‹ Les rues de ParisChapitre 50 sur 65 · LES OUAIS · texte numérisé non relu

LES OUAIS

scmlileau dehors à iiuj^raïul scimlcit', cl des invalides on nnilornie bien, t'I relonrnant à Umjt hôtel auprès de leur vieux capitaine, ou rencontre aussi peu de monde sur les (juais d'Orsay et des Invalides «jue sur le (|uai -Morland. Ces deux extrémités de Paris sont glaeées, et la vie (|ui hattail ■-i énerj^icpuMuent aulrelois dans la Cité, le canir de la Lutèce du moyeni\ge, s'en est presqueretirée aujourd'hui jiourse porter ailleurs. Insileuee presque mortuaire règne en tout temps sur les derniers quais de la Cite. Il n'y a que les (piais Desaix, de l'ïloiloge ou des Lunettes et des Orfèvres, qui aient échap])é à lanathème, le premier, parce que deux fois par semaine il se pare de lleurs, et que le frais lilas de la griselte y louche l'oranger de la grande dame; le second, parce cpi'il mène au Palais, et que les opticiens y continuent le conuneice de leurs pères, et le troisième, parce cpiil est sur le chemin de la Prefeclurede Police, de laMorawe et de Notre-[>ame, et (pie les trois classes de la population (|ni fre- (puMitenl ceslieiix y trouvent, l'une de la grosse Iti'ptulerie et des montres d'argenl. lauli'e des ornements d'église et la dei'uière des ènudions.

M\uv Laion.

ES anciens (InouKuiciiis nous i|>.

piennent (iiie dans la])aitir nicii- (lioiialc (le Pans, sous la dominalioii romaine, plusieurs voies traversaieni Lulelia. L'une de ces voies naissait à l'endroit on la nie Galande déhoiiche dans celle Sainl- .Iac(|ues, et suivait la direction de la Montaigne -Sainte - Geneviève , puis elle traversait, dans toute sa lonj,ueur, un champ de sépultures, avoisinant un lieu appelé Mont- C('t(inJi(s ; moul (|ni, de nos jours, à (juelques alteratifuis prés, a conservé la dénominatifui antique de Mont -CoUirdiis , on eu a l'ait Mont- Cetard, et enfui Monffetard.

C'est sur celle éniiuence que lut enterré, en 450, le diiinc saint Marcel. Son tombeau, illustré par des miracles, donna naissance au bourg qui, dans la suite, porta son nom.

Ce l)ourg, en s'accroissaut, perdit le nom de Mont-Cetardiis , (pie conserva seub' la rue qui y conduit de Paris,

Dans ces dei'uiers siècles. Paris

a subi bien des Iransbu'uialions. Il

est Cacile de distinguer et de datei',

/.;;^ en (pu'bpu' siu'le . la [diysionomic

.-18 lUi: MUL FFETAUI».

([lie les (livorses époques lui ont siiccessiveuieut iuipiiiue. Depuis louylemps tléja, le Paris anlinue a complètement disparu, et chaque jour une nouvelle couche efl'ace le Paris du moyeu -âge. Et, à moins de s'aventurer aux alentours de Notre-Dame ou dans les ruelles du (|uarher Saint -Marcel, impossible aujourd'hui de retrouver ailleurs le moindre vestige de la cité des vieux âges. Là, seulement, comme il y a cinij siècles, ce sont encore des grappes de maisons répandues de tons côtés et semées en désordre; ce sont toujours des habitations s'entrecroisant sans aucune discipline sur le sol inégal et ingrat du Monl-(]elardus.

11 en est de certains quartiers comme de certaines races, on les voit se perpétuer en se traînant toujours dans la même ornière ou jouir héréditairement des mêmes avantages. Ilemonlez, en effet, jusqu'au xV siècle, et vous voyez déjà Paris se diviser en trois villes tout-à-fait distinctes : la Cité, l'Université, la Ville; la Cité occupe l'île; la Ville s'étend sur la rive droite de la Seine; l'Université couvre la rive gauche. Enlin, chacune de ces trois grandes divisions de Paris était une ville à part, et avait son aspect particulier : la Cité était la plus riche en églises; la Ville en palais, et l'Université en collèges; à l'une, l'évècpie ; à l'autre, le prévôt des marchands; à la troisième, le recteur. — Aujourd'hui, eu plein 1845, supprimez révêquc, le prévôt et le recteur, et vous avez, à peu de chose près, la mènu' division. La Ville a encore pour elle ses hôtels séculaires consacres par les deux noblesses; dans la Cité trônent toujours les gens d'église; enlin, le quartier Saint-Jacques est demeuré le séjour exclusif des écoliers. Cependant, si dans ces trois (|uartiers le dessin du tableau est resté le même, que de moditicalions a subies le coloris! tpie de nuances a fait disparaître la nuxlerne civilisation ! Seul, au milieu de cette renov;ili(ui iu<'essaule, le quartier Moulïehu'd semble préli'ilié dans sa rouille gothicjue : il re[)résente encore de nos jours, dans une foule de détails, la physioncunie du vieux temps de notre histoire; et, par je ne sais qiudh' mystérieuse puissance, ce coin de Paris combat et repousse cet envahissement invincible (jui emporte ailleurs les vieilles nueiu's, les vieux usages et les vieux logis.

l'reuez, en elVet, ce (piarlier à toutes les epocpu's, el vous lui trouverez invariablement le mènu' asj)ect : la populace au premier plan, l'hos- |iire à l'horizon. Ici, de tout temps, une invisible main a partout écrit le mot îH/.vérc. Dès l'origine, ce sont de pauvres travailleurs (pii viennent s'abriter à l'cnubre du clocher <le Saint-M.ircel «ni se giimperen prières auloiM' de sou lombeau. Puis, pni ;i |)eu vous les voyez élever de chelives masures au bord d(!s sentiers capricieux qui serpentent sui' le versaut du numt; bientôt la petite boin'gaile s'agrandit; sa population se undtiplie; elle réclanicr;i xmis peu une juridiction et des privilèges; ou elaieiil les Inities. Vdiil s Clover des uu)ua stores ; un jaunissaient des épis.

HLE MOUFFETAIU). 511)

Vont se répandre des masures ; où se déroulait un sentier, vous avez une ruelle ; l'épiderme du sol n'est plus reconnaissable; seulement, au moyenàjre, comme en 456, et comme, hélas ! de nos jours encore, c'est toujours une peuplade en guenilles (jui grouille et soull're dans cette inféconde région.

Du viii' au xir siècle, peu d'événements se passèrent dans ce (juarlier. — Les années qui s'écoulèrent entre le jour où le palatin Uoland posa la première pierre de l'église qu'il éleva en l'honneur de Saint-Marcel, et le jour où Philippe-Auguste couronna la porte Bordet, celle qui s'ouvrait précisément sur la rue Moullétard, lurent des années de crue pour le liourg, et rien de plus.

Cependant, vers le xV siècle, Saint-Marcel commençait à compter pour une bourgade assez importante; vue extérieurement, elle présentait surtout un aspect des plus attrayants: en se plaçant au milieu des prairies (|ui avoisinaienl la Tournelle, on apercevait d'abord se dessinant sur le ruisseau de la Biévre, le pont rustique du bourg Saint-Victor, puis, en laissant à gauche le moulin des Gobelins, et oubliant au loin le faubourg Saint-Jacques, juste entre ces deux points, on avait devant soi les couvents et les trois églises de la bourgade, elle regard se promenait curieusement sur l'ondulation pétritiée et pittoresque du dédale de ses ruelles.

Mais se poser à distance pour juger des choses, c'est s'exposer à se tromper souvent : il faut savoir sacrifier les illusions de la perspective pour pénétrer jusqu'à la vérité. La nature embellit tout: l'air bleu du ciel interposé entre nos regards et les objets, jette comme un voile d'azur sur les terrains les plus livides, et un rayon du soleil colore en pourpre des haillons. — 11 faut s'approcher pour connaitre; or, en s'avançant vers le bourg, on était d'abord frappé de la physionomie particulièrement barbare de ce quartier : c'était un réseau inextricable de ruelles étroites, tortueuses, sombres et puantes; ruelles toutes ouvertes sans logique, glissantes à défier un équilibriste et percées de distance en distance d'immondes culs-de-sac et de hideux carrefours. Enfin, sur ce sol ainsi coupé, on voyait s'élever des ravins de maisons à façades vermoulues, ratatinées et rabougries, des masures dont les lucarnes donnaient asile à tous les vents ; des abris, en un mot, dont pour la plupart la pluie avait pourri le bois, gauchi les planches et rongé la toiture. Ajoutons encore à ce tableau deux ou trois carcans et une ou deux poternes; groupons autour de ces lieux de supplice un populaire souffreteux, jaunâtre, déguenille et bruyant, et vous aurez, lecteur, une idée de ce que voyait, en li, 15 et 1600, le voyageur aventureux qui se hasardait dans ces parages infects.

Cependant, si ce voyageur, pour ramener son âme à de plus douces idées, allait se recueillir un instant sous la coupole bizantiue de Saint-

HUE MOUFKETAIM)

Médard, et qu'il vînl t'iisiiitc, le coiivie-rcu une l'ois sonne, parcourir de nouveau el solitairenicnl ces tristes ruelles, i)eul-ètre leur aspect ne lui paraissait-il point alors dépourvu d'une certaine grâce et nu'nie revêtu d'un mystérieux attrait.

Si donc, la nuit venue, notre voyageur eut renionle la rue Mouffetard, en se dirigeant vers les abords de la place Flaubert, bientôt, au travers des lézardes capricieuses de la porte Bordet, cette barrière de[>uis longtemps enjambée de Pliilii)pe-Augusle; I)ientôt, dis-je, il eût aperçu ia pointe des tourelles dévotes du grand couvent des Carmes et la cime des grands arbres de son jardin, l'cnubre lui aurait cacbé, en passant près des enclos des monastères, les buttes bideuses (|ui en salissaient le |>ied, et il n'aurait entrevu à leur laite que les capricieux festons des créneaux gotbiipies, se découpant en silboueltes Jioires, sur le ciel bruni. Puis, en s'avauçaul toujours, il eût inrailliblenienl entendu les cbants du Job du moyen-àge; car pendant trente ans, dit la tradition, un pauvre leclus cbanta les sept psaumes de la pénitence sur un fumier au b»ud d'une cib'rne, reconnnen-

raiil i|(iand il a\ail liiii, psalniodiaiil plus haut la nuil : Mitiiiui n>n> jinniiihifis : aussi de nus juiirs eMcnn-, l'anhipiairc \a-l-il druiauder un -^nu- \euir «le co clianls au\ eclios de la nie du l'iiils-ijiii-iKiilf.

jjilin. cl ( rci csl dan> nos privilèges d'écrivain, si nous sn|ipiisnns «pu- (■ csl pai nn lican --(iii' de l'an I 'i '(<•. i|nr nolie vnva-cni .iccnniplisse sa

lUIK MOL F F ET A Ul). ".21

ineliincoliqiio excursion, liicntôt nous le verrons arrête autour de la place Maultert, par une rumeur toujours croissante et par les feux de torches toujours plus nombreuses. L'aspect de la place, la scène qui s'y joue, ce désordre nocturne, cette foule ameutée, le coassement de ce peuple sautelant, les lueurs de ces torches rouges se croisant et jouant sur ces masses ondoyantes, puis, au milieu de ce cercle remuant, des huissiers de justice sans chaperon , nu-pieds, tenant chacun une torche ardente du poids de quatre livres, et demandant à tons pardon et miséricorde. Toute cette scène lui produira sans doute l'effet d'une mystérieuse vision; mais au l)ruit sans cesse grandissant, à la lueur des torches toujours plus ardentes, le sentiment de la réalité revenant à notre héros, alors nous le verrons accoster, au milieu de ce mutin populaire, quelcpie helle ribaude de la rue Traversine ou quelque honnête gredin de la rue d'Arras, et lui demander le mot de ce sabbat ténébreux.

Ribaude ou gredin, tille d'amour ou tireur de laine, voici en substance, ce que devra nécessairement repondre la créature de liiO :

« Nicolas Aimery, maître en théologie, s'est réfugié, on ne sait pour- » quoi, dans l'église des Augusiins; or, les huissiers que vous voyez là, » ayant pour le quart-d'henre un pavé pour semelle, se sont avisés, mal- » gré la défense des Augustins, de violer Vasile, pour se saisir de maître « Nicolas. Mal leur en a pris, car les religieux ont de grands privilèges: » ils ont menacé le prévôt, et M. le prévôt de Paris, pour adoucir les An- " gustins, a condamné les huissiers à l'amende-honorable dont vous et » moi, messire, nous régalons en ce moment. »

Cependant les torches s'éteignent, la foule se dissipe, la (jueue du cortège va bientôt disparaître derrière l'angle que forme sur la place le grand couvent, et sur cette place, agitée il y a un instant par une rauque multitude et toute emiu'asèepar de fantastiques lueurs, tout est redevenu morne et ténébreux. Seule, une vacillante lumière brille encore derrière l'ogive étroite de la tourelle orientale des Carmes. Peut-être est-ce la lampe du moine érudit qui a si héraldiquemenl développé l'origine de son ordre? Mais que ce soit ou non cet illustre savant cpii veille, l'historien carme va néanmoins diriger ici notre plume.

Selon lui, son ordre descend en ligne directe du prophète Elie. C'est en raison de cette descendance, dit-il, (pu» nous portons un manteau semblable à celui que ce prophète jeta du haut du ciel à son disciple Elysée. Ce point une fois constaté, l'auteur monacal range dans l'ordre des Carmes tous les pnqihètes successeurs d Elie. tous les chefs de secte et tous les instituteurs de culte. Selon lui, Pytliagore fut un Carme trèscélèbre, et Zoroastre un Carme très-dévot. Les Druides de la (iaule étaient aussi des Carmes, et les Vestales de Home u'étaieul autres (|ue des Caruu^lites.

r)2!> Il LIE Mon«FKTAIU».

Cependant, nons devons l'avouer, l'auteur montre quelque hésitation sur la question de savoir si le Christ a été moine de cet ordre; mois toute réflexion faite, il se décide pour l'arfirmalive, et transforme résolument en père Carme le divin Rédempteur de l'humanité.

Maintenant, nous allons soufller, pour la dissiper, sur l'ombre gothique que nous avions un instant évoquée, et ce sera d'autant plus à propos que sur la place où nous venons de l'abandonner, rien au monde, au xV siècle, n'était plus dangereux que de s'y hasarder trop tardivement dans une nuit d'hiver.

A cette époque surtout, ce coin de Paris était redoutable à tout honnête bourgeois s'avisanl de le parcourir à la belle étoile; les ofticiers du Chàtelet et les sergents de la ju'évôté ne s'y aventuraient même qu'avec de grandes précautions, car les tortueuses ruelles qui s'intiltraient sur le sol boueux de la place Maubert, ainsi que des rigoles dans une mare, recelaient une effroyable quantité de filles d'amour, de bandits émerites, de coupe-bourse et autres variétés de cette espèce. C'est aussi dans les ruelles qui se perdent dans la rue Mouffetard ou. du moins, sont perpendiculaires, parallèles ou tangentes au tracé sinueux quelle parcourt, c'est dans ces obscures ruelles, disons-nous, que gîtaient les sorciers, les magiciens, les faiseurs de maléfices et les dénoueurs d'aiguillettes, doul, au dire i\e VEstoile ; le nombre s'élevait à plus de trente mille; philosophiques professions qui se sont perpétuées jusqu'à nos jours, et qu'exploitent admirablement, au sein du quartiei- .Notre-Dame-de-Loretle, sous le nom de tireuses de cartes, les nombreus(;s magiciennes du xix"^ siècle.

Les femmes de notre époque, ainsi que celles de 1500, se iiioutrcul très-avides de ces sortes de prophéties. Les luuuuu's uu'ines ne soûl pas toujours exempts de ce faible. C'est à cause <le ci'tte crédulité constante pour les choses qui en sont peu dignes, que l'on a gratifié les Parisiens de l'épithele de hndnuih. « Le ])euple de Paris, s'écrie llahelais, est tant badaud, et tant inepte de nature (|u'ung batelein- (Ui un porteur de rogatons assemblera plus de gens (|ue ne le ferait un Ixiu prédicateur évangélique. »

Oui, ce quartier, dans une partie notable de sa population, n Ctail eu (piebpie sorte qu'un annexe à la Cour des Miracles. De ces luelles sortaient tous les malins et revenaient giti'r cbaipu' nuit, ce las de vagabonds et de mendiants, di; tilles d'anuuir et de sorcières, de voleurs et de débauchés, gucusant le jour et tuant la nuit, (pii nhsii-uaieut. iul'eslaieul et pillaient tous les recoins du ï*aris de n(»s |)eres.

A toutes les é|Mi(pu'S, et cela se cnucoit. ( es pauvres qiiartieis ont lourui de unuiliicux routiugeuts a la perturbatiou. A \\<\\\ les |iilt(Mes(|ues bandits que nous venons d'enumérer. ce (|ui restait de pbice dau^ ce coin

HUE MOL 1 Kl:: TA 111). 523

l)erdu (le T Université était occupe' par une populace if^iiiorante, misérable et presque constamment en lutte avec les l)esoins les |)lus criants. Ov, il était l'aciie de la soulever, soit en abusant de sa crédulité, soit par l'appât de quelque convoitise, en lui laissant entrevoir une trêve à ses soul- Irances.

Mais outre les scènes accidentelles de désordre, dont jamais les occasions ne se faisaient longtemps attendre, il y avait encore des causes permanentes d'agitation, et qui ramenaient, pour ainsi dire, à périodes fixes, des tumultes sans tin et des scandales sans nom.

De temps immémorial, certains quartiers se léguaient leurs liaines héréditaires. Ainsi, les habitants du faubourg Saint-Marcel étaient dans un état d'hostilité permanent avec ceux des faubourgs Saint-Jacques et de Notre-Dame-des-Champs ; ils se battaient, se mutilaient et se dévastaient à qui mieux mieux. La guerre allait même si bon train que le parlement se vit obligé, pour intimider les batailleurs, de faire planter quatre potences sur les principales arènes du combat. La rue MoulVetard vit l'une d'elles se dresser fièrement sur son pavé.

Enfin, brochant sur le tout, les pages, les laquais, les écoliers perdus, les moines défro<iués, les ouvriers en goguette, et les clercs du palais venaient là nouer et dénouer leurs éphémères liaisons et faire retentir l'air de leurs bachi({ues refrains.

Mais rassurez-vous, lecteur, la fin du monde n'est pas venue: ceci se passe à une des plus intéressantes périodes historiipies. François I" est sur le trône; les coiniaissances marchent vers leur perfectionnement; la lutte s'engage entre la raison et la sottise, entre la vérité et le mensonge ; tout va progresser , les arts comme les sciences, le bien-être connue la morale. Pierre Lescot se prépare à construire le Louvre; Jean Goujon s'avance vers les Tuileries; Amyot traduit Plutarque ; Montaigne prépare ses Essais ; Clément Marot va nous charmer par ses grâces naïves; enfin, la liberté religieuse cherche â faire prévaloir ses droits.

Cependant le passé ne se laisse pas facilement détrôner; il faudra encore nombre d'années avant ([ue la raison n'obtienne droit de bourgeoisie ; il faudra livrer bien des condjats avant que le libre examen ue se pose comme un fait. Pendant longtemps, Saint-Médard pèsera durement sur le temple des réformés, â la fois son voisin et son rival.

En efi'et, un beau jour de décembre de l'an 15G1, les habitants du quartier MoufTetard entendirent lout-â-coup retentir le bruyant carillon de toutes les cloches de Saint-Médard ; or, ce branle inusité n'avait pour cause ni une révolte dans la ville, ni une pendaison à la justice, ni une entrée de monseigneur le roi : il n'avait d'autre but que de contrarier dans leur temple les réformés qui assistaient au prêche. Eu un instant, la rue Mouflétard, encombrée de peuple, ollVit aux curieux ras|>ecld'uu

324 ULE MO U F FETA H I».

fleuve agité, dans Iei|iiel de profondes ruelles, comnu'aulanlde torrents impétueux, dégorgeaient à cha(jue minute de nouveaux Ilots de [lopnlace. Les ondes de ce peuple, sans cesse grossies de tous les curieux qui affluaient aux abords delà rue, s'avancèrent bientôt vers la façade du temple, et, en dépit de la digue (|ue lui opposaient les efforts de quehpies arcliers, elles commençaient à s'épandre en larges vagues sur les escaliers cpii exhaussaient le portail de la façade. Cependant les protestants, eflrayés de cette marée montante, et craignant ipielle n'arrivât bientôt à les engloutir, se hâtèrent de fermeretdebarricaderleurs portes, puisils menacérentles religieux, si la foule ne se retirait, si la sonnerie ne cessait, de mettre un jour le feu au clocher de Saint-Médard. A cette menace, que rendait effrayante l'énergie du désespoir, la foule se retira, la sonnerie cessa, et les protestants, glorieux de leur succès, firent une marche triomphale dans toute la longueur de la rue.

Ces démêlés religieux se prolongèrent de longues années; soixante ans après la scène que nous venons de raconter, la rue des Postes et le bâtiment des Gobelins devinrent le théâtre d'un sanglant combat. Les protestants, sous l'escorte de quehpies archers, se rendaient â leur chapelle pour y prier; tout-à-coup, une nuée d'assaillants débouche des carrefours voisins, et les cris : les huguenots à la corde! sont vociférés avec un bruit soudain et furieux.

Les archers (pii feiinaientla marche du cortège firent volte-face, v Taillez les héréti(pies ! s'écrie la cohue pour s'exciter. Prévôté! l'révôté! répondent les archers en se ralliant; et la lutte counnença; la mêlée fut aflreuse; la taille reprenait ce cjui échappait à l'estoc, et l'aripu-busade achevait ce qu'avait entamé la pi(pie. La victoire, sur to'ute la ligne, resta aux gens du roi; puis le lendemain de cette é(iuipée, le parlement, fidèle à ses traditions, se hâta de faire planter une potence pour les survivants.

(Jette potence, à ce (jue l'on croit, était adossée â des nnirs avoisinani l'enclos, où s'éleva depuis lo couvent des Hospitaliers de la Misérirorile de Jésus.

Le souvenir de ce couvent re|)ose un peu la pensée des somlires événements de l'âge (jui a précédé. On s'y i)réoccupait bien moins des idées que des personnes; la créature l'empoitait souvent sur le créateur; les passions humaines (du moins au dire de l'histoire , s'infiltraient au Iravers de la monacale enceinte <! pénétraient jus(pi'au sein des plus virginales cellules. Dans les chap<'lles où les noues allaient égrener leurs chapelets, on entendait, dit-on, de bien douces conlidences et de bien ardents soujiirs. A en croii'e certains récits, l'âme des jeunes novices se vaporisait en rêves d'amour plus (|u'elle ne s'oubliait en exaltation mxslique. Il n'est pas jusipiaii lien tenant de |»olice. M. d'Ari^enson. qui ne vint dis-

ULIE MOLFFETAUI). 325

crètemeul s'ciianioiirei" en ce lieu ; dégoûté de madame de ïenciii, il venait ici chercher un bonheur plus chaste et plus recueilli. En tout temps les autorités se sont personnellement intéressées à certaines institutions; en tout temps aussi, elles ont accordé à ces objets de leur prélerence une protection toute particulière.

Ainsi, en 1700, le couvent des nones menaçait ruine; le délabrement était complet :on devait naturellement alors s'adresser à M. d'Argenson. Les sœurs lui envoyèrent leur supplique. Le lieutenant de police vint au cloître, il toisa, mesura, examina et enfin se passionna : et peu de temps après cette visite , les Hospitalières avaient à leur couvent une muraille de plus; mais parmi elles, elles comptaient, hélas! une novice de moins.

Voila sans doute ini déplorable exemple de relâchement moral, un oubli imitardonnable de tous les sentiments religieux, mais en vérité, ce ne sera pas ce qui doit se passer de plus attristant ici. Descendez la rue de queh|ues pas, cher lecteur, transportez-vous, par la pensée, sous le règne du bien-aimé Louis XV, et vous allez assister, non plus à un roman dont l'impiété fera tous les frais, mais à des extravagances où vous verrez le fanatisme dans sa plus effrayante exagération.

Nous voici en 1750, 1 abbé Paris vient de mourir et d'être exhumé dans le petit cimetière de Saiiit-Médard. C'était un saint homme, au dire de ses contemporains (|iie le diacre Paris ; on ne lui connaissait d'autre défaut qu'une trop grande opiniâtreté religieuse. Pour se soustraire aux vanités du monde, il avait pris le parti de se confiner dans une maison du faulxuirg Saint-Marcel. Là, il se livrait sans réserve à la prière, aux prati(iues les plus rigoureuses de la pénitence et aux travaux manuels ; il regardait les pauvres comme ses frères, et faisait des bas au métier pour eux. Jusqu'ici tout est rigoureusement évangélique, et si le digne abbé s'en fût tenu là, l'histoire n'aurait pas eu à enregistrer toutes les absurdités et tout le scandale dont il fut le prétexte. iMalheureusement il n'en fut point ainsi : le diacre Paris publia quelques écrits, et dans ces écrits, ses antagonistes crurent voir des hérésies, et ses partisans la trace de l'esprit divin ; on lui pirta des sentiments qu'il n'avait pas eus, et on le constitua, quoique défunt, chef d'une secte ridicule. On prêta à son tombeau de surprenants miracles, et la foule vint y faire des prières. Bientôt les dévotes stations tournèrent à la moinerie et les momeries amenèrent rapidement à la convulsion.

Parmi les convulsionnaires, les jeunes filles dominaient par leur nombre et par leur ferveur. Leur esprit exalté imprimait à leur système nerveux de violentes secousses, et elles tombaient dans une extase voisine du délire le plus elfrayant. Ces jeunes filles sollicitaient la douleur, comme les voluptueux les plus ellVénés pourraient solliciter le plaisir ; et, si on les en croit. r\i demandant la convulsicm, elles sollicitaient le plaisir lui-même.

0*26 lUiE MOL'FFETAHL).

Le nombre des convulsionnaires devint en peu elïrayant, el leur aflluence dans le cimetière était incalculable. On s'informait des liabitudes du bienheureux Paris et on les imitait avec un soin scrupuleux. On feignait de boire et de manger comme lui. Pendant quelque temps les convulsionnaires furent de bonne foi et crurent à l'elTicacité de leurs extravagances.

Nous ne voulons pas entrer ici dans l'histoire circonstanciée des dilTérentes sectes de convulsionnaires; car ces sectes admettaient dans leurs opinions des différences puériles et indignes de nous occuper. Cependant, pour donner un exemple des extrêmes dans les(juels peut toniber l'esprit humain, nous allons retracer (|uelques-unes des pratiques de ces illuminés.

Les secouristes, entre autres, frappaient à grand coups de poing les jeunes filles, et ces pauvres patientes, par les plus vives demandes, excitaient leurs bourreaux à les frapper j)lus cruellement encore. (a*s éiiergumenes nnmtaient sur leurs corps étendus, et foulaient aux pieds leurs seins et trépignaient sur elles jusqu'à lassitude.

A ces malheureuses en délire, de pareils traitements parurent cnconî trop doux : insatiables de souffrances, elles se faisaient frapper avec des bûches, et pendant (|u'elles étaient aussi cruellement meurtries, elles s'écriaient : Ah! que cela est bon! ait! que cela me fait de bien ! mon frère, je vous en supplie, redoublez, si vous le jtouvez. Enfin, leur délire ne connut plus de bornes, elles avalèrent des charbons ardents et elles se frappèrent à grands coups de marteau!!!

(^epeinlant, en 1752, le roi apprenant cet esprit de fanatisme, crut pouvoir les arrêter en faisant garder le cinjeliere de Saint-Medard, mais dans toutes les sectes, la persécution engendre les prosélytes. — C'est l'histoire de tous les t<'mps. l^es convulsifuinaires n'avaient (|u'une réunion, ils en formèrent vingt. Les remontrances, les arrêts, les chàtinu-nts et les incarcérations, nefirentqu'enllammerla fureur des sectaires. Us publiaient des caricatures on le Pape, rarchevêcjue et les jésuites étaient tournés en ridicule; ils publiaient menu.' une feuille périodiijue portant pour litre : Nouvelles Ecclésiastiques. Mais, connue dans les choses les plus alfreuses, les Français savent toujours trouver le côté ridicule, un poét(! >sans doute convulsicmnairei, inscrivit .sui' la porte de Saint-Meilard le distii|ue suivant :

De par le Roi. (lôfcusc ;i Dirii .

De lairc iniraiie en co lien.

La supri'stiliiin lui si gciieialr, ipi un nniseillci' au I'.iiIi'UH'mI osa présenter a Louis X\ un retun-il de tous les miracles cl prodiges des convulsionnaires. Ces extravagances ont ete eu France les deiniers sou|)irs d'une secle, qui, n'elanl plus soulennc par les disciples de Poil-llo\al. i>sl hinibrr dans le plus i uniplrl abanduti

IllJK MOUFKETAIU). .V27

Chose étonnante, soixante ans après, des lienx mêmes ou s'étaient passées ces scènes affligeantes de fanatisme religieux, partaient des bandes déchaînées qui allaient, vociférant, contre les ministres de cette même religion. Oui, le lendemain <lu jour où les Marseillais, mus secrètement par la faction lilierticide vinrent annoncer à la barre que le jour de la colère du peuple était arrivé, ce lendemain, des hommes armés de bâtons, de sabres, de piques et de poignards, descendaient en tiuiiulte la rue Mouffetard, pour aller demander au roi, qu'ils forcèrent à se couvrir du bonnet rouge, le rappel des ministres et surtout la sanction du décret contre les prêtres.

Puis, peu de temps après, le 2 septembre, à la nouvelle de l'entrée des Prussiens dans Longwy, les bandes qui avaient déjà inondé le Carrousel, remontèrent encore la rue et furent massacrer les pauvres détenus des prisons. Le carnage dura cinq jours. La princesse de Lamballe eut la tète tranchée et son cadavre, livré à cette populace, fut flétri, mutilé et déshonoré par elle.

Etrange bizarrerie, le quartier Mouffetard, le point le jtlus ignorant et le plus misérable de Paris, se trouve justement enserré entre la science et l'industrie, ces deux sources de toute richesse et de toute lumière. Au nord la manufacture des Gohelins, au midi l'école Polytechnique; la bibliothèque Sainte-Geneviève et le collège Henri IV, déterminent, pour ainsi dire, la frontière de ce quartier. Les écoles et la manufacture, ces glorieux foyers de la prospérité nationale, répandent à la fois, sur tonte la France, les lumières qui la guident et les rayons qui la fertilisent. Mais de ces rayons, pas un seul ne colore les ruelles de Moufl'etard. Le peuple qui habile là, naît, végète et meurt dans sa livrée de misère. Ce peuple est vêtu grossièrement, et cependant il use sa vie à tisser les plus merveilleux tissus. — Allez aux Gohelins , et vous le voyez imiter, avec la plus grande vérité, les plus difficiles chefs-d'œuvre de la peinture. Par des procédés ingénieux, vous le verrez reproduire, avec un art admirahle, non-seulement toute l'illusion de la perspective et toute la correction du dessin, mais encore des Ions si fins, si brillants et si chaleureux, qu'ils rappellent par fois au connaisseur les tableaux les plus éclatants des maîtres de Venise.

Puis, entre les écoles et les Gohelins, entre le luxe et la science, vous avez alors les véritables monuments du peuple : la prison et lliôpital. D'un côté, c'est l'hospice de la Pilié, d'abord créé pour les indigents que faisaient les guerres civiles du temps de la régence de Marie de Médicis; de l'autre , c'est la Bourhe, où vont accoucher les pauvres malheureuses (|ue la prostitution ou le besoin force à y chercher un abri. — Enfin, comme pour engager cette population à la pratirpie des vr-rtus sociales, voyez se dresser, au fond de cette l'troite ruelle, les portes meuacajites et

HUE MOUIKETAHI».

les nnirs épais de Sainto-Pélagio : c'esl là, en d'autres temps, ipie Joséphine et la princesse deLamltalle éprouvèrent leur désespoir et versèrent leurs larmes; c'est dans ces sombres couloirs (pie la Restauration jetta l'illustre Béranger et rélo(jnenl Manuel; c'est là (pie le pouvoir de juillet relégua Carrel; c'est là eiitiii, de nos jours, (pie le snhlinie Lamennais a promené ses poétiques rêveries.

Entre le bourg obscur ou naît l'enfant de ces (|uartiers,et le triste InV pital, où la plupart du temps il meurt, entre ces deux points extrêmes de sa vie, la majorité du peuple de ces ruelles a pour domaine le pavé de Paris, et sous le nom de chiffonniers, s'administre le monopole exclusif de tontes les bornes, de tous les égonts et de tous les recoins où les saletés se rejettent.

Le chiffonnier est le [)liilosophe prali(pie des rues de Paris. Dans son abdication absolue de tonte vanité sociale, dans ses flâneries incessantes et nocturnes, dans cette profession (pii s'accomplit a la belle étoile, il y a je ne sais quel mélange d'indépendance fantasque et d'humilité insonciante, je ne sais (pioi d'intermédiaire entre la dignité de riiomme libre

et rabaissement de l'homme abject; il y a dans ces ((uitr istes, ruiin, (piel- (pie chose (pii intéresse, captive et fait penser; rien de plus paili( iilieremeiit exceptionnel ipic (("tic profession. Au i^n- de son caprice, le cliil- Iniiiiier \a de nie en nielle et de place en cari'eluiir. Inilillaili. rnrei^iiil.

H LE MOI F F ETA KD. 3*2t)

reniuaiil, a laide du fer de son crodiel et à la clarté de sa lanterne, ce tas de vieilleries, ces débris de salle à manger, ces derniers lambeaux de vêtements caducs, que la consommation parisienne sème tous les jours sur le pavé de la ville. La position du chiffonnier, dans les démarcations sociales, lient essentiellement une place unique : c'est un sul geiieris à nul autre pareil; il touche le bout de tous les extrêmes; il est éternellement suspendu entre le haut et le bas , entre les étoiles et le pavé, entre l'égont et la rêverie.

L'industrie nocturne des chilfonniers, développe par fois chez eux, à un assez haut degré, leurs facultés naturelles. La solitude des nuits est propice à son commerce comme à ses méditations. Qui. par exemple, ne connaît de réputation au moins le philosophe Liard, ce chiffonnier à la fois érudit, artiste, phrénologue et orateur. — Ce philosophe antique à qui Déranger a donné ses œuvres, et que Traviés, le spirituel et profond dessinateur, a si pittoresquement crayonné.

Liard, à part toutefois sa supériorité, manifeste, personnifie en toul point les divers aspects de la corporation; c'est le vigoureux croquis du tableau; mais le croquis un peu poétisé ; Liard boit peu, il méprise le vin et ne goûte qu'à l'eau-de-vie ; Liard discute beaucoup, mais il ne se dispute jamais. 11 est fier, et il se soumet aux travaux les plus humbles; il a un très-haut sentiment de sa dignité, et il est couvert de haillons. Liard est orateur, avons-nous dit, et nous insistons sur cette qualité, car elle est distinctive en lui : il a pour tribune la rue, pour auditeurs les premiers passants, pour sujet favori la probité. Quelquefois il se rend à la chambre des députés { les chiflonniers ont ainsi nommé leur point de réunion à la barrière Poissonnière), et là, il participe aux discussions interminables qui y ont lieu. Ces estimables industriels ontrigoureusemeni imité nos honorables: — la borne s'appelle le fauteuil; les hottes se nomment les cabriolets; entin pour compléter la ressemblance, la majorité <le l'assemblée ne comprend rien à ce que débitent les orateurs ordinaires et s'en tient à les applaudir vivement.

Nous avons décrit l'aspect des ruelles et de la rue Mouft'etard, au moyen-âge ; maintenant, pour tracer le tableau que ce quartier présente de nos jours, il nous suffira de peu de changements; quelques touches suffiront pour amener notre peinture à son effet actuel.

Aujourd'hui encore, comme au W siècle, après avoir traversé la rue Descartes, on débouche brusquement sur le versant de la montée, sur laquelle s'échelonne la rue. Au premier coup d'œil, on l'aperçoit se déroulant comme un grand entonnoir dans sa partie la plus présentable. Cette grande voie, croisée avec une infinité d'autres moins importantes, telles que les ruelles de Saint-Médard, du Censier, d'Arras et de l'Oursine, etc., formenl le réseau tortueux el presque ignoré de ce coin de Paris.

050 RUE MOUFFETAHl).

Le speclalcMir qui examine eu artiste cette rue, s'aperçoit dès labord de la variété pittoresque des constructions qu'elle présente : c'est un papillotement de maisons, grandes, petites, vieilles, neuves, construites d'hier ou bâties il y a trois siècles, blanchies à la chaux ou peintes en ocre, bistrées par le temps ou enluminées à leur base. Le regard se perd dans cette diversité, dans cette profusion de détails, et ce n'est qu'après qnel- ({ues instants d'examen que l'on arrive à pouvoir embrasser l'ensemble. Là, comme dans la Chaussée-d'Antin, tout ne se nivelle pas sons un modèle à peu près uniforme; là, chaque maison a sa date, son cachet, son pittoresque, depuis le bouge à façade vermoulue et à porte écrasée, on pullulent des chiffonniers, jusqu'au bâtiment coquet et commode on se prélassent de petits bourgeois.

Et si vous pénétrez dans l'une des ruelles qui se dégorgent dans ce grand réservoir, dans celle de Saint-Médard, par exemple, vous apercevez, dès votre entrée, un tas de masures déchiquetées et puantes, des masures à contrevents pourris et à vitres de papier graisseux, des croisées d'où sortent de longues perches de bois surplombant sur la rue, et des- (juelles pendent en loques de vieilles guenilles et de sales haillons. Dans les lézardes des murs sont fichés des crampons qui supportent des grappes de vieilles bottes et des couronnes de vieux chapeaux ; puis, brochant sur le tout, des hottes indicatrices se pavanent à leur aise au-devant des portes, ou jonchent en désordre le sol. Eutîn, si votre regard vent pénétrer dans l'intérieur de ces habitations, alors, au travers des mille débris et des clincpiantes ferrailles qui en tapissent l'entrée, vous pourrez découvrir, se mouvant entre des amas de dégoûtantes vieilleries, un ou plusieurs de ces industriels nocturnes connus sous le nom de chil^'oiitiiers.

En continuant de descendre la rue, après avoir dépassé l'église Saint- .Medard, vous avez un aspect plus étrange, peut-être : ici les maisons se rapprochent ou s'éloignent capricieusement, tantôt verdàtres et chétives comme des huttes, tantôt hautes et élégantes comme dans les beaux ([uartiers. En certains eudroits, on dirait d'un ravin de pierre perce de lucarnes, tant le pavé est inégal et tant les gouttières surplombent sur le |iave. Le tout amalgamé et llau(|ué par des restes de vieilles constructions, par des enclos à bois, par des débris de murailles ou par des terrains encore à bàlir.

Telle esl, dans sou ensemble, limpressicHi que produit (clte vieille

rue de .MoulVclanI fpii . d'uncôlé, dcl che aux ab(U-ds du Panthéon,

cl (II' laulrr. st' perd dans les terrains (pic liniilc la liarricrc (]*' LoiihMOchlcan.

Page 1