‹ Les rues de ParisChapitre 45 sur 65 · SA I .\ T - G ER M A I >-I>ES- 1»H ES · texte numérisé non relu

SA I .\ T - G ER M A I >-I>ES- 1»H ES

i' Lntl«'s sicaiies s<; plaiyiiaiil alors de («' (jiie cliatuii d riix iiavail pas le plaisir de IVappei' clia(|iie victime, ils dccidéienl (|iie Ion coninieiicerait a la faire courir enli'e deii\ luiies loiniées pai* loiis, mais ijuaiors on ne frapperait (lu'avec le dos des sabres, et (jiie lorsqu'elle serait montée sur le tas de paille et de vêtements, frapperait ijui pourrait avec la pointe. Us résolurent en outre, cprautour de cette estrade, il y aurait des bancs pour les liommes et pour les femmes (jui voudraient voir de près l'exécution et qu'ils appelaient les messieurs et les dattu's. »

Ces assassins s'appelaient eux-mêmes les travidlleurs île r.ihlxn/e.

Malgré la rapidité du carnage, le tribunal pujjulaire commanda (jue le> Suisses seraient exécutés en masse. On les fait avancer : les ofliciers, la tète haute marclierit les premiers.

— C'est vous, leur dit Maillard (|ui avez assassine le peuple au lOinnU!

— Nous étions altatiues; nous avons repoussé la force p;ir la force, répondent les ganles de l^ouis \V1.

— L'on va vous conduire à la Force, repond froidement Maillard. Mais déjà les malheureux ont entrevu les sabres et les piques de l'autre

roté du Jiuicbel : il faut sortir; ils reculi-nt. se n'jettr'nt en arriére

— I*ar on fanl-il passer' demande l'un d'eux, — ï'ai' cette porte, repond un geôlier. — Eli bien! ouvrez

Et des ipie |;i porte est ouverte, il se pr<'(ipile |è|e Iwiis^^/'e ;iil milieu

•28-2 lUK ET nLAirriEH SA1>T-(;EUMAL\-DES-1»HÉS.

des i)i(ines ; les aiilres s'élancent après lui et subissent le même sorl.

Vers eiii(( heures du soir île massacre des Suisses avait coninieucé a deux heures , Billaudde Varenne, substitut du procureur delà commune, vint, revêtu de son écharpe, à la cour de l'Abbaye. D'un regard satisfait, il contempla Vouvrafje qu'avaient déjà fait ses travailleurs ; puis s'avançant vers ces hommes «[ui, tout couverts de sang, triuijuaient à la nation : P('U])I(', s'écria-t-il, tu iminolcs tes ennemis, tu. fais ton deiwr!...,

La révolution ouvrit la rue de l'Abbaye. Et vraiment! à la voir encore silencieuse, morne, glacée, on croirait qu'elle se souvient de sa terreur de 02.

La rue de l'Abbaye s'en va joindre, en longeant l'égliseet l'ancien palais abbatial, la petite rue de Bourbon-Château, (|ui doit son nom au cardinal Charles de Bourbon, sur les ordres duquel on éleva le |)alais abbatial, vei's la tin du xvi" siècle.

•le vous ai parlé de ce cardinal cpii avait le gttùt des processions singulières, c'était de son époque; mais j'ai a peine dit nu nu»t du palais, aujourd'hui une ruine, pis qu'une ruine, une momie.

(tétait pourtant un somptueux manoir que ce palais, dont les |)rincesabbes ne dédaignaiont pas de faire leur résidence ! Les jardins en étaient magnili(|ues; le cardinal abbé de Fui'slendx'rg dépensa' des stunnies considérables pour leur fuibellissement et jtour l'agrandissement du palais.

Aujourd'hui, le palais abbatial est dcsci'iidu au l'ang d'une maison bourgeoise, en dépit de sa façade ipii proteste contre cette déchéance; l'herbe crml devant sa porte et son as|)ect désolé vous lappelle ces tristes et froids débris de la grandeur vénitienne (|ui retlechissent leurs fronts chargés d'années dans les eaux du grand canal. Une partie des jardins, sous les (uubrages desquels un roi-abbé méditait jadis sur le m-ant des grandeurs humaines, est devenu l'ignoble passaye Jean-Casiniir-ilrla-Pelite-Boucherie, réceptacle dégoûtant des misérables haillons ipic le pauvre insolvable laisse entre les mains du recoi's '

Et tout ce quartier, toutes ces rues (pii se pressent et sf confondeiil autour de la vieille et décrépite église, ne trouvez-vons pas (piellcs lessend)lenl à d'avides héritiers, comptant ave<-. une impatience im[iie les derniers moments de l'aïeule, alin de se partager le peu de terrain qu'ils lui ont laissé à regret pour finir sa chétive vieillesse?

Ouand viendi-a-l-il, celui qui chassera les marchands (\r l'eud'inlc du temple 1

Il \itit\ lloi'.KrKr..

r ctMitrr (1 un (|ii;nMi«M' populeux. (Mitre les iiies S;iiiit-I)enis et Saiiit- Martiu, s étend dans la même direction, un détile obscur de quatre cent cinquante pas de long sur cincf de large, horde par quatre-vingt-dix maisons dune structure comnunie prt^ et dont le soleil n'éclaire ianuiis quf '3Mi 'f'S étages les plus élevés ; tel fut ignoble carrousel où se célébrèrent es fêles du système de Law. On appelle la rue Quincampoix. CVst ainsi que Lemontey. l'habile historien de la régence, dépeint -■-^ cette lue où s'accomplit, en effet, le phénomène le plus singulier (|UP l'histoire puisse recueillir : faites ce pèlerinage, comptez les maisons et les pas, vous n'aurez pas de cette rue une idée plus exact»', ni plus nette que celle donnée par l.eniontey dans les (pielques lignes (pie nous venons de citer. L'origine de ce nom bizarre, Quincampoix. n'est pas bien connue; elle vient, dit-on.

duii seigneur de Rincampoix ou ^ Klin(piampoix, noble Breton, auquel I a|i[)artenait le terrain sur lequel la rue est bâtie; d'ailleurs, au temps de sa plus grande célébrité, ce nom

•IH'i RLIK OUINCAMPOTX

était rarement répète; mi iic disait pas durant le système : la rue (Juincampoix , mais font siniplenienl la liiu'. eomnie anlrelois le monde snlijui^né appela Home, la Villr iirhs..

Quoique sa grande renommée soit diu' aux témérités de la régeure. il est juste de dire (jne les dernières cxaclions de Louis XIV y avaient déjà naturalisé l'usure et l'agiotage, (le roi, trop loue, était mort en 1715. et sa mémoire était alors vouée à la haine «le la nation, ruinée, humiliée par les puissances étrangères et par r«n'gueil ridicule du prin<'e lui-même, à (|ui ni les malheurs, ni les inlirmites, ni une vieillesse (pii ia|)etissa jus«|u'à sa stature, ne j)urenl faire comprendre (pi'il était forme d'une argile pareille à celle des autres hommes. La guerre de la sticcessiou venait de linir. mais elle avait été mineuse; Chamillard, Desmarest (pii lui siucéda, avaient eu recours à tous les nmyens pcmr se procurer de l'argent; ils avaient l'un et l'autre renouvelé sans cesse le titre des engagements pour réveiller la confiance des usuriers et des traitants, anxipiels ils vendaient les revenus de la France: Promesses de la caisse des emprunts, hillets de Legendre, billets de l'extraordinaire des guerres, ils avaient donne tous les noms et toutes les formes aux elVels émis par le gouvernenuMit, atin de leur rendre un peu de cn'dit ; mais tous les nm\ens étaient épuisés; les elVets royaux de toute espèce perdaient de 70 a 80 pour cent ; la recette était absorbée d'avance, les campagnes étaient dépeuplées, le commerce ruiné, les troupes m)n soldées et prèles a se révolter; 710 millions des bons l'oyaux étaient exigibles. Lu agiotage énornu' se faisait sur ces promesses de la caisse des emprunts, sur les billets de Ij'gcndre, ainsi que sur les billets de l'extraordinaire des gueri'es, et cet agiotage avait en lien de tout temps dans la rue (Juincampoix. Des juifs et des courtiers riiabitaient ; d'accord avec les caissiers de l'Etat, ils y achetaient à perte les «n'donnances des paiements; des liancpiiers voisins leur prêtaient des fonds à deux pour cent par heure, ce qui lit apj)eler ce counuerce pn-t ii lit jwitduh'. (le fut dans ces circon stances que les courtisans, (|ui v(»nlaient que la libération du trésor |>ermit de lUMivelles faveurs, insistèrent auprès <ln régent pour la bancpn'roule . leliii-ri résista noblement et se regarda cmmue lie par les engagements tin h'U roi; c'était 'beau , mais diflicile àelVectuer. Lawse présenta alors; il peusait que la prospérité d'un pays tient à la masse du numéraire, et (pi'nn peut accroître celte masse à volonté; il présenta .ses plans au regeul, (pii les adopta, et les (qteraticuis du système s'etabliient naturellement dans la rue (Jnimanipoix. Jean Law de Lanrist(m était Kcossais; beau, grand, bien fait, plein de grâce et d'agilité, il excellait dans tous les exercices du coi'ps et principab-ment dans le jeu de paunn-, tort en vogue alors; a|qili(piant le (mIciiI .m jeu, il faisait sans déloyauté des gains considérables ; bieu \euu des l'euinies. une jeune dame bu valut un

m K oin.Nc vMi'oix

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duel a\i'c un gciilillininiiit' (|iril eut U* iiuilliciir tic tiici"; les ivrlnnialiniis de la l'aniille le lireiit jeter en prison, il |)arvinl à s'évader, (|uiUa l'Ani^ieterre et vint à Paris, mi ayant rencontré chez une courtisane nommée la.Duclos, le jeune duc d'Orléans, il se lia avec lui, et, sous la régence, cette liaison ccunniencee dans un lieu de déiiauche, changea la face de la France.

Nous ne parlerons pas ici du système de Law, ni de la première émission d'actions, qui furent appelées actions du Mississipi, ni des suivantes qui recurent le nom île filles et petites-filles; ce n'est pas du système que nous avons a nous occuper, mais seulement de la rue (Juincampoix. La possession du moindre réduit dans cette enceinte privilégiée passait potir le comble du lionheur. et la cupidité les avait multipliés avec une étonnante industrie; chaipn^ parcelle d'habitation se changeait en petits comptoirs; a la lueur de lampes infectes, on en trouvait des labyrinthes dans les caves, tandis (pie (pielques banqnii'rs, pareils aux oiseaux de proie, avaient attaché leurs guérites sur les toits. Une maison, ainsi distribuée, constituait une ruche d'agioteurs, aniujée dans toutes ses parties par un mouvement perpétuel. Celles dont le revenu était de (iOO livres, en rapportaient alors 100,000. Les spéculations sur les baux en totalité fiu'enf une source facile de richesses.

Mais la renconlre (\("> essaims étrangers et les plus vives négociations

>e faisaient siirloiil dans la rue. (Tesl la (pi'iin allrdiipeiiienl bizarre cou-

•i8(i ISIL 0LÎI-N<:AMI'()1X.

loiidait les rangs, les âges et les sexes. Jansénistes, nioliniste^;, seignenrs. feninies lihées, magistrats, filous, lacjuais, courtisans, se heurtaient et se parlaient sans étonnenient. L'avidité, la crainte, l'espérance, l'erreur, la fourberie, remuaient sans relâche cette foule intarissable; une heur»' élevait la fortune que renversait l'heure suivante. La précipitation était si grande, (pi'un abbé livra impunément pour des actions de la Compagnie, des billets d'enterrement, et dans cette burlesque substitution, les applaudissements se partagèrent entre l'eflVonterie du vol et la malice de I Cpigrannue. Dans cette rue Quincampoix, aujourd'hui si calme et si solitaire, on était si entassé les uns sur les autres, (pu* le besoin changea des hommes en meubles, et ])armi ceux (pienricbirent ces métamorphoses, on cite un soldat, «huit l'immense omo|dat(^ valait un bureau. rt un petit bossu, soutenu par une nuiraille, devenait un i)upitre commode, sur lequel on transigea pour des milliards. Un savetier dont l'e- (•|io[q)e était ap[>uyee contre le jardin du banqniei" Tourton, (pii donnait sur la rue, gagnait deux cents livres par jour à louer son escabelle aux dames (pii venaient contempler ce spectacle inmii. La ruse amenait alternativement la hausse et la baisse dans le prix des actions. Les variations étaient si rapides, que les agioteiirs, recevant des actions pour aller les vendre, en les gardant un jour seulement, avaient le temps défaire des profils énormes. L'un d'eux, chargé d'aller en vendre un certain nombre, resta deux jours sans paraître; on crut les actions volées, point du tout. il en rendit fidèlement la valeur, mais il s'était donné le temps de gagner un uMllion |tour lui. On pouvait gagner un million par jour : il n'est donc pas étonnant que des valets devinssent lout-à-coup aussi riches que des seigneurs. On en cite un qui, rencontrant son maitriî [)ar un mauvais temps, fit arrêter son carosse et lui ollVil d'y monter. Le syslenu' commença à lleurir vers le milieu de 1718; le nutis de decend)re 1710 lut l'épo<pH' du plus grand engouement. Les actions de 500 livres avaient fini par nn»nler jus(pra 1 S et '20,000 livres, c'est-à-dire à trente-six et quarante capitaux pour un. Tout avait été régularise dans la rue Quincampoix; des gardes avaient été i)lacés aux (\v\\\ bouts de cette rue. Une commission avait été nommée pour juger sommaiiiMuenl ttmtes les contestations. L'affluence des spéculateurs était sans cesse croissante; tout le monde accourait au remlez-vous connnun de la fortune ; les créanciers y a[qt(U'laient leiws remboursements •beaucoup de pioprietaii'es, la valeur de leurs terres, et de grandes da*n.'s mènu' celles de lems diamants. liCs mississipiciis (ui appelait ainsi ceux cpiavait enrichis le système «ommencèreut abus a se livrer aux plaisirs et aux désordres ipii accompagnent les inrtunes subitement a(upiises. Le régent dégagé de ses soucis, la mddesse (pii se croyait enrichie, les agioteurs, possesseurs de quantités luiiuenses de papiers, se livrèrent a joules les deli;iii( lies Les magasins

HUE UUIXIAMIMUX. -iST

(le la rue Saint-Honorc, i('in[ilis oïdiiiaircuitMit des plus riclies elollV-s. claieiit épuisées : le drap ddr etail devenu exeessiveiueut lare; ou le voyait daus les rues porte par des gens de toutes les classes. Les denrées de toute nature avaient augmenté; un grand seigneur et un missiasijtif-n se disputant un perdreau chez un rôtisseur et enchérissant liin sur l'autre, le inississipien le paya 200 livres. Notre profond cliansoiniier. Béranger, a fait sur cette l'pofpie un couplet aussi spirituel (piliisto-

ri(jue :

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