I.orm i>K l.wAi
I.K quarlier des PetilS'Clt<tiiij>.s tire son nom des défrichements successifs qui travaillèrent, de sicde en siècle, le'hassin du vieux Paris:
son hisloiiv, (|ui date de loin, s'enlerme, pres((ue enficre, entre deux artères de l'aris moderne : les mes Saint-Honoré et rue Neuve-des-Petits-CIiamps, depuis la rue Sainte- Anne jus(|uà la rue Neuve-S;iinl- Roch, sur ce sol accidenté (fu'on nomme vu|o;,irement DuKc des }hntliiis.
Le plateau de cette butte s'elevail.
encore tout couvert de jardins el de cultures, vers lemilieudu xvii- siècle, au carrefour ou se lencontreni aujourd'hui les rues de rÉvè(pie.
des Orties-Sainl-Honoré, des Moulins et des Moineaux. Ce carrefour, qui n'a plus de nom, s'appelait, il n'y a guère longtemps, la passe i\oti Quatre-Cliemins.
Quant à son origine, elle paraît clairemenl démontrée par les ajiciens plans de Paris. La butte des Moulins a dû se former de deu.v manières: ou par ramoncellemeni dune partie des terres enlevées quand on creusait, a diverses epo-
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ques, les fossés de nouveaux rempaiis, ou par l'usage t|ui existait d'entasser sur diflérents points les immondices et les gravois de la ville. Ces amas multipliés se nommaient buttes, voiries ou monceaux ; quelquesuns, des plus considérables, lenionceauSaint-Gervais, la butte de Boniie- INouvelle, la butte des Moulins, qui prit le nom de Saint-Rocli vers 1587, ne sont, dit Sauvai, composés d'autre cbose que de dépôts successifs. Ces monticules factices, érigés d'abord à l'extérieur des murs . se trouvèrent clos dans l'enceinte de Paris, à mesure qu'elle s'étendit.
C'est là un des plus beaux quartiers de la ville moderne : il toiicbe a la fois aux boulevards et aux Tuileries, à la place des Victoires, an Palais- Royal et à la place Vendôme.
La butte des Moulins a reçu de nos gloires sa part d'illustrali(ui ; il en est ipiestion pour la première fois en 1429 : la première date de sa grandeur nationale est inscrite sur la bannière de .lebaniie d'Arc.
Au sortir des magnificences du sacre dans la royale basiliqiu' deSainl- Hemi de Reims, Charles Vil, victorieux sur la Loire et dans les plaines (le Champagne, marchait vers Paris, à l'ombre de la bannière de .Irhanne d'Arc. L'Anglais battu fnyait par toutes les routes devant les lys de France; il fuvait jusqu'à Paris, sous le glaive de la pauvre hlle qui lui avait repris Orléans. L'armée royale accourant à grandes journées, prescjue sans coup férir, vint camper autour de Saint-Denis.
Jelianne la vierge, avec les ducs d'Alencon et de Vendôme, le comte de Laval, les sires deRaizetde Bonssac, la tleur descoud)attauts. gagna, de proche en proche, à travers les bruyères, les bois et les marais, jns- (pi'au lieu (pii porte encore le nom de Cbapelle-Saint-Denis, et de là prit l>osition sur une hauteur appelée colline des Moulins, et d'où WvW embrassait léteiulue des remparts de Paris.
A l'aspect de la cité royale. nuMiacée des horreurs d'un long siège et des excès du pillage, le coMir faillit à Jehanne, (pii n'avait plus souvenance que des splendeurs du couroinuMuent. La pieuse héroïne hésitait devant l'effusion du sang; mais la noblesse, impatiente de Uduvelles [trouesses. ne pouvait jjIus comprimer sa fougue. En mènn- tenqis. des transfuges échappés de la ville et des espions surpris dans la campagne, annonçaient (|ue les bourgeois de Paris, poussés à Ixuit par la tyrannie des Anglais, n'alteiulaient depuis longtemps (|ne le secours des troupes royales pour briser le joug de leurs (qipresseurs.
F*ressée de mettre à profit ces rap|)orts qui semblaient pnuniMtn' ini facile triomphe aux vainqueurs <r(hleans, de Tioyes et de Chàlons. .lehanm-. le 8 .septembre, fit proclamer a son de tronq)e, autour des murs, le partlon du roi, si la ville ouvrait ses pentes ; mais avant (pie les hérauts d armes eussent achevé leui- niissii»!). un pieiiier, |ioinle de la tour de Nesle. tua plusieurs soldats du sire de Haiz.
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Ce lïil le signal d'une ylla(|ue à outrance sur tous les points.
.lelianne était la première des siens à l'assaut, brandissant sa blanche bannière c()mme au fameux siège d'Orléans; et autour d'elle, chefs et soldats faisaient bravement leur devoir, sons une grêle de traits, de pierres roulées du haut des nuirs. Déjà la première barrière avait cédé, et la colonne d'attaque, arrêtée un moment par les fossés bourbeux ipii baignaient les remparts, se hâtait d'\ jeter des fascines, lorstpie soudain un cri d'clVroi retentit [)armi les soldats: la blanche bannière a disparu! Une pierie a brisé l'épée de Jehanne, la clef d'Orléans ; un trait d'arbalète a percé les deux cuisses delà guerrière, ijui tombeau bord du fossé. Cette blessure produit dans l'armée royale une terreur panique : les Anglais tirent leur première vengeance de l'assaut d'Orléans. Le désordre est parmi les soldats de Charles Vil; et sans le comte d'Alençon, Jehanne périssait dans les fossés, à cette place où s'ouvre aujourd liui la rue Tra versiére, du côté de la rue Saint-llonoré.
Le roi Charles, découragé, retourna vers les boids de la Loire. Tout le monde sait que Jehanne d'Arc fut, un peu plus tard, abandonnée au retour d'une siu'tie, hors des portesde Compiegne, par l'envieuse lâcheté du gouverneur, Guillaume de Flavy.
De I i^2!l à la seconde moitié du wir siècle, l'enceinte de Paris avait gagné un majestueux aspect; la pliysionuiuie parisienne se diversitlail d'âge en âge; c'était une mosaïque \ivanle.
Il y avait à étudier Paris moyen-âge, et Paiis en l ile avec ses fêles catholi(pies dont .Notre-Dame était le berceau. Au dehors, Saint-Cermaindes-Prés et Saint-Germain-l'Aiixerrois s'élevaient, comme des reposoirs, au milieu de leurs jardins plantureux.
La ville religieuse avait étendu ses bras jusqu'à Sainte-Geneviève, Saint-Elienne-du-Mont, Saint- Victor et Saint-Marcel; car partout où le plus humble oratoire appelait la prière du passant, un hameau, puis un bourg, puis une ville, n'avait pas tardé à naitre, sous le giron de pierre de la ville-mère.
En même temps s'était fornn' le Paris des métiers, la ville des confréries avec ses quartiers Saint-Martin, Saint-Eustache et des Innocents.
Ailleurs, Paris parlementaire s'étendait à l'ile Saint-Louisetau Marais; Paris savant couvrait de ses écoles l'herbe du Pré-aux-Clercs et les buissons <ln mont Sainte-Geneviève.
A côté de la ville catholique et marchande, pleine d'églises, de boutiques et d'étals, la ville d'université et de magistrature bâtissait des maisons régulières et des cours largement plantés, comme les solitudes de l'antique académie d'Athènes.
Paris loyal, avec ses palais et ses monuments, depuis les Tournelles lusqu'an Luxembourg Florentin, descendait [lar le Pont-NeuL œuvre
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(le Henri IV, jus(|u'aii Louvre chargé de rarchilecture de Unis les âges , le(|uel aliénait anx Tuileries, grand verger qu'on plantait de beaux arbres fruitiers et de vignes d'Kspagne en espaliers (|ue le Midi iec(Uidait de sa liéde haleine.
Partout, Paris militaire otïrait, autour de ses richesses, de redoiilables moyens de défense ; au dedans, Paris bourgeois pressait ses rues étroites, fermées de chaînes puissantes que venaient mordre aux temps d'émeutes les archers du roi et les coUecleurs d'impôts; et dans ces rues étroites combien le voisinage de fenêtre à fenêtre était favorable à l'union des bons citadins.
On se connaissait tous comme francs amis et compères <le la même rue; on se disait, à travers l'huis, toutes les nouvelles un jour : — si le roi était arrivé dans sa huviie ville; — si le parlement tiendrait sa séance; — s'il y avait mariage ou fête à la paroisse, — niorlalitc en la cité, ou peste et famine en (juelque ville lointaine; — et si l'émeute allait gronder.
Quand les vieillards de Sainte-Avoie et de la Mortellerie voyaient bâtir les larges rues du Marais, tous ces quartiers neufs de magistrature et de noblesse, ils disaient en hochant la tête :
« Allez donc, bons bourgeois, faites rues larges et bien pavées, abattez maisons à tourelles, afin que les gens du roi puissent, bien et duement , vous arracher, un a un, tous vos privilèges, et frapper dur sur vos gaules bourgeoises; démolissez vos bornes et vos chaîiu>s, bâtissez maisons découvertes, pour qu'on puisse sans gène tirer sur vous ! »
A côté de la rue Traversière s'ouvre celle des Frondeurs, qui monte au connuent des rues d'Argenteiiil, lÉvèque et Sainte-Anne. Son nom rapj)elle eu 1652 un fameux duel de ci'tte bizarre époque, où l'on vit un prélat libertin jouer en raccourci le rôle de Catilina et, par ses ridicules ('X|)loils, jiréter une face comiipic à la guerre civile. Ce duel fut celui du Uoi des Halles avec le duc de .Nemours.
Ce personnage était ne avec Ituiles les <|ualitès du corps el de ICspril (pli peuvent séduire le peuple. Pelil-lils de Henri IV, François de NCndôme, duc de beaufort, v[\ avait le courage; mais c'est toul ce cpii lui en était resté ; encore n'étail-ce pas le courage des héros, mais celle bra- V(Mire factice (|ui sélourdil sur les dangers |dulùl iprelle ne les méprise, el (pii succombeiail peul-èlrc si elle les cousiderail. De grands cheveux. Ires-blonds, (|ui lui (l<'s( ('iMlaienl sur les epiiulcs cl t|iii |iiiraienl sa mine clVcminee, lui dounaieul pluh'il I air d'un Anglais (|ue d'un Français; ses expressi(uis, aiis^i basses (jut- icllcs des balles, le rendaient encore pluscharmaiil ipie sa ligure aux \eii\ de la popubitc, (buil il i'\,\]\ I idole F'esp( ( )' il .iilm MllDll ipreile lui .i\.ill Miliee. I .ilir.ill
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liiil courir iipres lui (l;iiis un |)ré(i|ti( c, s'il t'ùl (hiigiic l'y conduire ; iinssi, en a\iiit-il iclcnn le nom de lloi des Ihilles, el par ses manières . il était digne (le lels sujets; elles elaient encore plus grossières (|ue populaires; il avail l'arl de les donner pour de la IVancliise ; on aurait cru (|uel(juerois. à sa mine Hère et hautaine avec les courtisans, qu'il avail de la grainleur d'àuuî: ce n'était cpie do la présomption. H se ligurait se (•(Uinaitre en all'aires, il n en avait cpu.' le jiirgon ; il s'y croyait habile, parce cpi'il était jjIiis artilicienx qu'on ne 1 est ordinairement avec peu d'esi)rit et de hon sens. Au reste, adroit dans tous les exercices, inl'atigahle dans tous les travaux, intrépide dans tous les dangers, il avait celte espèce démérite (pii pouvait èlre prikieux dans les temps héroïques, où les avantages du corps étaient les plus recherches, nuiis (pii sont devenus peu de chose depuis qu'fui a rec(Uiuu la snp('riorité des dons de l'esprit. 11 crut jouer un rôle au commencement de la régence, il l'avait persuadé: mais il m; joua que celui d'un étourdi, parce que c'était um; suite de sou arrogante vanité de ne consulter personne et de ne prendre jamais que de fausses nn*sures. Du reste, avec tous ses défauts et ses cpialités, il fut (pielque temps redoute de Mazarin.
L'épo(|ue des sanglantes farces de la Fronde le rattache à l'histoire de la hutte des Moulins. Lorsque Mademoiselle, tille de Gaston d'Orléans, amhitieusc au point d'aspirer à régner auprès de Louis XIV, se présenta devant Orléans pour en faire ouvrir les portes à l'armée des |)rinces, dont les ducs de 15eaufort et de .Nemours faisaient partie, les magistiats de cette ville ayant refusé de laisser entrer ses trou|!es, elle fut »ddigee (le présider son conseil de guerre dans un cabaret des faubcuiigs. Il s'agissait de décider rattaijne de Hlois, où .Mazarin avait conduit la (-(Uir, Beaufort et Nemours n étant point d'accord, la discussion s'échaulfa, ils en vinrent aux injures, puis aux coups, s'arrachèrent leurs perrucpu's, et Beaufort, plus anime que son collègue, le frappa au visage. Aussitc>t les deux adversaires mirent l'épée à la main; mais Mademoiselle se jeta au milieu d'eux, et, à force de prières, parvint a les calmer; ils parureni même se réconcilier, mais le duc de .Nemours conserva de son nijiire un ressentiment (|ui n'attendait (piune occasion pour se dechaînei-. Les témoins de la scène, soutinrent (ju'il n'avait |)as reçu un sonl'llet. — !■ Si c'en était un, disent malignement les mémoires de Uetz, c était du moins un de «-es soulHets problematiipies dont il est pailé dans les Provinciales. >>
l>es du«s de Nemours et de Beauloit renouvelèrent plus lard, a l'aris, leur «puirelle du cabaret d'Orléans ; malgré l'espèce de nnulération qu'allicha Beaufort, un duel devint inévitable; il eut lieu au [tistolet, près de.-» murs de l'hôtel de Vendôme, le 50 juillet 1()52, a sept heures du soir: Nemours tira le jjremier et nieltail l'épée à la main pour se ruer sur son
KLE .NEU VK - DES - l'EÏITS- CIIAMI'S.
advt MSiiiiv, (|iiaii(l trois balles retendirent raitle inoil. L aiclievè(|ue de l'iiiis lui reliisa les prières de l'Église; c'était son droit, mais on ne peiil
sCmpècher de reiiiar(|uer (|iie ce [)i'elat s( ruijuleiix elail l<! cardinal dr Uelz, casiiisle à la manche larye, et (|ni savait Tort bien y cacher un poignard entre les l'euillels de son bréviaire.
Ue la rue des Frondeurs, voyez à votre gauche la rue Italie sur lan- I ieii senlier i|ui couduisail an village d'Argenlenil, dont elle a garde le noni : saluons de loin, je vttus |>rie, celte maison tin côté droil, *|ui pnrie le numéro IS; c'est là que mourut, le I" octidue H)8'(. I'i«'ri'e (lorneille, dont le sublime génie commença par être pensionnaire des vanités de Iticlielieu, pour rimer avec l'Etoile, IJoisrobert, (lollelel el Holiou, sur bs (anevas buiruis parSon Eminence. Pierre Oorneille ! la plus lianle gloire des lettres IVancaises, el (pii uiourui si pauvre, «pu' peu de jours avani de descendre an ttnnbean, il lui (ddigi- de s'arrèler, en sorlant de clu/ lui. pour l'aiie raccouHuoder s(m nnitpu' chaussure par le savetier du coin
l.e Sophocle IVaucais. dont la plume a l'ail vivre laul de com*'diens el d<' libraires, n'a laisse (pi'iiii iioni pour herilage aux resles ttublies de sa laiiiille. Ou;iiid il eiil rendu le dernier son|>ir. un coiirlisaii jtuiriialisle le mai ipiis de iKiii^e.iii, (pli s'elail eiiri( hi an jt'U , ecn\ il sur sou ci le pin ' l.e boiiliuiiiiiii- (!oi iieille esl nioi I liit-i : il cl, ni mi dr^ plus habiles de lioli !• Inilp^ a l.ill e des rniiiedie-s
KLK .m-:i!ve-i)ks-i>f:th S -CHAMPS .-.m
l'assons : — Voici l.i riunle rEvr'((iie(|ui i;im|)(' sur un Icriiiiii (|ii(' pdsseilait aiitreroislt» siège épiscopal de Paris. An soinniPt s'clargil le ( arief(»iiidont j'ai parle plus liant. D'ici, la pente était rapide, et la Imite valait au moins une médiocre montagne, s'il en faut croire cette epigramme d'nn l»el esprit du temps de la Fronde :
Dieu votis garde de inalenconlre.
Ccntille bnllc de Sainl-Iîocli ; Monfagiie de célèbre estoc.