LES QUAIS
Les rameurs n'avaient i)as besoin de fatiguer leurs bras : emportes rapidement par les courants, ils eflleuraient les mottes de .\esle , où les blanchisseurs gardaient leurs toiles étendues au soleil.
Un peu plus loin on passait entre l'île aux Treilles si fraîche et si gracieuse avec ses vignes et ses arbres fruitiers exposés aux rayons du midi à gauche, et l'île de Seine, jolie prairie entourée de roseaux et de nénuphars à droite.
Presque bord à bord avec ces deux îles, une troisième était couchée toute longue et étroite : les Parisiens l'appelaient Jérusalem, et pas un bourgeois qui ne se fît un grand délice d'aller respirer les brises de Seine sur ses gazons parsemés de touffes d'osiers et de saules ; mais ce bonheur n'appartenait (ju'aux i)lus ii()tal)les, qui en louaient une i)arcelle à
prix d'argent, et, atin de la distinguer de celle du voisin, la séparaient par une rigole, d'où il ;n'rivait ((ue tous ces b»ts fornuiient autant d'îles particulières, et prenant les noms de leurs possesseurs, étaient désignées par ceux, d'Ile à Pnniit'r. de la Gnri'iinc. do Ln)){/(lii(n)ii. de lu Pii'vrc.
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Ces bonnes gens ne niaminaienl pas de profiter des premiers beaux jonrs pour visiter leurs îles, el la joie devait être douce parmi eux an moment où les jolies blondelettes leurs filles, attachant les bateaux sous les oseraies de Jérusalem, venaient danser sur les pelouses ou manger la fouace en projetant d'aller parcourir les mottes de la sablonnière qui apparaissaient arides et chauves un peu plus loin (*).
Jusque-là, libre dans son cours, la Seine ne voyait point sur ses bords ces barrières murales destinées à contenir l'impétuosité de ses flots et à mettre un frein aux ravages des inondations. Bien que le savant Cuvier ait attesté son impuissance à changer un caillou de place, elle déracinait, quand il lui plaisait, les plus grands arbres des campagnes, entraînait les villages, rompait digues et ponts, et jetait le tout sur ses grèves ; ou, paisible dans son large lit, elle promenait capricieusement ses eaux claires et vertes entre deux frais rideaux de saules.
Philippe-le-Bel décréta qu'il n'en serait plus ainsi. Par son ordre, des (|uais commencèrent à s'élever en iol^ : de chaque côté, des remparts de pierre emprisonnèrent le vieux fleuve Adieu, belle et fière Sequana des (Celtes ; adieu, noble protectrice de Lutéce : ces deux bras de la Seine qui étreignent la Cité avec tant d'anmnr, deviendront désormais les esclaves des Parisiens.
L'ordre de Philippe-le-Bel avait ])arn si extraordinaire au i)révot de l'aris, qu'il prit un an pour y réfléchir, et ce n'est qu'en 1015, (pi'on abattit entin les saules ipii l)ordaient la Seine depuis la rue de Uurepoix située à l'endroit où est aujourd'hui la place du pont Saint-Michel, jusques au couvent des Augnstins, (|ui s'élevait seul sur cette rive humide et basse, a laquelle devait plus tard venir s'attacher le l*ont-i\euf. Toutefois, dans ces premiers travaux entrepris avec répugnance, on se borna à consolider le terrain avec (pu'hpu's é|ianlemi'nls en maçonnerie et des palis. Tue construction du même genre lut laite sous le règne de Charles V, le long •lu port au sel; et cette pai'lie de la live droite de la Sciue qui sCteudail depuis la pointe du INuit-Neuf jus(|u a la vieille valh-e de Misère (Ui place du Chàtelel, s'appela des-hu's (piai de la Siniliifrii'. nom (\nr ne lardèrent pas à lui enlever les Mégissiers.
Malgré le malheur des guerres anglaises. Ilugiu's Aubriol, prévôt des marchands, coinnu-nca, vers la fin du xiv' siècle, a faire revêtir ces i\m\ quais de pierres de taille, et en I50'i, Charles V ayant construit son magnili(|ue hôtel Saint-Paul, deux rangées d'iuiues ombragèrent l'espace c(UUpris maintenant entre la rue de ce n(uu et l'Arsenal. Ce terrain vague nommé alors «piai des Barres, parce (pu- les Carmes, qui porlaieul des habits lavés de bandes blanches el noires, y |iosse(laieut uu ((uiveul. prit a partir de ce monieul la denoniinatirui de quai des (trnws.
(•) L'îli- ilii (;ro^-<:;iilloii.
LliS OUAIS 501
lin siècle cl demi [);issii sur e(!S embellissenieiits (|\ii ii ùtereiil rien ;i a physionomie piquaiite de la Seine. Après avoir, en elVel. i>;iii;né à droite les sillons de la culture Saint Éloi et à gauche les tenes de l^bbaye de Saint-Victor, elle arrivait d'nn côté anx remparts on sappnyail Ihôtel Saint-Paul, réfléchissait dans ses eaux pures les grosses tours du palais des Charles . le hean treillis, les vertes tonnelles, les cerisaies de leur jardin royal, et les ormeanx des Célestins, en eCflenrant de l'antre le clos de Saint-Bernard, le nonvean (juai des Angnslins et les i)r;iiries des iles Motre-Dame et dn Palais.
Puis elle entrait dans les fossés dn Louvre, courait rapidement le long de cette tîle de tonrs anx comitles aigus couverts en ardoises et couronnés de girouettes peintes, tignrant les armes royales; et lorsqu'elle avait rongé, en ecumant vis-à-vis, le pied verdàtre de la tonr de Nesie, l'hôtel du même nom, le vieux rempart de Philippe-Auguste, le Pré-aux-Clercs et les terres de l'ahhaye de Saint-Germain, elle fuyait dans la campagne vers le boulevart des Tuileries et le port l'Evèque.
(l'est au milieu de ces ébauches de civilisation tracées |)ar le moyenàge, que François l" trouva ses rives. Le premier soin de ce prince, ami des plaisirs, fut de songer à rendre praticalde la partie de la rive droite qui allait dn guichet du Louvre au couvent des Bons-Hommes de Chaillot. Il ordonna en consé(|uence à la ville de lui faire un chemin sur cet emplacement pour le passage des chevaux, et de le fermer par une porte etun pont-levis, afin que plus commodément et plus souvent il pût aller dans les beaux jours de son Louvre à Boulogne. Il faut rendn; cette justice au prévôt des marchands, (pu' tnndis qu'il s'occupait avec le plus grand zèle des plaisirs du roi, il n'oubliait pas les besoins de ses concitoyens. Ainsi, en nn''me temps qu'on aplanissait la rive du Louvre, on commençait les (|uais de la (ireve et dn port au Foin ; on réparait celui de l'arche Beau-Fils ou des Ormes, et l'on construisait sur une largeur de vingt toises les (piaisdela Sanlnerie, appelés alors des Mégissiers, el ceux de 1 Fcole et du guichet du Louvre. Deux abreuvoirs et (|uatre rampes descendant à la rivière y avaient été ménages par la sollicitude du ma gistrat populaire.
C'est encore à François I" ([ue le (|uai des Crands Augiisliiis dùl le plus beau de ses édihces. La duchesse d'Étampes était logée rue de l'Hirondelle; pour arriver jusqu'à son hôtel, le roi fit élever un charmant petit palais au coin de la rue Gille-Cœnr. Les appartements |)eiuls a fresque, retraçaient les scènes les plus tendres de la mythologie, les «mublémes les plus ingénieux, les plus amoureuses devises et les salamandres en pierre, les cœurs enllammés (pii étaient sculptés sur la façade, disaieul (Ml ne peut plus clairement aux passants, et l'usai-c de ce palais et la (pialilé d<' son prcqirielaire ; mais ce cpiils ne disaient |ias . c'esl (pie le roi
:»(>2 ll:s ouais.
Frjiiuois I" était aussi jaloux (|ue galaut. Malheur eu effet a liuiprudeiil iiu à l'audacieux qui osait Irouver belles les uiaguitiques uatles bliuides d'Anue de Pisseleu! il avait tôt ou tard le sort de la victime mystérieuse du Pout-au-Chauiie. Au milieu de la uuit de 1551. uu jeuue liouiuie l»lond et pâle tut tiré sileucieusemeut de la tour de Billy et coiuluit au bord de la Seiue par quatre hommes à figure siuistre. Le greftîer du parb^meut lui auuouca (jue sa peiue était commuée, et lorsque cet iufortuné levaut les veux au ciel murmurait déjà le uoui de sa mère, le greftier déplia uu parcheuiiu et lut rapidemeut ce ipii suit à la liiiuiere d'uiit' torche :
« François ï*"' par la grâce de Dieu roi de France, au prévôl do Paris, (lomme pour wu certain ( rnue iiinili/ir rt ronnnis l'ii notre lioii'l par uu nommé Olivier de Lannes, ledit de l^annes eùl «'le c(uislilué prisonnier, son procès fait et parfait par sentence et ingénient cl condamné à être jK-ndii et étranglé, savoir Taisons : rpie pour aiicnne ciuisideralion à ce n(His mouvant i'\ que no roui ou s rlrr r.riiriinrcs, avons coiilirmé ledit jugement el néanmoins voulons el (udounons ladite execnlion èlre Iransmnée. c'esl à savoir ipie ledit Olivier soit jeb' en nu sac m la ri\iiTr de Seine à telle heure (pie peu de gens en puissent avuir conMaissance. "
S(uis Ih'uri II, son successeur, le (piai s'all(iiigr;i d un ente, jusqn an pont Sainl-.Michi'l, rt dt- I anlrr jiisipi a l:i Inoi de Nt'>ie. A l.i nii'Mii' epo(pie. le prcMil des marc hands étant m'IMI a (.liadlol rt \o\aMt dans l,i
m: s nu AÏS ."or»
|»l;uiie (le (irt'iK'llt' d eiioniK's tas de pierres qui iinpiiiiilciiaieiil a peisoiiiie, eut ridée de les demander au roi. Sa lequèle ayaiil eh' admise sans (liriiculle, il commeuea eu lôGi la couslrucliou d un nouveau (|uai appelé des Minimes de Nigeon ou des Bons-Hommes , parce que le couvent de ces religieux en était le monument le plus remar(|ual)le.
Si les fils d'Henri II avaient suivi les traces de leur grand-pere, lesjoncs, la boue et les broussailles auraient disparu rapidement des bords de la Seine; mais François II régna trop peu de temps pour songer à autre, chose qu'à sa belle Marie-Stuart, et Catherine dcMédicis, occupée à contenir les flots toujours groiulants de la guerre civile, ne s'inquiétait guère de ceux de la Seine. La jeune cour de (>harles IX, de son côté, donnait tant d'occupation a\i pi'évôt des marchands, qu'il ne pouvait en conscience avoir le loisir de tailler des pierres, i'ar un hasard étrange, le seigneur de iXautouillet, qui exerçait ahu's cet emploi, était l'homme d'Europe (jui avait les plus puissants ennemis. Il se vantait lui-même d'avoir nargue la reine Elisabeth à Londres, de parler mal tous les jours du roi de Navarre, et d'avoir eu le plaisir de manquer d(^ ])arole au duc de Guise. Toutes ces jactances, assez d('placées dans la bouche du petit-fils i\n cardinal Duprat, portèrent leurs fruits au moment où il s'y attendait le inoins, et le quai des Augustins lut le théâtre du châtiment. Nantouillet y possédait l'hôtel d'Hercule, ainsi n(unmédes aventures de ce dieu (pii en décoraient les nnirailles. Un soir, le roi de .\avarre et les ducs de (luise ot d'Anjou, s'invitèrent sans façon chez lui, et après souper, firent piller par leur suite ou jeter i)ar les fenêtres toute la vaisselle et les meubles. Ce ne fut pas tout : Nantouillet n'avait pas coutume d'épargner les nuiîtresses du duc d'Anjou; or, mademoiselle de Hieux, ({ui jouissait de cet honneur, le rencontrant quelques jours après sur le quai de l'Ecole nuircbant à pied au milieu de ses gardes et à la tète des échevins, enfonce tout-à-coup les éperons dans les flancs de son cheval, et partant comme un trait, le renverse et le foule aux pieds devant les Parisiens stupéfaits, mais trop respectueux pour prendre le parti de leur premier magistrat contre la maîtresse d'un prince.
Cependant, maigre les orages de la guerre civile, Catherine, (pii avait comme tous les Médicis la passion de l'architecture, ne laissa pas que (h; faire bâtir les Tuileries. Bientôt un superbe pavillon s'éleva au bout de la terrasse qui fait face au jardin bordant le chemin de François I ". (]e pavillon terminé, des fêtes comme en pouvait seule invenIcM" Médicis, se succédèrent pour son inauguration. La première était ce fameux ballet historique où les huguenots vêtus en chevaliers errants se voyaient plonger dans l'enfer, la seconde fut le drame lugubre de la Saiulliartliéleiny.
\ peine la cloche de Sainl-Cermain-l'Auxerrois eut-elle donne le signal.
7^{)i LES QLAIS.
qiio le iiiassacre commença avec fiireiir sur les ([liais, lu vieillard, Lavardinj'ut la lU'emiere victime. Traîné à la grande boucherie sur le (|uai des S égissiers, il y lut égorgé comme un boHilet précipite dans la Seine. Les jeunes Mortemarl et Jarnac l'y suivirent de prés, mais avec une agonie moins longue, car on sétait contenté de leur briser la tète contre les pierres du ([uai. Au bout du ((uai Saint - Michel , vis-à-vis la rue Saiut- .laccpies, deux hommesvètus de noir demandaient avec étonnement à leurs assassins pourcpioi on les avait arrachés à leur.> livres, quand on les lança pardessus le pont : c'étaient le savant Uamus et le président La Place ; la loule, élevant ses lanternes, les regarda (|uelqne temps se débattre dans l'eau et surnager, puis elle leur souhaita un bon voyage et courut faire boire le bailli d'Orléans et son fils. A quelques pas de là avait lieu une lulte ccuu'ageuse mais trop inégale: Ln professeur de l'Université, un libraire noujiné Odin et un ministre (|u'on ap|>elait Lopez, s'ellorcaient d'échapper aux meurtriers. Précipités l'un ai)rés l'autre, on entendit longtemps leurs cris de détresse. Tous ces vieux capitaines huguenots blanchissons le harnais, se voyaient là garrottés el noyés l'un après l'autre, et tous souIVrirent celte mort en silence , excepte le jeune Colombier, (pii pleurait sa maîtresse; le capilaire Vallavoire, tpii regrettait sa vieille maison d\i DauphiiU', et le rude el b)rt Monlhauberl, souhaitant tout bas de n'avoir jamais eu «le mère. Les noyades, all'reuses ampiai de la Grève, car (»n avait alVaire à des hounnes intre])i(les qui vendaient cbèreuMMit leur vie, se conlinuaienl en même temps avec un caractère de barbarie lout parli( ulier sui' le (piai du Louvre. A la plus haule des l'em'lres de ce palais brillammciil illuminé, se tenait à demi cachée dans l'umbre . Catherine de .Médicis encourageant du geste la curiosité obscène de ses lilles d'honneur descendues pour regarder les cadavres, et le zèle du jeune Charles L\, «pii s'essayait en visant les fugitifs au lir de l'aniuebuse.
Lejuiirvinl eiilin, mm pour arrêter mais pour couronner ces horreui's. Ln amas iuMueuse de i (irps moris l'ut enseveli dans la Seim- qui en rejeta di\-huit cenis sur le (|uai des Hons-ILunnws. où le prévôt des marchands les fit couvrir à la hâte d'un peu de terre.
A ces épouvantables scènes, succédèrent les spectacles burlesqiu's de la cour d Henri lll. Pendant l(Miglem|is le (|uai des Crands-Augusiins vit ce prince et ses mignons envel(>[tpés dans de longs sacs de loile venir a\ec liHiles les a|ipareiices de la conliition, l'aiie [xiiilence dans bi belle église des .\uguslins. de leurs deban«hes de la veille, el chercher le pardon de leurs pèches du leinleniaiii. Ensuite , (piand celle cind'rerie des lil<iiirslKttliisr\\\ passe el re|»assè deux ans de\aul la slalue de Charles V. qui, debout dans le veslibiile, devait bien rougir de ses smcesseiirs. les processions militaires de la I igne et les resiies des moines cuirasses sou-
ij:s (M A i>
r.or.
levèrent tom'-;i-t(iiir 1.1 pdiissiere des ([unis Sinnl-Mieiiel et «lu I. ouvre. ius(|ir;i r.irrivee dllenii IV.
O lut une grande journée pour le Ijearnais. 11 avait atlu'le Piu-is a Lliuillier, prévôt des marchands, élan comte de Brissac, (|ui en était gouverneur. Le2'imars 1504, jour fixé pour rexecutiou du marché, ces deux traîtres se rendirent à la INirte Neuve située au hout du quai du Louvre, où est maintenant le Pont-Hoyal , et attendirent les protestants. Ceux-ci n'arrivaient pas, la pluie les ayant retardés ; ils ne parurent qu'an hout d'une heure d'anxiété mortelle pour les vendeurs, car il y allait de leur lète. Enfin à cin(| heures, Saint-Luc entra avec lavant-garde et prit position auprès du Louvre, tandis que les garnisons de Corheil et de 3Ielun, descendues par la Seine, déharquaient aux Célestins ef se rangeaient en bataille sur le quai. l'eu après, Montmoiency et Matignon entrèrent |»ar la Porte-Neuve et s'avancèrent jusques au quai de l'École, où un détachement de Suisses tenta, mais inutilement, de leur harrer le passage. Quand ils furent tous tués ou précipités dans la Seine, le comte de Brissac alla au-devant d'Henri IV , pour le presser d'entrer à son tour. Mais telle était la terreur qu'inspirait Paris, quoique vendu pieds et poings liés. qu'Henri IV hésita longtemps et ressortit jus(|u'à trois l'ois avant de se déterminer à pénétrer dans la ville. Les protestations du prévùi des ntaicliands. Lhnillier. ne ])nrviiireiit ;'i |e rassurer (|ne vers les scpl lieine^
7A\{\ m: S Ol AÏS.
ou, entoure de ses gardes et dune nombreuse cavalerie, il se détermina a Irancliir tout de bon le seuil de la Porte-.Neuve.
Dix ans plus tard, Sully, devenu grand voyer de France, faisait construire le ({uai de l'Arsenal. En 1611, le président Jeanniu commençait le quai de l'Horloge par la construction d'une rangée d'écboppes adossées aux murs du palais à partir du Pont-Neuf jusqu'au pontlÊaint-Mi- ( bel, et les maîtres teinturiers du pont Notre-Dame obtenaient vers cette epo(pie de Sa Majesté, la permission de bâtir un quai derrière leurs maisons afin de puiser plus facilement l'eau nécessaire à leurs teintures. Louis Xlll et son cardinal ne tardèrent jjas à recevoir une noiivelle re- (|uète a ce sujet. Kntre le [>ont Notre-Dame et le Pout-au-Cbange, s'eien- (laient (\i'> terrains vagues, chargés d'immondices et des débris infects de i'ecorclierie : le marquis de (lèvres les demanda au roi, et par une ordonuiiuce datée de KVi^, ils lui lurent concédés à j)erpétuité, à la cbarge d'v élever un quai sur des arcades avec quatre rues. M. de Gévres tint sa parole en bon giMitilhomme, il fit le quai et lui donna son nom.
Depuis une vingtaine d'années, Marsilly avait commencé celui de la reine Marguerite, ai»|)ele plus tard, comnie le port, Malaquest et ensuite Malaquais.
(l'est en efl'et sur la place de Ibôlel bàli par cette bonne reine au retour de son long exil en province, que l'on traça ce nouveau quai, dont le liremier niiw counnencait à l'hôtel de Nesle, vis-à-vis le pont des Arts ailuel,et Unissait à la rue des Petits-Augustins au jtort Malaquest ou //(■/(;•/ (ht pini aux l'K.'seurs. (lette dernière moitié du xvir' siècle fut une epixpie benreuse entre toutes pour l'édilité parisienne et surtout \)o\\v la rive gauclie. .\u <|uai de Nesle, qui s'était un instant appelé quai (lueneyainl, par respei | pour le superbe hôtel que ce secrétaire d'Etat y avait r,iit con^iruire et qu'on allait baptiser pour un nmtif semblable (piai C.outv, venait do s'ajouter le ipiai des Quaire-Nations. Par un remords lestanu'Utaire, Mazarin ayant voulu rendre à la France ini peu de l'argenl cpi'il lui avait volé, s'avisa de laisser en mourant une assez forte souiumatin d'éditier un gymnase destine à la jeune m)blesse de Pignerol, de Uoussillon.de Flandre et d Alsace. Ce collège, nomme des (Jualre-Nations. s éleva en 1(')()2, tel que nous le voyons aujourd'bui sur les ruines dt^ riiôtel de Nesle : et |)eu après un quai magniii(pu', \raimenl niounnuMilal. vint eu décorer la façade. (Couronne par une balusliade élégante. (C (piai se de|)lo\ait noblement vis-à-vis le Louvre, portant sculptée avec nue glande richesse au milieu, la de\ise de Louis XIV, soleil counmm' diuit les ravons brillaient eutredeux c(unes d'abiuulance, et, eu regard de < baipu' pavilbui latéral, les aruu's de Mazarin, où r<u'gueillen\ cbapeau de cardinal s'élevait au milieu des faisceaux consulaires.
Lie par < <■ quai l'aslu<-u\ an tpiai Loutv, le (piai Malaquais ne laid.i
/: effje'i^^i'f- "tt.
fCAMA^a se
Typ l.ncraiiip»
y liais (ie Pans. — l.a Tour tle Nesh'.
LKS ni AI S ÔO'/
pos a s'allacliei' vers l'est a cfliii des Tliealiiis. (les Ijoii^) pcrcs, ( niiiiiio chacun sait, iiitiodiiils en Kiaucc par Mazarin, s'étaient bàli iiii ((uivciil liès-connn<Mlc enire la rue des Saints-l'éres cl le pont nomme rnaiiilenanl lloyal. (lomnie le portail de leur église, véritable cliel-dNeuvre de Desmaisons, donnait sur la rivière, on ne crut pas devoir se dispenser «le jdacer le <)uai sous sa protection, et les Tliéatinsfiireiit les parrains de la barrière murale; cette dernière construction poussait les quais de la livr i^auche jusqu'à la rue du Bac : il restait après cette rue un épouvantable marais parfaitement désigné par le surnom de G rc non il! ère, (|u'on \nuhii au comun-ncement du siècle suivant dessécher et enclore de murs; niaisquoitpie le sieur Boucher d'Orsay, prévôt des marchands, eu eût pose la première pierre en grande pompe le ô juillet 1708, ce projet n'alla pas plus loin.
Pendant que la rive gauche s'embellissait ainsi, et (jue le quai de ki Tournelle, sorte de fondrière proverbiale dans le (juartier Maubert, recevait dans toute sa longueur une chaussée pavée large de dix toises, les ((nais d'Anjou, d'Orléans, des Balcons, de Bourbon, bâtis en vertu des traités passés en 1(»24 entre l'architecte Marie et la ville, enfermaienl l'île Notre-Dame dans une triple ceinture de pierre. Le ipiai de l'Horloge ou des Morfondus portait de l'eau au pied des échoppes du président Jeannin, le quai des Orfèvres s'élevait entre le Pont-Neuf et la rue Saint- Louis, et le conseil ordonnant par sentence du "24 février 107^, aux tanneurs et aux teinturiers de la Grève, d'aller s'établir au faubourg Saiul- Marcel et à (Ihaillot, confiait à l'habile Pierre Bullet la cnnstruelion du tjuai Pelletier dont la voussure hardie surplomlia de trente pieds sur la Seine.
Begardons maintenant derrière nous, et voyons quelle fut la pbvsiouomie des quais pendant les xvr, xvir et xviii' siècles.
En partant de l'Arsenal et après avoir admiré la porte de ce nuHiîinu'ul (pii s'(uivrait sur le quai en s'appuyant sur quatre canons, et poitait au fronlis])ice une inscription latine en l'honneur d'Henri TV, on arrivait d'abord au t[uai des Célestinsoù les bureaux des coches d'eau qui remontaient la Seine et les carosses de Lyon logés à l'hôtel la Vieuville entretenaient un mouvement continuel. Ensuite on descendait le (piai Saint- Paul où abordaient les bateaux aux fruits et ceux (pii ajjportaient le poisson d'eau douce, et quand on s'était arrêté quelques instants sur le (|uai des Ormes pourvoir lemarché aux Veaux, on venait regarder à travers les ouvertures de la rue de la Mortellerie ces banjues lourdement chaigées de pierres, de foin et de blé, (pii,de temjjs immémorial, s'arrêtaient vis-à-vis la Grève au port au charbon. Le quai Pelletier et celui deGévres fermé par quatre grilles pour la sûreté des bijoutiers, libraires ou marchandes dedentelles, dont lesboutiques les bordaient à droite et a gauche.
"OS LKS (JLAIS.
s'ulliaieiit imnicdiatt'iiieut après, et en gravissant le quai de la Ferraille les yeux étaient éblouis par la variété des objets qui s'y trouvaient réunis et l'étrangeté des scènes dont il était le théâtre. A côté des marchands de iériailles de toute espèce et de toutes sortes d'ustensiles, s'élevaient. eneiret,les échoi)pes des marchands d'oiseaux, (jui pouvaient fournir, en tout temps, aux amateurs des pigeons dorés, des singes verts et même des perrotpiets bleus ! Les mercredis, et les samedis les jardiniers le couvraient d'arbrisseaux et de fleurs, et le dimanche il appartenait tout entier aux charlatans et aux bateleurs qui s'empressaient, après la messe, d'y dresser leurs tréteaux pour y jouer des farces et vendre des drogues au peu[)le. FMacé à la descente du Pont-iNeuf, le quai de l'Ecole, ancien lieu de rendez-vous des tireurs de laine et des auditeurs de Tabarin, se présentait sur les pas du provincial errant à Paris, comme un bois où les aigretins, les laquais et les chevaliers d'industrie guettaient sans cesse leurs victimes. Après avoir traversé cet échantillon de la forêt de Bondy, s'il restait (|uelques pistoles dans la bourse, les liiigères, les ferrailleurs, les etaleurs (le livres et les marchands d'images entasses dans les échoppes du quai Bourbon se les disputaient à grands cris. Mais l'iiotel peint en jaune du connélable de Bourbon fuyait avec ses armoiries brisées et ses uinulures ternies par le bourreau, et le (piai des galeries ih\ Louvre allait se développant jusqu'au pont Bouge, ipii devait si tôt céder la place au l'imt-Boyal , entre le su|)erbe éditice et le port Sanit-.\ic(das. (Vêtait là (jue jetaient l'ancre, aux yeux des Parisiens curieux, t(tus les bateaux chargés d'épiceries et ceux qui avaient remonte û\\ Havre, les vins de Languedoc, de Boussillon, de Provence et d'Lspagne. l ne foule de petits bateaux partant du guichet et du lanternoii ne cessaient d'aller et v(;nir de ces deux points à la rive gauche pour transporter les passagers au faubourg Saint-Ciermain moyennant six deniers par personne. (Juel- (|ues pas plus loin et en tournant le gios pavillon du palais, ou voyait U pilote de la galiotte de Saint-Cloud, debout sur le (piaides Tuileries qui, en entendant sonner huit heures, agitait son di'apeau blanc pourdonner le signal du départ. Aussitôt retenlissaientles jurenuMits et les vociférations des matelots s'efforçantd'arracher les voyageurs des cabarets voisins. Ces cabarets, construits en plainhes peintes en rouge de nn^'un» (pu* l'ancien pont, s'étalaient, comme \nie rangée de mendiants accroupis au s<deil. depuis le Ponl-Boval jusipi'à la porte de la ("aturerence, élevée au bout <l(i jai'diu. Ils étaient teinis, pcnir la plupart, par des Suisses et des lennues (l'invalides, et fré(pn'ntes s\irt(Mit par des gardes françaises (pii avaient l'iiabilude de s'attabler, dans les beaux jours, sui" les bancs exlel'ieui-s poiH' y boire, eu finnant leur longue pipe, le cidre et le brandevin. Puis, après la portedela (lonference. la magiiili(pie pronu'uade du Cours la peine appar. lissait avec ses (pintre rangées d'ormes, se- trois allées de
ij-:s OUAIS
mille [las de long et ses élégantes portes de 1er. Un y admirai! sons les IVaiclies ventes de verdnre :