ROYALE
roi Lotus Mil, «lotit nous ne parlons pan* C'était un beau cavalier, il était bien à cheval, il mettait bien une armée en bataille, il e&l endui fatigue au besoin Ses amours étaient *i étranges amours il n'avait rien d'un amottfUUI que la jalousie, un rien le rendait luii d'amour. Un jour, il \i( ||De Jetwe tille qui plaçait une bougie dans un HniiilieaM, et il Iiti m*
roya Ai\ mille écus pour sa vertu. In autre jour, mademoiselle d'Hautefbfl
• aehfl un lûlïet daoa son sein, le mi v.ni avoir ce billet* et il le prend avec
dea pincettes. Ah! ce roMa n'annonçait m fila Louis \l\.ei ne
ressemblait guère a son père Henri IV. Il serai! inorl plutét que d Vire
amoureux pour tout ite bon , comme il disait. Singulier prince, il mourui imc un ftaud courage; <>n alla i son enterrement comme i des n< N'oubliei |ms Beautnt. Il m* s'est pua marié parce que la reine rappelait PettttfOU, M qui eèl f.iit un vilain nom pouf BS (♦iniui* ; il I un de esprits de smi temps ; il était hardi, insolent» grand Joueur,
de ino'uiv h .i. religion fori libertin, médisant i sutrauce; le cardinal Richelieu l'.iiin ni pour sa confiance. Il avait dea réparties fortsinguliéres< Un jour, mmmaa il puaaaif devant lecruei&s, il leva humblement son riupeau: • Voilà, lui dit i|neti|iiun,quiea1 «I»* bon exemple —C*œt vrai, dit-il, noua noua aâloona, iu.»ï^ noui ne noua paHotta paa, Ud h du
roi d'Angleterre, Charles l Ces! un veau qu'on traîne de marché on
PLACE ROYALE. «3
marché, jusqu'à ce qu'on le mène à la boucherie.» Quelle fêle est-ce donc et qui joue de la viole de si bon cœur? Ne serait-ce pas le père de mademoiselle de Lenclos? Non ; c'est Maugars, le joueur de viole du cardinal. Un jour, Bois-Robert, le bouffon du cardinal, lit donner à Maugars l'abbaye de Crâne-Etroit, et le cardinal de rire aux éclats de la bouffonnerie. C'était un bon diable, ce Maugars, plein de talent, d'invention, de petites ruses de pauvre diable, et avec cela, fier comme un poète qui eût été riche. Ne sentez-vous pas une odeur de bergerie, les pâturages sont tout dressés, les agneaux bêlants appellent leur mère: c'est Racan qui chante ses idylles. Figurez-vous un berger gentilhomme, il était le digne disciple de Malherbe; et, à tout prendre, un beau génie, mais distrait, et n'étant jamais, où il devait être. Le jour où il fut reçu à l'Académie, il arriva avec un papier que son chien avait déchiré. Voilà, dit-il, mon discours, je ne puis pas le recopier et je ne le sais pas par cœur.
Maintenant que j'y songe, nous avons eu le plus grand tort d'oublier l'abbé Tallemand dans cette cohue dont il a été l'historien goguenard , Nous avons eu tort d'oublier Despréaux le satirique, le bon sens en per» sonne, le bon sens inflexible et tout d'une pièce ; comme aussi ce serait grand dommage de tirer La Fontaine de cet isolement qui fait sa joie, de le mêler à ces beaux-esprits si peu naïfs, de l'asseoir dans une ruelle, et de lui faire débiter les jolis petits lieux-communs de chaque jour. Non, ne parlons pas de La Fontaine, il n'a fait que passer sous les ombrages de la place Royale; mais parlons de Rois-Robert, il a été un des rois de la place Royale; il se fit de bonne heure le complaisant du cardinal. C'était un bouffon qui faisait rire le maître à tous. Au reste, ren* dons-lui cette justice : Bois-Robert n'a fait de mal à personne; il en a consolé plus d'un qui était dans la peine; il en a visité plus d'un qui était à la Bastille. En un mot, tout bouffon qu'il a été, il a été le fondateur de l'Académie Française. Quand il est mort, il disait encore ce bon mot: « Je ne demande qu'une chose, c'est d'être aussi bien avec Notre-Seigneur que j'ai été avec le cardinal de Richelieu. »
Pourquoi donc, je vous prie, puisque nous sommes à la place Royale, ne pas parler de la marquise de Rambouillet? Elle a joué à coup sûr un grand rôle dans ce monde à part, qu'on appelle le beau mande. Madame de Rambouillet était une personne d'un goût très-fin et même exquis, qui s'entendait à toutes les élégances de la vie. A elle seule elle a fait une révolution dans l'art de disposer et d'arranger l'intérieurd'une maison. Elle fut la première qui changea l'escalier de place, afin d'avoir une longue suite de chambres et de salons; elle avait bâti à elle-même son hôtel. Dans cette maison ainsi bâtie pour que l'air et la lumière , et partant la bonne humeur et la santé y entrassent de toutes parts , se donnait rendez-vous tout ce qu'il y avait de plus galant à la cour.
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tout ce qu'il y avait de beaux - esprits dans la ville. C'est là que fui fondée celte grande puissance qu'on appelle la causerie. La marquise de Rambouillet était jeune et belle; son esprit était net, sa parole était vive. Elle avait pour ses amis toutes sortes de malices charmantes. Molière, il est vrai, dans un des accès de sa mauvaise humeur, a dénoncé le belesprit des précieuses ; mais cependant, quelle que soit la verve de Cathos, de Madelon et de Mascarille, on ne peut nier que cette langue française, qui commençait à peine, n'ait gagné beaucoup de grâce à être parlée avec tant de soins et d'études, et dans un si beau salon, par la plus belle compagnie. Madame de Rambouillet a été véritablement une des premières personnes qui ont donné le signal au grand siècle. Madame de Sévigné, elle-même, est venue un peu plus tard que la belle Arténice. D'ailleurs, elle a été la mère de madame de Montausier, ce rare et modeste esprit, qui a écrit tant de pages élégantes et simples sous le nom de Voiture.
Dans ces murs et pour Lucille-d'Argennes Julie de Rambouillet, fut rêvée et exécutée la Guirlande de Julie. La fête de Julie arrivait un mois d'hiver (1644), les fleurs manquaient pour composer un bouquet digne d'elle, M. le duc de Montausier (il était un peu l'amant de Julie, et il a attendu bien longtemps qu'elle le voulût accepter pour son mari) appela à son aide tous les poètes de son temps pour que chacun apportât une fleur de son choix à cette guirlande. Vous pensez si ces messieurs obéirent à cet appel fait à leur courtoisie ! Pas un ne manqua à cette fête de la beauté et de l'esprit : M. d'Andilly le père et M. d'Andilly le (ils . M. Chapelain et M. Colletct, M. Desmarets, M. Godeau , M. de Gombaud , M. l'abbé de Serisy et M. de Malleville, M. de Montmor, M. Racan, M.Tallemant des Réaux, et M. de Scudéry, et enfin M. Conrart que l'on peut à bon droit appeler avec Bois-Robert le père de l'Académie Française. Sous les plus belles feuilles d'un blanc vélin, le fameux maître d'écriture Jarry se chargea de transcrire cette merveille. A la première page Zéphyre se balance dans les airs, il tient dune main une rose et de l'autre main la guirlande de fleurs peinte par Robert, ainsi que les vingt-neuf fleurs que vous retrouverez dans les vingt-neuf pages suivantes ; il est bien entendu que M. de Montausier n'a pas renoncé à jouer sa partie dans ce concert d'éloges en l'honneur de la femme qu'il aimait. Comme chacun de messieurs les poètes pouvait choisir sa fleur favorite, Chapelain choisit Impériale eu l'honneur de Gustave-Adolphe le héros de Julie, M. ColletetetM. de Montausier avaient choisi la rose, M. de Gombault Vamaranthe, M. d'Andilly la (leur de thym, M. Desmarest la violette, et même on se souvient de ces vers :
Franche d'ambition, je me cache sous Pherbe Modeste en ma couleur, modeste en mon séjour; Mais si sur votre front je pub me \oir un jour. La plus belle «les fleurs sera la plus superbe.
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Ce beau volume ainsi rempli de vers et de Ileurs, l'ut relie par Gaslon, le relieur du cardinal de Itic-helieu ; il avait placé au dedans et au dehors de ce beau livre le chiffre de Julie d'Argennes; tant qu'elle vécut, madame de Montausier conserva précieusement ce monument élevé à son esprit, à ses grâces, à sa beauté, et elle le montrait avec orgueil. Après la mort de cette dame, la Guirlande de Julie passa à sa fille madame la duchesse d'Uzès, et à la mort de cette dame, le précieux volume fut vendu quinze louis à M. Moreau,le premier valet de chambre de M. le duc de Bourgogne. M. l'abbé de Ruthelin, M. de Bozes, M; Calgnat, M. le duc de la Vallière ont possédé tour à tour la Guirlande de Julie. Un libraire de Londres Ta acheté quinze mille francs, et l'a revendu à madame la duchesse d'Uzès pour quarante mille francs. On n'a pas tort de parler de la destinée des livres.
N'oublions pas, dans notre histoire, madame d'Hyéres, si aimable dans ses folies ; la sœur de madame de Montausier, mademoiselle de Rambouillet; et mademoiselle Paulet, qui jouait du luth mieux que personne, et dont le chevalier de Guise fut amoureux si fort. Chose étrange, et qu'on ne sait pas, c'est que mademoiselle Paulet, élégante, jolicj musicienne, bel* esprit, courageuse et fière, fut la première qui, en France, fut appelée une lionne. Aujourd'hui, le titre de lionne est un grand titre; c'est une gloire. Une femme qui n'est pas une lionne se croit déshonorée. Mademoiselle Paulet ne fut pas si hère, elle s'emporta fort contre Voilure, mais le nom lui en resta. Tant il est vrai que dans une civilisation quelque peu avancée, rien n'est nouveau, surtout en fait de ridicules.
Si j'avais le temps, comme je vous raconterais l'histoire de Voiture. Il était le fils d'un marchand de vins, mais il se tirait gaiement d'affaire eu disant qu'il avait été réeugendré avec madame et mademoiselle de Rambouillet. C'était Un bel-esprit ; il aimait l'amour et le jeu, mais le jeu plus que l'amour. Il traitait les plus grands seigneurs avec un sans-façon et un sans-gêne merveilleux. Un jour, il mena chez madame de Rambouillet deux grands ours qu'il avait rencontrés dans la rue. Il mettait facilement la main àl'épée. Il mourut, disait mademoiselle Paulet, comme le Grand- Seigneur, entre les bras de ses sultanes. C'est lui qui dit ce joli mot sur le jeune BossUet, qui avait alors quatorze ans lorsqu'il prêcha son premier sermon à l'hôtel de Rambouillet, un quart-d'heure avant minuit : « Je n'ai jamais entendu prêcher ni si tôt, ni si tard.» Songez donc que toute la famille des A ma ni t a passé dans la place Royale en y laissant son empreinte. La marquise de Sablé a vécu dans cette grande maison à coté de la comtesse de Maure , porte à porte ; mais elles se visitaient chaque jour par écrit. C'étaient deux frileuses. Un jour cependant la comtesse de Maure était si malade que la marquise de Sablé se décida à descendre l'escalier pendant que l'on portait au-dessus de sa
Et l'i vcK ROYALE
h*ic h* baldaquin «lu lit d<* la cuisinière Dame? ce sont M tien histoire
d'autrefoii ; on devine, on reconnaît lotit ira siècle a ces sortes de luit Le marôrlial de Grammont faisait partie, lui aussi, de cette société càoj w\ quels beani contes il leur débitait du plus grand sang^froid ' Lé, venait inni rompii de morgue et de science, le président Jeannin. qui osa défendre Laon contre Henri IV. Après la paix. Henri IV voulut l'avoir, disanl qfuo puisqu'il avait servi fidèlement nu petit prince, il poitrail bien sertir nn grand mi. Unjour<jneiarelne*mére lui avait envoyé une grosse somme d'argent, le président renvoya cette somme, en disant qu'une régente ne pouvait disposer de rien tanl que sou lils était mineur. Mais, plus nous allons m [dus ces hommes du passe se montrent a nous, H . Gombaut,
pie deVence, M.Gombaul, le pocle, que madame de Rambouillet ap- (m i.iit U taon Maflrtmg. 800 phia grand chagrin tût été qu'on *(M sa misère,
-amis lui faisaient croira qui' l'argent qu'il* loi donnaient étaitenvoyé parla roi. Combatif, c*eefl tonte la misère et toute la fierté dupoeiedhape*
Liin ftil tout au rebours; il était le pins vanté, le plus riche el le plus mat velu de tous les beaux-esprits, Huaiul il lui présenté pour la première
Roin t madame de RambonEHeC il portail un balui de satin colombeio
double de panne verte, et passemenle de polit- paaseukcttts rolombaius et utIv .1 ni! de perdrix; il avait i son rhapeau un crêpe qui, à Force d'être
PLACE HOVALE. 07
perlé, était devenu couleur de feuille morte ; avec un vieux cotillon de sa sosur, il s'était fait un justaucorps en taffetas noir; sa perruque est une fable, Boileau en a fait un poème. Ainsi était bâti l'auteur de la Pucelle. Vous aviez aussi dans ce temps-là la reine de Pologne, pauvre reine. et la duchesse de Croï, la fille de madame d'Urfé. Faites place et rangezvous, voici le maréchal de Bassompierre, c'est le plus bel-esprit de la cour. La reine lui passe toutes ses folies. Le cardinal La Rochefoucauld et le chancelier Séguier le saluent de la main, tandis que Jodelet se met à vendre des barbes pour le parlement de Metz, qu'on venait de remplir de jeunes gens. Mesdames de Hohan s'en vont aujourd'hui faire une visite à madame de la Maisonfort. N'entendez- vous pas venir Foutenay Coupd'Epéc? c'est un brave qui va rendre sa visite de chaque jour à mademoiselle Férier, la fille du ministre. Dumoustier, le dessinateur, perd son temps à dire des injures à tout le monde. Le président Le Coigneux court après les belles daines ; puis, quand il rentre chez lui, il dit : Je vais voir ma vieille, en parlant de sa femme. M. d'Emery, le financier, l'ami de Mariou Delorme, il avait gagné neuf millions en dix ans : on disait de lui que rétait le plus damné des hommes. Desbarreaux jure et s'emporte. Dans sa voiture à quatre chevaux, Marion Delorme. magnifique et dépensière, mène la vie à grandes guides et meurt à trente-neuf ans, laissant pour 20,000 écus de dentelles et pas un sou d'argent comptant. Cet esprit qui passe tout là-bas, c'est Pascal; cet homme qu'on salue jusqu'à terre, c'est le maréchal de l'Hôpital. Nauriez-vous pas aimé la comtesse de La Suze qui faisait de si jolis vers et des élégies si touchantes ; madame de Jeaucourt, qui était si jolie et qui a été le modèle des mères ; le président de Nicolaî, dont la jeunesse fut si orageuse; le père André dont la parole brutale et toute remplie de violences était loin d'annoncer le père Bourdaloue et le père Massillon qui n'étaient pas loin ! Que dites-vous de madame Pillon, la sincérité même, qui avait bouche en cour; madame Pillon, une simple bourgeoise, à force d'esprit et de boutades piquantes, était également redoutée à la ville et à la cour. Et madame de Mou tan, qui avait les mains aussi belles que les mains de la reine. Et madame d'Ayvait, si colère qu'elle a pensé tuer sa fille d'un coup de poing. El, parmi les beaux-esprits, M. Costar. Un jour, dans cette même place Royale, passait madame de Longueville : sa chaise se brise; un grand laquais se présente pour venir en aide à madame la duchesse: « A qui êtes-vous? lui dit-elle. —Je suis à M. Costa r. — Et qui est-ce M. Costar? — C'est un bel-esprit, madame. — Et qui te l'a dit 4 ' — Si vous ne voulez pas nie croire, madame, prenez la peine de le demander à M. Voiture. — Tel maître, tel valet, dit la duchesse, voyant le valet si beau et si bien éle\e. Songez donc enfin, que parmi ces hommes, que le Marais nous rappelle, il faut compter le cardinal de Itclz et M. de Itoqiiclaurc et madame
M-a«;k hoyau;
i\v la Roekte-Guyon, chantée -pif Benatrade, el la Serra et la Calpraneck
Votia ne pouvez pas comprendre tfuttte étail la loute*puiaij d'une
l'emma d esprit , de madame il»! Conrad, par exemple. CétaH l'eaprit ♦'ii pereonne; alla disait de la religion, déjà! la religion nVst pas mourante, mail seulement défaillante 1 u jour qu'alla lut arrêtée par
des vofeure, nu lia cei bfttdita lui mit la tuait) sur ta gOfgt VélN
m aie/ qui' faire là, mon ami. Imi ilil-rllr je n'ai ni ueriev iiitettuiv
Ne quittons pai cette place Royale* oA a è est dépense tant d'esprit, tant
rlœa al tant d'amours, sans saluer de nos regards el de nos n -• rhôtt'l Carnavalet : Me < ♦ vlla maison, aujourd'hui silencieuse, est sortie, loin anttéti la langue française et la ptasbelte langue <|in? la France ail parlée, la btigue de madame de Sévignê
I est ainsi que dans celle heureuse ville il n'y a pas un coin île tcm\ pas une ruine. i|iu m poisse -• i vu a écrire i|iich|m> deaux - hnpil reni|ilis îles |»tu> grands itmns ilt- l'histoire, el dans lei|ui 1 RM
s'agiter au milieu des espéra m es, des deceplioM et des progrès île Imis genres, les plus nobles, les [dus iHusfres ei fa plus eaœUent* -
Jules I\m>
uu fum-uscù?
es mes. comme les hommes, uni leur destiner. En matière de \ ialulite.
je suis fataliste; non |>i>ïnt «|ite la irramle et l;i petite voirie ne subissent aussi la loi clt* toutes 1rs chose* humaines , l'instabilité, mais rie même tpie certaines familles conservant* au milieu do Inities ksiriolntkms, te dépôt sur ré ries traditions de l'ancienne société, certaines rues perptitucnl la physionomie île Vniïeîenne Tille. H y a telle (il.nr puhhque , tel Diirivfonr qui > par 11m 1 force mystérieuse et providentielle.
semble éternellement voue a la même spécialité, le ne sais quel instinct serrH pousse sans c^sse les mêmes claé&es ou les mêmes profession * vers les mêmes lieux. Les voleurs, les liions, les mendia ni*, les lilles publiques , les saltimbanques iront pas quitté tous les repaire* qu'il* habitaient au moyen-à^e. Supposa/ un tremblement rie terre qui bouleverse Paris, vous verrai au lu «ut de quelque temps ces oi*cail* de h civilisation reienir par bandes peupler Usé quartier* m» ili étaient f'Ialdis MttTffbfa Ainsi (hirondelle ne relrolHaul plus soi» llîri Ml I"***
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tour, en bàlit un nouveau à la place où s'abritait sa dernière couvée.
Nous parlerons tout-à-1'heure des hirondelles de la rue Pierre*Lescol ; disons quelques mots auparavant de la rue elle-même. Le lecteur verra bien que nous avions raison de soutenir qu'il y a des localités prédestinées.
Nous sommes en plein moyen-âge, en 1267; c'est le plus haut que nous puissions remonter pour trouver trace de notre rue ; mais était-ce bien une rue que cette réunion de maisons basses, recouvertes en cbaume pour la plupart, et situées sur l'emplacement dont nous nous occupons ? S'il faut en croire les chroniques, rien n'était plus rue que la rue Jean-Saint-Denis, nom qu'elle devait sans doute à quelque membre de la famille Saint- Denis, qui comptait des chanoines dans l'abbaye de Sainl-Honoré. Saint- Denis, nom illustre, maintenant porté par des cabotins de province! Mais ne sortons pas de notre rue.
La rue Jean-Saint-Denis n'avait point à cette époque l'honneur d'appartenir à la capitale, elle faisait probablement l'ornement principal de quelque village placé sous la protection de l'abbaye de Sainl-Honoré, ou bien elle composait à elle seule un de ces hameaux groupés sur les verdoyants monticules qui bordaient les rives de la Seine. Il me semble voir notre rue dans toute la laideur pittoresque de sa physionomie gothique. Des chaumières lézardées, du fumier en guise de pavé, de la mousse sur les toits, la lanterne de la vierge du coin pour tout éclairage» Des jardins derrière les maisons; derrière les jardins, la rivière. J'imagine que déjà, à cette époque, il devait y avoir des cabarets dans la rue Jean-Saint-Denis, cabarets renommés où les étudiants, les bohèmes, venaient ripailler et paillarder, suivant l'expression consacrée. Quoique la tradition soit à peu près muette à cet égard, on peut affirmer que le moyen-âge a pris ses ébats dans cette rue; c'est lui évidemment qui a montré la route à la renaissance, au dix-septième siècle, à son fils dénaturé, ou plutôt à son coquin de neveu, le dix-huitième siècle, à la république, à l'empire, à la restauration, et enfin à la révolution de juillet.
Sautons quelques siècles à pieds joints. Il n'y a pas longtemps que le moyen-âge a rendu le dernier soupir. Le hameau, perdu sur les rives de la Seine, est devenu une rue de Paris. La capitale l'a confisqué à son profit. Les chaumières disparaissent pour faire place à des maisons; les tavernes où les disciples d'Abeilard venaient oublier les combinaisons ardues du sic et non. sont devenues des cabarets où vont s'enivrer les poètes. Que de fois Villon a dû laisser sa dernière rime et sou dernier sou sur la table de ces salles enfumées ? Si l'affreuse hôtellerie de Macette a existe autre part que dans l'imagination de Itégnier. croyez bien que c'est dans la rue m question qu'il faut la chercher; jf» suis sûr qu'elle s'ouvrait juste a l'endroit ou s'elexe maintenant Yltotrl île Culuis ou Y hôtel dv
HUE IMERRE-LESCOT. 7!
France. Que voulez-vous que deviennent des hôtels sur de pareils emplacements?
Le roi des rihauds étendit sa juridiction sur la rue Jean-Saint-Denis; souvent ce monarque vint y tenir cotir plénière et y juger les différends de ses sujets. La salle principale d'un bouchon était métamorphosée en tribunal. Le juge souverain montait sur une table et les plaidoiries commençaient. Quel auditoire on devait voir et quelles plaintes on devait entendre ! Des femmes, les cheveux épars, la voix rauque, les vêtements eu désordre ; des hommes déguenillés, barbus, sinistres, cachant un poignard dans leur ceinture; des matrones ridées, au chef branlant, les lèvres et le menton couverts de ce duvet que l'école romantique appelle des moisis* sures. Voici Cocarde qui montre ses épaules couvertes de cicatrices et qui demande réparation de la volée que lui a administrée la veille le terrible Bombardier, lansquenet licencié à la suite de la paix, et maintenant Adonis de carrefour; place à ce brave homme au gros ventre! c'est un marchand étranger qui réclame sa bourse que Jeanne la Rousse et la charmante, lui a soustraite entre chien et loup, c'est-à-dire pendant qu'il était entre deux vins ; faites silence maintenant pour écouter les lamentations chevrotantes de cette vieille qui réclame le prix des meubles et des pots cassés à la suite d'une orgie de ces messieurs et de ces dames. Ou échange des interpellations, les démentis s'entrechoquent; le lansquenet montre le poing à Cocarde ; Jeanne la Rousse fait la nique au gros marchand: la vieille discute ou plutôt glapit à propos de la valeur de ses bahuts. Les spectateurs, en attendant leur tour, prennent fait et cause pour l'une des parties. Dès que Cocarde ouvre la bouche, mille voix s'élèvent à l'instant pour l'encourager; si elle pleure, mille gémissements se font entendre ; Bombardier a des amis dévoués, mais leurs éclats de rire ne peuvent dominer le bruit des sanglots ; le gros marchand jure et blasphème, la Rousse se tord les côtés, l'hôtelière se précipite aux genoux du juge, le tumulte esta son comble; c'est un charivari discordant, un brouhaha, un sabbat véritable. Le roi des rihauds fait un signe, et ses archers, qui, en guise d'arcs, portent de bonnes et belles hallebardes, rétablissent le silence à grands coups de bois de lance. Alors Sa Majesté trèspeu catholique se lève et prononce la sentence, la force armée s'empare des condamnés et le monarque transporte ses assises ambulantes dans quelque rue borgne de la cité. Voilà le magnifique spectacle que présentait au quinzième, et même au commencement du seizième siècle, un cabaret de la rue Jean-Saint-Denis, le premier de chaque mois. Ce cabaret judiciaire avait seul le privilège d'allumer une lanterne rouge devant sa porte, depuis le crépuscule jusqu'à l'aurore, et de donner asile à tous ceux qui se présenteraient à quelque heure de la nuit que ce fût.
Bon sang ne peut mentir. Vous jugez à présent des progrés qu'a suivis
T2 li UK l'IEHItE-LESCOT.
notre rue depuis le moyeu-âge. C'est d'abord un rendez- vous champêtre pour les parties plus ou moins fines des basses classes de la population parisienne , une espèce de Meudon populaire. Une fois englobée dans Paris, ses bonnes dispositions ne font que croître et embellir. La paysanne un peu égrillarde est devenue une véritable gourgandine. Le temps n'est pas loin où sa réputation franchira les barrières, et où les pères et mères des provinces de France recommanderont à leurs (ils d'éviter toute fréquentation avec elle.
Il faut avouer aussi que jamais rue ne tut plus convenablement située pour devenir un admirable coupe-gorge, un délicieux clapier. Sous Henri IV, déjà la rue Saint-Honoré avait presque acquis le développement qu'on lui voit aujourd'hui ; elle roulait, d'un bourde Paris à l'autre, comme, une vaste rivière, les vagues toujours mouvantes dune population composée de gens de tous les états, de tous les quartiers, de tous les pays. (> fut cet encombrement qui coûta la vie au Béarnais. Le Palais-Royal opère sa jonction avec ce fleuve, juste devant la rue dont nous parlons qui n'est qu'une sorte d'exutoire, une espèce de canal où se jettent toutes les immondices qui flottent à la surface de l'eau. Du côté du nord, notre voie de communication s'ouvre sur des espaces vagues dont l'étendue était considérable à une certaine époque. Les décombres toujours amoncelés pour l'achèvement du Louvre, les accidents du terrain, la solitude qu'on était sur de rencontrer en de tels lieux, les rendaient essentiellement propices à l'exécution de tous les crimes et de toutes les turpitudes qui ont besoin du silence et de la nuit. Là les voleurs tenaient leurs conciliabules nocturnes, là l'enfant ignorant, le moine obscène, le vieillard dévoré d'une luxure stérile, venaient chercher une satisfaction honteuse à d'impurs désirs; là le vol et l'assassinat étaient pour ainsi dire endémiques ; d'abjectes syrènes attiraient leur proie et ne la rendaient plus. Au dernier coup du couvre-feu, bandits et ribaudes prenaient possession de leurs domaines et faisaient la maraude jusqu'au milieu de la nuit. Tout ce peuple maudit rentrait ensuite dans les repaires que lui offrait la rue voisine; alors, sans prendre la peine d'essuyer les mains tachées de sang, commençait l'ignoble orgie, le vin, les baisers, les blasphèmes; et de semblables nuits se succédaient jusqu'à ce que la main de la police arrachant le verre et la chanson aux lèvres du meurtrier, et le poignard à son bras , lui ménageât un terrible et dernier réveil en face de l'échafaud.
L'histoire de la rue Pierre-Lescot peut se résumer dans ces quatre mots, assassinat, vol, misère, prostitution. Cette rue n'a-t-elle donc jamais connu l'innocence, et n'a-t-elle pas eu ses beaux jours ?
Innocente, elle ne le fut jamais; son enfance et sa jeunesse ont été passablement agitées, comme on a pu s'en convaincre par ce que nous
HUE PIEHIIE-LESCOT. 7."
venons dédire. J'nime à croire que l'âge mur l'a trouvée plus raisonnable ; les rues deviennent peut-être vertueuses à trente ans comme les femmes. Un moment, on eût dit que le repentir l'avait touchée. C'était au dix-huitième siècle; vous savez comment on se repentait alors.
N'importe! un beau matin, notre rue éprouve le besoin de faire peau neuve, de se dépayser; elle veut changer de nom, ne pouvant changer de quartier. Soudain, un badigeonneur se présente et efface le nom de Jean- Saint-Denis pour le remplacer par cette désignation plus gracieuse : Rue du Panier-Fleuri. La mode était alors aux choses champêtres ; je m'étonne que l'imagination rustique des hommes de l'époque ne se soit pas davantage exercée sur les rues de Paris ; nous aurions eu la place du Chalumeau, le carrefour de la Coudretle, la traverse Philis, le passage de la Houlette et le cul-de-sac Corydon. Tous ces noms-la valent bien pour le moins ceux d'aujourd'hui. Quoi qu'il en soi!, nous voici arrivés au second acte de celte trilogie, dont le premier est intitulé J eau -Saint- Denis ; le second, le Panier- Fleuri; et le troisième Pierre-Lescot.
Etait-ce dans cette rue que la célèbre madame Grégoire tenait son cabaret à l'enseigne du Panier-Fleuri, ou bien ce nom n'est-il qu'un témoignage du succès obtenu par cet établissement, et la bonne ville de Paris avaitelle fait comme ces marchands qui choisissent pour exergue à leurenseigne le titre de la pièce la plus applaudie pendant l'année? Je penche décidément pour cette dernière version, aussi flatteuse pour madame Grégoire que la chanson consacrée à sa gloire. Il nie semble que sous l'influence de sa désignation nouvelle, notre rue dut prendre une allure plus jeune, plus riante, plus gaie. Les maisons, en effet, furent recrépies et passées à la chaux, les enseignes remises à neuf, et l'on vit des vases de (leurs au rebord de quelques fenêtres ; indice certain de la présence de plusieurs grisettes. On est fait, la rue Jean-Saint-Denis a rejeté toute la vieille souillure du moyen-âge, elle va renaître aux fraîches amours, aux chants joyeux, les grisettes l'ont sanctifiée !
Le dix-huiliernc siècle a été l'Age d'or de la rue Pierre-Lescot ; à cette époque, eu effet, la mode était aux cabarets, aux grisettes, à tous les plaisirs de la vie en plein air; les Porcherons n'étaient pas le seul endroit où les grands seigneurs aimassent à s'encanailler. Plus d'un désertait sa petite maison sombre et mystérieuse, pour les joies plus épicées des caravansérails publics. La me du Panier- Fleuri eut des gargottes privilégiées qui se donnèrent le luxedeqiielquescabinets particuliers; le marquis, déguisé sous le manteau couleur de muraille du tiers-état, y conduisait la lingère de sa femme, tandis que dans l'appartement à côté, la marquise faisait couler le Champagne dans le verre d'un homme de lettres, ou d'un jeune commis aux gabelles. Une simple cloison séparait le ménage. Faites disparaître quelques planches, et les deux moitiés tle la société se surprennent