SAINT -HONORE
relises de l'autre cùle de l'eau, venaient sous les porches acheter des
ii-i'îj'
fleurs à rintention de leurs belles; c'était là (iii'ou veudait aussi des liahits de gentilshommes point trop râpés :
Cote et la chape par covent (.'.lercs y sont engané souvent {*).
Mais malheur ans pauvres hazochiens qui s'avisaient de venir étaler leurs guenilles noires ; les cruels apprentis fripiers s'approchaient d'eux avec une humilité apparente, en leur disant :
Cote etsurcot rafeteroie (je raccommode).
El comme ces clers avaient toujours plus de trous aux genoux et aux coudes que de blancs iVamjcIols ou de sous parisis dans leurs surcots, ils s'esquivaient tout honteux pour échapper aux quolihets de messieurs les chevaliers de l'aune et de l'aiguille.
Si l'on avançait davantage dans la rue , il semblait ((ue les mœurs devenaient plus douces; la physionomie changeait de caractère; le tumulte s'y Taisait à peine sentir: on arrivait à la Crn'uv du Tirouër,
F.il'liaux lie KarUamu
556 RUE ET FAliBOliKT.
puis à la Chaussée-Saint-Honoré, elen^m à \a rue Sahit'Hunovc, i[m parlail du lieu qu'où nomme aujourd'hui la barrière des Sergents, et (|ni s'arrêtait à la porte Saint-Honoré, bâtie par Charles V, vers la rue du l»empart ; dans le faubourg, elle prenait le nom dénie Neuve-Saiut-Louis hors la Porte-Snint-Honoré , à cause de l'hôpital des Quinze-Vingts, fondé par saint Louis vers 1260 (*;; elle se terminait ])ar le nom de Chitusséc Saint- Louis dans les champs.
Là, comme je l'ai dit plus haut, c'étaient d'autres mo'urs : les vieux commerciers, assez riches et fatigués des affaires, s'y livraient à une vie toute de béatitude et de joies terrestres; ils passaient la moitié de leurs jours à l'église Saint-Honoré, et l'autre moitié à table, avec les chanoines du chapitre [**}.
Il V a des rapprochements extraordinaires dans la vie, pour certains hommes comme pour certaines choses. La rue Saint-Honore qui, la première a été l'arène où le peuple combattit naguère contre ses rois, fut aussi, ou à peu près, le lieu de la première lutte entre les fanatiques assassins aux gages de (^harles IX et de Catherine de .Médicis. et les infortunés protestants, dans la nuit sanglante de la Saint - Barthélémy.
Au coin de la rue de la Ferronnerie, une vieille maison, bien iu)ire et bien sale, étale sur sa façade une inscription en marbre et deux bustes «le [)ierre. — L'un d'eux, c'est le portrait de llenri-le-Crand, un de ces rois privilégiés, connne ïilus ou Adrien, (pii traversent les sièchîs avec l'amour des peuples. — C'est là (piil fut assassiné par Mavaillac, le 14 mai 1610.
La rue Saint-Honoré a d'autres titres encore qui n'ont pas peu contribué à la rendre célèbre. En 16^20, dans une pauvre maison à l'encoignure de la rue de la Toiniellerie, par une nuit d'orage, un tapissier était au chevet du lit de sa femme etfrayée par la foudre , et en proie aux premières douleurs de l'enfantement : un tils vint terminer 1rs
(■) Sauvai, Antiquilt's (le Paris.
(") L'église Saliil-Honoré fui foiulée vers l'an IliOi; Reiiold Clierciiis, liomnic iioltic , iluiiiia neuf arpents rie lerre qu'il avait près «Je Ciichy, pour l'eutrelien d«^ la chapelle (|u'il voulait faire bâiir. Il eu donna sa fol entre les mains de révé(|ue Kiides, conjointement avec sa Temme Sébile, Jean, son frère, et Gile, femme île Jean. Jean l'aulmier, chevalier, et Jidieime, sa femme, de rjui Kenold (Ihereins tenait six de ces neuf arpents de terre, à la charge de si\ sous dicens confirmèrent la dolalioii.
Cinq ans après, l'éfilise Saint-Honoré se trouva bàlie, et les donataires déclaierent à Pieirr-, évëque de Paris, que leur intention était d'y établir un chapitre de chanoines, <'e qui fut fait au lioul de sept ans. (Kélibien, .intiqiiilr» dt' Paris.)
(k'tle église, dans laquelle était le tombeau du fann-ux caiilinal Dubois, sculpte en marbre pai «'.oiislou jeune, fiitilénnilie en 1795. On a construit sur ses ruines la rue .Moiilesqiiien et plusieurs pa'-sil^CS. (Dillauie, llisloin lir Paris
SAINT-llO.NOlîi:. ÔÔ7
soutïrances de la pauvre mcic , cf cet enlant éloiina le monde parles eréations de son uénie.
Cet homme, le plus célèbre de tons les poêles roniiijues, ce lils d'nn tapissier, c'était 31oliére !
Le carrefour de i'Arbre-Sec vit aussi le menrlrc du vieux baron de Luz, par un des princes lorrains, le chevalier de Guise, parce que le malheureux vieillard avait eu connaissance du complot tramé par les princes contre Marie de Médicis, alors qu'elle était régente de France. — Son fils voulut le venger; il périt aussi par l'épée du duc de Guise (*).
Enfin, durant le cours de ce grand siècle, on vit s'élever, sur les ruines des hôtels de Iland)0uillet et de Mercœur, le célèbre Palais-Cardinal, qui inspira ces deux vers bonrsoufflés à un homme illustre :
Non. dans tout l'univers il n'y a rien d'égal, Aux superbes splendeurs du Palais-Cardinal.
Uichelieu. jaloux d'étaler une magnitieence toute royale. Ht appeler Mercier, le plus habile architecte de l'époque; il travailla avec lui aux |)lans du Palais, et son orgueil et sa présomption lui firent ordonner aux sculpteurs d'orner les parois des arcades de proues de navires, en commémoration de la prise de La Hoclielle.
■) iMciiloirr? liii iiiaréi'li.il do n.ii-siiiiiiiiiTn'. — Pli('li|i|ic;iii\ ilf l'uiiU-liiirlriiiii.
Ô58 15 LK \i\ l'AlHoriK.
Le ("ii'diiial soiiy«Mit fiuorc à remlK'llir; il voiihiit y placer son b(»i puèli' Desniarcsl, loi'S(|iie la mort l'enleva. Ce fut Anne d'Antriclie (jni se chargea de l'acliever en partie; il n'a été réellement terminé qne par Loris-PuiLiPPE, qni en a fait nn des plnslteanx palais dn monde.
Nous avons décrit avec le pins de soin possible les mœnrs el les événements reinan|nal»les de la rne Saint-Honoré dans les ài^es recnles.
La tâche que nous allons remplir, est jilns facile, siniui plus intéressante. Qnoiqne celte immense rue soit encore célèbre par son commerce, elle a beaucoup perdu de son caractère jirimitif; on n'y trouve plus ces corporations inamovibles , posées là comme les obélisques chez les Égyptiens; on n'y retrouve maintenant que le gros bourgeois, le Ixuiliquier, hélas! et ce type semble éternel, comme ces mêmes obeliscpu's dont nous venons de parler.
Aujourd'hui, le bourgeois de la rue Saint-IIouoré ic'est-à-dire depuis les halles jus(|u'au passage Delorme;, ressemble assez au.\ autres biuirgeois de Paris. La révolution de 1795, en traînant à sa suite le mélange des castes et en abolissant les privilèges, a déraciné les us et coutumes du vieux sol.
La rue Saint-Honoré peut cependant revendicpier l'avantage d'av»tir conservé des mœurs qui lui sont particulières: l'observateur, en la c(Uïsidérant sous toutes ses faces, découvre encore des physionomies d'autrefois, de ces bonnes et curieuses physionomies de marchands que le xv^ siècle n'aurait pas reniées. Ainsi, à partir de la rue de la Ferronnerie jusqu'à la fontaine de l'Arbre-Sec, ce sont encore des drapiers et des marchands d'étoffes qu'on appelle, en style vulgaire, la grosse cavalerie (lu rowtnerce Les frontons de leurs magasins étalent avec orgueil desinscrii)lions de marbre en lettres d'or, faites au milieu du xviT siècle. Le nom se lègue avec la continuation du négoce : c'est leur nvme parlante, leur écusson; seulement, je suis surpris de n'y point tnuiver le navire d'argent à la bannière de France llottant, un o'il en chef sur champ d'azur (*), pour rappeler b- fameux lidllid , aime parlanic des Mcdicis.
L'on y trouve encore celte maison Le (Iras, don! la vieille façade n'a été ni blanchie, ni recrépie depuis deux siècles; puis la maison Hatier; puis la maison Harbaroux; tous les gros cavaliers du counneire enlin, braves g(:ns <pii huit de l'aristocratie dans noire é|)0(pie, à leur boni de rue, comme eu font à l'autre bout les Duras, les Talleyrand et les >lonl- UKU'encv. Seulement celle dei'iiière u(d)lesse es! un peu |)lns hderaltle el bien ailliemeul spiiiluelle.
(') C'élaiciil iiiiciciiiioiiieiil l''!< ;iniioiiii-s îles ilr.ipiiT-dr l.i villi' ilf l'.iiiv
SA I N I -IIO.NOI'.I-: .">:)!»
\(ti<i le iiiaicliiiiid (le vin du ( (liii do la nie dos l'iouvaiies, où se trama celle fameuse conspiiation (|iii diivait amener Heni'i V ou la \tluiMifjue : j'ai oiildié lequel des deu.v; pndntblemeiit, ma belle lectrice, vous en aurez lait de même.
A la hauteur de la iiie de Grenelle, une porte grillée, à voûte, à plein cintre, laisse passera chatpie instant une foule considérable : c'est un monde cosmopolite, dans leciuelon rencontre les plus curieuses physionomies; là accourent les pèlerins de l'Orient et de l'Occident: — ce soni les messageries de MM. LafHtte et Gaillard.
En l'ace, on remi»r<|ue l'Oratoire. Gette église, bâtie sous le règne df Louis XllI, de 1622 à 1G50, a queUiues parties qui annoncent un beau style d'architecture; le portail, si peu en hai-monie avec le reste de l'édifice, ne lut élevé t|ue sous Louis XV. Là se trouvait autrelois l(> magnili(|ue hôtel d'Estrées, habité quehpu* temps [lar Gabrielh;, duchesse de Heaulort et maîtresse de Henri IV.
De l'Oratoire des protestants jusqu'à Saint-Roch, la rue Saint-IIonoré est plus bariolée, plus changeante et plus luxueuse. L'aristocratie commerciale s'y fait sentir : ce sont, pour la plupart, des marchands de fourrures précieuses , de riches orfèvres , des horlogers et des magasins de nouveautés.
Ouand on a franchi la rue du Go*!, ft^tte i"h<^ tl i>ù 1 "n aperçoit une des grilles du Louvre; le Louvre où la jeunesse et le peuple de Paris soutinrent une lutte si opiniâtre et si héroïque dans des jours de péril, on arrive à trois ou quatre petites rues parallèles, tontes fangeuses, horribles ! des rues qui doivent être sœurs, tant elles ont de ressemblance par leur aspect et leur population.
Les rues de la Bibliolhé(|ue, du Ghantre, IMerre-Lescot, Eroidmentel ou Fromenteau, servent de refuge à la classe des malfaiteurs de Paris. Le soir, on aperçoit de distance en tlislance , à la façade de maisons souvent suspectes, une lanterne carrée, d'une transparence sale, (pii laisse lire ces mots : Irl on lofje à la nuit', une nuée de bacchantes du dernier ordre ne cessenl de faire entendre des {ti'oiios, des provocations et des chants obscènes.
La rue Saint-Thomas-du-Louvre n est [las loin : elle nous rappelle l'existence de l'hôtel de Hamiiouillet, dont on a déjà parlé dans ce livre, en termes tout-à-fait charmants; ce fut l'hôtel de liamhouillet qui mit a la mode le café, comme un remède infaillible contre la tristesse. Un jour, une jjrécieuse apprit que son mari venait d'être tué en duel : « Ah ! malheureuse (|ue jesuis! s'ecria-t-elle; vite, que l'on m'apporte du café!...» — Et la belle dame fui tout de suite consolée.
Sur la i)lace du Palais-Royal, tout près du café de la Régence, si vieux do répiilalion, cl (piia toujours ])our habitués de biaves joueurs d'échecs
340 IlLK ET KALBOUIU;
(|ui restent une (lemi-lieiire sur iiii pion s;iiis mot diii'. — In l'stiiniine
à.inA „ cf/f/t/fa
se cache au fond d'une l()n<;u(' cour : c'était là (juo se voyait le d'icluc hôtel d'Angleterre, ce réceptacle de joueurs, de curieux, de dejiauchcs et de filous; c'était comme une succursale duN° 113. Le joueur à moitié iMiiné venait y finir sa nuit; (juehpu'fois aussi, il allait l'achever sous les eaux de la Seine ou dans un corps-de-fiarde... en attendant les assises ou le bagne de Toulon.
Immédiatement ajjrès, les angles de plusieurs maisons crihiées de halles, dans les rues de Valois et de Ilolian, rappellent une courageusiattaque: Le 29 juillet 1830, le peuple eu fit le siège, car la garde royale s'y était introduite après en avoir chasse les hahitants. Le peuple rendit outrage pour outrage; il l'ut plus loin, peul-ètre, car de mallieiireux s(ddats, aveugles instruments d'une ohéissame militiiire, lurent jetés sans pitié du premier étage sur le sol : c'était alVreiix !
La rue Saint-Mcaisenous parle de cette l'ameuse iiificltiiir iiifcnKilc destinée à faire sauterie premier c(»usul Houaparle; celle histoire est tellem'înt connue, que nous nous hornons a la mentionner. Nous arrivons à la rue de l'EclKdle, où, durant le moyeu-âge, les évétpws de Paiis. avaient une é<;/je//<? pal ilui lai le. .;ij.;ue de haute justice. De nos jours, la seule chose dipUP de remarque qui y existe, c'est la rnntaiih' ihi lUnhlr.
SAI.M-IIU.NOIU:. .Vil
a l'encoignure de la petite rue Saint-Louis. A <|nel(|ues pas de la rue de l'Echelle, on trouve h; passage Delorme, le second (|ui ait été bâti à Paris, et <pii a pris le nom du propriétaires (|ui le lit construire. Cette galerie était la communication la plus agréable et la plus IrécpuMilée qu'il y eùl de la rue Saint-IIonoré à la rue de Uivoli, avant le i)ercement des rues des Pyramides, d'Alger, et du Vingt-Neuf Jnilbit.
La rue Saint-IIonoré semble de nouveau cbanger de face : la belle rue des Pyramides, percée sur l'emplacement destiné aux écuries de Napoléon, laisse apercevoir le palais des Tuileries et le jardin réservé à la famille royale. Plus loin, c'est l'église Saint-Iloch avec son portail si mesquin et si prétentieux; il est encore couvert des stigmates que lui imprima l'ambitieuse énergie de Bonaparte. Ce fut là qu'il lit mitrailler, en vendémiaire, le peuple de Paris révolté contre le Directoire.
Nous arrivons à ce lieu d'où partirent tant d'arrêts sanglants au.\ jours de la puissance de Robespierre. Dans l'église des Jacobins se tenait le trop célèbre club des furieux, qui ne fut fermé que le 8 tliermidor, la veille de la mort de Uobespierre, par Legendre de Paris, membre de la Convention. C'est sur l'ancien emplacement du couvent des Jacobins, (ju'on a ouvert la rue et le marché (|ni portent aujourd'hui son nom.
En face, se trouve l'ancienne rue du Duc de Bordeaux, appelée aujourd'hui rue du Vingt-Neuf Juillet. Qu'il y a de petitesses dans ces substitutions de noms quand les dynasties changent, quand les rois s'en vont! Pourquoi ne pas lui laisser son premier titre, et restituer celui de Napoléon à la rue de la Paix'!' Sans'doute, les courtisans qui prennent de pareilles mesures pensent effacer la gloire et les souvenirs, en faisant gratter quatre pans de muraille"? — Pauvres gens!... Ainsi , la Chambre des députés a eu la faiblesse de laisser briser les trois tleurs-de-lys de l'écusson de Duguesclin , insignes illustres donnés à ce grand lionime pour avoir chassé les Anglais du sol français qu'ils souillaient!,..
La rue d'Alger, percée sur les ruines de l'hôtel Egerton, et la rue de Castiglione, cette rue si régulière, si alignée, (|ui rappelle Turin, occupent toutes deux l'emplacement du couvent des Feuillants, aboli en 1790; il s'était appelé d'abord Couvent de Jean de la Barrière, son fon- «iateur. Le portail se trouvait placé vis-à-vis de la place Vendôme.
Nous sommes presque forcés de changer de plume : le vieux Paris cesse ; plus de marchands, plus de commerce, plus de ruines, tout est neuf: mœurs, aspect, temples et palais.
La rue Saint-IIonoré s'élargit et attire les regards par sa splendeur et son opulence. C'est la magnifique place Vendôme avec sa colonne immortelle, ce trophée digne des gloires les plus célèbres, cette boute des nations jetée a leur faro ; la colonne Vendôme sur ia((uolle on lit les noms
(le toiitL's les capitales de rEiirope! (l'esl le iiioiiiiuiciit le plus siil)liinc ([u'ait jamais fait élever l'orgueil des contitiéraiils , el peul-ètre esl-il encore au-dessous de la renommée de Napoléon !
Une nouvelle scène et de nouveaux personnages s'olTrenl à nos yeux. Des voitures armoriées se heurtent, se croisent à clia(|ue pas ; ce ne soni plus que (les hôtels, (pu' des palais. Là, il y a quelques années, une haute [)orle cocliére était tapissée de tentures de deuil; cent mille citoyens el des guerriers de toute arme s'y pressaient en foule : la tristesse et la plus profonde douleur se peignaient sur tous les visages. Un cri retentit..., tout s'ébranla. Un immense cortège suivait un char funéraire sur le(pu'l étaient déposés les plus hauts insignes de la gloire trihunilienne : un grand homme était mort : — c'était l'illustre général Lamaniue.
Donnons une larme à son souvenir et passons.
l'ius loin, à gauche, une église avec son (hune mes(piin s'oiVn! à vos regards : — c'est l'Assomption, bâtie sur les dessins d'Errard, peintre du roi. Elle appartenait aux religieux de l'ordre de Saint-Augustin, autrefois appelées Audrietles. On la priva du titre d'église de la Madeleine, parce que le d(jme peint par Lafosse représente l'Assomplioii de la Vierge.
C'est là (pie cha(pi(! jour des catafabpu^s pompeux annoncent aux passants la mort de (piel((ues vieux noms historiipies ou celle des grandes gloires de notre armé(;.
La rue Duphot porte le nom de ce brav(; général, assassiné à lUune en 17'.)7, dans une euuMite populaire, la veille ûu jour où il devait s'unir à la belle-sœur deJoseph Bonaparte, devenue plus lard femme de Hernadotle. (Charles-Jean, roi de Suéde.
Dans la rue Saint-Fhn-enliu . appelée par Sauvai la in'titc Hue des Tuileries, se trouve h' bel h('»lel (h; I'I.m'a.mado, (pii a|i|>ai-tenait naguère encore au vieux roi de la diplomalie européenne, à ce graml 'l'alleyiand iN-rigord, ampu'l peuvent si bien s"a[)pli(pn'i' les deux vers de (l(Uiieille sur Iliclielieu :
11 a fait trop de bleu pour ou dire du mal; lia l'ait trop (le mal |)oiu' en dire du bien.
Mais, j'y songe : (»ù donc est le bien (pi'a |mi faire M. de TalIcNrand ' U'empereur de Uussie habita l'hôtel de l'infanlado en ISIi, jusipi au 15 avril; il denunna ensuit)^ à l'Elysée.
Si vous n'êtes point fatigué de me suivre a iravers celle inleruiinablc lin;, veuillez avoir la bonté de pénétrer avec moi dans le laubouiL; (pii porti; son nom. Uegardez à gauche el à droite ces deux edilices. (pii sembleiil i\('U\ frères, lant est grande la simililiide de leur aichilecluie li'iin, (('lui de droile, avec son giganles(pic propvlce. a\ec son Irtmloii ((Uiveil de s( ulplures, avec celle ((douiiadr -ii'(i|ni' ipii lappillr b l'.ii'
s AIN r- 110. NO ui:. 545
iIhmiou, c'est la ^Madeleine ; d'abord çylisc, puis temple do la gloire, puis, encore église : on ne sait si elle n'aura point à sn])ir le sort indécis du Panthéon !
L'autre nioniinient, (pii apparaît avec son parvis plus étroit, c'est la ("Jianibre des députés, dont la façade est tristement scindée par l'Olielisque de Louqsor. C'est là (|ue les hommes qui tiennent entre leurs mains les destinées de la pins riche et de la plus puissante des nations du glohe; c'est là, dans cette enceinte sacrée, dans ce forum constitutionnel . où retentissaient dans l'intérêt du peuple les voix solennelles de Fov, de ^lannel, de Benjamin Constant, de Casimir Perrier, que des orateurs abandonnent trop souvent les idées pour les choses, les principes pour les faits, la patrie pour les hommes, les questions de l'intelligence pour les (piestions matérielles. Le budget de la Chambre abaisse tout, et l'on y discute avec plus de force l'avenir de la Pèche de la Morue, que l'avenir <les beaux-arts, de la science et de la littérature. Ilélas! un peu de place au soleil constitutionnel, pour les savants, pour les artistes, pour les poètes! laissez tomber sur l'intelligence un mince filet d'eau de l'océan des richesses publiques! La misère tue et n'inspire pas!.. . Si l'on refuse aux gouvernements des allocations nécessaires pour payer les grandes oeuvres, on réduira l'art aux proportions les plus mesquines : le poète fera des contes et des madrigaux ; l'historien écrira des romans, pour vivre, tandis que le peintre et le sculpteur useront leur génie sur le papier et sur le plâtre , en modelant des carricatures qui font rougir les nobles statues de la Grèce et de l'Italie !
Ouvrez l'histoire du xvr siècle, et voyez Jules II, Léon X, François I", Charles-Quint et les Médicis ! Les bonnes gens de ce tempiv-là n'avaient pas de système représentatif; ce fut le grand siècle du génie!
Continuons notre voyage descriptif. Regardons ces hôtels on l'on sait encore vivre, où l'on ne s'injurie pas en discutant, où le sarcasme est dit avec une telleaménité, qu'on serait parfois tenté de l'accepter comme une galanterie. Ce sontleshùtels de Duras, de Beauveau, du prince Borghèse, qu'habita l'empereur d'Autriche aux jours de notre deuil national. Plus loin, c'est celui de l'ambassadeur d'Angleterre et le bijou de madame de Pontalba ; puis vient l'Elysée-Bourbon, palais magnifique, témoin de si hautes infortunes. — Oh! qui pourrait dire ce que ses murs entendirent, durant la nuit fatale qu'y passa Napoléon !
La rue du Faubourg-Saint-Honoré est aujourd'hui, pour la grande aristocratie, cequ'étaientles quais desTournelleset d'Anjou sous Charles IX, Henri III et Henri lY, la place Royale et le Marais sous Louis XIII et Louis XIV, le faubourg Saint -Germain sous Louis XV et la Restauration : c'est le monde élégant, le monde fashionable; rien n'y est suranné, décrépit; tout annonce l'élégance, les manières vraiment
ôii WVV. I:T FAIBOCUG SAlM-IIONOUK.
nobles, le Imii ton; cest là (|ue ivgne en souveraine channanle la politesse du <,M'an(l monde ; c'est la haute société sans mélange : s'il s'y trouve parfois des intrus ou des métis, ils peuvent voir leur infériorité sans qu'on les force de rougir. — Les femmes n'ont point cette morgue insolente qu'on trouve chez les jiarvenus, race d'hier qui n'aura pas de lendemain. Elles sont tiéres, sans doute, mais cette fierté est celle qui sied bien à la femme : c'est de la dignité. 11 y a tant d'aisance dans leur manière de faire les honneurs de leurs salons, qu'elles ne provoquent dans l'âme qu'un sentiment d'estime, de tendre faiblesse ou d'admiration.
Aussi, est-ce vraiment au milieu de ce monde que se trouve la plus large part de plaisir qu'on puisse goûter dans cette vie parisienne, si rapide, si équivoque, si triste. Il n'y a là que des surfaces; tant mieux: il ne faut pas aller au fond des choses, de peur d'y rencontrer la douleur.
J'allais oublier l'hôtel Castellane, dont les statues de plâtre intriguent si fort les Normands qui débarquent à Paris. Dans ce petit hôtel se sont sont agitées bien des intrigues lilliputiennes, à propos de comédies (pii n'étaient pas de merveilleuses réalités, assurément; le maître de cet hôtel a donne les vioUuis à beaucoup de monde, sans qu'on lui sût un gre infini de sa musique gratuite..., ce qui était fort mal; mais les tem|)> sont changés ! Au lieu du tumulte d'autrefois, l'on y entend la voix d'une belle et jeune femme, (pii a, dit-on, pris le parti d'avoir un hôtel pour elle et ses amis, et non une hôtellerie ouverte à tout venant; ce n'est pas moi (|ui la i)lâmerai d'un pareil acte de bon goût. — Par bonheur, le mari propose, et la femme dispose!
J'ai vu bien des gens et bien ces choses dans mon voyage. — Ile bien ! a tout prendre, entie les moMirs que j'ai essayé de peindre, je choisirais celles <ln temps passé, si la colonne napoléonienne^ et le faubourg Saint- H()iU)re n'a|)|)artenaient pas an temps pres(Mit.