‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 33 sur 77 · HUE ET FAUBOURG · texte numérisé non relu

HUE ET FAUBOURG

combat acharné entre les mignons de Henri III et les favoris du duc de Guise : trois des premiers, Quélus, Maugiron et Livarot, périrent. Le roi les fit inhumer dans l'église Saint-Paul : on y vit longtemps leurs tombeaux, couverts d'inscriptions louangeuses, dans lesquelles, malgré la sainteté du lieu, figuraient les Parques, Vénus et l'Amour.

L'hôtel de Sully, seul édifice vraiment monumental qu'offre la me Saint- Antoine, est bâti sur la partie la plus méridionale du terrain qu'occupait le palais des Touruelles. Cet hôtel, élevé aux frais du vertueux ministre de Henri IV, fut habité par ce modèle peu imité des hommes d'Etat. H est constniit dans le style imposant qui succéda à l'architecture de la renaissance, et quoique dénaturé sur plusieurs points, il ne manque pas de majesté : c'est le plus bel ornement de la rue. Cette maison a été diviséV en une multitude de locations semi-bourgeoises.

Non loin de l'hôtel Sully, mais de l'autre côté de la rue, s'élève l'ancienue église des Jésuites, aujourd'hui l'église Saint-Paul, édifice qui touchait à la maison professe de l'ordre, dans laquelle est établi maintenant le collège Charlemagne. Chacun sait que la Compagnie de Jésus, approuvée par bulles du pope, fut introduite en F nui ce par Guillaume Duprat, évèque de Clermont. Le cardinal de Lorraine appela ces pères à Paris en 1551 ; mais l'évèque et le parlement s'opposèrent alors à leur établissement dans cette ville. Ce ne fut qu'en 1501 que, par la protection des Guises, ils s'y installèrent, après une haute lutte de dix années, qui prit donner une idée de leur ténacité. Pour ne parler que de la maison professe, nous dirons que le cardinal de Bourbon céda aux jésuites, en 1580, l'hôtel d'Anville, communiquant de la rue Saint-Antoine à la rue Saint-Paul; le même prélat leur lit construire une chapelle sous le vocable de Saint- Louis, ce qui autorisa ces pères à prendre le nom de Prêtres de la mission de Saint-Louis. Mais bientôt leur ambition se trouva trop à l'étroit dans cette église : ils sollicitèrent, comme ils savaient solliciter, la construction d'un nouveau temple; et Louis XIII leur accorda remplacement qu'occupe l'église actuelle. Elle fut commencée en 1027, sur les dessins d'un jésuite nommé Marcel Ange, et terminée en 1041. Ce jésuite était mauvais architecte, a dit Diilaurc, qui souvent De voyait que des lignes là où l'on doit s'attacher à reconnaître un caractère monumental. Or, il est évident pour nous que les disciples de saint Ignace voulurent imprimer aux églises qu'ils firent bâtir une physionomie-type; \oyez partout ces édifices, c'est le même plan, le même système de construction, ce sont les mêmes détails dans les ornements : toujours une façade pyramidale formée de trois ordres superposés. H y a là certainement un symbole mystérieux, une allégorie cachée, un langage de pierre connu des seuls adeptes. Bu reste, la disposition architectouiqiie du monument, tant à l'extérieur qu'a l'intérieur, n'offre rien de remarquable; mais la nef et le

chœur étaient richement décorés avant que la révolution eût imposé la Maison de Dieu pour assurer la défense du pays. On voyait, par exemple, dans deux chapelles, deux anges en argent de grandeur naturelle, portant, l'un, le cœur de Louis XIII, l'autre, celui de Louis XIV. Les jésuites, durant la vie de ces monarques, avaient conquis leur cœur; ils en firent parade après leur mort. Là se trouvait, sans doute aussi à titre de conquête, le tombeau de Henri de Condé, père du vainqueur de Rocroi, de Fribourg, de Nordelingen et de Senef. Ce tombeau, l'un des chefsd'œuvre de Sarrasin, avait été transféré au Musée des monuments français; il en fut tiré en 1815, et déposé longtemps dans les remises du palais de Bourbon. La restauration trouvait impie la belle et ingénieuse collection de la me des Petits-Augustins; peut-être jugea-t-elle plus orthodoxe le séjour des restes d'un prince du sang à la porte d'une écurie.

Les jésuites avaient établi dans leur maison de la nie Saint-Antoine une école dont l'historien de Thou a dit : « Par une méthode toute nou- » velie que ces pères avaient imaginée, méthode jusqu'alors inconnue à • l'Eglise de France, ils étaient venus à bout, en interrogeant leurs pé- » nitents, de les éloigner de leurs paroisses, d'attirer à eux tout le peuple » et de fouiller dans les secrets des familles. » On sait comment, en 1762, les jésuites furent expulsés de France, et par quelles douleurs d'entrailles le pape Clément XIV expia la suppression de leur ordre. La maison qu'ils avaient occupée rue Saint-Antoine fut donnée, en 1707, à des chanoines réguliers, et plus tard l'église devint paroissiale sous l'invocation de saint Paul.

Vers l'extrémité de la rue Saint-Antoine la plus rapprochée du faubourg, l'on voit une église de forme circulaire, d'une construction trop vantée par Dulaure, quoiqu'elle soit due au célèbre Mansard. Elle appartenait au courent de la Visitation de Sainte-Marie, fondé en 1021, dans l'ancien hôtel de Cossé, pour des religieuses de l'ordre de Saint-François de Sales. Cette église, achevée en 1682, fut nommée Notre-Dame-des- Anges. Après la révolution, les bâtiments d'habitation furent vendus à divers particuliers ; en 1802,oii céda l'église aux calvinistes de la confession de Genève; vingthuit ou vingt-neuf ans plus tard, des honneurs funèbres, auxquels tout le Paris populaire assista, y furent rendus à Benjamin Constant.

Pour parcourir dans toute sa longueur, et les annales modernes à la main, la longue me dont nous vous avons redit l'histoire ancienne, nous

allons la redescendre jusqu'à sa naissance Nous voici à la rue du

Monceau-Saint-Gervais : l'on y a retrouvé les traces d'un cimetière romain, dernier rendez-vous de ces dominateurs qui vinrent dans les Gaules conquérir, briller, corrompre et mourir. Os débris de la vie antique étaient des lombes en pierre, découvertes à douze pieds de profondeur.

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