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tout ce qu'il y avait de beaux esprits dans la ville. C'est là que ftit fondée cette grande puissance qu'on appelle la causerie. La marquise de Rambouillet était jeune et belle; son esprit était net, sa parole était vive. Elle avait pour ses amis toutes sortes de malices cbarmantes. Molière, il est vrai, dant un des accès de sa mauvaise humeur, a dénoncé le bel esprit Aes précieuses; mais cependant, quelle que soit la verve de Catbos, de 3Iadelonet deMascarille, on ne peut nier que cette langue française, qui commençait à peine, n'ait gagné beaucoup de grâce à être parlée avec tant de soins et d'études, et dans un si beau salon, par la plus belle compagnie. Madame de Rambouillet a été véritablement une des premières personnes qui ont donné le signal au grand siècle. Madame de Sévigné, elle-même, est venue un peu plus tard que la belle Arthénice. D'ailleurs, elle a été la mère de madame de Montausier, ce rare et modeste esprit, qui a écrit tant de pages élégantes et simples sous le nom de toiture.
Dans ces murs, et pour Lucie d'Angennes, Julie de Rambouillet, fut rêvée et exécutée la Guirlande de Julie. La fête de Julie arrivait un mois d'hiver (1644), les fleurs manquaient pour composer un bouquet digne d'elle. M. le duc de Montausier ( il était un peu l'amant de Julie, et il a attendu bien longtemps quelle le voulût accepter pour son mari) appela à son aide tous les poètes de son temps pour que chacun apportât une fleur de son choix à cette guirlande. Vous pensez si ces messieurs obéirent à cet appel fait à leur courtoisie! Pas un ne manqua à cette fête de la beauté et de l'esprit : M. d'Andilly le père et M. d'Andilly le fils, M. Chapelain et M. Colletet, M. Desmarets, M. Godcau, M. de Goml)aud, M. l'abbé deSerisy et M. de Malleville, M. de Montmor, M. Racan, M. Tallemant des Réaux et M. de Scudéry, et enfin M. Conrart, que l'on peut à bon droit appeler avec Rois-Robert le père de l'Académie Française. Sur les plus belles feuilles d'un blanc vélin, le fameux maître d'écriture Jarry se chargea de transcrire cette merveille. A la première page Zépbire se balance dans les airs; il lient d'une main une rose et de l'autre main la guirlande de fleurs peinte par Robert, ainsi que les vingt-neuf fleurs que vous retrouverez dans les vingt-neuf pages suivantes. Il est bien entendu que M. de Montausier n'a pas renoncé à jouer sa partie dans ce concert d'<'loges en l'honneur de la femme qu'il aimait. Comme chacun de messieurs les poètes pouvait choisir sa fleur favorite, (Miapelairt choisit Vimiirrialr en riionneur de; (iust ave- Adolphe, lebérosde Julie ; M. ('olletet etM. de Mcuitausier avaient choisi la rose^ M. de Gombault Vamaranlke., M. d'Andilly la fleur de tln/m, M. Desmarestlauto/e/ïf; etmême on se souvient de res vers :
Fr.uulK' (l'.iiiiliition, je me c.uln' sons Plici lu-. Modeste en in.i couleur, niodesle en mon séjour ; Miiis si sur votre front je puis me voir un joui. I.a plus l)ell)'<les tleuis sem la plus snperiiiv
Ce beau volume, ainsi rempli de vers et de fleurs, fulrelii- pai' Casiou, le relieur du cardinal de Richelieu ; il avait placé au dedans et au deli<trs de ce beau livre le cbilVre de Julie d'Angennes. Tant quelle vécut, madame de Montausier conserva précieusement ce monument élevé à son esprit, à ses grâces, à sa beauté, et elle le montrait avec orgueil. Après la mort de cette dame, la Guirlande de Julie passa à sa fille, madame la duchesse dUzès, et à la mort de cette dame, le précieux volume fut vendu quinze louis à M. Moreau, le premier valet de chambre de M. le duc de Rourgogne. M. labbé de Rulhelin, M. de Rozes, M. Caignat, M. le duc de la Vallière ont possédé tour à tour la Guirlande de Julie. Ln libraire de Londres l'a acheté quinze mille francs, et l'a revendu à madauie la duchesse d'Lzès pour quarante mille francs. On n'a pas tort de parler de la destinée des livres.
M'oublions pas, dans notre histoire, madame d'Hyères, si aimajjk' dans ses folies; la sœur de madame de Montausier, mademoiselle de Rambouillet ; et mademoiselle Paulet, ipii jouait du luth mieux que personne, etdont le chevalier de Guise fut amoureux si fort. Chose étrange, et qu'on ne sait pas, c'est que mademoiselle Paulet, élégante, jolie, musicienne, bel esprit, courageuse et hère, fut la première qui, en France, fut appelée une lionne. Aujourd'hui, le titre de lionne estungraïul titre; c'est une gloire. Une femme qui n'est pas une lionne se croit déshonorée. Mademoiselle Paulet ne fut pas si Gère; elle s'emporta fort contre Voilure, mais le nom lui en resta. Tant il est vrai que dans une civilisation quelque peu avancée, rien n'est nouveau, surtout en fait de ridicules.
Si j'avais le temps, comme je vous raconterais l'histoire de Voiture. H était le fils d'un marchand devins, mais il se tirait gaiement d'affaire en disant qu'il avait été réengendré avec madame et mademoiselle de Rambouillet. C'était un bel esprit; il aimait l'amour et le jeu, mais le jeu plus que l'amour. Il traitait les plus grands seigneurs avec un sans façon et un sans gêne merveilleux. Ln jour, il mena chez madame de Rambouillet deux grands ours qu'il avait rencontrés dans la rue. Il mettait facilement la main à l'épée. Il mourut, disait mademoiselle Paulet, comme le Grand- Seigneur, entre les bras de ses sultanes. C'est lui qui dit ce joli mot sur le jeune Rossuet, qui avait alors quatorze ans lorsqu'il prêcha son i)remier sermon à l'hôtel de Rambouillet, un quart-d'heure avant minuit: «Je n'ai jamais entendu prêcher ni si tôt, ni si tard. » Songez donc que toute la famille des Arnault a passé dans la place Royale en y laissant son empreinte. La marquise de Sablé a vécu dans cette grande maison à côté de la comtesse de Maure, porte à porte ; mais elles se visitaient chaque jour par écrit. C'étaient deux frileuses. Un jour cependant la comtesse de Maure était si malade que la marquise de Sablé se décida à descendre l'escalier pendant que l'on portait au-dessus de sa
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tète le baldaquin diijlit de la cuisinière. Dame! ce sont là des histoires
d'autrefois; on devine, on reconnaît tout un siècle à ces sortes de loisirs. Le maréchal de Grammont faisait partie, lui aussi, de cette société choisie, et quels beaux contes il leur débitait du plus grand sanp-froid ! Là venait, tout rempli de morgue et de science, le président Jeanuin, qui osa défendre Laon contre Henri IV. Après la paix, Henri IV voulut l'avoir, disant que, puisqu'il avait servi fidèlement un petit |)rince, il |)ouvait bien ser\irun grand roi. Un jour que la reine-mère lui avait envoyé une grosse somme d'argent, le président renvoya cette somme, en disant qu'une régente ne i)ouvait disposer de rien tant que son fils était mineur. Mais plus nous allons, et |)lusces hommes du passé se montrent à nous. M. Gombaut, l'évêque de Vence, M. Gombaut, le poète, que madame de Hambouillet appelait le beau ténébmux. Son plus grand <bagriu cùtéliMpron sût sa misère, et ses amis lui faisaient croire que l'argent cpi'ils lui donnaient était envoyé par le roi. (iombaut, c'est toute la misère et toute la fierté d\i poète. Gha[)elain fut tout au rebours ; il était le plus vanté, le i)lus riche et le plus mal vêtu de tons les beaux esprits. (Juaud il lui pn-seulé pour la première fois à madame de Hambouillet, il portait un babil de satin colombain, doublé de panne verte, et passement)' de petits passements colombains et verts, à «eil de per<lrix ; il avait à sou cliapeau un crêpe (pii,à force d'être
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porté, était devenu couleur de feuille morte; avec un vieux cotillon de sa sœur, il s'était fait un justaucorps en taffetas noir; sa perruque est une fable, Boileau en a fait un poème. Ainsi était bâti l'auteur de la Piirelle.
Vous aviez aussi dans ce temps-là la reine de Pologne, pauvre reine ! et la duchesse de Croï, la fille de madame d'Urfé. Faites place et rangezvous, voici le marécbal de Bassompierre : c'est le plus bel esprit de la cour. La reine lui passe toutes ses folies. Le cardinal La Rochefoucauld et le chancelier Séguier le saluent de la main, tandis que Jodelet se met à vendre des barbes pour le parlement de Metz, qu'on venait de remplir de jeunes gens. Mesdames de Rohan s'en vont aujourd'hui faire une visite à madame de la Maisonfort. N'enlendez-vous pas venir Fontenay Coupd'Epée? C'est un brave qui va rendre sa visite de chaqiie jour à mademoiselle Férier, la fille du ministre. Dumoustier, le dessinateur, perd son temps à dire des injures à tout le monde. Le président Le Coigneux court après les belles dames; puis, quand il rentre chez lui, il dit: Je vais voir ma vieille, en parlant de sa femme. M. d'Emery, le financier, l'ami de Marion Delorme : il avait gagné neuf millions en dix ans ; on disait de lui que c'était le plus damné des hommes. Desharreaux jure et s'emporte. Dans sa voiture à quatre chevaux, Marion Delorme, magnifique et dépensière, mène la vie à grandes guides et meurt à trente-neuf ans, laissant pour 20,000 écus de dentelles et pas un sou d'argent comptant. Cet esprit qui passe tout là-bas, c'est Pascal ; cet homme qu'on salue jusqu'à terre, c'est le maréchal de l'Hôpital. N'auriez-vous pas aimé la comtesse de La Suze, qui faisait de si jolis vers et des élégies si touchantes; madame de Jeaucourt, qui était si jolie et qui a été le modèle des mères; le président de Mcolaï, dont la jeunesse fut si orageuse ; le père André, dont la parole brutale et toute remplie de violences était loin d'annoncer le père Bourdaloue et le père Massillon, qui n'étaient pas loin! Que dites-vous de madame Pillon, la sincérité même, qui avait bouche en co'ur; madame Pillon, une simple bourgeoise, qui, à force d'esprit et de boutades piquantes, était également redoutée à la ville et à la cour. Et madame de Moutan, qui avait les mains aussi belles que les mains de la reine. Et madame d'Ayvait, si colère qu'elle a pensé tuer sa fille d'un coup de poing. Et, parmi les beaux esprits, M. Costar. Un jour, dans cette même place Royale, passait madame de Longueville : sa chaise se brise ; un grand laquais se présente pour venir en aide à madame la duchesse : «A qui êtes-vous':' lui dit-elle. — Je suis à M. Costar. — Et qui est-ce M. Costar? — C'est un bel esprit, madame. — Et qui te l'a dit? — Si vous ne voulez pas me croire, madame, prenez la peine de le demander à M. Voiture. — Tel maître, tel valet, » dit la ducbesse, voyant le valet si beau et si bien élevé.
Songez donc enfin que, parmi ces hommes que le Marais nous rappelle, il faut compter le cardinal de Retz, et M. de Roquelaure, et madame
(le la Uoche-(iuyon, chantée parBenserade, et la Serre et la Calprenède. Vous ne pouvez pas eompreiulro (pielle étaiî la toute-puissance d'une femme d'esprit, de madame de Cornuel, par exemple. C'était l'esprit en personne ; elle disait de la religion, déjà! «La religion n'est pas mourante, mais seulement défaillante. » Un jour qu'elle fut arrêtée par des voleurs, >in de ces bandits lui mit la main sur la gorge : « Vous n'avez que faire là, mon ami, lui dit-elle, je n'ai ni perles ni tétons. »
Ne quittons pas <«'tte \)\ace. Boyale, où s'est dépensé tant d"es|)rit, tant de grâce et tant d'amour, sans saluer de nos regards et de nos regrets l'hôtel Carnavalet. De cette maison, aujourd'hui silemieuse, est S(uMie, tout arnu'e, la langue française et la plus helle langue (pie la Fiance ail parlée, la langue de madame de Sévign(''.
C'est ainsi que dans cetl(! heureuse ville il n'y a pas un coin de terre, |)as une ruine, qui ne puisse servir à écrire quehpies heaux chapitres tous remplis des plus grands noms de l'histoire, et dans le(pu'l vous verriez s'agiter au milieu des espérances, des déce|ilions et des progi'cs de tous genres, les plus nohies, les plus illustres et les plus e\( cllenls esprits.
Jules Jam.n.
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hla.nes, l'instabilité ; ma,s, de ;Le qne certaines familles conse, - " nt.annnlien ,1e toutes les veoln-
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secret POUsse sans cesse les mêmes
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ers les mêmes lieux. Les voleurs
les filous, les mendiants, les nu
publiques, les saltimbanques no „as quitté tous les repaires <|u ds Talta-ent au moyen âge. Supposer ,,n tremblement de terre qui bo il- :e,.e Paris, vous verre, au bond.
quelque temps ces oiseaux de a ^.ihLtion revenir par bandes pet.
pler les quartiers ou ils étaient Lblis autrefois. Ainsi Ihiron ell • „e retrouvant plus son nul au u
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tour, en bâtit un nouveau à la place où s'abritait sa dernière couvée.
Nous parlerons tout-à-lheure des birondelles de la rue Pierre Lescot ; disons quelque mots auparavant de la rue elle-même. Le lecteur verra bien que nous avions raison de soutenir quil y a des localités prédestinées.
Nous sommes en plein moyen âge, en 1267; c'est le plus haut que nous puissions remonter pour trouver trace de notre rue. Mais était-ce bien une rue que cette réunion de maisons basses, recouvertes en chaume pour la plupart, et situées sur l'emplacement dont nous nous occupons ? S'il faut en croire les chroniques, rien n'était plus rue que la rue Jean-Saint-Denis, nom qu'elle devait sans doute à quelque membre de la Camille Saint- Denis, qui comptait des chanoines dans l'abbaye de Saint-Honoré. Saint- Denis, nom illustre, maintenant porté par des cabotins de i)rovince! Mais ne sortons pas de notre rue.
La rue Jean-Saint-Denis n'avait point à cette époque l'honneur d'appartenir à la capitale; elle faisait probablement l'ornement [)rinci[)al de quelque village placé sous la protection de l'abbaye de Saint-Honoré, ou bien elle composait à elle seule un de ces hameaux groupés sur les verdoyants monticules qui bordaient les rives de la Seine. 11 me semble voir notre rue dans toute la laideur pittoresque de sa physionomie gothique. Des chaumières lézardées, du fumier en guise de pavé, de la mousse sur les toits, la lanterne de la vierge du coin pour tout éclairage. Des jardins derrière les maisons; derrière les jardins, la rivière. J'imagine que déjà, à cette époque, il devait y avoir des cabarets dans la rue Jean-Saint-Denis, cabarets renommés où les étudiants, les bohèmes, venaient ripailler et paillarder, suivant l'expression consacrée. Onoique la tradition soit à peu près muette à cet égard, on peut aftirmer que le moyen âge a pris ses ébats dans cette rue; c'est lui évideunnent qui a montré la route à la renaissance, au dix-septième siècle, à son fils dénaturé, ou plutôt à son coquin de neveu le dix-huitième siècle, à la république, à l'empire, à la restauration, et entin à la révolution de juillet.
Sautons quelques siècles à pieds joints. 11 n'y a pas longtemps que le moyen âge a n*ndu le dernier soupir. Le hameau, perdu sur les rives de la Seine, est devenu une rue de Paris : la capitale l'a confisqué à son ju'otit. Les chaumières disparaissent pour faire place à des maisons ; les tavernes où les disciples d'Abeilard venaient oublier les combinaisons ardues du .s/6' et no/j, sont devenues des cabarets où vont s'enivrer les poètes. Hue de lois Villon a dû laisser sa dernière rime et son dernier son sur la tiiblc, de ces salles enfum«';es ! Si l'allreuse hôtellerie de Macette a existé autre part que dans l'imaginalion de llégnier, croyez bien que c'est dans la rue en ([ueslion (pi'il faut la chercher; je suis sur (pi'elle s'ouvrail juste à l'endroit où s'élève maintenant Vliiilcl de i'diais ou Vliôlcl de