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l'avait fourni? Nul ne s'en souvenait; nul ne s'en souciait! 11 est des noms qui ont le droit d'être respectés dans les défaites politiques ; ce sont ceux qu'environne une auréole de gloire. Mais Cérutti n'avait été qu'un obscur soldat, tombé sur le champ de bataille, au commencement de l'action ; l'esprit qu'il avait jeté dans la lutte avait été effacé par de bien plus vives saillies; bien d'autres noms célèbres, fameux, retentissants, avaient étouffé le sien. Un seul homme aurait pu plaider sa cause; cet homme avait été son ami, son collaborateur, son compagnon; mais cet homme se nommait alors le prince de Talleyrand ; il avait passé par toutes les dignités et par toutes les trahisons; il avait mené le convoi funèbre de l'empire; les clés de grand chambellan que lui avait confiées l'empereur lui avaient servi à ouvrir aux Bourbons le château des Tuileries; toutes les puissances étrangères attachaient des croix à son habit et versaient des millions dans ses poches ; il boitait sous le fardeau des
honneurs, et il en demandait encore! Cet homme était trop adroit,
trop avide, pour se souvenir d'un ami mort en état de péché républicain.
Aucune sympathie ne s'élevait donc en faveur de Cérutti ; rien ne protégeait son nom. Le comte d'Artois, au contraire, jouissait de la plus grande popularité. Il revenait précédé par une réputation chevaleresque; les meilleurs esprits du temps lui faisaient des bons mots, que ses partisans répétaient avec enthousiasme. N'avait-il pas dit eu parlant de son retour : — Rien n'est changé eu France : il n'y a qu'un Français de plus !
Et une autre fois, eu écartant les gardes qui empêchaient la foule d'arriver jusqu'à lui, ne s'élait-il pas écrié : — Plus de hallebardes!
La rue Cérutti reprit donc le nom de rue d'Artois, le jour même où la rue de la Victoire, sa voisine, reprenait le nom de Chantereine.
Rien de bien remarquable ne se passa dans les premiers temps qui suivirent ce troisième baptême ou plutôt cette reprise d'un ancien nom ; la rue d'Artois continua son train de vie élégante et somptueuse. De riches comptoirs s'étaient ouverts dans sou sein; quelques-uns de ses hôtels furent convertis eu fortes maisons de banque ; l'aristocratie financière venait lui prêter un nouveau relief.
Dans les dernières années de la restauration, la lièvre des constructions s'empara de tous les capitaux. La bande noire, qui jadis avait fait la guerre aux châteaux, leva le marteau de la spéculation sur les hôtels qui occupaient une trop grande étendue de terrain. Sur l'emplacement de ces somptueuses habitations, situées entre cour et jardin, ou pouvait bâtir trente maisons productives. L'industrie dressa ses plans, dans lesquels la Chaussée-d'Aiitiu ne fut pas oubliée.
Il y avait à cette époque, au Palais-Royal, eu face des galeries de bois qui déshonoraient ce vaste et monumental édifice, un tailleur nommé Rerchut, renommé surtout pour les habits d'uniforme. Les passants
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éblouis s'arrêtaient devant l'étalage de son magasin, pour admirer les habits des généraux couverts de broderies d'or et les dolmans de hussards élégamment galonnés. Pendant les guerres de l'empire, alors qu'on usait beaucoup d'uniformes, ce tailleur avait fait une belle fortune qu'il eut Tidée d'augmenter par des opérations industrielles. Le démon de la construction s'empara de lui : après avoir taillé le drap, il voulut tailler la pierre.
Berchut acheta l'hôtel Thélusson, et il le démolit.
Ce fut une véritable douleur et une indignation générale dans le quartier qui voyait détniire son plus bel ornement. On cria au vandalisme et au meurtre! Mais les maçons n'en poursuivirent pas moins l'œuvre de destruction. L'arcade immense, le délicieux jardin, le palais de fée, les rochers, la colonnade, les arbustes, les fleurs, les statues, tout disparut, tout tomba, et bientôt il n'y eut plus qu'un amas de décombres à cette place où naguère s'élevait la plus charmante habitation de Paris.
Mais rassurez-vous: l'industrie et la spéculation ont horreur du vide. Sur ce monceau de ruines, un nouveau quartier va s'élever, et pendant qu'un accroissement se préparc pour la rue d'Artois, voici qu'elle va devenir le théâtre de grands événements politiques.
Le 27 juillet 1850, l'insurrection éclata dans Paris. — De cette histoire, nous raconterons seulement ce qui touche à la rue d'Artois. Après avoir pris les armes et s'être disposés au combat, les insurgés songèrent à se donner des chefs. Parmi les noms qui se recommandaient le mieux aux amis de la liberté, on proclamait M. Laflitte, dont l'hôtel était situé rue d'Artois. Le soir du 27 juillet, l'école Polytechnique se révolta; quatre élèves de cette école se rendirent chez le banquier-député, pour lui annoncer que tous leurs camarades étaient prêts à combattre pour la cause populaire, et se mettaient à la disposition des chefs du parti.
Il était onze heures lorsqu'ils frappèrent à la porte de l'hôtel Laflitte. Le concierge leur répondit que le maître était couché, et ils se retirèrent. — Tel fut le résultat de la première démarche faite ouvertement dans la me d'Artois, en faveur de la révolution qui commençait.
Mais, le surlendemain, après une journée de bataille, la question était déjà fort avancée; il était aisé de voir de quel côté penchait la fortune. et les nouvelles arrivant de tous les points de la ville annonçaient qu'il ne restait qu'à organiser la révolution. Les hommes que leur âge, leurs fonctions et leur caractère éloignaient du champ de bataille, prirent le chemin de la nie d'Artois, en évitant les barricades. Il s'agissait de savoir ce qu'on allait faire de la victoire. La foule se pressait aux abords de l'hôtel Laflitte, où les députés de la gauche se rendaient pour tenir conseil. Aucun d'eux n'avait reçu d'avis, et chacun avait jugé que c'était fa le centre de réunion le plus convenable. Il n'y avait plus à hésiter. Le
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