‹ Les rues de ParisChapitre 5 sur 65 · PLACE DE LHOTEL-DE-MLLE · texte numérisé non relu

PLACE DE LHOTEL-DE-MLLE

nierce et de navigation sur la Seine ; la conquête et toutes les dominations qui se succédèrent ne purent anéantir ces franchises, qui devaient être à la fois si fécondes et si stériles , mais qui furent toujours le gage assuré de son indépendance et de sa prospérité. Le peuple de Paris avait commis à son Hôtel-de-Ville ce dépôt sacré : c'était l'objet de sa sollicitude la plus vive et la plus constante ; tout ce que la population ressentait la ramenait donc naturellement aux soins de cette défense ; l'Hôtel-de-Ville était comme le cœur de la cité, le siège de toutes ses émotions.

Les vicissitudes architectoniques de l'Hôtel-de-Ville ne présentent qu'un intérêt médiocre. Il n'est pas rare que l'aspect des monuments en raconte les annales; cette histoire est assurément plus grave, plus authentique et plus durable que celle qui nous est transmise par les livres; mais il est des édifices dont l'extérieur se prête mal à ces enseigne- ' ments , c'est qu'ils n'ont pas été créés d'un seul jet; ils ne sont pas empreints du caractère d'une époque et ne peuvent point en reproduire le type ; leur construction semble n'avoir pas été dirigée par une pensée unique ; on croirait qu'ils sont nés du caprice et de la fantaisie. Tel est le style de l'Hôtel-de-Ville de Paris : il n'a rien qui puisse instruire avec sûreté ceux dont le regard l'interroge. Il faut bien le dire, il manque de grâce, sans avoir de dignité, et aucun de ses traits n'indique sa destination ; il est aussi éloigné du goût que de la magnificence ; des constructions récentes ont beaucoup fait pour sa parure et rien pour sa beauté.

Il n'en est pas ainsi du cadre au milieu duquel il est posé. La place de l'Hôtel-de-Ville a une figure qui lui est propre, sa physionomie est étrangement expressive, elle n'a laissé altérer aucun de ses traits, elle porte un de ces vieux visages dont chaque ride atteste le passage d'une passion.

Sa situation tient à l'origine même de Paris; dans les îles qu'elle regarde et sur les rives qu'elle touche, des huttes de pêcheurs ont tracé la première enceinte. Vis-à-vis d'elle sont nés les monuments qui témoignaient d'une grandeur future. Les églises, les monastères, le palais des rois, les asiles ouverts à la souffrance et à l'infortune, les grands logis de la noblesse, la maison de justice, les entrepôts des marchands et la maison des bourgeois se groupèrent autour d'elle ; elle devint le forum naturel de cette ville qui commençait à se montrer si puissante : le rôle qui lui appartenait dans l'histoire de Paris lui fut promptement tracé, et rien n'a pu l'en faire dévier : elle a fidèlement gardé la mémoire de tout ce qu'elle a vu.

Qu'importent après cela les récits de la tradition qui ont sèchement enregistré des titres d'acquisition, de transmission et de propriété, comme s'il ne s'agissait, dans l'existence de l'Hôtel-de-Ville de Paris, que de constater la légitimité du domaine? Les bourgeois eurent d'abord mw maison de la marchandise ; vers le milieu du treizième siècle, en 1557, ils

i/i PLACE in: j/iiuti:l-de-ville.

acliclri'cntunc maison (iiii avait apiiailcmi à l*hili|i|)('-Aiigiisto ; on l'appclail la maison aux piliers, parce qu'elle était soiiteniu; par de jj;ros ])iliers: on la nonnnait aussi la maisim dadaupliiti, parce qu'après avoir été prise |)ar IMiilip|ie de Valois à la reine veuve de Louis-le-IIutin, elle avait été donnée à (iny, danpliin de Vienne. Réparée par les soins des prévôts des niarcliands et des échcvins, cette; maison, qu'on appelait indifférenimcnl maison de Ville on maison de la Prévôté, l'ut, en 1508, ornée de peintures parJean de IJlois. En 1580, sous le règne de Charles VI, deux cents Parisiens, haliilanls notables, réunis sous la présidence du prévôt des «narcliands, y taisaient entendre leurs doléances contre les violences exercées i)ar les parents du roi. En 1555, Pierre de Viole, prévôt des marchands, posait la première [lierre de ^IIôlel-d('-^ ille; eu 1555, Dominicpie de Cortone en poursuivait la construction ; en 1005, il était achevé par Dominique Ronardo, sous l'édilitc de François Miron, prévôt des marchands.

En 1801, lors(pu' la pn-fcdure du d(''parleuu'nt de la Seine prit possession de rilôlel-de-Ville, l'édifice l'ut agrandi par la démolition de l'église de Saint-Jean-en-Grève et d'une partie des monuments de l'hôpital du Saint-Esprit. Aiijourd'hui, des travaux considérables ont doublé son ('tendue, régularisé sa l'orme, et on lait de loyaux ellorts pour donner à rilôlel-de-Ville de Paris des dehors dignes de la capitale de la France. iNous n'avons [)oint à nous prononcer sur ces nouveaux accroissements; ils n'occuperont notre attention que lorsque Tordre de notre observation nous conduira à l'examen de la i)lace de l'Hôtel-de-Ville, telle que l'ont laite les dernières modifications qu'elle a subies.

Nous sommes de ceux dont la réfiexion obéit aux objets extérieurs et ne cherche point à leur faire violence; dans nos lignes, c'est la place de l'Hôtel-de-Ville qui nous montrera elle-même les signes et les souvenances des événements dont elle a été le théâtre.

Par une belle et radieuse matinée de printemps de l'année 1581, une foule considérable était rassemblée à la halle de Paris, et dans les rues étroites qui entouraient ce vaste marché ; il y avait là force bourgeois et manants; les marchandes s'étonnaient de cette affluence extraordinaire, et composée de gens qui paraissaient occupés de tout autre chose que de faire leurs provisions. Des groupes se formaient; l'inquiétude, une anxiété universelle et des signes non équivoques de mécontentement se manifestaient partout; on entendait déjà gronder la tempête populaire.

— Ils sont sans pitié, disait à ceux qui l'entouraient un marchand drapier; ils nous accablent d'impôts, et je sais de bonne part qu'ils viennent encore de décréter de nouvelles taxes.

— Ils n'oseront pas les demander ! s'écria avec véhémence un boucher.

— Bah! ils oseront tout! Est-ce qu'ils ne sont pas les maîtres?

— Nous verrons bien, murmuraient quelques voix...

l'LACt 1»1-: L IIUTKL-DE-VILLE. ITt

— Vous verrez, reprit un homme au visage pâle et austère, vous verrez la ruine de la France, la nôtre, et celle de nos familles...

— Nos braves échevins ne le souffriront pas, réj^ondirent quelques bourgeois.

— Vos échevins! Quel mal ont-ils empêché? Ne se sont-ils pas toujours contentés de satisfactions vaines, et n'ont-ils pas toujours blâmé nos efforts?... Ah! s'ils avaient laissé agir le bon peuple de Paris, ces princes qui ont déjà volé la couronne ne nous voleraient pas nos franchises, nos privilèges et notre argent.

Ce dernier mot produisit la commotion la plus vive; une clameur haute et terrible s'éleva de toutes parts; des cris partis de différents endroits lui répondirent, et il sembla que cette multitude allait s'ébranler. Aussitôt quelques hommes se détachèrent des groupes et se hâtèrent de calmer cette irritation; ils étaient accueillis avec impatience: mais l'autorité (ju'ils exerçaient n'était point méconnue: c'étaient des bourgeois notables (jui, pardessus toutes choses, redoutaient la sédition.

— Ecoutez, dit un d'entr'eux, le roi Charles VI...

— C'est un enfant, il n'a pas quatorze ans.

— Mais...

— Ses oncles régnent en sa place; le duc d'Anjou, le régent, dont la cupidité est insatiable, ne rêve qu'impôts et taxes, et, après nous avoir tout pris, il prétend fouiller nos maisons pour nous enlever jusqu'à nos dernières ressources.

— Ces mesures ont trouvé de l'opposition dans le conseil.

— Et que lui importe, à lui, qui brave toutes les volontés?'

— Il y a eu des remontrances...

— Des pleurs d'enfants qu'on n'écoute pas.

— L'impôt ne sera pas exigé...

— Et si je vous disais, maître Micbaud, qu'il est déjà vendu à ceux (jui doivent le percevoir, et que M. le duc d'Anjou a déjà touche le prix des taxes qu'il a cédées.

— Parlez plus bas, maître Bernard, j'aperçois des hommes de la cour.

Effectivement, «piehiues persohnages portant, comme marque distinctive de leur noblesse, des chaînes d'or, parcouraient les groupes des bourgeois, sans parler, mais écoutant tous les propos; des archers se tenaient prêts à recevoir leurs ordres : c'étaient des officiers du palais.

Cependant, l'émotion de la foule se calmait; des paroles rassurantes avaient dissipé les craintes et apaisé les ressentiments; déjà le calme se rétablissait, lorsque parut tout-à-coup, au milieu de la halle, un homme a cheval. Il portait une armure complète, mais sombre, sans devises et sans armoH'ies; la visière de son casque, a demi baissée, laissait à peine

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vdir les traits de sou visaf^x! ; il tenait a la inaiii didite un clairon. <•! sonna une fanlare qni attira autour iU'. lui i<nitc la po|Milalion.

'SiV

Lorsque le silence fut établi, il annonça que des voleurs venaient d'enlever les diamants de la couronne, et que dix marcs d'or étaient promis a ceux qui aideraient à découvrir les auteurs de ce vol... Puis, profitant (le la surprise que causait cette proclamation, il ajouta, avec une voix (piil sut rendre étrangement éclatante et formidable: «Et demain, habitants de Paris, l'impôt sera perçu! »

Après avoir prononcé ces paroles, il perça la foule et partit au grand galop de son cheval, avant que les archers aient pu seulement faire une démonstration contre lui.

Ces mots soulevèrent la multitude; elle s'émut comme un seul homme, et avec des cris horribles, elle s'élança vers les quais, et au-dessus de cet immense tumulte on eutendait ces mots : « A l'Hôtel-de-Ville! »

En un moment le flux populaire remplit toute la place de l'Hôtel-de- Ville ; il v arriva par le côté qui fait face à l'édifice. On se précipita vers les portes, elles furent brisées et enfoncées; on s'arma des maillets de plomb que Charles V avait fait fabriquer, et qu'il avait déposés là comme dans un arsenal; puis, avec d'épouvantables clameurs, on se retira dans toutes les directions, rompant et mettant a sac tout ce qu'un caractère

PLACE DE i;iIOTEE-l>E-VILLE. t>7

royal signalait a la haine du pt-upli". A I lui des angles de la place dt' rHôtel-de-Ville, on voit encore la louielle, d'où un homme vêlii d'une longue rohe noire, elle visage caché sous un capuchon rahatlu, donna a cette multitude furieuse le signal du départ, en frappant lui-même ave<' un lourd maillet trois coups dont la muraille a longtemps gardé l'empreinte. Ce fui la premièi'e journée d<'s inaillvtins.

^lOHTlCNELL

Près de trois siècles s'étaient écoulés; le 2 juillet 1682, le peuple de Paris était réuni sur la place de rHôtel-de-Ville. L'attitude de la population était grave, ferme, imposante. On s'entretenait sans colère des querelles qui divisaient la cour et le parlement. On touchait au terme de cette guerre civile, accomplie avec une si singulière tranquillité, de cette guerre où les hourgeois de Paris se hattaient dans leurs rues, sans se déranger de leurs travaux et de leurs loisirs; de cette guerre où le cardinal de Retz a dit qu'il ne fallait pas désheurer les combattants. On s'entretenait des prouesses que M. de Turenne et M. le prince de Condé faisaient à la tète des armées; on parlait du siège d'Etampes, de l'arrivée- de M. le prince, qui venait de se replier sin* Paris, des négociations de la cour et

28 PLACE l)K i;HOTKL-IH:-MIJJv

<lc rassciiihlcc (|U(' Iciiiiicnf en ce iiioiiicnl iiii'inc, ;i riIôtcl-dc-Villc, les iiia^isli'iils (le la limir^coisic. L(; iiciiplc, dans ccllo circdiistancc, ('(niinic dans loiiti's les iniiiciiialcs journées de la Fronde, montrait nn sens a(lniiral>l('; il pesait la cour et le parlement, Mazarin et ses adversaires, Turenne et (^oiidé, les hommes et les événements, avec une indillerence parfaite, jjronipt seulement à s'émouvoir et à se montrer lorsipiil s'aj^issait de ses droits.

A contempler celte réunion d'honnnes, il semblait que la curiosité les eût appelés dans cet endroit; il était impossible d'apercevoir les traces d'un autre sentiment.

Le canon grondait cependant, les détonations se rapprochaient et devenaient plus distinctes, le combat touchait aux portes de la ville, M. le prince et ses troupes tentaient de se jeter dans le faubourg Saint-Antoine. Les deux grands capitaines (jui dirigeaient cette sanglante partie d'échecs avaient fait preuve d'une égale habileté et acquis une gloire égale ; l'armée de Turenne, renforcée par le maréchal de La Ferté, allait pourtant s'assurer la victoire. Les Parisiens jugeaient les coups, sans prendre parti pour l'une ou pour l'autre cause. Une femme triompha de cette apathie.

C'était mademoiselle de Montpensier; sa parole ardente et animée entraîna sur ses pas ces masses inertes; le peuple ouvrit à M. le prince les portes de Paris, et le combat remua tout le faubourg Saint-Antoine; du haut de la Bastille, le canon, sous les ordres de Mademoiselle, foudroyait l'armée royale. Cette journée sauva, dit-on, la gloire de Coudé; elle témoigna aussi de la force de ce peuple que les grands sont toujours forcés d'invoquer dans leurs petites querelles.

Après la bataille, les Parisiens se réunirent encore sur la place de l'Hôtel-de-Ville; pendant qu'on délibérait au dedans, ils avaient agi au dehors, et longtemps à la base de la façade, vers l'est, on a vu les marques laissées sur la pierre noircie par les feux qu'on alluma le soir, en chantant des Mazarinades.

Mais, quel spectacle attend cette foule qui remplit au loin les abords de la place de l'Hôtel-de-Ville? Pourquoi ce déploiement de force inaccoutumé? D'où vient que la terreur est sur tous les visages? Cependant, les mouvements de ce peuple ne révèlent aucune agitation; nous ne sommes plus aux temps de troubles et d'émeute; la Ligue et la Fronde n'ont plus que des souvenirs historiques; nous sommes parvenus à la moitié de ce dix-huitième siècle qui se distingua par de si merveilleux raffinements de luxe et d'élégance. Aux croisées, aux balcons, à la façade de l'Hôtel-de-Ville même, nous apercevons au-dessus de la multitude qui couvre le. pavé, des femmes brillantes de parures, des seigneurs étincelants de broderies; nous crovons reconnaître les dames et les gentils-

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liuniiiies ({iii emljellissent habituellement les salons (le Versailles. La cour à la place de Grève! qui donc a pu l'y attirer et l'y conduire?

Depuis plusieurs jours, surla placede IHôtel-de-Ville, on avait disposé un espace de cent pieds, entour(? de palissades plantées en carré; il n'avait d'issue ({ue dans un coin et une communication avec l'Hôtel-de-Ville : au milieu se dressait un echafaud. Cet espace était gardé intérieurement par le lieutenant de robe-courte et sa compagnie, et extérieurement par les soldats du guet fi pied; le guet à clu'val était sur la place aux Veaux. Les avenues de la Grève étaient gardées de distance en distance par des détachements de gardes-françaises, ainsi que le chemin du Palais à Notre- Dame. Dans tous les quartiers et principaux^carrefours de la ville, il y avait des postes, et l'on avait pris toutes les précautions nécessaires poui" assurer Tordre et la tranquillité pultliipie. C'était le lundi 28 mars 1757.

On amena en grande pompe et entoure de gardes et d'officiers de justice, un homme : sa taille était d'environ cinq pieds, il était mince, sa figure n'avait aucune expression remaripiable, il paraissait douloureusement résigné, mais sans faiblesse; ses traits étaient sans pâleur, maigre la souffrance qui semblait avoir brisé son corps; il était âgé de quarantedeux ans. Placé prés de l'estrade, contre laquelle il s'appuya, il attendit longtemps certains préparatifs ; on le déshabilla et on le plaça nu et couché sur l'échafaud, qui était élevé d'environ trois pieds et demi audessus du sol, long et large de prés de neuf pieds. Le patient fut lié et retenu par des cercles de fer, posés au-dessous des bras et au-dessus des cuisses. Il considérait ses membres avec attention, il contempla les apprêts sans s'émouvoir, et jeta sur la foule qui se pressait autour de l'enceinte un regard plein de fermeté.

Il était cinq heures du soir; le supplice commença.

La main droite, qui tenait un couteau, fut brûlée; les atteintes de la Hamme arrachèrent un cri horrible, et le condamné regarda ensuite froidement le membre calcine. Le greffier s'approcha de lui dans cet instant, et le somma de nouveau de nommer ses comphces ; il protesta qu'il n'en avait pas. Ici nous laisserons parler l'épouvantable procès-verbal de ces faits: a Au même instant ledit condamné a été tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, et sur lesdits endroits a été jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix brûlante, de la cire et du soufre fondus ensemble, pendant lequel supplice ledit condamné s'est écrié à plusieurs fois : — « Mon Dieu, la force, la force ! — Seigneur, mon Dieu, ayez jiilir de moi!... — Sririneur, mon Dieu, que je aouflW ! — .S'<'/- (jneur, mon Dieu, donnez-moi la patience! »

Nous copions encore :

« A chaque tenaillenient, on l'entendait crier douloureusement ; mais. de même qu'il l'avait fait lorsque sa main avait été brûlée, il regarda

:,(! l'iACK IM-: i/iio'i i;i,-in;-vii.i.i.

<'h;i(|ii(.> |il.')i(', et ses (lis (-css.'Mciit, .iiissitùl (|ii(: li; Ictiaillciiiciil *'l;iil liiii. I']iiliii. on |)i'()(-c(l;i ;iiiv lij;;iliir('s des lir.is. des j.imix's cl dfs cuisses. |)(Mir (>|)crcr rcc.ailclcincnl. (Icllc prcparatioii lui lics-louj^iic cl lics-doiiloiirciisc. liCs (-ordcs clroilcincnl lices. |K»i'l,1irl sur les plaies si rcccril(!S, cela arraciia de nouveaux ciis au paliciil. mais ne rcni[>èclia pas d(! se considcier avec une ouriosih; sin<,Milicn!. I.es chevaux ayanl été attachés, les tirades l'ui-ent rcilerecs longtemps avec, des cris aiïreuv de la part du supplici<'. L"c\lcnsion des lucnilii'cs lui iiuroyalde ; mais lien n'anncmcail le (lcmend)rcment. ^hiljiiV; les elForts des chevaux, qui étaient jeunes el vigoureux, peut-èli-e Irop, celle <leiiiiere partie du suj)plico durait d(.'|)uis |)lus d'une heure. sans(pi>ui put en prévoir la lin. Les nn-decins el chirurgiens attestèrent aux commissaires qu'il était presque impossihle d'opérer le démembrement, si l'on ne facilitait l'action des chevaux, en cou- [tanlles nerl's principaux (pii po\ivaienl hien s'alhuijicr prodij^ieusenienl, mais non pas être séparés, sans une amputation. Sur ce témoignage, les commissaires tirent donner ordre à l'exécuteur de faire cette amputation, d'autant plus que la nuit approchait et (pi'il leur parut convenable que le supplice fût terminé auparavant. En conséquence de cet ordre, aux jointures des bras et des cuisses, on coupa les nerfs an patient; on lit alors tirer les chevaux. Après plusieurs secousses, on vit se détacher une cuisse et un bras. Le supplicié regarda encore cette douloureuse séparation; il parut conserver la connaissance après les deux cuisses et un bras séparés du tronc, et ce ne fut (ju'au dernier bras ((u'il expira. Les membres el le corps furent jetés sur un bûcher. »

Ce supplice est le plus horrible de tous ceux qu'ait vus la place de l'Hotel-de-Ville. Là, dans des temps de barbarie, s'étaient dressés des bûchers; là, le IG juillet 1070, la marquise de Brinvilliers avait eu la tète tranchée, son corps avait été brûlé; cette exécution fournit même à madame de Sévigné le texte d'une des lettres les plus gaies qu'elle ail écrites; on y lit celte phrase : « Elle monta seule el nu-pieds sur l'échafaud, et fut un quart-d'heure mirnudée, rasée, dressée et redressée par le bourreau. »

Malgré ces formidables traditions, les actes que nous venons de rappeler resteront comme un monument d'abominable cruauté; ils se passaient à l'époque où la nation française se vantait d'être la plus polie de l'univers. Au siècle de Louis XIV succédait l'avènement de celle philosophie qui entreprit d'éclairer le monde, et c'était à ces clartés, à la face de tout un peuple, qu'on déployait ce faste de férocité!

Le supplicié s'appelait : IIobert-François Damie.ns!

11 avait frappe d'un coup de couteau le roi Louis X^ . Lalrocile du supplice fil disparaître l'indignalion causée par son attentat.

Le soir, les courtisans racontèrent avec complaisance tous les détails

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(le cette longue torture; une jeune duchesse setit remarquer par la grâce cl la vérité avec lesquelles elle retraçait les moindres phases de l'agonie de Damiens. Pendant plusieurs mois, on alla visiter le lieu du supplice et chercher les marques qu'il avait laissées.

La place de l'Hôtel -de-Ville est comme une tahle d'airain sur la- «juelle chaque événement de l'existence nationale gravait des traces profondes.

Trente-trois ans plus tard, la foule accourait encore aux pieds de I Hôtel-de-Ville ; une garde nombreuse se pressait encore à toutes les avenues. Des portes du Chàtelet, pour s'avancer vers la place de Grève, sortait, entre deux haies de soldats, un personnage dont la démarcli^ et le maintien témoignaient de quelque distinction ; il y avait en lui les habitudes du militaire et du courtisan ; il paraissait âgé de quarante-cinq ans. (rétait Thomas te Mahi, marquis de Favras, que la chambre du conseil du Chàtelet de Paris, la compagnie assemblée, avait condamné à être amené et conduit dans un tombereau, après amende honorable, à la place de Grève, pouryèlre pendu et étranglé, jusqu'à ceque mort s'en suive, par 1 exécuteur de la haute justice, à une potence placée sur ladite place de Grève.

Le matin, il avait remis lui-même au greffier, après la lecture de l'arrêt, sa croix de Saint-Louis. Lorsqu'il sortit du Chàtelet, les spectateurs ])attirent des mains ; ces applaudissements se répétèrent devant Notre- Dame, au moment de l'amende honorable ; il les subit avec sérénité ; celte joie du peuple ne sembla ni l'aftiiger, ni l'irriter. Favras était accusé : « D'avoir formé, communiqué à des mililaires, banquiers et autres personnes, et tenté de mettre à exécution un projet de contre-rérolution en France, qui devait avoir lieu en rassemblant les mécontents des différentes provinces, en donnant entrée dans le royaume à des troupes étrangères, en gagnant une partie des ci-devant gardes-françaises, en mettant la division dans la garde nationale, en attentant à la vie de trois des principaux chefs de l'administration, en enlevant le roi et la famille royale, pour les mener à Péronne, en ilissolvant l'assonblée nationale, et en marchant en force vers la ville de Paris, ou en lui coupant les vivres pour la réduire. >>

Voici le récit d'un contemporain :

« Conduit à la Grève, Favras est monté à l'Hôtel-de- Ville, où il a fait un testament de mort qu'il a dicté pendant quatre heures.

La nuit étant venue, on a distribué des lampions sur la place de Grève, et on en a mis jusque sur la potence. Il est descendu de l'Hôtel-de-Ville, marchant d'un pas assuré. Au pied du gibet, il a élevé la voix, en disant: « Citoyens, je meurs innocent, priez Dieu pour moi. » Vers le second échelon, il a dit d'un ton aussi élevé : « Citoyens, je vous demande le secours de vos l)rières, je meurs innocent.» .\n dernier échelon, il a dit: "Citoyens, je

-•1 l'LACK in: I. iKn i:i.-in:-\ ilij:.

iiicins iiiiKicriil. jiricz hini pour imii. ■■ l'iiis, s'adrcssaiil :iii Ixiiiiiciiii ■• /•.'/ /(*/, /W/.v tau ilcvtiir. "

On a appelé Favras le dernier des marquis; sa mort fut le premier acte (le justice révolutionnaire. Vingt-quatre ans auparavant, Lally, bâillonne, avait eu la tète tranchée sur la place de Grève.

Les annales de cette place de l'Hôtel-de-Ville sont sanglantes ; mais on y aperçoit nous ne savons quelle fatalité populaire qui leur donne un caractère grand et majestueux; on sent que dans ces supplices mêmes s'accomplissait l'enfantement de la civilisation.

En se rapprochant de nous, ces fastes semblent acquérir plus d'énergie et plus d'élévation.

Dans les idées de la population parisienne, la place de Grève avait une signification néfaste, parce que c'était le lieu où l'on infligeait les châtiments. On vit un jour une troupe de convulsionnaires s'arrêter au milieu de cette place et la l)énir, comme l'endroit où, disaient-ils, ils seraient exécutés mortellement. Ces pensées funestes ne diminuaient rien de la puissance des leçons, de l'histoire. Le peuple de Paris savait que la place (le l'ÏIôtel-de-Ville avait vu toutes les conquêtes de la liberté, et que de là étaient partis, a toutes les épo(|ues d'oppression, les redressements

PL A ci: i»K i/ii<»ti:l-1)K-vil!.i:. 5.'

populaires; il se moiiliM lonjours s('nsil)le à cos souvenances de pa- Iriotisnic.

La place de l'IIôtel-de-VilIe fut le tliéâtre des principaux événements <le la révolution de 178i) ; mais elle n'eut dans (('Itc partie de notre histoire qu'une part glorieuse.

L'Hôtel-de-Ville fut, en quelque sorte, le palais de la révolution ; ce fui à l'Hotel-de-Ville qne résidait la Commune de Paris ; ce fut là que siégeait le comité de salut public; là se dénoua le drame du 9 thermidor; hi tomba Robespierre, cette efl'royable personnification du dogme de la terreur.

La place de l'Hôtel-de-Ville était le quartier général des forces révolutionnaires; les citoyens y accouraient pour former les faisceaux civiques, et pour prêter leur appui à la loi ; la turbulence, le désordre, le pillage et le meurtre, préparaient en d'autres endroits leurs moyens de destruction. C'était ailleurs qu'ils rassemblaient les hordes dont les excès ont souillé cette époque. La place de lllôtel-de- Ville resta pure de criuîes, et ne retentit jamais que des généreux accents d'un peuple redemandant ses droits.

Sous l'empire, elle s'associa avec enthousiasme à l'éclat qui glorifiait le pays; elle vit rayonner les fêtes splendides, elle répéta avec transport les échos de nos victoires ; elle saluait avec amour et avec ivresse les fêtes qui célébraient nos triomphes. Si elle ne cessa pas d'être le lien des supplices, du moins fut-elle aussi l'enceinte de prédilection pour toutes les joies de la patrie; elle préparait ainsi, dans le présent, pour l'avenir, l'instant où elle n'aurait plus à présenter à l'histoire que des titres chers à toutes les noliles alïections.

Lempire eut toujours pour la place de l'Hôtel-de-Ville une préférence marquée; Napoléon pensait qu'il eût manqué quelque chose à sa gloire, si le bruit et la renommée de ses triomphes n'eussent pas retenti autour de l'IIôtel-de-Ville de Paris. C'était sur cette place que le peuple aimait à s'assembler pour entendre le canon des Invalides, dont les salves proclamaient les bulletins de la grande armée. ^

Lors du mariage de l'empereur, la ville de Paris s'associa avec splendeur aux fêles des Tuileries; Napoléon éprouvait une joie véritable à présenter sa femme à la bourgeoisie de Paris, dont l'élite était rassemblée dans les salons de !'Hôtel-de-Ville ; mais il ne se borna pas à ces hommages de l'étiquette ; plusieurs fois, pendant le bal, il conduisit l'impératrice aux fenêtres, et il la montra lui-même à la foule, qui resta rassemblée sur la place durant toute la nuit. L'empereur ne voulait pas que les fêtes de la cour fussent renfermées dans les appartements ; il s'eiforçait d'y appeler et d'y mêler les émotions du dehors ; )uil mieux qne lui n'a compris cet art de parler aux effusions de la multitude. 11 y avait alors un usage ipii resserrait les liens entre le trône et la cité : chaque année, la ville de Paris donnait en son Hôtel-de-Ville un banquet et un bal au souverain : on choi-

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sissail onlin.iirciiiciil iHimccllcsnlnmili' le joiii- de l.i IV'l(';iii<,nisl«'. ll.iiis (M's lijils, lii lioiii<i('(iisi<' ('•l;iil soiiiiiisc ;i\i ((•sIiiiim' de l;i cdiir; ("('sl-ji-ilirr

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(pi elle urlait renie {[vi avec cet liabit aiuiiiel on avait conservé le nom iVliabit à lii française; les broderies, les dentelles, lecliaiteau empanaché el ré[)ée étaient les accessoires obligés de cette parure. Malgré les embarras attachés à une toilette ipi'ils ne portaient qu'une ibis l'an, les bourgeois prenaient gaiment leur parti de cette mascarade, qui était, sans contredit, l'attrait le plus piquant de ces réunions. Pendant la durée û\\ bal, les curieux remplissaient la place; c'était un des meilleui-s divertissements du peuple à Paris, que de voir descendre de voiture et entrer à rHôtel-de-\ ille les bourgeois ainsi afùiblés. Souvent on reconnaissait les invités etonles appelait tout haut parleur nouî, avec ces sarcasnu's et ces éclats de rire qui sont la menue justice du |)eu[)]e. De tous les points de la ville on venait à ce rendez-vous.

Ce bal de l'IIôtel-de-Ville fut quelquefois l'occasion de réjouissances dont la place de Grève était alors le centre. L'éditice apparaissait radieux de lumières; on réservait pour cet endroit les plus magnitiques illuminations; une ligue de feu s'étendait le long des quais jusqu'au château des Tuileries; de vastes trépiedsantiques supportaient les gerbes de llaunnes (pii éclairaient le trajet, et quand le cortège impérial entre la doiiiilc baie <ies vété'raus de la garde défilait, sous les yeux de la foule, rien ne peut

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doiiiu'i' ime idée di; renthousiasinc qui éclatait sur son pa>sa<;«' ; car c'était après une victoire, après une conquête, après un royaume ajouté à renipire, qu^^- Napoléon aimait à paraître ainsi devant les habitants de la capitale de ses États. A l'arrivée de l'empereur, les batteries d'artillerie placées sur les quais voisins annonçaient l'inauguration de la i'ète, et la place de Grève et les deux rives répondaient à ce signal par une immense acclamation. En face de l'Hôtel-de-Ville, jaillissait tout à coup un feu d'artitice gigantesque; ordinairement il faisait luire quelque page des guerres récentes. Tout Paris a gardé la mémoire de ce passage du Mont- Saint-Bernard, qui montrait, au milieu d'une auréole flamboyante, les latigues et les trophées de notre armée d'Italie. C'était un admirable spectacle ! Pendant que nos soldats gravissaient ces montagnes de feu, on voyait se détacher au sommet une figure bien connue, entourée par des lueurs qui semblaient empruntées aux astres, et les regards se reportaient ensuite vers l'endroit d'où Napoléon contemplait lui-même cette rayonnante apothéose. Sur le fleuve, une flottille toute pavoisée de reflets lumineux répondait par de continuelles éruptions à la mousqueterie et aux canons qui tonnaient sur la cime. C'était l'histoire écrite en caractères de feu.

P(!udant toute la durée de ces nuits, rien ne pouvait arracher la foule à la place de l'Hôtel-de-Ville, et pour ceux qui écoutaient ses entret'iens, il était évident que, malgré les délices du bal, le peuple avait la meilleure part de ces fêtes.

•Napoléon aimait ces démonstrations; il y avait en lui des instincts qui le rapprochaient du peuple et de ses plaisirs.

La restauration se prêta d'al)ord d'assez bonne grâce à ces réjouissances : la cour y retrouvait d'ailleurs des traditions que la vieille royauté avait habilement cultivées; mais les bals de l'Hôtel-de-Ville tombèrent en désuétude , comme si personne ne se fût soucié de ces rapprochements. Il y a bien de l'imprudence dans de pareils dédains !

L'Hôtel-de-Ville de Paris était en possession de privilèges qu'il n'a pas perdus; toutes les nouvelles qui pouvaient intéresser le pays devaient être portées à l'Hôtel-de-Ville par un message exprès. Les mariages et les naissances des princes tenaient le premier rang parmi ces dépêches que la foule accueillait toujours avec tant d'empressement. Dans ces circonstances, on allait au loin sur la route que devait parcourir l'envoyé, et par mille questions chacun cherchait à pressentir la nouvelle. Le peuple rassemblé sur la place de Grève porta lui-même dans ses bras, jusqu'aii perron de i'Hôtel-de-Ville, le page chargé d'annoncer la naissance du fils de Napoléon . Un présent et des honneurs étaient attachés à ces sortes de missions.

Un fait prouve jusqu'à quel point l'Hôtel-de-ViUe est le centre où viennent frapper toutes les impressions de la cité. Lors de la conspiration de

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Miillet. il y eut un momenloù les conjurés étaient parvenus à accréditer, auprès du gouvernement lui-même, la nouvelle de la chute de Napoléon. Le premier soin de M. Frochot, aloi-s préfet du département de la Seine, fut de faire préparer une des salles de l'Hôtel-de-Ville pour l'installation du gouvernement provisoire. L'empereur ne lui pardonna pas cet excès de zèle et le destitua. Dans sa déposition devant la cour des paii-s, M. de Chabrol, paraissant comme témoin dans le procès des derniers ministres de Charles X, n'hésitait pas à dire ((uil regardait la possession de l'Hotelde-Ville comme le signe assuré du succès pour ceux qui s'y maintenaient ou pour ceux qui s'en emparaient.

Le peuple de juillet ne s'y trompa point; ce fut pour riIô(el-de-Vilie, et sur la place de Grève, qu'il livra le plus terrible de ses combats; les traces en sont partout; les architectes ont beau les effacer, la mémoire du peuple les conserve et les transmet; elle les a fait passer dans son langage et dans ses habitudes ; rien ne peut les faire disparaître. Tant que le drapeau tricolore ne flotta point sur cette place, rien ne fut décidé pour la lutte; l'Hôtel-de-Ville, pris et repris, resta enfin au pouvoir du peuple, et seulement alors la victoire fut assurée. Les Tuileries et le Louvre n'étaient que les postes secondaires; c'était à l'Hôtel-de-Mlle seulement que pouvait siéger la souveraineté nationale. Nous ne redirons pas cette parlie de notre histoire; mais nous devons rappeler que la plus glorieuse page des chroniques de la place de Grève a été écrite pendant les trois jouriK'es de juillet IR.'O.

Dans l'enceinte des villes, il y a des endroits (jui seuildeul privilégiés «Mitre tous, pour la noblesse et la générosité de leurs inspirations; il est des endroits dans lescpwls h' peuple, lorsque d'odieux spectacles ne l'y appellent point, ne se réunit que pour se montrer fort et magnanime. La place de 1 Hôtel-de-Ville de Parisa toujours exercé cette salutaire influence; c'est là <pie sont nées presipie toutes les bonnes résolutions du peuple de l'aris. Sans entrer dans un ordre d'idé'cs (pii doit rester étranger à ces lignes, il nous est permis de dire que tant que la révolution de juillet bivouaqua sur la i)lace de ITIôtel-de-Ville, elle resta pure, et que rien n'altéra ni son ccuirage, ni son inté-grité; son berceau est demeiin'' san.^ tache, et rien n'a flétri son premier asile ; sur la place de l'IIotel-de-Ville ijn'elle venait d'agiter par de si violentes secousses, dans cet espace (|ni l'avait vue si intri'pide, si forte et si puissante, elle se montra cahue jusqu'à la magnanimité, désintéressée jusjpià l'héroïsme, et daignant à peine songer à «m; (pfcdb^ venait de compuirir.

Pour la place «le l'IIôtel-de-Ville , h;s jonrn('Ts de juillet luienl urnconséf^ration ; il ne fallait |)as <|ue le sang des criminels tombât pins bmglemps sur ces pavés (pie le sang de tant de braves gens avait arrosi's. La place de l'Ilolel-de-N ille.* ;,'loriti(''e par des exploits si ('•tcuinaiits et si

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rapides, ne pouvait plus être souillée par les exécutions; réelialaucl ne pouvait plus se dresser, là où le pavois de la sojiveraineté nationale avait été élevé ; ce lieu avait été sanctiiié, il ne devait plus être déshonoré.

Ce n'était pas assez qu'une décision oi'licielle eût éloigné de la place de l'Hôtel-de-Ville l'appareil des exécutions ; une expiation semblait nécessaire. Le châtiment infligé aux criminels n'avait pas seul versé le sang répandu dans ce lieu: à toutes les époques de notre histoire, les passions politiques ou des vengeances ambitieuses y ont assouvi leurs fureurs. Si la cruauté de Louis XI fit tomber aux Halles la tête de Jacques d'Armagnac, si la haine inq)lacable de Richelieu Ut décapiter sur la place de Grève Bouteville et Deschapelles, dans des temps plus rapprochés de nous, d'autres martyrs ont été immolés par la rage des partis. Aces victimes il fallait, non pas une réhabilitation, mais un pieux hommage, un témoignage de piété nationale.

Les sergents de la Rochelle avaient été exécutés sur la place de Grève.

Les citoyens comprirent le devoir que leur imposait ce souvenir ; on les vit, silencieux et recueillis, s'avancer vers le lieu où le sang avait été injustement versé; puis, entourant de leurs regrets, de leurs larmes et de leur vénération le lieu où s'était accompli le sacrifice, rendre à la mémoire des victimes ce lustre que le supplice n'avait pas terni, mais qu'il fallait rappeler aux pensées du pays. Dans cette cérémonie, si digne de la victoire qui l'avait précédée, il n'y eut (pie des larmes el des paroles de

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