‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 4 sur 77 · HUE DE LA CHAUSSEE-D'ANTIN · texte numérisé non relu

HUE DE LA CHAUSSEE-D'ANTIN

quitta au rez-de-chaussée de l'hôtel Guimard; un marchand de nouveautés outrage de son enseigne la façade de l'hôtel Fcsch.

Où il y avait de grands seigneurs on rencontre, att niveau du sol, des boutiquiers, au premier étage, des banquiers; l'alpha et l'oméga de notre moderne société. C'est que nous sommes loin des galantes prodigalités de la régence, des luttes parlementaires de la révolution de 89, des gigantesques batailles de l'empire; aujourd'hui il y a une charte et deux chambres.

La Chaussée-d'Antin s'est dépouillée de son auréole aristocratique; que vouliez-vous qu'elle fît contre trois?

Mais laissons là des considérations qui tiennent à l'histoire de la grandeur et de la décadence des royaumes, et disons d'abord ce qu'était la rue de la Chaussée-d'Antin avant qu'elle fût.

Au commencement, comme dirait la Bible, il y avait, entre les quartiers de la Grange-Batelière et de la \ ille-l'Evêque, un abominable marécage, formé de lambeaux de prairies où les roseaux poussaient a même; toutes sortes de maisons foisonnaient sur ce terrain vague, qui était aux roués de la régence ce qu'était le Pré-aux-Clercs aux raffinés de la ligue, nu lieu de débauches, déplaisirs et de duels, trois choses qui, en ce temps-là, faisaient trois synonymes.

Les maisons étaient basses et d'équivoque apparence; on y entendait incessamment un grand fracas de bouteilles, un grand retentissement de couplets où la morale tt'avait que faire, et un doux bruit «le lèvres gourmandes et lascives qui aurait donné fort à penser aux philosophes du temps, si des philosophes avaient pu s'égarer en pareil lieu.

Tout au bout de ce marécage, le village des torcherons groupait ses chaumières. Ces chatunières-là n'avaient aucun lien de parenté nvec leur» homonymes des romances contemporaines. Ce sont petites cousines à la façon de Bretagne. Nos chaumières tenaient la porte gaillardement retroussée, qu'on nous passe l'expression, et la fenêtre au vent; elles étaient de tournure plaisamment égrillarde, et il s'y faisait, pour tout dire eu un mot, une grande consommation de jeune vertu et devin vieux.

I,e village de Clichy, qui ne se piquait pas non plus d'un grand rigorisme en matière de bonnes mœurs, tendait la main à son voisin , le village des Porcherons, et à eux deux ils menaient bien la vie la plus débraillée qui se pût voir dans la banlieue de Paris.

C'étaient deux grands cabarets. On y allait gris, on en revenait ivre.

Pour aller de la ville à ce lieu de perdition, les gentilshommes à cheval, les courtisanes en carrosses, et un peu aussi les bourgeois à pied, avaient tracé un chemin sinueux qui, partant de la porte Gaillon, aboutissait aux Porcherons.

Ce chemin, qui trottait à travers champs et fondrières, la bride sur le

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