‹ Les rues de paris: Paris ancien et moderneChapitre 40 sur 77 · BUE DES LOMBABDS. 2SH · texte numérisé non relu

BUE DES LOMBABDS. 2SH

dépendant la présence de ces premiers industriels, nous voulons parler des marchands de Triperies, ne se prouve aujourd'hui que par un faible indice, par un seul passage du catltolicoti, où on faitdireàM.deJtftr^etjm'; que la duchesse de Montpensier, sa sœur, est allée chercher des drapeaux de la rue des Lombards; — ce qui a fait dire ingénieusement, de la Ligue, qu'elle avait une politique de chiffonniers.

Si l'on peut douter que les marchands Tripiers aient occupé l'ancien séjour des Lombards, du moins c'est un Tait authentique et avéré que les tailleurs de pourpoincts y ont ouvert boutique pendant un certain nombre d'années.

Au XVI e siècle, toujours par suite de cette spécialité dont nous avons déjà parlé plus haut, on comptait autant d'espèces de tailleurs qu'il y avait de différentes parties dans l'habillement d'un gentilhomme.— L'un ne s'occupait que du pourpoinct, l'autre du manteau, celui-ci des chausses et celui-là d'autres choses encore.

Le pourpoinctier devait avoir une grande importance et tirait sans doute grande vanité de sa profession, à une époque où Bassompierre, pour assister au baptême du fils de Henri IV, se faisait confectionner un pourpoinct du prix de quatorze mille écus. — IMaignez-vous donc aujourd'hui, quand le tailleur le plus à la mode ne vous fait payer un habit que cinquante écus !

Les pourpoinctiers. après avoir dressé à petit bruit leur établi dans la nie des Lombards, entraînés par un légitime orgueil, tentèrent une petite révolution d'étiquette dans le quartier qu'ils avaient adopté ; eu conséquence, un certaiu soir, les habitants de cette rue s'endormirent rue des lombards et se réveillèrent rue de la Pourpuiiicterie. — Mais les tailleurs n'eurent pas longtemps la satisfaction de voir leur corps de métier parrainer la vieille rue illustrée parles financiers du XIV e siècle. — L'innovation en fait décritcau ne dura pas, et en 1050, le nom des Lombards, qui n'avait jamais été complètement oublié dans le souvenir des Parisiens, reprit définitivement sa place, au coin de la rue en question, et désormais il ne fut plus effacé.

A un souvenir de mode, les habitants du quartier avaient préféré un souvenir d'argent, bien que ce nom des Lombards ne leur rappelât que la dure Apreté de l'usure, car si les banquiers italiens furent souvent persécutés, ils le rendaient bien à leurs débiteurs. — Patiente de Lombard, dit Sauval, était devenu ironiquement proverbial, pour désigner les poursuites les plus actives et les plus impitoyables exercées par les créanciers contre leurs débiteurs.

J'ai lu flans un livre latin, à propos de ces banquiers équivoques, une |*tite anecdote que je vais tâcher de gazer en français :

Sous le règne des usuriers du moyen-àge, un des Lombards en question

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avilit une tille charmante : je ne sais plus quel gentilhomme i*iilpmtiit.i dr l'argent au père, cl voulut emprunter quelque chose à l'enfoui

I BJUif essaya de punir l'amoureux île sa lille, ni menaçant, en poursinv .m i s(n» noble débiteur, un grue dossier à la main, et par toutes les peûa iir droià de es tempo-là; «le smi 06 té, le galant insolvable ne trouva Heu de mieux ;t dire que «le mettre le feu au logis de son créancier, pont

euleier a la lois un titra île trois mille een>, el une vertu île s» i

La maison du vieux coquin fut brûlée; par malheur, ai le lo mba rd ne sut point s'opposer à l'enlèvement île sa fille, tl supposa trop bien a la stuisti.u tioii de ses titres de erénncc : le gentilhomme devint, avec raide du fou l'amant d'une vierge; mais, il mata le débiteur d'un usurier.

I.i mi" tles Lombards faillit être incendiée toute entiers i s ftoirv-1 juifs perdirent, dans l'incendie, Iteauroup de valeurs, beaucoup de bîHeta

ipii rsssemblaieat, par autii ipalion, au fameux liillel de La t.liàtre.

I u peu plus t. ml, nuire amoureux ronsnutil a restituer, en échange d'une quittance générale, tout oe qu'il pomait rendre, avec ta meilleure volonté «lu monde. Il avait pris une lille i sou père : il lui rendit h Rio, et n m petit garçon par dessus le marché.

II eu roula au pauvre liOilhord, nui- maison et trois mille eeus il'or. pour devenir grand-père devant hien.

Dette anoodole n'oefl rien; mais un en |Hinrraîl faire quelque ebosi

riWM' tle I esprit,

IIIIE l>ES LOMBAHDS. 2S|

A partir du dix-septième siècle, la rue des Lombards n'a plus subi de changement de nom, mais elle a encore éprouvé bien des révolutions dans le personnel de ses commerçants.

Avant de vous raconter les destinées modernes de ce quartier, il nous reste à vous parler d'un édifice dont la renommée appartient à son histoire d'autrefois.

C'est dans la rue des Lombards que se trouvait anciennement la Maim>*« des Poids du Roi, où venaient se vérifier les poids des marchands et la valeur de certains objets; c'est dans cet établissement (prêtaient déposés les poinçons , matrices , étalous des poids et mesures qui étaient eu usage dans la ville de Paris.

La Maison des Poids du lloi se voyait encore en 1772, bien qu'elle n'eût plus son ancienne destination; depuis, on fa détruite entièrement, et c'est tout à la fois un vieux souvenir historique de moins et un utile établissement de perdu, car c'est surtout dans le commerce d'épicerie que le marchand ne se tait pas faute de faire peser la balance du côté où il place sa denrée plus ou moins coloniale.

Aujourd'hui la Maison des Poids du Itoi est un tribunal de police correctionnelle, où l'on condamne à un franc d'amende le boulanger qui vole six cent kilogrammes de pain au public, dans le courant d'un trimestre; il est vrai que par compensation, le inèine tribunal condamne a un an de prison le pauvre diable de Parisien a lia nié, qui se permet de prendre un pain d'un demi-kilogramme à ce même boulanger-voleur.

Le plus l>eau temps de la rue des Lombards fut, sans contredit, celui qui s'écoula de l'an 1050 à l'an 1800; tout le monde ne pouvait pas aller emprunter aux anciens usuriers de ce quartier, par la raison excellente qu'on ne prête qu'aux riches, tandis (pie pas un Parisien ne trouvait, au moins une fois dans sa vie, quelques pièces de trois livres à dépenser pour faire le galant; toutes les femmes idolâtraient les dragées. depuis les dames de la cour jusqu'aux plus simples grisettes.

Je ne parle pas des parrains; pour eux la course à la rue des Lombards était la première chose qu'ils inscrivaient sur leurs tablettes, en récapitulant les frais que devait leur procurer l'honneur de tenir un petit Parisien sur les fonts de baptême, en compagnie d'une charmante marraine.

Tous les bonbons les plus délicats et les plus galants ont vu le jour, |H»ur la première fois, rue des Lombards; cinquante confiseurs luttaient continuellement de génie, pour inventer une nouvelle manière de rissoler les pralines et (raccommoder les pistaches; leur esprit était continuellement eu ebullitioii < omme leur chaudière , sans compter que deux reuts poètes se creusaient la renelle, pendant les douze mois de tannée, pour rimer les divises qui accompagnaient invariablement chaque bonbon.

"m un-: m;s lomiiaiids.

A cette heureuse époque, du moins, la poésie avait un débouché cerl tin, et un père de famille pouvait voir, sans trop d'inquiétude, un de «es fils embrasser le culte d'Apollon; pour peu que notre poète eût la chance de connaître un confiseur de la rue des Lombards, il était sauvé ou à |»eu près ; on voyait de ces poètes se faire jusqu'à trois livres par jour, en confectionnant des devises, toutes plus amoureuses les unes que les autres. — Par exemple, il ne fallait pas travailler à ses heures, et Pégase devait être toujours bridé, chaque cent de devises étant payé six livres , prix tixe.

tin 1845, bien des poètes regrettent Tannée 1750, car les éditeurs sont encore moins généreux «pie les confiseurs : loin de donner un sou d'un volume de vers, ils commencent par se faire payer pour imprimer des teuvres poétiques; et encore, ces infortunés volumes ne trouvent-ils uu jour uu peu de débit qu'à l'aide de l'épicerie; c'est le poivre de Cayenne qui sert de passeport aux élégies les plus douces : mieux valait encore l'alliance de la poésie avec la confiserie; c'était moins humiliant.

Ce n'étaient pas seulement les poètes du dernier ordre, et auxquels on devrait même à la rigueur refuser cette noble qualification, qui travaillaient pour les confiseurs de la rue des Lombards : Gilbert, cet illustre et iu fortuné satyriqtie, confectionna lui-même de banales devises, et ce n'était pas pour lui les plus mauvais jours que ceux où il allait toucher quinze ou dix-huit livres, chez le patron de la boutique du Fidèle Berger» pour prix de son travail littéraire de la semaine.

("est fort triste, n'est-ce pas? Eh bien, ce qui est plus triste encore, c'est que Gilbert était plus généreusement payé par le confiseur qu'il ne le fut dans la suite par monseigneur de Beaiimoiit; après toutes ses luttes coutn; les encyclopédistes et les philosophes, le seul champion de l'archevêque de Paris alla finir ses jours à la porte de cette. église dont il s'était constitué le défenseur : à l Hôtel-Dieu !

Si jeu crois un article de M. Louis Liirine, intitulé le premier poèêê de la rue des Lombards, ce fut le malheureux Gilbert qui inventa les boubous à la Ihrat , dont le succès fut immense ; notre confrère nous assure que les bonbons renfermaient répigranime suivante, en guise de devise :

Capricieux et \olontairc, Son esprit s'égare en tout lieu ; l.e voilà d'abord terre-à- terre, Kt puis, il vole jusqu'à Dieu!....

On l'a dit : Emule fidèle De nos papillons \olu'gcurs.

Il butine toutes les Heurs...

Kxeeplé l'immortelle !

1U1L IIKS LOMUAIIDS. 233

Kl quelques jours plus lard, Gilbert s'écriait, dans un hospice :

Au banquet de la vie . infortuné convive,

J'apparus un jour, et je meurs ; Je meurs, et sur la tombe où lentement j'arrive.

Nul ne viendra verser des pleurs î...

De nos jours, la devise a beaucoup perdu de sa vogue primitive; l'école romantique lui a porté un coup terrible, et il n'y a plus que les vieux habitués classiques du théâtre Français, et les jeunes blanchisseuses de lin qui se laissent encore prendre aux charmes d'une poésie qui est pourtant si digne d'être goûtée, quand les pistaches sont bien fraîches.

Aujourd'hui Pomerel et Berthellemot enveloppent leurs bonbons-nougats dans une Méditation de Lamartine , et j'ai lu dernièrement un sonnet de M. Kmile Deschamps, en faisant connaissance avec un bonbon au marasquin ; comme j'ai le courage de mon opinion, j'avoue franchement que je l'ai trouvé excellent — le bonbon au marasquin!

Les seules pistaches au chocolat sont reslées fidèles à leur petit distique :

n Peut-on ne pas mourir d'amour.

* Otiaixl on vous aperçut un jour. »•

Ou encore

« Des que je vous vis , ô madame.

« J'ai senti s'allumer ma flamme ! »

C'est un peu faible de poésie, si vous voulez, mais le chocolat pur caraque fait passer bien des choses.

De toutes ces fameuses boutiques de confiseurs, qui brillaient naguère dans toute la longueur de la rue des Lombards, le Fidèle Berger est resté seul debout, à l'instar du sage d'Horace, sans s'inquiéter de toutes les ruines qui s'écroulent sur sa tète; il esl toujours debout, la houlette à la main; fidèle à son vieux quartier et aux vieilles traditions, il n'imite pas tous les Galants Parrains, et toutes les Belles Angéliques, ses anciens voisins et voisines, qui ont profité delà révolution potirémigrer de la me des Lombards et aller s'établir dans les quartiers de Paris où la mode a nouvellement établi son empire. — C'est à peine si ce vieux berger a fait une concession aux exigences de son siècle, en adoptant pour éclairer sa boutique le resplendissant bec de gaz. — Il voulait avoir une éternelle fidélité, même à l'égard de son vieux quinquet à l'huile!

Par exemple, il est un antique et agréable usage auquel toute la confiserie française est restée fidèle, et nous l'en félicitons bien vivement pour notre pari.— Je veux parler des jeunes et jolies demoiselles de magasin qui sont chargées de servir aux chalands les cornets de dragées el les boites de pastilles. — Dan* tous les autres magasins, les demoiselles

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