‹ Les rues de ParisChapitre 51 sur 65 · I.(H is |{i,ii(.i;ti · texte numérisé non relu

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C'esloil bien l.i plus firôlcrio qu'en rue à l'aiis i avoit.

Li: !»ioiNE DE Saint-Jean

: \Ris a (les nies dont la physionomie ♦^t le nom évoquent tout d'abord les plus grands souvenirs, et parmi telles-là se trouve au premier raiif la rue Saint-Honoré; c'est qu'elle <st, en effet, historique comme le lecit d'une longue épopée; c'esr que, dans ses sinueuses profoiideurs, elle a vu souvent se dérouler de sanglants drames, et la lutte acharnée du peuple contre la puissance militaire des rois !

La rue Saint-Honoré a un vieux dioit de bourgeoisie qui remonte Il lut dans l'histoire de Paris. Peut- 1 1 tj-e est-ce à sa position centrale ou a son immense étendue quelle doit sa prépondérence; nous sommes disposés à le croire. Après l'évasion de la vieille cité hors de son île ctroite et fangeuse; après qu'elle eut envahi une large part de terrain sur les rives de son fleuve, les seigneurs songèrent qu'un air saliibre, des cours, quelques jardins com- P modes, étaient une plus douce chose que leurs maisons désolées, tristes etmalsaines de la (jté ; alors les i)lus riches v liiciit hàlir des

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hôtels iiiai;iiifi(|nps, et vinrent y demenrer. Les marchands , principalement les drapiers, les fourrenrs, les brodenrs * et ceux qui vendaient de riches étoffes ou d'autres objets de luxe, suivirent l'exemple des seigneurs qui les enrichissaient ; derrière les hôtels et les palais des nobles, surgit cette longue rueSaint-Honoré, semblable à ces grands fleuves qui traversent tout un empire, en lui apportant la richesse et la fertilité.

Sauvai, Malingre et quebjues autres vieux historiens de Paris, disent qu'ils ignorent sou nom originaire. Comme elle avait été bâtie par petites portions à la fois, et que chacune de ces portions avait un nom différent, il est probable que c'est dans ces parts de constructions qu'il faut chercher ses titres primitifs.

Ainsi, de 1 190 à 121 1 , sous le régne de Philippe-Auguste, quand ce roi fit élever une nouvelle enceinte autour de Paris, la rue Saint-Honoré, qui s'arrêtait à une porte située à peu prés vers l'emplacement de l'Oratoire des protestants, avait déjà deux noms : celui de la Féronnerie, qui [)artaitdu cimetière des Innocents et venait s'arrêter à la rue Tirechappe; celui de Chasteau-Festu jusqu'au-delà du mur d'enceinte (**).

Elle alla toujours en s'accroissant sous les règnes des fils de Philippele-Bel et ceux de Charles V et Charles VI, quand Hugues Aubriot, prévôt de Paris, fit bâtir les grandes murailles qui partaient de la Bastille et venaient aboutir à la porte Saint-Honoré.

Rien, alors, n'était plus curieux que celte rue avec ses hautes maisons à pignons historiés, aux façades couvertes de figurines saillant entre des colonnettes frêles, ou parant, comme les madones italiennes, de gracieuses niches exécutées d'après les plus charmants caprices, et dont les porches formaient comme une s()mbre et longue galerie toute tapissée de ratines bleues du Dauphiné, de draps de Flandre et d'étoffes de Samis étincelantes d'argent, qu'on apportait d'Italie. Il faisait beau voir ces courtauds de bouticpu' se qiu'reller entre eux , parce ({u'un riche gentilhomme avait passé outre, dédaignant leurs jalousies mercantiles, et s'était arrêté aux châssis garnis de minces plaques de corne de quelque jolie l)rodeuse d'aumôniéres, ou chez les belles filles en deçà du charnier, à l'enseigne de la Couronne, petites fées qui ouvrageaient en or les voiles merveilleux des dames de la cour.

(') Eslienne Bojlfi.iii, le livre des .Mcslicrs.

(") Diilaiire doit s'être Ironipé en écriv.iiit dans son Hisldiir île l'ari:! quo l:i rue de l.i

Ferronnerie s'élait aiilrerois appelée rue de la Miinrluriv. piiixjiif (Jiiilioi-ie-I'oélr, (|iii vivail

en 1286, écrit en sesdicls:

Alai en la Fcronnerie :

Taidusl trouvai la Muncherir.

Et puis la (;ordouannerie,

Près demeure Henry BourKale,

La rue Keaudonin frengaie,

yiii de iKiire n'est pas lanier.

SAI.\ r-HONOKE. 535

Le drapier pacitique écoutait toutes ces balivernes du Tond de son comptoir avec un flegme tout bourgeois; il se consolait bravement, au fond de sonànie pleine de morgue et d'insolence, du mépris des nobles: il songeait aux moyens de défense et de sûreté que leur avait accordés Marcel, le prévôt de Paris, en faisant fixer aux angles des rues d'énormes chaînes de fer qu'on tendait la nuit pour arrêter les déprédations des seigneurs, des universitaires et des malfaiteurs. Quelquefois aussi, pendant ces muettes vengeances du lourd personnage, un joli bras de femme, blanc et potelé, agitait un mouchoir à quelque étroite fenêtre, percée au-dessus du porche, et l'on voyait disparaître aussitôt du milieu de la rue quelque écolier ou quelque jeune seigneur qui allaient par les ruelles détournées ajouter aux griefs des gros drapiers.

Il y eut ainsi dix siècles d'injures et d'outrages pour eux; et après ces dix siècles, ils eurent à leur tour une terrible année de vengeance qui lava tout!

Le sang couvrit la honte, et les plébéiens bâtards se légitimèrent en eff'acant les noms et les écussons armoriés de leurs persécuteurs, aux cris frénétiques (Y égalité et de liberté!,...

Le matin, une heure après l'ouverture des boutiques, on entendait la voix glapissante du barbier-étuviste, près de cette fontaine de l'Arbre- Sec, à la croix du Traboir * où un cheval indompté s'arrêta, dit un vieil liistorien des temps [lassés, P. Malingre, je crois, après avoir brisé et

foulé aux pieds la malheureuse reine Brunehaut A cet endroit, si plein

de souvenirs, on entendait ces cris:

beignor, quur vous allé/, baingiiier

El csluNer sans délayer.

I,i liains seul chaut, c'esl .sanz iiieulir (**).

En ce moment, on voyait plus d'un libertin couvert d'une cape ou d'une mante sombre se glisser rapidement danslaruedesEtuves, tourner la tête avec anxiété et se précipiter dans le célèbre établissement de bains

(•) Guillol dit:

Mes par la crois de Tirouer Ving en la rue de Necle, X'avoie ne lambour, ne viele.

On ne sait Irop de quel nom la qualifier. Le vieux Sauvai s'abandonne, à son sujet, à une dissertation savante. Ce qu'on sait seulement, c'est que là, de temps immémorial, était un gibet.

La rue de Nesle était celle qu'on nomme aujourd'hui la rue d'Orléans-Saint-Honoré. Les seigneurs de Nesle, qui y avaient leur hôtel, le vendirent à Jean de Luxembourg, roi de Bohème, qui lui donna son nom. Enfin, cet hôtel fut acheté de nouveau par Louis de France, duc d'Orléans, fils de Charles V. Sur ses ruines on a bâti la halle au blé.

■■) Lei rrieriesdi' Paris, par Guillaume delà Villeneuve— Fabliaux recueillis par Barbazan

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