Palais-Royal beau et élégant: il a un palais riche de merveilles; son jardin a des phénomènes d'horticulture; il peut montrer avec fierté son air monumental et ses vastes galeries, mais à quoi lui sert cette vaine magnificence (pii lui a enlevé tout contentement ? Ne voyez-vous pas qu'il succombe sous ce faste qui l'écrase?
Rendez-lui, oh! rendez-lui ses anciennes joies, ses vices, s'il le faut;