‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 3 sur 77 · A TKAVKHS LES KL' ES · texte numérisé non relu

A TKAVKHS LES KL' ES

royaux ou de supplices, commencèrent à se donner des titres littéraires et philosophiques : l'Encyclopédie et la Révolution n étaient pas loin; les rues de Paris ne devaient-elles pas à Voltaire, le véritable roi de France de cette époque, l'honneur qu'elles avaient Fait à Louis XIV, le roi du dix-septième siècle?

Sous le règne de Voltaire, les tètes parisiennes tournent au vent delà littérature sceptique et de la philosophie; la grande ville semble vouloir prendre une face tout-à-fait nouvelle; la cour est trop petite pour le palais de Versailles, et le château des Tuileries est presque trop grand pour la royauté de Louis XV ; la mode esta l'émancipation intellectuelle, politique, sociale; on discute les vieilles croyances, les vieilles religions et les vieilles idées; on se rit déjà, dans une double haie d'imprécations et de sarcasmes, des juges, des prêtres et des rois, du prétoire, de l'autel et du trône; l'heure providentielle de vouloir et d'oser est à la fin venue : la grande ville se réveille, se lève, s'agite, et tâtonne sur un sol qui tremble; alors, au milieu des rues de Paris, les volontés se cherchent, se rapprochent et se mettent en commun; les intérêts personnels s'oublient et se taisent; l'égoïsme de chacun disparait et va se perdre dans l'égoisme de tous; en un pareil moment, les moyens de transport et de communication, si Ton peut s'exprimer ainsi, s'organisent au profit de cette pensée populaire qui germe, qui fermente, et qui veutéclore au soleil de l'égalité; des liens réciproques se forment ou se fortifient; de hautes initiatives président aux mouvements du peuple qu'elles aident, qu'elles provoquent, qu'elles répriment tour à tour et à leur gré; la science, la littérature, la philosophie, le badinage et la mode, tout est mis à contribution pour le triomphe d'un principe; Paris ouvre, à deux larges battants, ses salons, ses académies, ses cénacles, tous ses bureaux d'esprit, à cette foule d'incrédules et de railleurs raisonnables, dont l'influence est à la veille de conclure pour la liberté, sur des prémisses posées par les institutions et les siècles!

N'est-ce point là, bien pâle, bien rapide, bien incomplète sqjis doute, l'histoire du pressentiment public au xvnr siècle? N'est-ce point ainsi que commence, que grossit à vue-d'œil.

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dans les rues de Paris, et que se précipite la grande association philosophique, ce fleuve terrible qui creuse son lit au travers de toutes les digues, de toutes les terres de la monarchie, qu'il balaye et qu'il féconde, en y apportant l'engrais de son limon révolutionnaire?

Après cela, ma foi! que vous dirai -je encore des rues de Paris? Vous y verrez passer les grands hommes, les victimes, les héros d'une glorieuse et sanglante révolution; vous y verrez figurer les personnages abâtardis, les mœurs, les coutumes et les folies ridicules du Directoire.

Vous y rencontrerez les géants qui reviennent d'Egypte et d'Italie; vous y verrez parader, au milieu des applaudissements et des vivats de la foule, les soldats de l'Empire qui obéissent à la voix d'un demi-dieu; plus tard, vous tacherez d'y rencontrer, le moins souvent possible, des étrangers, des ennemis armés qui se promènent, avec délices, dans la Campanie parisienne; enfin, vous y saluerez, avec un noble orgueil, avec une joie patriotique, l'avènement d'une Révolution nouvelle qui s'élève sur le pavois populaire des barricades de Juillet, et vous ne sortirez, infatigables promeneurs, de l'enceinte de la ville moderne, que par cette dernière rue pavée de canons, que Ton appelle les Fortifications de Paris!

Certes! je le disais bien : c'est là une belle histoire, l'histoire de la France toute entière, racontée par les rues de Paris; histoire du peuple et de la bourgeoisie, dans les rues baptisées par des vilains et des marchands; histoire des fiefs et des privilèges, dans les rues baptisées par l'opulence des nobles, des dignitaires et des seigneurs; histoire de l'Eglise, dans les rues baptisées par les chapelles, par les images religieuses et par les couvents; histoire de la servitude ou de la barbarie, dans les rues baptisées par un préjugé, par une persécution ou par un supplice: histoire des états, des arts et des métiers, dans les rues baptisées par une boutique, par une industrie, par une enseigne; histoire de l'administration et de la police, dans les rues baptisées par les officiers du parlement et de la vill^e; histoire des grands hommes dont s'honore la France, dans les

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rues baptisées par le souvenir d'un nom illustre ou d'un chefd'œuvre; histoire des luttes et des guerres nationales, dans les rues baptisées par une victoire ou par une conquête; histoire universitaire de Paris, dans les rues baptisées par un collège ou par une école; et, pour que rien ne manque aux détails, aux aperçus, aux inductions de cette histoire, la volonté de Henri IV, de Richelieu et de Louis XIV, nous laissera deviner le premier mot de la centralisation parisienne, dans les rues de Paris baptisées, par ces trois souverains, du nom glorieux de chaque province française.

Dix-huit siècles vont nous répondre, pour ressusciter avec nous la grande ville de César, de Philippe-Auguste, de François P r , de Louis XIV et de Napoléon! Tous ceux qui aiment encore la poésie des souvenirs, l'étude des sociétés éteintes, ou le spectacle de la vie contemporaine, viendront se promener, à coup sur, au milieu des populations diverses qui doivent passer, une à une, avec les siècles, dans la poussière historique de ce monument littéraire. -

L'on a dit, bien souvent, que Ton pourrait écrire une précieuse histoire de France, avec des matériaux qui ne seraient que des noms propres : les collaborateurs de ce livre vont essayer de retrouver cette histoire dans les noms des rues de Paris.

Et pour ajouter encore un nouveau charme, un nouvel intérêt à la variété rétrospective d'un pareil ouvrage, le génie de l'artiste secondera la science de l'historien, la fantaisie de l'observateur et l'imagination du poète. Nanteuil trouvera le moyen de faire sortir une scène dramatique et charmante du fond des vieilles chartes des rois, des cartulaircs des églises et des registres des parlements; Jules David et Français embelliront la modeste origine d'une rue, en poétisant la prose d'un simple chroniqueur; lorsqu'il s'agira d'une narration instructive, Mahckl et Baron arriveront bien vite à notre aide, pour la rendre ingénieuse, originale et amusante; si nous avons |U'iir des souillures secrètes ou publiques de certaines voies parisiennes, Davmier nous forcera de rire, en prêtant au vice

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d'autrefois les apparences d'une plaisanterie ou d'un ridicule; si nous avons besoin d'assister à la résurrection poétique d'un monument, d'un palais, d'un édifice, d'une maison, abîmés par les siècles et par les orages, Lemercier et Godefroy relèveront tous ces Lazares de pierre, en les frappant du bout de leur merveilleuse baguette; quand il nous faudra vivre dans le Paris du dix-neuvième siècle, Gavarni nous donnera, sur le théâtre de la Mode, une représentation de la Petite Comédie Parisienne; enfin, le crayon et la plume écriront ensemble, sur la même page, pour les yeux, pour la pensée, pour le caprice et pour le cœur.

Cette fois, du moins, le préjugé public aura raison; les artistes, les écrivains, les passants spirituels de la grande ville, que je précède et que je vous annonce, nous donneront le droit de dire, je l'espère : L'esprit court les rues!

LOUIS Ll'RINK.

4 2ti PLACE DE L'HOTEL-DE-MLLE.

de ralliement des émotions nationales.— Les nations et les cités ont-elles donc comme les hommes un visage et une âme? Ont-elles donc aussi une physionomie sur les traits de laquelle se reflètent toutes leurs impressions? Vraiment, on est porté à croire à cette individualité des peuples et des villes, lorsqu'on observe avec quelle persévérance tous les mouvements des sociétés viennent, pour chacune d'elles, graviter vers un centre commun.

A la naissance même de Paris, dès les premiers vagissements de l'antique Lutéce, nous voyons se former et s'établir cette prépondérance d'un endroit sur tous les autres. Une troupe d'hommes actifs et laborieux sort des forêts druidiques pour chercher un bien-être qu'elle ne trouve plus dans ces sombres retraites. Le fleuve attire d'abord leurs regards; leurs rudes instincts devinent tout de suite les avantages de ce moyen de communication; ils ont compris ce que Pascal dira plus tard : Les rivières sont des chemins qui marchent.

C'est sur la Grève que se posent les premières cabanes; les îles du fleuve voient construire les premières habitations, et lorsque tant de splendeur et de magnificence, à travers des phases si multipliées, si agitées et si diverses, auront remplacé ces humbles demeures, la Ville reconnaissante gardera pour emblème le signe de son origine, et le vaisseau d'argent dira sur l'écusson de Paris, qu'il fut fondé par une colonie de bateliers et de pêcheurs. Sur la rive se dressera le palais de la Cité, et c'est là, en face de l'édifice municipal, qu'éclateront en cris d'allégresse ou en sanglots toutes les joies et toutes les souffrances du peuple. C'est là aussi qu'il viendra tour à tour menaçant, irrité, calme, superbe, fort, puissant, résigné, exalté, abattu, vaincu ou triomphant, paisible ou tourmenté, sage ou en délire, réclamer ses droits, conquérir ses franchises, honorer la vertu, châtier le crime, gémir sur des désastres et célébrer ses fêtes, commencer, continuer et accomplir toutes ses révolutions.

Contre cette volonté civique, rien ne pourra prévaloir; tous les pouvoirs qui présideront aux destinées de la France s'inclineront devant l'Hôtel-de-Ville.

L'histoire de la place de l'Hôtel-de-Ville n'est pas seulement le premier chapitre de l'histoire de Paris dans son existence comme cité : c'est le sommaire le plus complet de l'histoire de France.

11 doit nous suffire d'indiquer ces idées, sans leur donner un développement qui s'éloignerait à la fois et du principe et du but de cet ouvrage, qui ne veut parcourir les âges passés et le temps présent, que pour leur demander les souvenirs pittoresques et animés qui font revivre sous nos yeux les hommes et les choses.

Pour bien comprendre le langage des événements, il faut se rappeler que les premiers droits de la cité parisienne furent ses privilèges de coin-

merce et de navigation sur la Seine ; la conquête et toutes les dominations qui se succédèrent ne purent anéantir ces franchises qui devaient être à la fois si fécondes et si stériles, mais qui furent toujours le gage assuré de son indépendance et de sa prospérité. Le peuple de Paris avait commis à son Hôtel-de- Ville ce dépôt sacré; c'était l'objet de sa sollicitude la plus vive et la plus constante; tout ce que la population ressentait la ramenait donc naturellement aux soins de cette défense; l'Hôtel-de-Ville .était comme le cœur de la cité, le siège de toutes ses émotions.

Les vicissitudes architectoniques de l'Hôtel-de-Ville ne présentent qu'un intérêt médiocre. Il n'est pas rare que l'aspect des monuments en raconte les annales; cette histoire est assurément plus grave, plus authentique et plus durable que celle qui nous est transmise par les livres ; mais il est des édifices dont l'extérieur se prête mal à ces enseignements, c'est qp'ils n'ont pas été créés d'un seul jet; ils ne sont pas empreints du caractère d'une époque et ne peuvent point en reproduire le type; leur construction semble n'avoir pas été dirigée par une pensée unique; on croirait qu'ils sont nés du caprice et de la fantaisie. Tel est le style de l'Hôtel-dc-Ville de Paris : il n'a rien qui puisse instruire avec sûreté ceux dont le regard l'interroge. 11 faut bien le dire, il manque de grâce, sans avoir de dignité, et aucun de ses traits n'indique sa destination ; il est aussi éloigné du goût que de la magnificence ; des constructions récentes ont beaucoup fait pour sa parure et rien pour sa beauté.

Il n'en est pas ainsi du cadre au milieu duquel il est posé. La place de rilôtel-de-Ville a une figure qui lui est propre, sa physionomie est étrangement expressive, elle n'a laissé altérer aucun de ses traits, elle porte un de ces vieux visages dont chaque ride atteste le passage d'une passion.

Sa situation tient à l'origine même de Paris ; dans les îles qu'elle regarde et sur les rives qu'elle touche, des huttes de pécheurs ont tracé la première enceinte. Vis-à-vis d'elle sont nés les monuments, qui témoignaient d'une grandeur future. Les églises, les monastères, le palais des rois, les asiles ouverts à la souffrance et à l'infortune, les grands logis de la noblesse, la maison de justice, les entrepôts des marchands et la maison des bourgeois se groupèrent autour d'elle; elle devint le forum naturel de cette ville qui commençait à se montrer si puissante; le rôle qui lui appartenait dans l'histoire de Paris lui fut prompteinent tracé, et rien n'a pu l'en faire dévier : elle a fidèlement gardé la mémoire de tout ce qu'elle a vu.

Qu'importent après cela les récits de la tradition qui ont sèchement enregistré des titres d'acquisition, de transmission et de propriété, comme s'il ne s'agissait, dans l'existence de l'Hôtel-de-Ville de Pans, que de constater la légitimité du domaine? Les bourgeois eurent d'abord une maison de la marchandise ; vers le milieu du treizième siècle, en 1557. ils

achetèrent une maison qui avait appartenu à Philippe-Auguste; on l'appelait la maison aux piliers, parce qu'elle était soutenue par de gros piliers; on la nommait aussi la maison du dauphin, parce qu'après avoir été prise par Philippe de Valois à la reine veuve de Louis-le-Hutin, elle avait été donnée à Guy, dauphin de Vienne. Réparée par les soins des prévôts des marchands et des échevins, cette maison, qu'on appelait indifféremment maison de Ville ou maison de la Prévôté, fut, en 1368, ornée de peintures par Jean de Blois. En 1380, sous le règne de Charles VI, deux cents Parisiens, habitants notables, réunis sous la présidence du prévôt des marchands, y faisaient entendre leurs doléances contre les violences exercées parles parents du roi. En 1533, Pierre de Viole, prévôt des marchands, posait la première pierre de l'Hôtel-de-Ville ; en 1553, Dominique de Cortone en poursuivait la construction ; en 1605, il était achevé par Dominique Bonardo, sous l'édilité de François Miron, prévôt des marchands.

En 1801, lorsque la préfecture du département de la Seine prit possession de l'Hôtei-de- Ville, l'édifice fut agrandi par la démolition de l'église de Saint-Jean-en-Grève et d'une partie des monuments de l'hôpital du Saint-Esprit. Aujourd'hui, des travaux considérables ont doublé son étendue, régularisé sa forme, et on fait de loyaux efforts pour donner à l'Hôtel-de-Ville de Paris des dehors dignes de la capitale de la France. Nous n'avons point à nous prononcer sur ces nouveaux accroissements ; ils n'occuperont notre attention que lorsque l'ordre de notre observation nous conduira à l'examen de la place de l'Hôtel-de-Ville. telle que l'ont faite les dernières modifications qu'elle a subies.

Nous sommes de ceux dont la réflexion obéit aux objets extérieurs et ne cherche point à leur faire violence; dans nos lignes, c'est la place de l'Hôtel-de-Ville qui nous montrera elle-même les signes et les souvenances des événements dont elle a été le théâtre.

Par une belle et radieuse matinée de printemps de l'année 1381, une foule considérable était rassemblée à la halle de Paris, et dans les rues étroites qui entouraient ce vaste marché ; il y avait là force bourgeois et manants; les marchandes s'étonnaient de cette affluence extraordinaire, et composée de gens qui paraissaient occupés de tout autre chose que de faire leurs provisions. Des groupes se formaient; l'inquiétude, une anxiété universelle et des signes non équivoques de mécontentement se manifestaient partout; on entendait déjà gronder la tempête populaire.

— Ils sont sans pitié, disait à ceux qui l'entouraient un marchand drapier; ils nous accablent d'impôts, et je sais de bonne part qu'ils viennent encore de décréter de nouvelles taxes.

— Us n'oseront pas les demander! s'écria avec véhémence un boucher.

— Bah ! ils oseront tout! Est-ce qu'ils ne sont pas les maîtres?

— Nous verrons bien, murmuraient quelques voix...

PLACE DE L IIOTEL-DEMLLE. ÏZ

— Vous verrez, reprit un homme au visage pâle et austère, vous verrez la ruine de la France, la nôtre, et celle de nos familles...

— Nos braves échevius ne le souffriront pas, répondirent quelques bourgeois.

— Vos échevins! Quel mal ont-ils empêché? Ne se sont-ils pas toujours contentés de satisfactions vaines, et n'ont-ils pas toujours blâmé nos efforts?... Ah! s'ils avaient laissé agir le bon peuple de Paris, ces princes qui ont déjà volé la couronne ne nous voleraient pas nos franchises, nos privilèges et notre argent.

Ce dernier mot produisit la commotion la plus vive ; une clameur haute et terrible s'éleva de toutes parts; des cris partis de différents endroits lui répondirent, et il sembla que cette multitude allait s'ébranler. Aussitôt quelques hommes se détachèrent des groupes et se hâtèrent de calmer cette irritation ; ils étaient accueillis avec impatience : mais l'autorité qu'ils exerçaient n'était point méconnue: c'étaient des bourgeois notables qui, par dessus toutes choses, redoutaient la sédition.

— Écoutez, dit un d'entr'eux, le roi Charles VI...

— C'est un enfant, il n'a pas quatorze ans.

— Mais...

— Ses oncles régnent en sa place; le duc d'Anjou, le régent, dont la cupidité est insatiable, ne rèvc qu'impôts et taxes, et, après nous avoir tout pris, il prétend fouiller nos maisons pour nous enlever jusqu'à nos dernières ressources.

— Ces mesures ont trouvé de l'opposition dans le conseil.

— Et que lui importe, à lui, qui brave toutes les volontés'

— Il y a eu des remontrances...

— Des pleurs d'enfants qu'on n'écoute pas.

— L'impôt ne sera pas exigé...

— Et si je vous disais, maître Michaud, qu'il est déjà vendu à ceux qui doivent le percevoir, et que M. le duc d'Anjou a déjà touché le prix des taxes qu'il a cédées.

— Parlez plus bas, maître Bernard, j'aperçois des hommes de la cour.

Effectivement, quelques personnages portant, comme marque distinctive de leur noblesse, des chaînes d'or, parcouraient les groupes des bourgeois, sans parler, mais écoutant tous les propos; des archers se tenaient préU à recevoir leurs ordres : c'étaient des o (liciers du palais.

Cependant, l'émotion de la foule se calmait; des paroles rassurantes avaient dissipé les craintes et apaisé les ressentiments; déjà le calme se rétablissait, lorsque parut tout-a-coup, au milieu de la halle, un homme à cheval. Il portait une armure complète, mais sombre, sans devises et sans armoiries; la visière de son casque, à demi baissée, laissait à peine

ïCE DE L'IluTKL-IiE-VILLK.

voir les traits de mm visage; il Kcflftif i h nain droite un clairon, el tonna une hnfiwe <[m attira autour <h» lui unité la population.

Lorsque !<• silence fui établi, il annonça que des voleurs venaient d'enlever les diamants de la couronne, et que dix marcs d'or riaient promis a ceux qui ailleraient a découvrir lev auteurs de M vol... Plais, profitant de la surprise i|in* causait cette proclamation, il ajouta, avec une voix qu'il sut rendre elranirnnrul relatante et lot inulalde : •< Et. demain, lialii»

de Paria. l'impôt sera perçu !

V pi es avoir prononcé eee paroles, il perça la feula al partit au grand galop de son cheval, avant fus tac ercberi aient pa seulement faire nne dtetensirstion contre lui.

mots soulevèrent Li multitude; elle s'émut comme un seul homme, ii horribles, elle l'élafriça vere les quais, al au-dessus de cal imnense tmtolte on entendait oea mota : - A niôtei-dr-vuii '

Eu un moment le tlu\ populaire remplit toute la place de l'HôteMe- Ville; il y arriva par le côté qui lait face a l'édifice, (tu se précipita vêts les portes, files forint b ri aé e e al enfoncées; on s'arma des maillets de plomb que Gltarlee V avait fait fabriquer, et qu'il avait déposés là ci un 1110

dans un arsenal; puis avec d'épouvantables clameurs, an se retira dans

toutes les directions, rompant ri mettant a sac tout ce «puni caractère

royal signalait à la haine du peuple. A l'un des angles de la place de l'Hôtel-de- Ville, on voit encore la tourelle, d'où un homme vêtu d'une longue robe noire, et le visage caché sous un capuchon rabattu, donna à cette multitude furieuse le signal du départ, eu frappant lui-même avec un lourd maillet trois coups dont la muraille a longtemps gardé l'empreinte. Ce fut la première journée des maillotins.

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Prés de trois siècles s'étaient écoulés; le 2 juillet 1682, le peuple de Paris était réuni sur la place de i'Hôtcl-de-Ville. L'attitude de la population était grave, ferme, imposante. On s'entretenait sans colère des querelles qui divisaient la cour et le parlement. On touchait au terme de cette guerre civile, accomplie avec une si singulière tranquillité, de cette guerre où les bourgeois de Paris se battaient dans leurs mes, sans se déranger de leurs travaux et de leurs loisirs; de cette guerre où le cardinal de Retz a dit qu'il ne fallait pas désheurer les combattants. On s'entretenait des prouesses que M. de Turenne et M. le prince de Condé faisaient à la tête des armées; on parlait du siège d'Ëtampes, de l'arrivée de M. le prince, qui venait de se replier sur Paris, des négociations de la cour et

de l'assemblée que tenaient en ce moment même, à l'Hotei-de- Ville, les magistrats de la bourgeoisie. Le peuple, dans cette circonstance, comme dans toutes les principales journées de la Fronde, montrait un sens admirable ; il pesait la cour et le parlement, Mazarin et ses adversaires, Turenne et Condé, les hommes et les événements, avec une indifférence parfaite, prompt seulement à s'émouvoir et à se montrer lorsqu'il s'agissait de ses droits.

A contempler cette réunion d'hommes, il semblait que la curiosité les eût appelés dans cet endroit; il était impossible d'apercevoir les traces d'un autre sentiment.

Le canon grondait cependant, les détonations se rapprochaient et devenaient plus distinctes, le combat touchait aux portes de la ville, M. le prince et ses troupes tentaient de se jeter dans le faubourg Saint-Antoine. Les deux grands capitaines qui dirigeaient cette sanglante partie d'échecs avaient fait preuve d'une égale habileté et acquis une gloire égale ; l'armée de Turenne, renforcée par le maréchal de La Ferté, allait pourtant s'assurer la victoire. Les Parisiens jugeaient les coups, sans prendre parti pour l'une ou pour l'autre cause. Une femme triompha de cette apathie.

C'était mademoiselle de Montpensier; sa parole ardente et animée entraîna sur ses pas ces masses inertes ; le peuple ouvrit à M. le prince les portes de Paris, et le combat remua tout le faubourg Saint-Antoine; du haut de la Bastille, le canon, sous les ordres de Mademoiselle, foudroyait l'armée royale. Cette journée sauva, dit-on, la gloire de Condé; elle témoigna aussi de la force de ce peuple que les grands sont toujours forcés d'invoquer dans leurs petites querelles.

Après la bataille, les Parisiens se réunirent encore sur la place de l'Hôtel-de-Ville; pendant qu'on délibérait au dedans, ils avaient agi au dehors, et longtemps à la base de la façade, vers l'est, on a vu les marques laissées sur la pierre noircie par les feux qu'on alluma le soir, en chantant des Mazarinades.

Mais, quel spectacle attend cette foule qui remplit au loin les abords de la place de l'Hôtel-de-Ville? Pourquoi ce déploiement de force inaccoutumé? D'où vient que la terreur est sur tous les visages? Cependant, les mouvements de ce peuple ne révèlent aucune agitation; nous ne sommes plus aux temps de troubles et d'émeute ; la Ligue et la Fronde n'ont plus que des souvenirs historiques; nous sommes parvenus à la moitié de ce dix-huitième siècle qui se distingua par de si merveilleux raffinements de luxe et d'élégance. Aux croisées, aux balcons, à la façade de l'Hôtel-de-Ville même, nous apercevons au-dessus de la multitude qui couvre le pavé, des femmes brillantes de parures, des seigneurs étineelants de broderies; nous croyons reconnaître les dames et les gentils-

hommes qui embellissent habituellement les salons de Versailles. La cour à la place de Grève! qui donc a pu l'y attirer et l'y conduire?

Depuis plusieurs jours, sur la place de l'Hôtel-de-Ville, on avait disposé un espace de cent pieds, entouré de palissades plantées en carré; il n'avait d'issueque dans un coin et une communication avec l'Hotel-de-Ville: au milieu se dressait un échafaud. Cet espace était gardé intérieurement par le lieutenant de robe-courte et sa compagnie, et extérieurement par les soldats du guet à pied ; le guet à cheval était sur la place aux Veaux. Les avenues de la Grève étaient gardées de distance en distance par des détachements de gardes-françaises, ainsi que le chemin du Palais à Notre- Dame. Dans tous les quartiers et principaux carrefours de la ville, il y avait des postes, et l'on avait pris toutes les précautions nécessaires pour assurer l'ordre et la tranquillité publique. C'était le lundi 28 mars 1757.

On amena en grande pompe et entouré de gardes et d'officiers de justice, un homme ; sa taille était d'environ cinq pieds, il était mince, sa figure n'avait aucune expression remarquable, il paraissait douloureusement résigné, mais sans faiblesse; ses traits étaient sans pâleur, malgré la souffrance qui semblait avoir brisé son corps; il était âgé de quarantedeux ans. Placé près de l'estrade, contre laquelle il s'appuya, il attendit longtemps certains préparatifs; on le déshabilla et on le plaça nu et couché sur l'échafaud, qui était élevé d'environ trois pieds et demi audessus du sol, long et large de près de neuf pieds. Le patient fut lié et retenu par des cercles de fer, posés au-dessous des bras et au-dessus des cuisses. 11 considérait ses membres avec attention, il contempla les apprêts sans s'émouvoir, et jeta sur la foule qui se pressait autour de l'enceinte un regard plein de fermeté.

Il était cinq heures du soir; le supplice commença.

La main droite, qui tenait un couteau, fut brûlée; les atteintes de la flamme arrachèrent un cri horrible, et le condamné regarda ensuite froidement le membre calciné. Le greffier s'approcha de lui dans cet instant, et le somma de nouveau de nommer ses complices; il protesta qu'il n'eu avait pas. Ici nous laisserons parler l'épouvantable procès-verbal de ces faits : « Au même instant ledit condamné a été tenaillé aux mamelles, bras, cuisses et gras des jambes, et sur lesdits endroits a été jeté du plomb fondu, de l'huile bouillante, de la poix brûlante, de la cire et du soufre fondus ensemble, pendant lequel supplice ledit condamné s'est écrié à plusieurs fois : — « Mon Dieu, la force, la force ! — Seigneur, mon Dieu, ayez pitié de moi /. . . — Seigneur, mon Dieu, que je souffre ! — Seigneur, mon Dieu, donnez-moi la patience! »

Nous copions encore :

« A chaque tenaillement, on l'entendait crier douloureusement; mais, de même qu'il l'avait fait lorsque sa main avait été brûlée, il regarda

chaque plaie, et ses cris cessaient aussitôt que le tenaillement était fiai. Enfin, on procéda aux ligatures des bras, des jambes et des cuisses, pour opérer l'écartèlement. Cette préparation fut très-longue et très-douloureuse. Les cordes étroitement liées, portant sur les plaies si récentes, cela arracha de nouveaux cris au patient, mais ne l'empêcha pas de se considérer avec une curiosité singulière. Les chevaux ayant été attachés, les tirades furent réitérées longtemps avec des cris affreux de la part du supplicié. L'extension des membres fut incroyable ; mais rien n'annonçait le démembrement. Malgré les efforts des chevaux, qui étaient jeunes et vigoureux, peut-être trop, cette dernière partie du supplice durait depuis plus d'une heure, sans qu'on pût en prévoir la fin. Les médecins et chirurgiens attestèrent aux commissaires qu'il était presque impossible d'opérer le démembrement, si l'on ne facilitait l'action des chevaux, en coupant les nerfs principaux qui pouvaient bien s'allonger prodigieusement, mais non pas être séparés, sans une amputation. Sur ce témoignage, les commissaires firent donner ordre à l'exécuteur de faire cette amputation, d'autant plus que la nuit approchait et qu'il leur parut convenable que le supplice fût terminé auparavant. En conséquence de cet ordre, aux jointures des bras et des cuisses, on coupa les nerfs au patient; on fit alors tirer les chevaux. Après plusieurs secousses, on vit se détacher une cuisse et un bras. Le supplicié regarda encore cette douloureuse séparation ; il parut conserver la connaissance après les deux cuisses et un bras séparés du tronc, et ce ne fut qu'au dernier bras qu'il expira. Les membres et le corps furent jetés sur un bûcher. »

Ce supplice est le plus horrible de tous ceux qu'ait vus la place de l'Hùtel-de-Ville. Là, dans des temps de barbarie, s'étaient dressés des bûchers; là, le 16 juillet 1676, la marquise de Brinvilliers avait eu la tète tranchée, son corps avait été brûlé ; cette exécution fournit même à madame de Sévigné le texte d'une des lettres les plus gaies qu'elle ait écrites; on y lit cette phrase : « Elle monta seule et nu-pieds sur 1 echafaud, et fut un quart-d'heure miraudée, rasée, dressée et redressée par le bourreau. »

Malgré ces formidables traditions, les actes que nous venons de rappeler resteront comme un monument d'abominable cruauté ; ils se passaient à l'époque où la nation française se vantait d'être la plus polie de l'univers. Au siècle de Louis XIV succédait l'avènement de cette philosophie qui entreprit d'éclairer le monde, et c'était à ces clartés, à la face de tout un peuple, qu'on déployait ce faste de férocité!

Le supplicié s'appelait : Robert-François Dam i en s !

Il avait frappé d'un coup de couteau le roi Louis XV. L'atrocité du supplice fit disparaître l'indignation causée par son attentat.

Le soir, les courtisans racontèrent avec complaisance tous les détails

de cette longue torture ; une jeune duchesse se fit remarquer par la grâce et la vérité avec lesquelles elle retraçait les moindres phases de l'agonie de Da miens. Pendant plusieurs mois, on alla visiter le lieu du supplice et chercher les marques qu'il avait laissées.

La place de l'Hôtel -de-Ville est comme une table d'airain sur laquelle chaque événement de l'existence nationale gravait des traces profondes.

Trente-trois ans plus tard, la foule accourait encore aux pieds de l'Hôtel-de-Ville; une garde nombreuse se pressait encore à toutes les avenues. Des portes du Châtelet, pour s'avancer vers la place de Grève, sortait, entre deux haies de soldats, un personnage dont la démarche et le maintien témoignaient de quelque distinction ; il y avait en lui les habitudes du militaire et du courtisan; il paraissait âgé de quarante-cinq ans. C'était Thomas de Mahi, marquis de Favras, que la chambre du conseil du Châtelet de Paris, la compagnie assemblée, avait condamné à être amené etconduitdans un tombereau, après amende honorable, à la place de Grève, pour y être pendu et étranglé, jusqu'à ceque mort s'en suive, par l'exécuteur de la haute justice, à une potence placée sur ladite place de Grève.

Le matin, il avait remis lui-même au greffier, après la lecture de l'arrêt, sa croix de Saint-Louis. Lorsqu'il sortit du Châtelet, les spectateurs battirent des mains; ces applaudissements se répétèrent devant Notre- Dame, au moment de l'amende honorable ; il les subit avec sérénité; cette joie du peuple ne sembla ni l'affliger, ni l'irriter. Favras était accusé : « D'avoir formé, communiqué à des militaires, banquiers et autres personnes, et tenté de mettre à exécution un projet de contre-révolution en France, qui élevait avoir lieu en rassemblant les mécontents des différentes provinces, en donnant entrée dans le royaume à des troupes étrangères, en gagnant une partie des ci-devant gardes-françaises, en mettant la division dans la garde nationale, en attentant à la vie de trois des principaux chefs de l'administration, en enlevant le roi et la famille royale, pour les mener à Péronnc, en dissolvant l'assemblée nationale, et en marchant en force vers la ville de Paris, ou en lui coupant les vivres pour la réduire. »

Voici le récit d'un contemporain :

« Conduit à la Grève, Favras est monté à l'Hôtel-de-Ville, où il a fait un testament de mort qu'il a dicté pendant quatre heures.

La nuit étant venue, on a distribué des lampions sur la place de Grève, et on en a mis jusque sur la potence. 11 est descendu de l'Hôtel-de-Ville, marchant d'un pas assuré. Au pied du gibet, il a élevé la voix, en disant : « Citoyens, je meurs innocent, priez Dieu pour moi. » Vers le second échelon, il a dit d'un ton aussi élevé : « Citoyens, je vous demande le secours de vos prières, je meurs innocent. » Au dernier échelon, il a dit : ■ Citoyens, je

PLACE DE l/BOTEL-DE-VILLE

JMiÊtê inmtnitt. fine* Dieu jttutr BNtt. Puis, i'adffMIMit Ml bourreau // j«i, fais Um devoir* »

On a appelé FfltVflW (i dernier des marquis; sa mort fui le premier aile de justice révolutionnaire. Vittgtap&atre. ans auparavant, La lly, bâillonné, avait ru la tèle rrauebee flflir ï-> place de Grè?e.

Lee inii;ii< s tir cette plane de l'Hôtei-dc-Viiie sont sanglantes; mais on > aperçoit m<>îis m entons quelle fatalité populaire qui leur donne nu Litd <r majestueux; <>n sent que dans ces supplices ne-nu Si ni l'enfantement de la civilisation.

En sv rapprochant de nous, ces fastes semblent enquérir plus d'enet et plus d*été va tien.

Dam les idées de la population parisienne, la place de Grève avait une if le a lion néfaste, parce que c'était le lieu ou l'on infligeai! les châtiments. Ou vît un jour une troupe de convulsumm ores s'arrêter au milieu

de natta place et La bénir, conuna l'endroit «m, dtsaicntrils, ils seraient

mortellement. tles pensées funestes ne diminuaient rien de la puissance *l*'* leçons de l'histoire. Le peuple de Paris savait que la place

de l'Ilôtel-de-Ville avait vu Joutes les ronqucles de la liberté, et ijue de là

etaienl partis , à Loutoi les epnques d'oppression . le*, redressements

PLACE DE L'II0TEL-I>E-Y1LLE. r™

populaires; il se montra toujours sensible à ces souvenances de patriotisme.

La place de l'Hôtel-de-Ville fui le théâtre des principaux événements de la révolution de 1781); mais elle n'eut dans cette partie de notre histoire (prune part glorieuse.

L'Hôtel-de-Ville fut, en quelque sorte, le palais de la révolution ; ce fut à l'Hôtel-de-Ville que résidait la Commune de Paris; ce fut là que siégeait le comité de salut public; là se dénoua le drame du 9 thermidor; là tomha Robespierre, cette effroyable personnification du dogme de la terreur.

La place de l'Hôtel-de-Ville était le quartier général des forces révolutionnaires ; les citoyens y accouraient pour former les faisceaux civiques, et pour prêter leur appui à la loi; la turbulence, le désordre, le pillage et le meurtre, préparaient en d'autres endroits leurs moyens de destruction. C'était ailleurs qu'ils rassemblaient les hordes dont les excès ont souille cette époque. La place de l'Hôtel-de-Ville resta pure de crimes, et ne retentit jamais que des généreux accents d'un peuple redemandant ses droits.

Sous l'empire, elle s'associa avec enthousiasme à l'éclat qui glorifiait le pays; elle vit rayonner les fétes splendidcs, elle répéta avec transport les échos de nos victoires; elle saluait avec amour et avec ivresse les fêtes qui célébraient nos triomphes. Si elle ne cessa pas d'être le lieu des supplices, du moins fut-elle aussi l'enceinte de prédilection pour toutes les joies de la patrie; elle préparait ainsi, dans le présent, pour l'avenir, l'instant où elle n'aurait plus à présenter à l'histoire que des titres chers à toutes les nobles allée lions.

L'empire eut toujours pour la place de l'Hôtel-de-Ville une préférence marquée ; Napoléon pensait qu'il eût manqué quelque chose à sa gloire, si le bruit et la renommée de ses triomphes n'eussent pas retenti autour de l'Hôtel-de-Ville de Paris. C'était sur cette place que le peuple aimait à s'assembler pour entendre le canon des Invalides, dont les salves proclamaient les bulletins de la grande armée.

Lors du mariage de l'empereur, la ville de Paris s'associa avec splendeur aux fêtes des Tuileries; Napoléon éprouvait une joie véritable à présenter sa femme à la bourgeoisie de Paris, dont l'élite était rassemblée dans les salons de l'Hôtel-de-Ville ; mais il ne se borna pas à ces hommages de l'étiquette ; plusieurs fois, pendant le bal, il conduisit l'impératrice aux fenêtres, et il la montra lui-même à la foule, qui resta rassemblée sur la place durant toute la nuit. L'empereur ne voulait pas que les fétes de la cour fussent renfermées dans les appartements ; il s'efforçait d'y appeler et d'y mêler les émotions du dehors; nul mieux «pie lui n'a compris cet art de parler aux effusions de la multitude. Il y avait alors un usage qui resserrait les liensentre le trône et la cité : chaque année, la ville de Paris donnait eu sou Ilôtel-de-Ville un banquet et un bal au souverain; on < Imi-

.ivn,iii ordinairement pour celte solennité le jour de la fêta auguste* Dana bals, la bourgeoisie était soumise au costume de In tour; c'est-à-dire

qu'elle n'était reçue qu babil auquel on avait conservé le nom

iïhabil à Iû française; les broderies, les dentelles, le chapeau empanaché et 1 epêe.étaienttBS aet eseoires obligés Av. celte parure. Malgré les embarras attachée à une toilette qu'ils ne partaient qu'une fois l'an, les bourg* prenaient gatmetil leur parti de cette mascarade, i|ui était, sans contredit, l'attrait le plus piquant <!« ces réunions. Pendant la dune du bal. lis

curieui remplissaient la place; détail nu des meilleurs divertissements du peuple à Paris, que de voir descendre de voiture et entrer a rilotel-dc- Vill«\ lis bourgeois ainsi affuble- Souvent on reconnaissait les invités et mi les appelai! tarai haut par leur nom. ave* inm s et ces Mata

de rire <|in sont la menue justice du peuple. Ue tous les pointa de la viHe

mi venait a ce rendez* vous.

G" bal de l'Ilôtel-de-Yille fut «|iie|i|ucfois I (M -easioit de t f|«Mi iss.i nrr -

dont la place de Grève était alors le centre. L'édifice apparaissait radieux de lumières; on réservait pour cet endroit les plus ma^nilbjues illumina* Lions; une ligne de ton s'étendait le long des quais jusqu'au cblteae des Tuileries; de vastes trépieds AiiUques supportaient les gerbes de ftamtnes «pii éclairaient le trajet, ei quand le cortège impérial entre la double haie des vétérans de la «farde défilait, sons les yeua de la foule, rien ne peut

PLACE DE l/HOT EL- DE-VILLE :.:>

donner une idée de l'enthousiasme qui éclatait sur sou passade; car c'était après une victoire, après une conquête, après un royaume ajouté a l'empire, que Napoléon aimait à paraître ainsi devant les habitants de la capitale de ses États. A l'arrivée de l'empereur, les batteries d'artillerie placées sur les quais voisins annonçaient l'inauguration de la Tète, et la place de Grève et les deux rives répondaient à ce signal par une immense acclamation. En face de l'Hôtel-de-Yille, jaillissait tout-à-coup un l'eu d'artifice gigantesque; ordinairement il faisait luire quelque page des guerres récentes. Tout Paris a gardé la mémoire de ce passage du Mont- Saint-Bernard , qui montrait au milieu d'une auréole flamboyante, les fatigues et les trophées de notre armée d'Italie. C'était un admirable spectacle! Pendant que nos soldats gravissaient ces montagnes de feu, on voyait se détacher au sommet une ligure bien connue, entourée par des lueurs qui semblaient empruntées aux astres, et les regards se reportaient ensuite vers l'endroit d'où Napoléon contemplait lui-même cette rayonnante apothéose. Sur le lleuve.uiie flottille toute pavoisée de reilets lumineux répondait par de continuelles éruptions a la mousqueterie et aux canons qui tonnaient sur la cime. C'était l'histoire écrite en caractères de feu.

Pendant toute la durée de ces nuits, rien ne pouvait arracher la foule à la place de l'Hotel-de-Yille, et pour ceux qui écoutaient ses entretiens, il était évident que, malgré les délices du bal, le peuple avait la meilleure part de ces fêtes.

Napoléon aimait ces démonstrations ; ri y avait en lui des instincts qui h: rapprochaient du peuple et de ses plaisirs.

La restauration se prêta d'abord d'assez bonne grâce à ces réjouissances; la cour y retrouvait d'ailleurs des traditions que la vieille royauté avait habilement cultivées; mais les bals de l'Hotel-de-Ville tombèrent eu désuétude, comme si personne ne se fut soucié de ces rapprochements. Il y a bien de l'imprudence dans de pareils dédains ?

L'Ilôtel-de-Yillc de Paris était en possession de privilèges qu'il n'a pas |»erdus; toutes les nouvelles qui pouvaient intéresser le pays devaient être portées à l'IIotel-de- Ville par un message exprès. Les mariages et les naissances des princes tenaient le premier rang parmi ces dépêches que la foule accueillait toujours avec tant d'empressement. Dans ces circonstances, ou allait au loin sur la route que devait parcourir l'envoyé, et par mille questions chacun cherchait à pressentir la nouvelle. Le peuple rassemblé sur la place de Grève, porta lui-même dans ses bras, jusqu'au |K*rron de l'IIôtel-de-Ville, le page chargé d'annoncer la naissance du fils de Napoléon. Lu présent et des honneurs étaient attachés à ces sortes de missions.

lu fait prouve jusqu à quel point l'Ilôtcl-de-X illc t st le rentre on viennent frapper toutes les impressions de la cite. Lors de la conspiration de

TA} PLACE DE L HOTEL-DE-Vl LLE.

Mallet, il y eut un moment où les conjurés étaient parvenus à accréditer, auprès du gouvernement lui-même, la nouvelle de la chute de Napoléon. Le premier soin de M. Frochot, alors préfet du département de la Seine, fut de faire préparer une des salles de l'Hôtel-de-Ville, pour l'installation du gouvernement provisoire. L'empereur ne lui pardonna pas cet excès de zèle et le destitua. Dans sa déposition devant la cour des pairs, M. de Chabrol, paraissant comme témoin, dans le procès des derniers ministres de Charles X, n'hésitait pas à dire, qu'il regardait la possession de l'Hôtelde-Ville comme le signe assuré du succès, pour ceux <|i;i s'y maintenaient, ou pour ceux qui s'en emparaient.

Le peuple de juillet ne s'y trompa point; ce fut pour l'Hôtel-de-Ville et sur la place de Grève, qu'il livra le plus terrible de ses combats; les traces en sont partout; les architectes ont beau les effacer, la mémoire du peuple les conserve et les transmet ; elle les a fait passer dans sou langage et dans ses habitudes; rien nepeutles faire disparaître. Tant que le drapeau tricolore ne flotta point sur cette place, rien ne fut décidé pour la lutte; l'Hôtel-de-Ville pris et repris resta enfin au pouvoir du peuple, et seulement alors la victoire fut assurée. Les Tuileries et le Louvre n'étaient que les postes secondaires; c'était à l'Hôtel-de-Ville seulement que pouvait siéger la souveraineté nationale. Nous ne redirons pas cette partie de notre histoire; mais nous devons rappeler que la plus glorieuse page des chroniques de la place de Grève a été écrite pendant les trois journées de juillet 1850.

Dans l'enceinte des villes, il y a des endroits qui semblent privilégiés cuire tous, pour la noblesse et la générosité de leurs inspirations; il est des endroits dans lesquels le peuple, lorsque d'odieux spectacles ne l'y appellent point, ne se réunit que pour se montrer fort et magnanime. La place de l'Hôtel-de-Ville de Paris a toujours exercé cette salutaire influence ; c'est là que sont nées presque toutes les bonnes résolutions du peuple de Paris. Sans entrer dans un ordre d'idées qui doit rester étranger à ces lignes, il nous est permis de dire que tant que la révolution de juillet bivouaqua sur la place de l'Hôtcl-dc-Villc, elle resta pure, et que rien n'altéra ni son courage, ni sou intégrité; son berceau est demeuré sans tache, et rien n'a flétri son premier asile; sur la place de l'Hôtel-de-Ville qu'elle venait d'agiter par de si violentes secousses, dans cet espace qui l'avait vue si intrépide , si forte et si puissante , elle se montra calme jusqu'à la magnanimité, désintéressée jusqu'à l'héroïsme, et daignant à peine songer à ce qu'elle venait de conquérir.

Pour la place de l'Uôtel-de -Ville, les journées de juillet furent une consécration; il ne fallait pas que le sang des criminels tombât plus longtemps sur ces pavés que le sang de tant de braves gens avait arrosés. La place de l'Hôtel-de-Ville, gloritiée par des exploits si étonnants et si

rapides, ne pouvait plus être souillée par les exécutions ; l'échafaud ne |N>uvait plus se dresser, là où le pavois de la souveraineté nationale avait

été élevé; ce lieu avait été sanctifié, il ne «levait plus être déshonoré.

Ce n'était pas assez qu'une décision officielle eût éloigné de la place de rilôtel-de-Yille l'appareil des exécutions; une expiation semblait nécessaire. Le châtiment infligé aux criminels n'avait pas seul versé le sang répandu dans ce lieu: à toutes les époques de notre histoire, les passions politiques ou des vengeances ambitieuses y ont assouvi leurs fureurs. Si la cruauté de Louis XI fil tomber aux halles la tête de Jacques d'Armagnac,* si la haine implacable de Hichelieu lit décapiter sur la place de Crève Boutevillc et Deschapelles; dans des temps plus rapprochés de nous, d'autres martyrs ont été immolés par la rage des partis; à ces victimes il fallait, non pas une réhabilitation, mais un pieux hommage, un témoignage de piété nationale.

Les sergents de La Rochelle avaient été exécutés sur la place de Crève.

Les citoyens comprirent le devoir que leur imposait ce souvenir; ou les vil, silencieux et recueillis, s'avancer vers le lieu où le sang avait été injustement versé, puis, entourant de leurs regrets, de leurs larmes et de leur vénération le lieu où s'était accompli le sacrifice, remire à la mémoire des victimes ce lustre que le supplice n'avait pas terni, mais qu'il faiblit rappeler aux pensées du pays. Dans cette cérémonie, si digue de la victoire qui l'avait précédée, il n'y eut que des larmes et des paroles de

louange pour les victimes, pas une seule imprécation contre les bourreaux !

La place de l'Hôtel-de-Villc perd chaque jour quelque chose de ce qui animait les traits de sa physionomie populaire.

Longtemps elle fut pour le peuple de Paris un lieu de rendez -vous auquel il rapportait toutes ses sensations. Tout le mouvement de la ville laborieuse s'y faisait sentir. La foule y venait chercher ses délassements chéris, sûre de trouver la les récréations qu'elle aimait le plus; sous les rires de la multitude s'étalaient les plus joyeux spectacles; les bateleurs, et tous ceux qui remplissent de prodiges et de merveilles nos rues et nos places y établissaient leurs enchantements; plus d'une fois, ces réjouissances nomades étaient dispersées par les valets du bourreau qui plantaient la potence et dressaient l'échafaud et le pilori. C'était sur la place de l'Hôtel-de-Villeque s'allumait le feu de la Saint-Jean, dont les flammes éclairaient les rondes populaires, et ne laissaient pas le loisir de penser à d'autres bûchers. C'était une cérémonie funeste pour les chats ; on en apportait de tous les coins de Paris; on les enfermait dans des sacs, avant de les lancer dans le bûcher; les liens qui les retenaient captifs étaient bientôt brisés, et les animaux suppliciés bondissaient alors avec furie et avec des miaulements effroyables, au grand plaisir de la foule qui croyait pieusement brûler autant de sorciers qu'elle livrait de chats aux flammes de la Saint-Jean. Aux bons jours, on accourait sur la place de l'Hotel-de-Ville, pour savoir s'il était tombé d'en haut quelques largesses dont il fallût se réjouir. La place de l'Hotel-de-Ville, qui avait vu toutes les dissensions civiles, a vu aussi toutes les réconciliations.

Dans certains pays, il existe, pour désigner l'Hotel-de-Ville, une dénomination qui, selon nous, résume avec bonheur toutes les idées qui se rattachent à cet édifice; on l'appelle la maison commune.

Tous les souvenirs du travail et de l'industrie de Paris ont, à l'Hotelde-Ville, leurs papiers de famille.

• C'est de là que partent chaque année nos jeunes soldats; c'est de là qu'ils s'élancent avec des chants et des fanfares, heureux de ce qui chez tous les autres peuples est un sujet (rabattement et de douleur.

La place de l'Hôtel-dc-VilIc est encore aujourd'hui le vaste caravansérail d'une grande partie de la classe laborieuse; toute la population des ouvriers employés aux constructions s'y réunit; c'est là que se contractent les engagements auxquels Paris doit ses embellissements et ses constructions nouvelles; c'est le bazar de la main-d'œuvre qui édifie. Faire grève est une expression consacrée, pour peindre la situation d'un ouvrier sans ouvrage. Ainsi , c'est sur cette même place, où il a si vaillamment conquis toutes ses libertés, que le peuple vient demander et chercher le travail.

C'est un sol qu'il ne peut fouler sans y retrouver une de ses vertus, la patience ou le courage. Eit.kne Driffailt.

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rommi' nu irail iliuiiou, lirillc !< non fonimlaluV <lr Mirahraii, ilmil 1 riioiol a'étevailà égala ttittancoik | m's ilnix roimnfft, «rlm qui avait élé ; l'hoir! Dlior£gr»phl<p»r, »*i rrlni *|ui

devait fin* l'Iuile l PBtigifiVX.

On \<iihjur l.imr uY toUiaiissi't»- P£* il Aulin. pour si JcuiuMpiVIle soit.

iiYsl [m s Imp mal parlap-r. l-r

ihcMre, l'égliM <*( la IrimM lui

fmil imt* nuiroiini" île UttNrenirt.

Au)<uiniTmi t'oputratfl nie minmener |i.u un cli.irnilier H liiiil par un iii;irt ha ml ili* vin ; elle eal toute jalonne* i v épitatfi< lu Aiuithiroiiv itwHH|Hi1i* \a rhubarbe rt h 0,11111-

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