‹ Les rues de ParisChapitre 56 sur 65 · RLE NEUVE - DES - PETITS - CHAMPS · texte numérisé non relu

RLE NEUVE - DES - PETITS - CHAMPS

moiiieiil, ]«' irsoliis daupiviulrc celle l,iiii;ue, [xtur la coinmiini(|iicranie.s élèves. »

Il était réservé à l'abbé de l'Eiiée de créer le langage universel de I'i.n- TELLiGENCt: , avec kMjiiel on peut s'entendre et communiijner dans tous les idiomes du monde. Pareirés chercha tous les moyens possibles de lui nuire; mais h; pieux philantrope ne lui opposa qu'un seul lait, qui demontiait victorieusement que sa nouvelle méthode n'était pas un signe di; l'impuissance où il se trouvait de copier ses prédécesseurs. Il mit un de ses élèves. Clément de la Pujade, en i'iat àe, pronotice r (^n public un discours latin de cincj [)ages; et une sourde-muette, dressée jtar lui, récita les vingt-huit chapitres de l'Evangile de Saint-Mathieu. LablH' de l'Epée avait bien le droit après cela, de marcher tète levée «lans la voie nouvelle ([u'il avait découverte.

De sou vivant il fut calomnié comme le sont tous les hommes de bien «pii s«utent de la voie vulgaire. Si Joseph II daigna le visiter plusieurs l'ois pendant s(ui séjour à Paris, le gouvernement français ne s'aperçut (pui deu.x ans après sa mort du trésor qu'il avait laissé. L'abbé de rÉ|»ee (pii s'était consolé de loul, [lar la vertueuse amitié du duc de Peiithièvre, mourut pauvre, le 25 decemlue 1780. En 1791, l'Assemblée Constituante fonda, par un décret, l'institution de Paris, doutTabbéSicard avait recueilli et soutenu l'héritage.

Le souvenir de l'altlx'; de rEpe(! suffirait à la gloire d'une ville. Je m'etonne qu'une de nos revtdu lions n'ait pas doté de son nom la rue des Moulins. La rue tjluirles X est bien devenue la rue Lafayette. — Le xvii" siècle prodiguait les Une lloijalc pour flatter l'orgueil de son maître ; le xviu', a fait des rues philosophes ; le xix*^ a inauguré les siennes avec des victoires; à présent elles s'illustrent comme elles peuvent, avec de l'argent.

Poursuivons.- Sur la gauche, voici la rue Thérèse, décanonisée par la république qui prescrivait de dire faubourg Antoine, rue Honoré. La lue Thérèse est silencieuse comme un cloître; ses maisons, d'un aspect solennel, noircies parla brume, et lézardées par l'âge, respirent la magistrature où la prière. Tournez a droite: de la rueVentadour, impasse annobli, vous touchez presqu'au coin delà rue Neuve-Saint-lioch. En arrivant à l'église, vous aurez fait le lourde la bulle des >Ioulins.

Quatre bourgeois de Paris acheten^nt en 1(J67, de l'abbé de Saint- Victor, ce terrain qui lui appartenait, et avec la permission du roi, ils v ouvrirent les rues que ntuis voyons aujourd'hui, et dont i»lusieurs existaient déjà comme chemins ou senlieis. En 1G77, toute cette surface était chargée d'hôtels et de maisons. Ce quartier jtrit le nom de Caillou, d'un hôtel situé sur une partie de remplacement où se trouve l'église actuelle de Saint- Uocli ; il existait une porte de Paris, appelée porti;

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Caillou; la rue «iiii alioiitissait. do l'hùtol Gaillon à celle porle, en a yardo le nom. l'ailaijlanisseinent pre?(|ne complet de la lintle, le(inaitier Gaillon procura à la ville de Paris un accroissement notable de po- |)nlation. Dans cet liùlel Gaillon se tronvaieni deux oratoires: l'un, dédié à Sainle-Snzanne; lantre, aux cin(j plaies du Sauveur. L'origine du premier reste inconnue; celle du second, date de 1521; il fut bâti par Jacques Moyon, espagnol étaldi à Paris, (pii obtint la permission d'établir sur ce terrain un bôpital pour les pauvres affligés d'écrouelles. En 1587. l'agrandissement du quartier obligea de construire une église à la place des deux oratoires. Plus tard encore, la même cause amena l'érection de l'église actuelle; Louis XIV et la reine Anne d'Autricbe en i)OSerent la première pierre, le 28 mars 1653; elle fut achevée en 1750.

Les dalles de Saint-Rocli couvraient, avant 8'.), plusieurs tombes remarquable. C'est là que reposait Manpertuis, qui fut capitaine obscur de dragons, puis célèbre astronome, et qui mourut pieusement entre deux capucins, W 27 juillet 1751).

Lenôtre l'y avait précède ; Lenùtre qui dessina sous les yeux de Louis XIV les allées des Tuileries et de Versailles; Lenôtre, à cpii l'on doit les embellissements ou la création des avenues de Chantilly, de Saint-Cloud, de Meudon et de Sceaux; le parterre du Tibre à Fontainebleau, et l'admirable terrasse de Saint-Germain-en-Laie. Louis XIV, en lli75, lui acctuda des lettres de noblesse, et voulait lui donner des armes:— « Sire, dit Lenôtre, j'ai les miennes, et j'y liens: trois limaçons couronnés d'une pomme de cbou ; permet lez-moi d'y joindre ma bècbe ; n'est-ce pas à elle «pie je <lois toutes les b(mtés dont Votre Majest<' m'accable':' »

Louis XIV avait i)arl'ois de bons moments. Un jour, il rencontre Lenôtre, vieux et cassé, clopinant à Marly, dont iMansard avait dessiné les nouveaux jardins; il lapiielle et le force à prendre place auprès de lui dans sa chaise couverte. Lenôtre s'écria, les larmes aux yeux : « Ali! Sire, «puMUon bonlioniinc! de i>ére serait ébalii, s'il me voyait dans un (bar, à côlé du plus grand roi de la terre! »

niH'l(|ues années avant, Lenôlre, un peu plus ingambe, voyageait en Italie, cl le pape Innocent XI se faisait nn)ntrer par lui, en les comblant d'éloges, les plans de Versailles. Lenôtre ravi d'aise, s'écrie avant de prendre congé : .le ne mo soucie plus de mourir! j'ai vu les deux plus grands bonnnesdn nmnde : Votre Sainteté et le roi, nu»n maître.» — » Il y a une grande dilléremc dit le i>a|)e avec nu'lancolie : Votre roi esl un grand prince \i(l(irien\ ; je ne suis qu'un pauvre prêtre, serviteur des srrvileurs de Dieu ; il esl jeum-, ri je suis loul cassé. ..— Panlieu, mon rcvéïi-nd, s'ceria Li-m'ilH'. pt-rdanl Iniil sdUNcnir d'cliquftlr, an poinl de

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lrii]t[it'r sur l'i-paule du i)onlife, « vous vous portez coniUK' un Dieu, ff vdus mettrez en terre tout le sacré collège! » Innocent XI, ne put s'cnipècher de rire de cette naïveté : ce (pie voyant, Lenùlrelui saula an cou

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et faillit rétoufl'er à force de tendresse. l'assez-nu)i cette anecdote : elle peint si bien deux bons vieillards (jui s'en vont à Dieu tout doucement !

A côté de Lenôtre était la ])lace de Mignard, l'élève du Primatice, et qui peignait si heureusement des vierges, des papes et des maîtresses de roi, en même temps qu'il ébauchait les fresques de la coupole du Val- (le-Gràce que chanta Molière. Il avait fait neuf fois le portrait de Louis XIV; à sa dixième toile, le roi lui dit : « Mignard, vous me trouvez vieilli :'» — « Sire, répondit le peintre courtisan, je vois quelques victoires (le [)lus sur le front de Votre Majesté. » Un tel mol, à pareille épo(ju<', valait bien des lettres de noblesse et le titre de peintre ordinaire avec la direction des manufactures royales. L'académie s'ouvrit à deux battants devant lui; il y fut, le même jour, reçu membre, professeur, recteur, directeur et chancelier.

Deux ans plus {M, lacryjttede Saint-noch avait englouti Antoinellc du Ligier de la Garde Deshonlières, en (|ui, dit l'abbé Goiijet, la ualurc avait pris plaisir à rassembler les agréments du corps et de lespril. a un point ((u'il est difficile de rencontrer. Elle avait une beauté peu corn-

TmI; UlE NEUVE-DES- PETITS-CHAMPS.

iiiuiie; elle dansait à meneillo, montait hit'n à ilioval, et ne faisait rien «[u'avec grâce : Madame Deshoulières était la dixième muse de son temps. De cette femme aimable qui fut liée avec les deux Corneille, avec Flécliier et Mascaron, Quiuault, Benserade, Pussy Pabutin, les marécliaux de Vivonne et Vauban, de ce bas-bleu sans prétention, parce (|uil était plein d'esprit, il ne reste, au-dessus de l'oubli, cpu» la fameuse idylle: i> Dans les prés fleuris, etc; c'était le cbant du cygne. Elle uuuirut en 1693 : sa cendre a reposé prés du grand (Corneille.

Un dernier éclat bistoriqne satlaclie de nos jiturs à lajuitte des Moulins : elle fut le principal cliamp de bataille du 1"» vendémiaire, lors(|ue la Convention gagna sa dernière victoire contre les royalistes, avec le canon de Bonaparte. Ce qui s'ensuivit, est parfaitement raconté par La Fontaine, dans la fable du cbevnl qui voulut se venger du eerf. — C'est encore de Ibistoire d'Iiier.

Mon pèlerinage est aclieve dans le cercle étroit (|ue lui traçait celivi-e. Vous trouverez ailleurs les points (pie j'entrevois d'ici, les Tuileries et le l'alais-Royal, le tropbee de l'einijire, et cette belle salle Ventadoiir, bâtie en 1781, pour traverser tant de vicissitudes; tour-à-tour tbeàtre d'Opéra conii<iue. jusciu'en 1797; refuge de l'Odécm ; incendiée en 1799, plus tard théâtre nauticpu', salle de concerts, puis scéîie d'une llenaissance avortée, et maintenant piédestal de la Crisi. A'ous visiltM'ez aussi au bout de la rue des Moulins, dans la rue Neuve-des-Petits-Cbamps, cette spleudide galerie érigée sur les terrains du noble liôlel de Choiseul et qui vous attire aux magnificences du boulevart Italien et de la nouvelle Athènes.

L'on voit aujourd'hui, à jjcu i)rés sur l'emplacement de l'hôtel de Choiseul, dans la rue qui porte ce nom, inu' maison splendide (pii sert de bazar au caprice, à l'opulence et â la mode : toutes les jcdies femmes, toutes les feunnes distinguées, toutes les aristacrales de l'eleganci' et de la beauté s'habillent ihus la Maisoii-Delile , i)recisement en un lien où les grandes dames du wiir siècle allaient parfois se <1cshabiller.

La mort est comnu' le tfsmps : elle ne dèli'uit pas, elle Irausllgure. Uuelques siècles encore, et le voyageiu" des pays civilises chercbera |)eul-ètre curieusement, sur la grève déserte on fut Paris, eu cpiels lieux s'élevaient jadis nos basili(pH's el nos palais.

Ilélas! de (pielque ci'ite que I homme étende sa main, (pn'bpu' |)art «pie son pied s'arrête, il touche toujours uni' poussière (pii a \ee\\. pense, soullért. et prie couinie lui.

P. CIlHlsTI\^.

s Tnilcrios ii'efjiieiit (' raliri(|ut' (If tuiles.

^ X^ . 011 pliitùl le lerenpeaujdiinlliiii.ekiil ieu (les liiis-l'oïKls nuires'eleiidaient loin de l;i >li;nilenrs de Cli;iillot.

'ouvertes de iiioiilins.

pins ni moins à eette CIiiinssee-d'Anlin et 1. Bien sorcier celni e alors, que parmi ces roseaux se cachai l la France! Paris, sous N a loi s, avait rellne te opposite de la ville, livre, abandonne ])onr -Paul, on la Bastille s, restait solitaire derres, dans le voisinai;c l'hôtel des ducs de *uis, la cour dit adieu a ^'s Vil remmena sur les .oire; Charles VIII l'enlie : la place Louis XV demeurait toujours silencieuse et S(dilaire, disj)araissant sous les eaux, on se s(^chant au soleil, au hasard des crues de |,i Seine, lii

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