‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 35 sur 77 · I.TO lUIi: KT FAUROUIU; SAINT-ANTOINE · texte numérisé non relu

I.TO lUIi: KT FAUROUIU; SAINT-ANTOINE

endosse le paletot orné de velours. La faubourienne n'est plus coiffée d'un faux madras; elle a pour jamais abjuré le casaquin; chaque dimanche, l'élégante ouvrière en meubles du quartier se permet le double falbala , l'écharpe , la première galerie au théâtre Beaumarchais ; elle figure avec distinction au bal du Prado, et se hasarde parfois jusqu'au pays latin, pour y former, sur la foi d'un contrat verbal passé à la Chaumière, un ménage éphémère d'étudiant.

Ne croyez pas que le peuple du faubourg Saint-Antoine ait perdu le sentiment de sa force et de sa dignité... de sa dignité, car là plus qu'ailleurs, peut-être, il y a du patriotisme et de la grandeur! C'était surtout de l'Arsenal à la barrière du Trône que l'on demandait à grands cris, en 1814, des armes qu'on n'obtenait pas; c'étaient les habitants du faubourg Saint-Antoine, vétérans de Marengo, d'Austerlitz et de Wagram, qui tombaient frappés des balles russes, à Charonne et à Romainville. Lisez les noms inscrits sur la colonne de Juillet : vous y reconnaîtrez bon nombre de prolétaires du populeux faubourg; et ce boulet logé dans la façade d'une maison vis-à-vis la rue des Nonaindiéres, est là pour attester qu'en 1830 les Antonius avaient répondu à l'appel de leurs frères d'armes improvisés.

Nous aurions beaucoup à vous dire encore sur la rue et le faubourg Saint-Antoine, si, le mètre à la main, nous voulions décrire les édifices qui, dans cette partie de la capitale, ne sont pas des monuments. Sous ce rapport, il y a de quoi désespérer l'archéologue et le poète moyen-agiste. Itien déplus prosaïque que la rue dont nous venons de résumer l'histoire: tout ce qu'elle offrit jadis des beautés architecturales du style roman, de l'ère ogivale ou de la brillante renaissance, n'existe plus que dans les descriptions que nous ont laissées Sauvai, Felibien et Ihilaure. Il faut se rapprocher de la Seine pour retrouver l'intérêt du vieux Paris de pierre... l'église Saint-Gcrvais, les restes de l'hôtel Saint-Paul, l'église des Céleslins, etc., etc. Dans la rue Saint-Antoine, l'artiste ferme son album, l'antiquaire ses tablettes, en voyant ressortir sur le badigeon blafard des façades, ici d'énormes gants rouges, là des bottes d'or, ailleurs des guirlandes de cervelas, le tout badigeonné peut-être par le pinceau besogneux d'un ex-premier prix de Rome. De loin en loin, l'élégance des magasins s'associe à ce pêle-mêle, entretenu par le mauvais goût, l'esprit mercantile et les concessions de la police. Nous avons besoin d'aller encore étudier à Londres l'ordre de la voie publique, la parure des établissements de commerce, ce que l'on pourrait appeler l'harmonie des rues.

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Rue Noire-Dnme-tlc-LoreUe.

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cette rue n'exhala pas comme un parfum exotique; traversez-la par une de ces belles journées de juin ou de juillet, durant lesquelles l'asphalte des trottoirs se liquéfie et bouillonne, une de ces journées que M. Arago distribue d'une main si avare au pauvre et grelottant peuple de Paris. Voyez comme la brise se joue follement dans les grands peupliers de la place Saint-Georges; chaque fenêtre, chaque balcon, s'abritent coquettement derrière des stores de coutil aux éclatantes couleurs. Les pavés secs et luisants ne sont guère effleurés que par de séduisantes bottines de satin qui courent, légères comme la Camille de Virgile, au rendez-vous où les attendent, d'une semelle impatiente, quelques triomphantes bottes vernies du voisinage. Les petits oiseaux se baignent amoureusement dans les ondes limpides de cette fontaine qui cascade doucement devant la porte de M. Tbiers. Un silence voluptueux plane sur toute la rue, silence que troublent à peine les échos affaiblis des gammes et des roulades perlées de mademoiselle Nau , ce gosier mélodieux de l'Académie royale de Musique. — Or, dites- moi, vous croiriez-vous à deux minutes des boulevarts et à trois pas de cet horrible faubourg Montmartre, bruyant et encombré comme une grande route de l'enfer? Et n'est-ce pas là, bien plutôt, le signalement d'une rue italienne?

La rue Notre-l)amc-de-Lorettc est habitée surtout par des artistes et par de jolies femmes; et ce sont, il faut le dire, les seuls locataires qui lui conviennent tout-à-fait.

Bu (Ton prétend quelque part, dans un de ses admirables livres, qu'on reconnaît sans peine les goûts, les instincts et le caractère d'un oiseau, à la façon dont son nid est arrangé, et aussi lorsqu'on examine le lieu où il a été construit. Cette observation peut également bien s'appliquera l'homme, cet autre oiseau, à deux pattes et sans plumes, selon la ridicule définition du divin IMaton. C'est ainsi que, de temps immémorial, un confiseur fait son nid dans la rue des Lombards, cette rue parée de sucre candi, où les ruisseaux roulent incessamment des sirops hors de service, et où l'atmosphère est toute chargée de miasmes à la fleur d'oranger. Suivez cet agent de change sorti sain et sauf, ce qui est rare, des charybdes du report et des scyllas du tin courant, où se loge-t-il, sinon dans la nie de la Victoire et dans la rue de la Chaussée-d'Antin, l'endroit de Paris où florissent, en plus grande quantité, ces petits hôtels à deux étages, situés entre une ombre de cour et une apparence de jardin, et qui sont, sans contredit, la dernière expression du luxe boursicotier?

Kl pour peu que vous passiez en revue, et l'une après l'autre, chaque partie de la ville, vous vous convaincrez, qu'à fort peu d'exceptions près, Paris est, à cette heure, ce qu'il était il y a des siècles, divisé en quartiers où les corporations restent parquées, pour ainsi dire : les quinrait-

MIE NOTRE-DAME-UK-LOIIËTTE.

licrs, sur le quai de la Ferraille; les opticiens, sur le quai des Lunettes; les libraires, dans le faubourg Saint-Germain; les fripiers, au Temple; et les ébénistes, dans la rue de Cléry. A ces causes, la rue Notre-Damc-de- Loretlc, la seule rue poétique de Paris et l'une de celles dont les allures sont le plus aristocratiques, la rue Notrc-l)ame-dc-Lorette, disons-nous, appartient, de toute justice, aux artistes et aux jolies femmes, les deux seules aristocraties réelles de ce bas-monde, l'aristocratie de l'intelligence et de la beauté.

*Nous avons dit précédemment, en parlant de la rue dont on nous a constitué l'historiographe, qu'on ne lui connaissait ni antécédents, ni origine; c'est une faute. Qu'elle ne possède pas le plus petit bout de parchemin, soit; tout le monde ne peut pas posséder de parchemins: sans cela, il n'y aurait plus de nobles possibles; car, la noblesse ne consistant, après tout, que dans le seul droit de ne pas ressembler à tout le inonde, s'il arrivait qu'un jour tout le monde pût se dire noble impunément, les véritables nobles seraient alors ceux qui auraient eu le bon esprit de rester roturiers.

Donc la rue dcNotre-lhimc-de-Lorcttc ne possède point de parchemins;

134 HUE NOTKE-DAME-UK-LOIŒTTE.

en revanche; elle a une origine, car, selon la remarque judicieuse du seigneur Bridoison, on est toujours le fils de quelqu'un.

La rue Notre-l)ame-de-Lorcttc a vu le jour sur des plages arides e! sur des laudes incultes dont le général Btigcaud, lui-même, ce Christophe Colomb agricole, if aurait certes pas entrepris le défrichement. Qui de vous ne se rappelle encore ces terrains crayeux qu'on voyait se dérouler du coté de Montmartre, en manière de steppes inféconds, terrains sans valeur appréciable, etque leurs propriétaires désespérés eussent échangés volontiers en retour d'un plat de lentilles? Mais un jour Paris, qui se trouvait à l'étroit dans ses vieilles limites, Paris se prit à sauter par-dessus et à les enjamber, comme fait une troupe d'écoliers qui veut jouer et courir en toute liberté. Les maisons allèrent d'abord en s'éparpillant, de çà et de là, comme des folles; puis elles se rangèrent peu à peu et s'alignèrent avec la régularité géométrique d'un bataillon de la vieille garde. Du soir au lendemain, les terrains acquirent des valeurs fantastiques. Tel qui s'était endormi humble propriétaire de quelques mètres d'argile sans conséquence, se réveilla possesseur d'une fortune de Nabab ; un bras du Pactole et un lac de bitume n'auraient pas été desséchés avec plus d'activité qu'on n'en mit à exploiter ces champs stériles où, maintes fois, on avait semé des pommes de terre et où l'on n'avait jamais récolté que des animaux immondes; si bien qu'en moins de temps qu'il n'en faut à une commission scientifique pour rédiger un rapport de vingt pages, le Parisien ébahi vit croître une ville nouvelle. Ainsi naissent, à ['improviste, au milieu de l'Océan, ces îles dont, la veille encore, nul marin ne soupçonnait l'existence.

Voici donc notre rue créée et mise au monde. Mais à qui appartiendra l'honneur de la tenir sur les fonts de baptême? et quel nom lui donner? Un nom propre, ou un nom de fantaisie? Thaï is the question. Paris est divisé en un si formidable nombre de rues, que tous les mots et tous les noms de la langue française ont déjà, pour la plupart, été mis à contribution. Le problème était difficile à résoudre. Le préfet de la Seine s'en montra vivement préoccupé, et le conseil municipal consacra plusieurs séances à une discussion lumineuse, quoique sans résultats, comme c'est l'usage immémorial dans toutes les assemblées parlementaires.

En ce temps-là il y avait, dans te faubourg Montmartre, une pauvre église, simple et nue comme une chapelle de village. Elle était placée sous l'invocation de Notre-Dame-de-Lorette, et remontait au régne de Louis XV, qui eu posa la première pierre, |>eu de jours après l'établissement du Parc-aux-Cerfs. L'amant de la Dubarry était, on le voit, un esprit sagement calculateur, et prévoyait les choses de loin : il voulait bien vivre un peu à la diable, mais à la condition pourtant de ne point se damner toutà-fait. C'était aussi la règle de conduite d'un autre Louis, onzième du

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nom, lequel ne manquait jamais , sitôt qu'il venait de commettre une peccadille politique, de recommander son âme à sa chère et bonne petite dame d'Embrun, l'une des bienheureuses privilégiées auxquelles il avait fait les honneurs de sa casquette, ce martyrologe portatif.

Un jour les fidèles du deuxième arrondissement reconnurent avec effroi que l'église Notre-Dame-de-Lorette menaçait ruines de tous les côtés. La façade était sillonnée d'autant de rides profondes qu'on peut en voir sur le visage d'une vieille comédienne de province; les murailles s'affaissaient avec toutes sortes de craquements sinistres, et l'azur du ciel filtrait en losanges bleus à travers les voûtes du chœur. Plus d'une fois, pendant les offices divins, les assistants durent ouvrir, en même temps, leurs missels et leurs parapluies. Les choses en étaient là lorsque l'administration fît fermer l'église; et l'on décida qu'un temple serait construit, quelques pas plus loin, au bout de la rue Laftitte, à l'endroit même où commence le quartier neuf dont je viens de vous raconter la naissance. Peu d'années suffirent à ce travail. La résurrection de Notre-Dame-de-Lorette fut poussée avec une activité merveilleuse ; et, à partir de ce moment, la rue sans nom en eut un tout trouvé. La nouvelle église remplit le rôle du parrain dans ce baptême*.

Au point de vue monumental, l'église Notre-Dame-de-Lorette est une œuvre insignifiante, pour ne rien dire de plus; et je ne serais aucunement surpris d'apprendre que l'architecte qui l'a édifiée si 1 soit inspiré de la vue d'un pâté de Lesage. C'est un carré long, d'une lourdeur désagréable, et massif au-delà de toute expression. On y dira la messe jusqu'au jour du jugement dernier, et il ne faudrait rien moins qu'un tremblement de terre pour en altérer l'épaisse solidité. Ajoutez encore que l'église est surplombée d'une sorte de clocheton qui produit à peu près l'effet gracieux d'un éteignoir sur une bougie. Quant à la partie intérieure, cène sont que festons, cène sont qu'astragales; c'est un luxe de dorures, une abondance de soieries, de marbres et de velours dont le calife Haroiiu-al-Haschid serait jaloux. Je sais qu'on a souvent reproché à cette église les exagérations de sa coquetterie ; je sais aussi qu'elle a été accusée de ressembler beaucoup plus à un boudoir qu'à un temple chrétien. Pour moi, j'avoue que je ne me sens pas le courage d'en vouloir aux artistes qui l'ont ainsi parée, lisse seront rappelé sans doute que Notre-Dame-de-Lorette n'est, après tout, que la petite-fille du roi Louis XV, et ils ont fait pour elle ce que l'aïeul, distrait par d'autres soins, n'avait pas fait pour la mère.

Disons, pour être juste, que l'oubli a été noblement et royalement réparé. A cette heure, l'église, dorée sur tranches et brodée sur toutes les coutures, reluit de mille feux, ainsi qu'une csearhouclc au soleil. Des lapis soyeux absorbent le bruit des pas; les parfums les plus suaves y brille nt, jour et nuit, dans des cassolettes d'or, et, trois fois par semaine,

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on y exécute des concerts où certes les anges qui remplissent les fonctions de maîtres de chapelle dans le paradis doivent puiser d'excellentes leçons. Les tableaux eux-mêmes ont tous un certain air qui repose l'œil el le réjouit agréablement. La sombre école des Vélasquez et des Murillo , avec ses instruments de tortures, ses bourreaux demi-nus et ses victimes pantelantes, est sévèrement bannie de ce paisible lieu, où Ton ne rencontre que déjeunes vierges calmes et souriantes, aux blanches épaules, et aux regards doucement voilés.

Après tout, et pour parler sérieusement, cette église tant blâmée est fort bien comme elle est, et c'est ici le cas de dire que tout est pour le mieux dans la plus charmante des églises possibles. Transportez Notre-Dame à l'extrémité de la rue Laftitte, et voyez un peu quel énorme contre-sens de pierre ce serait là! il y a dévotion et dévotion, comme il y a fagots et fagots : il est évident que la dévotion de la Chaussée-d'Antin ne ressemble pas du tout à celle du faubourg Saint-Germain. Celle-ci veut un lieu grave et sombre, plein de silence et de recueillement, où l'Ame puisse s'élever à son aise et voler en paix vers le Seigneur. Celle-là, au contraire, la dévotion rive droite, réclame impérieusement une mise en scène pompeuse : il lui faut de l'or, des parfums et des fleurs; l'une prie avec sa tète et l'autre avec son cœur. — Une grande partie de la clieutelle la plus assidue de Notre-Dame-de-Lorette, se recrute d'ailleurs dans le théâtre royal de la rue Lepelletier. On y remarque encore les prie -Dieu, garnis de velours, de Thérèse et de Fanny Elssler; les deux sœurs Dumilàtre, ces deux jeunes ballons de tant d'avenir, assistent régulièrement, chaque dimanche, à la graud'messe de midi ; mademoiselle Forster y montre deux fois par semaine, son adorable profil de vignette anglaise, et madame Sloltz ne crée jamais un rôle sans faire dire auparavant cinq ou six messes pour le repos de son succès. — Comme on le voit, l'église Notre- Daine-de-Lorelte pourrait, au besoin, troquer son nom contre celui de Notre-Dame-de-l'Opéra .

La rue Notre-Dame-de-Lorettc se pare avec orgueil du square Saint- Georges; c'est son éden, son oasis, le plus riche joyau de sa couronne. Celte petite place, qui n'a pas sa pareille dans tout Paris, se compose. d'une fontaine dont la naïade est un factionnaire, de quelques hôtels élégants et d'une maison qui semble, je ne dirai pas construite, mais brodée par la main des fées. C'est de la pierre de taille passée à l'état de guipure, et j'ignore si le ciseau divin des grands artistes de la renaissance a taillé quelque part un diamant dont les formes soient plus sveltes, plus gracieuses et aussi pures. — Un des hôtels du square Saint-Georges est habité par M. Thiers. C'est là qu'il vient passer ses vacances ministérielles ; c'est là que les caprices de la Couronne, pour nous servir d'une métaphore parlementaire, à l'usage des grands journaux, l'exilent chaque

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innée, et d'où ces mêmes caprices le rappellent tous les dix-huit mois. Les labiUnts du quartier qui, pour la plupart, ne s'occupent guère de politique, sortent quelquefois de leur apathie, mais seulement pour ce qui concerne M. Thiers. On se doit bien cela entre voisins. Voulez-vous savoir au juste si l'ex-président du 12 mars doit, ou non, faire partie du prochain remaniement ministériel? demandez aux voisins combien de voitures stationnent à sa porte le soir. Si une longue tile d'équipages armoriés serpente au loin dans la rue, pariez hardiment pour M. Thiers; mais si, au lieu d'équipages, les voisins constatent la présence de quelques misérables chars numérotés, traînés par de maigres haridelles, soyez sûr que l'auteur de Y Histoire de la Révolution Française n'a point fait sa paix avec la Couronne. En attendant que M. Thiers quitte une cinquième fois sa palaxzina de la place Saint-Georges pour l'hôtel de la rue des Capucines, il charme ses courts loisirs en composant une Histoire de l'Empire, achetée cinq cent mille francs d'avance. — Cinq cent mille francs! qu'on vienne encore nous chanter les louanges de l'ère d'Auguste et du siècle desMédicis. Tout en face de M. Tliiers, un spéculateur spirituel, et qui comprend les nécessités de son époque, a Coudé un établissement de bains dont le besoin se faisait vivement sentir. Cet établissement est à deux fins. — Le nombre des femmes qui s'y baignent est considérable; mais le nombre de celles qui sont censées s'y baigner l'est cent fois plus. Héglc générale et inflexible : il n'y aura de sécurité conjugale que du jour où tous les établissements de bains seront fermés par ordre et remplacés par un système de baignoires à domicile. Une femme qui sort le matin, en disant qu'elle va au bain est ou une femme perdue, ou une femme qui se perd, ou une femme qui veut se perdre. Ceci me rappelle un mot de la marquise de L., une des plus spirituelles et des plus jolies marquises de ce temps-ci. Elle avait paru désirer une salle de bain dans son appartement. M. de L. s'empressa de réaliser ce caprice qu'il goûtait pour mille raisons : la marquise fut ravie. Les choses allèrent ainsi durant quelques mois, après quoi la marquise reprit son train de vie ordinaire, préférante sa coquille de marbre blanc ciselé, l'ignoble baignoire en zinc des bains à vingt sous. Un matin, le marquis se présente chez sa femme et ne la trouve pas; où est-elle? — Madame est au bain, dit la M a ri nette de l'endroit.

— Au bain ! répète le mari... Au bain ! c'est singulier ! Sur ces entrefaites rentre la marquise de L.

— Vous arrivez du bain? demande le mari, moitié figue, moitié raisin.

— J'en arrive.

— Est-ce que votre salle de bain vous déplairait, par hasard '

— Allons donc ! elle est d'un goût charmant. Et d'ailleurs, n'estne pas vous qui en avez surveillé l'arrangement ?

— Alors mexpliquerez-vous ?. . .

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