U\ M A HC I1K DES INNOCENTS
hostie d'un fer sacrilège, qui en avait fait jaillir du sang; ou bien encore, ils s'étaient livrés au cruel plaisir de crucifier un adolescent en haiae de Jésus-Christ. Sur ces accusations, plus ou moins mensongères et qu'on se gardait bien de vérifier, les coupables ou les accusés étaient bannis, dépossédés violemment, et les nobles emprunteurs se croyaient quittes envers leurs créanciers ; impossible d'imaginer un moyen plus commode de payer ses dettes.
La fondation de l'église des Saints-Innocents rue Saint-Denis, i l'angle de la rue aux Fers, était due, selon le chroniqueur Vigeois, à un de ces forfaits judaïques dont nous parlions tout-à-l'heure : Un jeune homme nommé Richard, ayant été tué par les juifs sur l'emplacement de l'église, il s'y opéra des miracles, et la piété publique éleva l'édifice dans la seconde moitié du xn* siècle. La basilique des Saints-Innocents fut paroissiale des son origine , et, conformément à l'usage délétère consacré jadis, un cimetière se forma autour de cette nouvelle église. L'habitant du vieux Paris devait sa dépouille mortelle au territoire sur lequel il avait vécu ; ses ossements étaient le patrimoine de sa paroisse... Patrimoine est bien le mot, car il en résultait un revenu certain : les vivants ne payaient-ils pas les prières données à la mémoire des morts?
Lorsqu'on 178G, l'église qui nous occupe fut démolie, elle conservait le caractère de diverses époques qui lui avait donné tour-à-totir des styles ditTérents; sarrasine, dans les parties les plus anciennes, elle présentait, dans les détails de ses nouvelles constructions , quelque chose de plus en plus élégant, au fur et à mesure qu'elle se rapprochait de la tin du W siècle.
Aujourd'hui, grâce à Dieu et à M. le préfet de police, nous avons des sergents de ville : les paroissiens qui seraient assez peu dévots pour se battre dans une église, en seraient chassés ignominieusement, sans que les fidèles eussent à souffrir de cette profanation. Il n'en était pas ainsi sous le règne de Charles VII : un homme et une femme se prirent de querelle dans l'église des Innocents; la femme, d'un coup de quenouille. blessa l'homme au visage, et quelques gouttes de sang rougirent le parvis sacré! Jacques du Chastelier, qui occupait alors le siège épiscopal et Paris, lança un interdit sur la paroisse : durant vingt-deux jours cérémonie religieuse fut suspendue; les cloches et les dévots furent i damnées à se taire; les chants cessèrent au chœur; le temple < silencieux et sombre; les portes de l'église, celles mêmes du cil furent fermées; les vivants durent aller prier ailleurs, et les morts s'en allèrent, un peu plus loin, demander une dernière hospitalité au repoa de la tombe chrétienne.
Des paroissiens ainsi traités au temps où nous vivons, se jetteraient dans les bras équivoques de l'abbé Chatel; ceux du xv* siècle peu-