PLACE LU LIS W
Louis XV en bronze, a\ ec ses (jualre vertus, était le point central vers lequel tout cela convergeait. (> plan ingénieux imité de la rose des vents, était assurément coquet sur le papier. Livré aux terrassiers et aux maçons, l'échelle s'en trouva plus que minime. Quand les travaux furent achevés en 177'2, il arriva que dun hout de la place, on ne faisait plus qu'entrevoir à l'autre fossés et pavillons : ils sont encore là. et l'on peut en juger. C'eût été bien pis encore, si les immenses constructions du garde-meulde, commencées en 1700, n'étaient venues rehausser les décorations lilliputiennes de Gahritîl, et donner, an moins d'un côté, quelque chose d'imposant à la perspective. Valeur monumentale à part, ces deux massifs de pierre, planté's là comme deux gardes d'honneur à l'entrée de la place, avaient du moins l'avantage de reposer l'œil fatiyué d'errer dans le vide; ils dessinaieni une limite et faisaient diversion à la nudité de ces 10,875 toises.
Voici donc la place Louis XV constituée, encadrée, baptisée, occupant Messieurs de la ville, les artistes, les poètes et les maçons. Ceux-ci la tenaient encore, quand arriva cette fatale nuit du 50 au ôl mai 1770 qui remplit une page néfaste dans l'histoire de la place Louis XV.
La France mariait son dauphin, et, pressée d'inaugurer sa création imuvelle, l'administration n'avait pas même attemlu que la place fût déblayée pour y convo(]uer le peuple de Paris aux fêtes qui allaient accueillir Marie-Antoinette en France. La jeune archiduchesse arrivait rieuse et confiante, et se demandant tout bas ce qu'elle avait fait à ce peuple (]ui paraissait tant l'aimer. La foule, elle, se ruait à la fête avec une verve de curiosité qui se renouvelle à toutes les solennités de deuil ou d'allégresse; prodigue par instinct de bravos pour tout ce qui lui sert de spectacle, elle se souciait peu, devant les fusées du feu d'artifice, que la mariée fût Autrichienne. Donc, entre les huit fossés de Gabriel, ce n'étaient que rêves gracieux d'une part, cris d'ivresse de l'autre. Reine et foule ne se doutaient pas de ce que leur réservait cette place qui s'était faite si coquette et si brillante pour les recevoir ce jour-là.
Tout était fini, et la dernière étincelle du bouquet venait de s'éteindre dans les airs : la masse compacte, (jui depuis le soir allait toujours s'entassant de plus en plus, commença a s'ébranler pour faire retraite ; mais cet immense enclos n'avait qu'une seule issue du côté de la ville, la rue Royale, et ses abords étaient obstrués par des tas de jjierres. Tous s'v portant à la fois, la rue s'engorgea en un instant, et l'encombrement devint affreux. Au milieu de ce désordre, un flot de peuple qui débouchait des boulevarts pour avoir sa part des débris de la fête, vint se heurter contre cette foule qui luttait pour s'écouler, et lui barra tout-à-coup le chemin. Ce fut alors comme une mêlée horrible. Une file de voitures se trouvait engagée dans la bagarre; les chevaux s'eflarouchérent, et fiuilé-
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tent aux pieds loiil ce (jiii les approchait. Le llux et le retliix jeta îles iiiallieureux sur ces fuuestes tas tle pierres, cause première du désastre, et les y l)roya : il en précipita d'autres dans les fossés, qui n'avaient pas encore tons leur balustrade; quiconque trébuchait était mort. On vit un groupe de furieux qui avaient mis l'épée à la main, et qui allaient frappant devant eux, pour se faire jour. Le lendemain matin, cent trente-trois cadavres étaient étendus sur la place. De ceux (lu'on emporta blessés chez eux ou à l'hôpital, il en mourut plus de trois cents.
La vie d'une place a comme celle d'un homme de singulières vicissitudes. Des cadavres du oO mai, nous passons , sans autre transition que celle d'une année d'intervalle aux bateleurs et aux marchands de paind'épices de la foire Saint-Ovide. Ceci est un épisode qu'il ne faut pas négliger dans l'histoire de la physionomie de la place Louis XV. L'autorité tenait peut-être à ne pas laisser celle-ci sous le coup du terrible souvenir du mariage royal, et, de fait, rien n'était plus propre à chasser l'idée d'un désastre que le joyeux mouven)ent de la foire Saint- Ovide. Monstres, géants, avaleurs de sabres, chanteurs de ponts-neufs, danseurs de corde, marionnettes, installés dans des baraques en charpente, n'v laissaient pas languir l'attention poi)ulaire. Les marchands étalaient mille babioles au goût du jour, et comme M. de Voltaire avait passé par là, elles ne répondaient pas toutes aux pieux débuts de l'institulicui. On parlait entre autres de jésuites à ressort <pii sortaient duiu' (•(Kpiille d escargot, et que l'on faisait rentrer à volonté, article qui lit fureur. Néanmoins, cela ne valait pas encore la place Vendùmc. La foire était sans abri, ouverte à tous les vents, perdue de boue par la pluie, de poussière dans les temps chauds : les habitants du lieu en étaient aux plaintes, ipuind une belle nuit le feu se mit aux baracjues, et le lendemain matin la place injuriée était veuve de sa foire. Ceci arriva du ±2 au 20 septembre 1777. Comme tout se tient ici-bas, au sinistre des industriels de la foire Saint-Ovide se rattache un fait important de notre histoire dramati(pie. Audinot, qui teiuiit alors le sceptre du théâtre sur les boulevarts, imagina de donner luie représentation au bénéfice des incendiés. Mcolct, son rival, en lit autant, \nùs les autres, et Dieu sait ce (pii en est adveini avec le fameux mot de plus fort en plus fort.
De stations en stations, nous nous acheminons [xmrlanl vers la grande époque de la place Louis W. Avant de ([uilter le xviir siècle, laissons passer cependant réblonissante cavalcaib' de Longchanqis, qui couvre la place Louis XV de ses grands seigneurs cl de ses linanci«!rs, de ses ncddes dames et de ses lilles d'upéra, se faisant concurrence sans vergogne. Prenez-y garde, <<■ toliuliohii de la cour et de la ville et de (piehpie chose de pis encore . ces princes du sang (|ui se ruinent pour ne pas être écrases par quel(pies fermiers i\\\ sel ou du tabac.
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